DANGEU DES PROSPÉRITÉS TEMPORELLES
dn |>aavre et de l’aFnigé , tandis que l’homme heureus jouit des faveurs de la terre, comme de sa récompense et de son partage; c’est-à-dire, que l’innocence , la pudeur , la droiture , la simplicité , la crainte du Sei^eur , sont réservées aux âmes obscures, tandis que les titres, les dignités, les grandeurs humaines sont abandonnées aux puissants et aux heureux du monde. C’est ainsi que tout est disjKtsé dans l’univers avec une économie digne de l’.àuteur de la nature et de la grâce : c’est ainsi que l’abondance des itns est établie pour suppléer à la nécessité des autres; que le riche doit faire part de ses biens à l’indigent , et le pauvre seeourir le puissant de ses bénédictions spirilitelles , et offrir pour lui le sacrifice de scs prières cl de ses souffrances.
Aussi, mes Frères, on trouve tous les jours des aines simples, nées dans l’<qat le plus vil et le plus obscur, favorisées des dons les plus extraordbiaires, d’une innocence que rien n’égale, d'une foi que rien ne peut ébranler, d’une délicatesse de conscience que la seule apparence du mal blesse, d’une élévation de prière i)ui surprend ceux à qui elles confient avec simplicité les opérations de la grâce sur leur ame; tandis que souvent les premières vérités de la religion sont à peine connues de ceux qui liabiteut les palais des rois; tandis qu’on voit tous les jours des personnes d’un certain rang vieillir .sans aucun sentiment de foi et de piété ; avoir, dans la défaillance de l’age , le même goût pour le monde, la même ivresse pour la cour, pour la faveur, pour les plaisirs, la même sensibilité pour le plus léger refroidissement du maître , que dans l’âge le plus vif et le plus florissant ; faire quelquefois des efforts pour commencer une vie chrétienne, et trouver en elles un fonds de répugnance et de dégodt , qui leur rend insipide et insoutenable tout ce qui a rapport au salut.
Telle a été dans tous les temps la conduite de la grâce : les grands dons ont toujours été réservés aux personnes les plus viles selon la chair ; les puissants du monde sont moins propres aux desseins de Dieu; et si sa sagesse s’en sert quelquefois, elle se sert de leurs passions, ou pour cliàtier l’orgueil des pécheurs , ou pour exercer la foi des Justes.
En second lieu , les grâces sont moins abondantes dans la prospérité; parce que les faveurs temporelles sont des récompenses vaines, dit saint Augustin , que la justice de Dieu accorde d’ordinaire à quelques vertus naturelles des pécheurs, pour avoir plus de droit de les exclure à jamais des promesses de la grâce. Vous êtes peut-être, par les suites d’un naturel heureux , sincère , affable , religietix dans vos paroles , équitable dans vos
j ugements, ami fidèle, maître généreux, ennemi de la violence et de l’injustice : ces vertus destituées de toute cliarité, l’ouvrage seul de la nature, et inutiles pour le inonde à venir, sont utiles pour le monde présent. Par là se maintient la paix des étals , le repos des familles , la bonne foi des eommerees , l’ordre de la société. Dieu prend donc dans le monde même de quoi récompenser des vertus toutes mondaines : il ménage des faveurs temporelles à des Justes temporels, pour ainsi dire ; car sous ce juge équitable , nulle vertu n’est sans récompense, comme nul crime sans châtiment, àlais ces récompenses sont terribles aux yeux de la foi : ce sont comme des exclusions de la grâce qui failles saints, et des présents que Dieu dispense dans sa colère.
