‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 121 sur 348 · IMPÉNITENCE FINALE · texte numérisé non relu

IMPÉNITENCE FINALE

n*€8t jamais le dernier dans notre esprit ; que lors< qo'étotdu sur le Ut de votre douleur, la mort sera déjà à la porte, vous la croirez encore loin ; vous recalerez encore raflaire de votre salut , et U proposition qu’on vous fera d’appeler un ministre de Jésus-Cluist. Je vous dis qu’après même l’avoir appelé, v'ous r^arderez son ministère pUildt comme nne bienséance de maladie , que comme une nouvelle de mort ; vous ne confesserez pas vos crimes, comme devant aller parolire devant Dieu pour en rendre compte; vous laisserez encore sur votre conscience mille choses douteuses, que vous réserverez toujours d’édaircirà reztrômité. Je vous dis qu’en expirant vous vous promettrez encore quelques jours de vie. Je vous dis que la plupart des morts sont soudaines; qu’il n’est presque point de pécheur qui meure en croyant mourir, à qui le temps ne soit refusé , et qui n’aille paroltre devant Dien, sans s’étre préparé à ce compte redoutable. Rassurez-vous après cela sur le petit nombre.

Mais je veux que le temps vous soit accordé, et que les ministres du Seigneur aient ie loisir de vous venir dire , comme autrefois un prophète au ! roide Juda : Réglez totremaison , car vous mourrez. (Is., xxxvm, i .) L’accablement où vous serez alors pourra-t-il vous permettre de chercher Jésus-Christ ? Seconde réflexion. De quoi , je vous prie , est capable alors une ame criminelle, toute plongée dans ses douleurs, défaillante sons le poids et la multitude de ses maux , et à qui il reste à peine encore assez de viepouranim^son cadavre? Quoi! vous voulez qu'avec une raison , qui déjà s’enveloppe; une langue, qui se lie et s'épaissit ; nne mémoire, qui se confond; un cœur , qui s’ételnt ; vous voulez que dans cet état , un lâcheur éclairdsse les abîmes de sa consdence; vous voulez qu’il approfondisse ses sacrilèges , scs scandales, ses vengeances, ses restitutions, ce gouffre d’impuretés d’où U n’est jamais sorti, ces embarras sur lesquels il ne s’est jamais bien expliqué; et en un mot , qu’il entre daas des soins et dans un détail, à qui l’esprit le plus serein et la raison la plus entière pourroient à peine sufflre ? Vous voulez que eetle ame déjà immobile, et liée des chaînes de la mort , sente l’horreur de ses iniquités passées; qu’elle pense sérieusement à implorer les miséricordes de son Dieu; elle, dont les idées mourantes ne ressemblent plus qu’à des songes, et qui ne pense plus, que comme on pense en dornunt?

Grand Dieu ! vous, qui du haut de votre justice, êtes alors plusai(entif(|tie jamais aux inouveinenls secrets de cette ame infortunée , (|uc se passe-t-il en cea dernien moments entre elle et vous ? Qu’y

découvrez-vous , qui puisse réparer une vie entière de crime, et apaiser votre colère? Se tourne-t-elle seulement vers son Créateur? adore-l-elle en secret l’auteur de ses bienfaits, et le vengeur de ses ingratitudes? s’anéantit-elle sous la main levée pour la frapper? se regarde-t-elle comme une victime destinée à des tourments éternels, si vous U jugez selon votre justice? fait-elle monter vers vous, de l’ablme de sa douleur, les cris d’on re[tenUr sincère? lui écliappe-t-U seulement oa de<ir,que vous daigniez regarder? loin de vous fléchir, peut-elle encore vous connollre ? Et que voyez-vous, grand Dieu! dans les tristes agitations qu’elle laisse paroUre, que les derniers efforts d’uue ame qui se défend contre le trépas , et d’une machine qui se dissout?

