‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 116 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Un état où les grâces spéciales sont plus rares, où la cupidité met dans le oeur des obstacles infi'

nis aux saintes inspirations, où les diflîcultés de salut même extérieures sont d’une nature à n’élre d’ordinaire surmontées que par des coups singuliers de la grâce; un état tel que je viens de le dépeindre, est sans doute un grand obstacle à la pénitence. Or, voilà les trois raisons qui établissent ma seconde proposition sur le danger des prospérités temporelles. Encore un moment d’atlenlioo, s’il vous plaît.

Je dis , premièrement , que les prospérités temporelles sont de grands otetacles de conversion, parce que les grâces spéciales y sont plus rares. En effet, ouvrez les livres .saints; que voit-on de plus souvent répété dans les divines Ecritures que cette terrible vérité? Partout le Seigneur n’airoe à s'entretenir qu’avec les simples et les petits, et il regarde de loin ceux que leur naissance et leur orgueil élève au-dessus des autres : partout l’arc des puissants est brisé , et les foibles sont revêtus de force : partout il laisse secber l’herbe qui croit au-dessus des toits ; et pour être plus élevée, elle n’en est pas plus favorisée des rosées de la grâce, tandis qu’il revêt de beauté le lis qui croit dans les plus profondes vallées, au milieu même des épines : paiioul il brise les cèdres du Liban qui paroissoient en sûreté ; et l’arbre planté sur le bord des eaux porte du fruit en son temps : partout en Jésus-Christ, c'est-à-dire parmi ses disciples, on no compte pas lieaucoup de nobles et de puissants : les ligures et les maximes des livres saints , tout y établit la vérité dont je parle. Ce n'est pas qu’en Dieu il y ail acception de personnes : je l’ai déjà dit; la grâce chrétienne embrasse tous les étals; le Seigneur ne manque jamais à sa créature ; et sans compter les exemples augustes que nous avons devant les yeux , les David , les Èzêchias, les Eslher, les Judith, les saint Louis, prouvent que, dans l’élévation, on peut être encore plus riche des dons de la grâce , que des biens de la fortune.

Mais, en premier lieu , l’ordre de la Providence semble demander qu’il y ait une espèce de compensation dans cette inégalité de fortunes et de conditions répandue parmi les hommes; et que dans la confusion où tout parolt ici-bas, où le pécheur est presque toujours élevé en Itonnenr , tandis que le juste g(‘mil dans l’obscurité et dans l’indigence, la foi y puisse dccmivrir un ordre secret, et une manière d’cgaiiié qui justifie dans l’esprit du fidèle la providence de Dieu et la sagesse de ses conseils dans la dispensation des dioses liumaiiKxs. Or , le secret terrible de cette divine compensation consiste, en ce que les ridiesses de la grâce sont comme riicritage et la portion

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