Je sais que cette règle n’est pas universelle, et que le Juste voit (|iielquefois la pair dans sa rerta, et l'abondance dans ses maisons ( Ps. cxxi , 7 ) ; mais ces exceptions, loujonis rares, ne doivent rassurer personne ; et vous surtout , si vous ne faites point d’autre usage de la prospérité que de la faire servir à la facilité de vos sens, et à vivre dans la mollesse et l’ouhli de Dieu, vous avez grand sujet de trembler et de vous dire sans cesse à vous-même : Peut-être je reçois ma récompense dans ce monde : je ne sens rien de vif pour le salut; nulle impression de grâce qui me conduise à une démarche solide de pénitence ; l’affaire de l’éternité est de toutes les affaires celle qui m’intéresse et me touclie le moins ; je trouve en moi de la vivacité pour mes amis, pour la faveur, pour la fortune, pour l’établissement et l’élévation de ma maison, pour le service du prince et la gloire de la nation, et nul sentiment pour mon salut étemel : et le coeur ne me dit rien pour les devoiis de la religion et pour le service du maître des rois de la terre. Grand Dieu ! m’auriez-vous abandonné audedans , tandis qu’ait-debors vous me comblez de vos faveurs? Eh! frappez-moi plutôt ici-lias; et réservez-moi vos dons pour une vie plus durable. Si la situation où la naissance m’a placé est un obstacle à mon salut, dégradez-m’en , 0 mon Dieu! et laissez-moi retomber dans la poussière d’où je suis sorti : la place qui m’approcliera le plus près de vous sera toujours la plus souhaitable pour moi ; et le fumier même où Job étoit assis me paroitroit préférable au trOne , s’il falloit y descendre pour vous plaire. Voilà les dispositions où vous devez entrer.
Enfin , les grâces sont moins abondantes dans la prospérité , parce que souvent cet état n’est pas celui que Dieu nous avoit préparé dana sa miséricorde, et qu’il n’a permis que notts y fussions
*L\y, DKIÎXIKMK DIMANCHE DE CARÊME.
placrs, qne pour .s*acrmniiimler à la di'pravalion de nos dt^sirs. An lieu de lui demander sa grâce, rarfoiblissentent de nus passions el lesdoas du siècle à venir , noire errur n’a jamais fail nninler vers Inities vuMixel des souhaits que pour la terre, pour les biens et la gloire (pie le monde estime. Le Seigneur, attentif à ce qui se passe dans nos cœurs, et indigné de n’y trouver rien pour lui, s’est accommode à nos souhaits : il nous a punis en les favorisant, dit saint Augustin : il est devenu un Dieu cruel en di-venant pn>(>ice : il nous a ouvert les voies les plus heureuses |»our rt^uasir : il a écarté tous les obstacles ({ui (louvoient s’opposer à nos desseins ambitieux : il a rassemble les circonstances les plus iiies|M'rées (mur nous conduire au ternie de nos désirs: il nous a, pour ainsi dire, portés lui-méme sur ses ailes au haut de la roue , si rapidement nous y aomiiK's montés. Cefiendant ses premiers desseins sur vous vous préparoienl la voie des dégodis et des di.sgmces, comme la plus stire (Minr votre salut, et la (dus convenable à la fragilité de votre cœur et au caractère de vos penciianis : vous l’ave/ foret*, si je l'ose dire, de changer cet ordre : il a été obligt^ d’entrer dans vos projets, au lieuijtie vous auriez dd suivre les siens. Mais la (>eine de ce renvei’senient est qne votre prospérité n'étant (vas son uavrage, il ne s’y inléresse point : il vous livre à tous les périls d’un état ou il ne vous a (dacé que (lour punir la cupiilité qui vous l’a fait souhaiter : il vous laisse entre les mains de vos passions , dans des voies que vos (Missions tontes seules se sont frayées : vous êtes à son égard comme cet enfant prodigue , qui l’avez contraint de vous départir de.s biens que sa sagesse ne vous avoil (las destinés, et qu’il laisse enlln errer loin de lui au gré de ses (iesirs déréglés, sans entrer pour vous dans les attentions et la tendresse d'un père. Si votre élévation étoit son ouvrage, les écueils (|ui en sont ins(*(>arables se cliangeroient (KHir vous en moyens de salut; mais dès qu’elle est l'ouvrage de vos fiassions , les moyens mêmes de salut qu'on peut y trouver vont devenir pour vous des écueils.