Répondez ici pour moi, vous mes Frères , que la main du Seigneur a coudulls quelquefois jusques aux portes du tombeau, et en a retirés depuis. Lorsqu’étendu sur nu lit de douleur, vous combattiez ainsi entre la vie et la mort, tes soins de votre éternité vous occupoient-üs encore? Où étiez-vous alors? (}uel usage faisiez-vous de votre raison? que formiez-vous au-dedaos de vous, que des idétô confuses et mal liées, où vos maus avoient plus de part que votre salut? que furent pour vous les (leniiers remèdes des mourants que l’Eglise vous appliqua? des songes, dont le souvenir même ne vous est pas demeuré. Vous seriezvous trouvé plus prêt à paroitre devant Jésus- Christ, si celte maladie eût liai vos jours? quelle ame seriez-vous allé présenter au pied du tribunal redoutable? qu’en avez-vous dit vous-méme depuis revenu en santé? que c’est une folie d’attendre à l’extrémité; qu’on n’est capable de rien alors; qu’il faut mettre ordre à sa conscience tandis qu’on se porte bien : vous l’avez dit ; mais l’avez-vous fait? ne vous bisserez-vous point une seconde fois surprendre? et le seul fruit que vous retirerez du bienfait qui prolongea vos jours , ne serout-ce point les crniies d’une plus longue vie ?

Mais ce qu'il y a ici encore de plus propre à noas faire adorer les jugements de Dieu sur lei pédieurs qui diflèreni leur conversion i la mort, c’est que si sa miséricorde ménage alors quelques iulervalles libres à un mourant, des moments si précieux, si décisifs pour son éternité, sont consumés à disposerd’une succession, et à régler une maison terrestre. Dc.< proches , des enfants avides attendent, autour d’un Ht , le moment où b raison du mabde s’éclaircit; visent quelquefois , comme les enfants d’Isaac, à surprendre un père mourant , et à se supplanter les uns les autres ; se hâleiil de proUterdu temps, pour lui faire décUitr

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ses dernières internions. On laisse à des intervalles moins heureux les soins de la conscience; rafTaire de l’éternité ne va (|ti*après toutes les autres. Alors le ministre de Jésas-Christ est appelé ; car il faut attendre que le mourant ne le connoUse presque plus, aHn qu'il le voie approcher saas effroi : cependant le mal presse; on ne peut plus e\i;;er du pécheur un récit exact de ses dés* ordres; il faut se contenter de quelques termes varies et mal suivis qu'on lui arraclie. Nous lui faisons dire qu’il se repent; mais le lui faisons* nous sentir? Nous lui demaiHlons quelque si^e; il lève des yeux mourants; il s’efforce en vain de remuer une langue déjà immobile ; il consent de la tète, nous croyons l’entendre; mais s’entend-il lui-mème? Le prêtre du Seigneur crie à haute voix ; H tâche de faire retentir du moins à ses oreilles des paroles de salut , et le nom de son Sauveur répété mille fois avec effort; mais le pofie-t'il jusque dans son cœur? il s’arme du signe de notre rédemption ; il présente un Dieu mourant an pécheur qui expire; il l’applique sur sa bouche tremblante et livide ; il lui fait lever vers cet objet coasolant ses roain.s défaillantes, et ses yeux déjà àdemi éieinls ; mais le lui fait-il comioUre? La mort arrive ; il expire. Grand Dieu ! que devient cette ame? que trouve-t-elle au sortir de sa demeure terrestre, lorsqu’elle tombe entre les maias éternelles de votre vengeance? quelle surprise de se trouver, comme en s’éveillant, au ped du Tribunal redoutable ; l’abîme ouvert sous ses yeux; et n’ayant mU entre une vie toute criminelle, et la .sévérité de vos jugements , que la léthargie et les songes d’une courte maladie ! A cela, mes Frères, que voulez-vous que j’ajoute, que la réflexion toute simple du prophète! Entendez ceci, vous qui oubliez Dieu pendant votre vie, de peur qu’il ne vous surprenne dans ce dernier moment, et que personne ne puisse plus alors vous enlever de .ses mains: Inteltigite htre, qui oblirisrimini Deum . neg'rando raptaf. et $ioh ait qui mpiflt. (Ps. xlix , 23.)

