‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 118 sur 348 · DANGER DES PROSPERITES TEMPORELLES · texte numérisé non relu

DANGER DES PROSPERITES TEMPORELLES

seibdu prophète Elisée, et prend pour une simplicité le remède que l'homme de Dieu lui prescrit, etU sainte«u(orité desoii ministère. On veut être ^nd où il ne faudroit être que pénitent.

Nouvelle raison. On porte au tribunal un guiU de raffinement et de fausse élévation d’esprit , toujours opposé à la (çrace de la pénitence , qui est une graoe de simplicilé et d’enfance chrétienne. Si le ministre saint ne parie pas le langage du monde; s’il n'entre pas dans les préjugés attachés au rang et i la naissance; s’il vous annonce les mêmes vérités qu'au commun des hdèles : s’il vous prescrit les mêmes devoirs; s’il vous prédit les mêmes malheurs et les mêmes peines; s’il trouve dans vos passions la même énormité ; s’il vous conseille les mëiues remèdes : vous traitez son zèle de simplicité; ses lumières ne sont plus pour vous qu’une ignorance du monde et de ses usages : vous le croyez moins propre à conduire au salut les personnes d’un certain rang : il semble qu’il y a un autre Evangile pour vous que pour le peuple; qu’en Jésus-Christ il y a distinction de Grec et de Barbare , de noble et de roturier ; et que , pour vous guider dans les voies du salut , il faut une autre science que la science des saints.

La grâce de la pénitence trouve donc des obstacles infinis dans le cœur des grands et des lieureiix du inMide; mais elle en trouve encore*de plus insurmontables au-dehors et dans les suites , pour aiasi dire, de la prospérité : dernière raison.

Carjenevous dis pas, premièrement, qu'un cœur heureux par l'abondance ne clierche plus rien hors de lui : rien ne réveille plus sou amour pour le bien véritable, parce que cet amour est comme endcM'oai et rassasié par les biens apparents. Il faut i la grâce des pertes, des dégoûis, desafniclions; elle ne peut presque rien sur les âmes heureuses. Ije riclie de l'Évangile, de quoi s’occupe-t-il dans son abondance (Lie, .\ii , 18, ^9)? Rabattre ses greniers, d’en rebâtir de nouveaux; ensuite de se reposer, manger, boire, faire bonne chère : il ne pense point A Dieu. On n’a recours au Seigneur que lorsqu’on ne se suffit plus à soi-méme; on ne cherche le repos dans l’auteur de son être, que lorsqu’on ne le trouve plus dans les créatores. Atlonias n’embrasse l’atilel, que lorsqu’il voit sa mort résolue. Manassès li’iiivoque le Dieu de ses pères, que dans l’horreur tle sa prison et sous la pesanteur de ses chaiiies. l/eiifdiit prodigue ne pense à revenir dans la iiidison paiernelle, que lorsqu’il commence à sentir les rigueurs de la faim. Vous-même qui m'écoulez , daus les moments où Dieu vous a afiligé , vous vous êtes adressé à lui ; vous avez ouvert les yeux

sur r.’ihusUe cc nioude miSïTable : mais le retour de la f.iveiiret de la prosfK'rité a rappelé dans vo tre esprit des images plus douces et plus rlmies ; et vous vous êtes rendu au monde, dès que le monde a voulu revenir à vous : vous vous seriez sauvé par la voie des dégoûts et de.s aflUctions : vous périrez dans la prospérité.

Mais que seroit*ce si j’exaniinois ici l’abus que vous avez fait de vos places el de vos dignités, dont vous rendrez un compte rigoureux au tribunal de Jésus-Christ, et qui vous engagoen des réparations infinies, sans les(|uelles votre pénitence sera toujours fausse el i éproiiv<« de Dieu ? Quels nouveaux abîmes! si la brièvetéd’un iliscmirs permettoit de les aiiprofoudir. Si vous avez été un des chefs des armées d’Israël , «pie île licence î <jue de déprédations! que de violences! que de mallietirs publics et pariieuliers Dieu mettra un jour .sur votre compte ! Si vos places vous ont mis à la léte des peuples et des affaires puliliques, que de personnes indignes favorisées ! que d'événements publics et funestes ont |>cut-étre trouvé leur source , ou dans vos jalousies 8ecx*ètes, oudansivos intérêts personnels ! que de complaisances iiijiisles que la faveur, Tamitié, le sang, et peut-être des attachements criminels ont obtenues de vous! que d’abus ou tolérés par votre négligence, ou autorisés par vos exemples! que de plaintes mal écoulées! que d'oppre.s.sion.sdi.s.simulées, ou pour éviter l’embarras de les approfondir, ou pour soutenir vos choix, et ne pas dévoiler riniquilé des subalternes (]ui en étoieiil les auteurs, el qui vous dévoient leur fortune et leur place ! Où sont les grands qui fassent entrer ces détails et cette multitude innombrable de crimes étrangers , dans les réparations de leur pénitence?

Euüii , je ne dis rien des obstacles extérieurs que la prospériiéy met. La retraite vous seroit nécessaire; votre raiigel vos emplois vous engagent dans le luniuliedu monde et des affaires ; les macérations seruient Je seul remèile qui pourroil expier vos voluptés passée.^ ; les <lelicatesses de votre éducation, ou les bienséances de votre autorité, vous les inlerdiseiu : la fuue des honneurs serviront d’expiation aux excès passés de voire ambition ; et pour soutenir votre nom, il faut aspirer à de nouvelles grâces : les liumilialions guénroient l’enfiure de votre cœur; et il faut que vous souffriez desliummage8,et que, comme Saédaprès son crime, vous exigiez même (]u’on vous honore aux yeux des hommes, de peur que votre diguilé ne souffre des mépris qu’on auroii pour votre personne : la prière soulienüroil vos foibles désirs de pénitence; et les embarras de votre fortune , ou,ne vous en

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