11 est donc certain que la prospérité est un obstacle â la (M’iiiteiice, (lai'ce que les grâces qui forment le repentir y sont (dus rares. Mais de plus, je dis , en second lieu , que la (>ros()érité e.sl un ob* stade à la (mnitenre, (larce ((u’elle met dans le cœur des np(iosiiians infinies aux grâces de conversion que Dieu (wurroil accorder aux grands et aux bi'ineiix du monde; seconde raison : et voici les motifs sur ies(|uelK elle est fondée.
Premièrement, je (lourrois vous faire remarquer qn’un des moyens les plus efficaces dont Dieu se
sert pour ramener un pécheur à lui , est l’instructiun et le zèle des ministres de la (lénilence qui lui parlent au tribunal dans toute la siucéiité de Dieu. Or, soit que par une opposition naturelle à la vérité, les personnes élevées n’aiment pas à l’entendre , soit t(ue , par une foibicsse indigne de la sainteté et de l’autorité du sacerdoce , un craigne de la leur dire, il est certain que les grands et les puissants trouvent rarement de ces lumimes fidèles à leur ministère, et en qui la (larole du Seigneur ne soit point liée, lorwfu’il s’agit d’entrer en jugement avec leur «Hiscicnce. Les Nathan et les Jean- Raftllste ne sont (>as de tous les siècles. La présence seule des grands de la lerre arfoiblil la vérité dans noslwiiclies: on crainlceux qu’ondevroit instruire; on res(>ecle leurs passions comme leur rang et leurs titres : le juge tremble devant le coupable : celui qui va prononcer l’arrêt semble l'attendre luimème du criminel qu'il doit cotidaimier ; et pourvu qu'on n'applaudisse pas a leurs crimes , on s'ap- (îlaudit presque d’avoir eu le courage de les tolérer. L&s ministres même les mieux intentionnés se persuadent qu’il fau> ici de la conqilaisauce : on a recours à des ménagemenU ((iii blessent le devoir; on accommode la règle aux (iersonne.H , loin de juger les personnes par la règle; on place des exceptions ou il aiiroii fallu ne iiiellre <|ue la loi. Ainsi U vérité n’est jamais montrée aux grands, que sous le voile des adoucissements et des mesures; et U est rare qu’ils fassenl pénitence , (>arce qu’il est rare qu’ils soient instruits. C’est la [ilainte que faisoit autrefois Jérémie : Prophetæ fui rideruuf fifri /Vifsa ff sfuffa, ner aperie&auf fuh/uifafem (uain, uf feadp(rMifeiifi(jmprororareitf.(THUE.N.,il,14.)
Mais je veux qu’ils trouvent des ministres üdèles, et qui ne coiiiiols^ent personne .selon la chair; car il est encore des (iropbètes dans Israël; la grâce de la (>énitence est une grâce de docilité et de soumission ; il faut se livrer sans réserve à U main qui nous guide , a.ssujélir .son humeur à des conseils utiles, et savoir marcher par des routes qu’on n’auroit pas soi même choisies. Or, vous qui êtes accoutumé à voir tous ceux qui vous environ nenl déférer à vos .sentiments, rcs(>ecter vos erreurs , et applaudir même à vos caprices , vous ne pourrez plus vous résoudreà ne voii.scoiiduireque par les impressions d’un guide éclairé ; vous voudrez le ramener à vous, au lieu d’aller à lui , et par lui à la vérité : vous exigerez des égards où vous n’auriez dd attendre que des censures : vous entreprendrez d’imposer des lois, où vous auriez dû vous soumettre à celles qu’un vous im(M>se. Naaman, éle\’é aux premières places d’une cour 8U()erbe, n’écoute qu’avec dérision les sages coo-