D’ailleurs , mes Frères , et cette dernière vérité n’est pas moins digne de votre allenlion ; promettez-vous, si vous voulez , de consener jusiju’au dernier soupir, la raison aussi saine et aussi entière que vous l’avez aujourd’hui : ne comptezvous pour rien les obstacles que vous trouverez alors daiLs votre jwopre cœur? Cmyez-vous que des passions, que vou.s nourrissez depuis l’eufance, qui sont devenues comme votre fonds et votre tempérament, t'imberont, s’évanouiront en un infilanl; qu’il se fera en vous un miracle soudain, et que vous serez changé tout d’un coup en un

nouvel homme? Les maladies que la mort ne termine point opèrent-elles beaucoup de conver* .sions? Voyez -vous beaucoup de péclieurs au sortir de ces extrémités, après le-s plus belles prote.stations, et les dentiers remèdes de l’Église reçus avec componction apparente, mener une vie nouvelle? Qui peut mieux répondre là-dessus que vous - même? Vous avez été quelquefois jusqnes aux portes de la mort ; vos maladies vous ont-elles converti ? vous croyiez être changé , vous en assuriez le ministre de la pénitence, et peut-être les spectateurs de vos maux; mais l’étiez-votis? le danger passé, Usante revenue, les passions n’ontelles pas reparu , et ne vous êtes- vous pas encore retrouve le même ? Le cœur se fait-il en si peu de temps de nouveaux pendtants , et comme nn nouvel être ?

Quoi, mon cher Auditeur! après une vie entière de débauche, vous croyez que deux jours de maladie vous rendront chaste? Ah! Dieu permettra que le souvenir de vos plaisirs passés vous arrache peut-être encore mille complaisances criminelles au lit de la mon ; peut-être aimerez-vous encore à votravec des yeux mourants, peintes sur vos murs les images funestes de vos anciens désordres; peut-être expirerez-vous, ayant autour de votre lit l’objet infortuné qui corrompit votre cœur; et malgré le scandale public, vous ne pourrez vous ré.soudre à vous en séparer, même à 1a mort. L’Esprit de Dieu l’a dit : Les os de l’impudique seront encore alot' remplis des désordres de sa jeunesse, et ses vices dormiront avec lui dans la poussière du tombeau : Ossa cjus tmpfriuoitur riliiz adolescentiœ ejus, et cum eo la puhere dormient. (JuB, XX, 11.) El notre siècle, et ceux de nm pères, n'ont-ils pas vu des monstres, qui , en expirant même, juroient une affreuse fidélité jusqu’au-delà du tombeau , à l’objet détestable de leur passion, et dont l'ame l'éprouvée ne sortoil de leur corps qu’avec des soupirs et des regrets de crime et de volupté? O Dieu ! que vous êtes terrible, quand vous livrez le péclwur à sa propre corruption !

Vous croyez qu’un homme qui n’a eu qu’nn désir en vivant, et c’a été celui d'amasser du bien aux dépens des peuples, et par les voies les plus inju.stcs et les plus odieuses; vous croyez qu’alors il puisse consentir que des gains qu’il a toujours crus permis, deviennent criminels, et que des restitutions infinies remettent son nom et sa postérité dans la poussière, d’où il les avoit tirc.s? Ah! dit l’Esprit de Dieu , il vomira avec son ame les richesses qu’il avoit dévorées; mais ce sera malgré i lui : le Seignettr les amcliera de ses entrailles;

IMPEMTENCE FINALE.

niaû il n'en arracher* pas l’amour de son casir ; Dit ilias , q«(U rfrcorarjt , eeomet , fl de rentra iltius exirahrt eas Dns. (JoD, v, 15. )

Yuus cruyez qu'un impie , qui a mis sa gloire dans sa courusion , et qui a mille fois prulané la sainteté de nos mystères par des dérisions sacrilèges, deviendra Iklèle et religieux au lit de la mort ? Eh! peut-être se fera-t-il honneur jusqu'i la lin , d’une force d’esprit qui flattera sa vanité; peutêtre voudra-t-il paraître au-dessus des frayeurs vulgaires, et regarder d’unœil tranquille et assuré l’incertitude d’un avenir; peut-être laissera-t-il en mourant, aux spectateurs, le plaisir affreux d’un lion mot aux dépens de son salut éternel ; peutêtre aussi mourra-t-il en monstre et en désespéré.

Vous croyez qu’une femme mondaine, enivrée de sa ligure, outrée daas ses plaisirs, attachée vivement au monde et à elle-même ; vous croyez qu'elle verra alors sans regret la destruction de son cadavre , le monde et tous ses amusements , s’évanouir et s’éloigner d’elle pour toujours? Ah Dieu permettra que les soins de sa beauté l’occupenl encore au lit de la mort ; qu’elle examine tous les jours les cliangements qu'une longue maladie aura bits sur son visage; qu’elle écoule là-dessus avec complaisance tout ce que la flatterie voudra lui persuader ; qu’elle sente reveiller en expirant tout son amour pour le monde; et qu’elle dise, comme cet infortuné roi d’Aiualec : Est-ce ainsi que la cruelle mort lu’enlève au milieu de mes plus beaux jours? Siccine séparai atnara mors f (I. Rkg. , XV, 32. )

Vous nous en avertissez, Seigneur, dans les livres saints; leur lin sera semblable à leurs œuvres: Çuorvin finis eril senindùm opéra ipsorum, (2. Cou., XI, 15.) Vous avez vécu impudii|ue; vous mourrez tel : vous avez vécu ambitieux ; vous mourrez sans que l'amour du momie et de ses vains honneurs meure dans votre cœur : vous avez vécu mollement, sans vice ni vertu ; vous mourrez Uclienient, et sans componction : vous avez vécu irrésolu , faisant sans cesse des projets de pénitence et ne les exécutant jamais ; vous mourrez plein de désirs et vide de bonnes œuvres ; vous avez vécu incoiislant , tantôt au monde , tantôt à Dieu ; tantôt voluptueux , tantôt pénitent ; et vous laissant décider par votre goôt , et par l’ascendant d'un caractère cliangeant et léger; vous mourrez dans ces tristes alternatives , et vos larmes au lit de la mort ne seront que ce qu’elles avoient été pendant votre vie; c’est-à-dire un repentir passager et superliciel ; des soupirs d’un cœur tendre et sensible , mais non pas d’un ca-ur pénitent ; en un mot, vous mourrez dans votre péché : In perento

I Tesiro tnoriemt'ni ; dans ce péché oti vous eronpis- , sez depuis si long-temps; dans ce péché qui est à I vous plus que tous les autres , parce qu'il domine dans vos mœurs et dans votre tem|>érament ; dans ce péché qui est comme né avec vous , et dont une I vie entière n’a pu vous corriger ; /« perealoreslro I moririniiii. Acliab meurt impie, Jézabel volup- : tueuse, .Sadl vindicatif, les enfants d’IIéli sacrilèges, Absalon rebelle, Balüiazar efféminé, liérode ' incestueux : toute l’Écriture est remplie de pareils ' exemples; tous les propliètes retentissent de ces menaces ; Jésus-Christ s’en explique aujourd’hui d’une maidère à faire trembler les plus insensi- ^ blés ; l’expérience est ici terrible ; vous- même dites ' tous les jours qu’on meurt tel qu'on a vécu. Eh !

I que faut-il donc encore , mon cher Amliteur , pour vous bire prendre dès à présent la résolution de I travailler à votre saint , et de ne pas renvoyer à la I fin une affaire ipi’on ne saurait jan>ais trop tôt I commencer ; et d’autant pliu qu’elle est toujours ^ manquee, lors(|u’elle est différée? Opérez donc le bien tandis que Dieu vous en laisse le tenqn. N’apportez pasàla mort des désirs, niaisdes fruits ' de penitence. Cherchez Jésus-Christ tandis qu’on I peut le trouver ; car si vous renvoyez votre con- . version à la lin , non senlement vous ne pourrez I plus le dicrcher; mais quand vous le pourriez,

I vous ne le cherdierez pas ; et quand vous le chercheriez , vous ne le trouverez |ias : Qaerrelis me , et non iuvenietis, el in peernio resiro morieinini. Dernière vérité encore plus terrible, renfennée en deux réflexions qui vont prouver, que b péni- ' tencc est pres<|uc toujours inutile au lit de b mort.

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