DEUXIÈME PARTIE
Si \ ons renvoyez votre conversion à la mort , voua mourrez dans votre péclié : parce que <|uand I vous pourriez alors chercher J ésus-Clu-Lsi , vous ne le chercherez pas; et quand vous b clicrdieriez , i vous ne le trouverez pas.
' Je dis premièrement, que vous ne cliercheriez pas alors Jesus-Christ ; parce qu’il se sera éloigné de vous, el qu’il vous aura abandonné : Ego rado.
’ et in perculo tesiro moriemini. Première raison. Le pécheur an lit de la mort abandonne de Dieu.
I En effet , c’est une vérité du salut , que le Seigneur met de* bornes à sa patience, au-deU ilesquelles il ne va jamais ; el que comme il a établi nu temps [wur .se souvenir du péclieur, .sdon l’expression de Job, il en a aussi marqué un autre pour l’otdflier. Il y a dans les trésors de sa misé- I ricorde certain nombre de faveurs spécules desti- I nées à cliacun de nous en particulier, lesquelles.
LUNDI DE LA DEUXIEME SEMAINE
One fois taries par nne longue suite d'infidélité, sont le signal de son iiidilTéreiice et de sa fureur ; et ne laissent plus i ceux qui eu ont abusé, ou que ces secours ordinaires et presque toujours inutiles de la grâce , ou que ces ressources uniques tirées de sa toute-puissance , dont l'ordre de sa sagesse et de ses conseils étemels ne lui permet pas de se servir. Ainsi lorsque les abominations de Sodome furent montées i leur comble , et que le nombre de dix justes arrête dans l'ordre étemel de ses conseils ne s'y trouva plus , Abraliam eut beau lever les mains vers lui , le Seigneur ne put se laisser fiécbir, et il fit pleuvoir du liaot du ciel sa fureur et son l’eu sur ces villes criminelles.
Je sais que tout le temps de la vie présente est un temps de salut et de propitiation ; que noos pouvons toujours retourner à Dieu ; qu'à quelque heure que le péclieur se convertisse au Seigneur , le Seigneur se convertit à lui ; et que tandis que le serpent d'airaiu est élevé , il n'est point de plaie qui soit incurable; c’est une vérité de la fui : mais je sais aussi, que chaque grâce spéciale dont vous abusez peut éu^ la dernière de votre vie; que Dieu se lasse; que les bornes de sa bonté ne sont pas les mêmes pour tous les hommes ; qu’après avoir pardonné trois péché à Damas, il n'en pardonna pas un quatrième; qu’un seul crime quelquefois consomme la réprobation d'un pt^ieur ; je sais qu’il est terrible doue ses conseils sur les enfants des hommes ( Ps. Lxv, 5 ]; que Ton ne (oiinoit fat la puissance de ta colère , et que jamais personne n’a pu compter sa fureur et son indienalion. ( Ps. lxxxix, il, 12. )
Cette véilé si terrible et si incontestable supposée, tirons-en d'abord une conséquence qui ne l’est pas moins. Si l'Ecriture de toutes parts nous annonce que Dieu se relire quelquefois d’une ame infidèle; et qu’apré avoir pris long-temps un soin inutile de Babylune , il se venge enfin en l’abandonnant è elle-nième; certes il n’est point de circonstance où celte sévérilc soit plus juste et mieux placée qu’au lit de la mort : c’est alors que Dieu doit i sa justice l’abandon du pécheur. Car, ditesmoi , mes Frères , si apré un petit nombre d’inspirations négligées , Dieu laisse quelquefois une ame i elle-même , que pourrez-vous vous promettre dans ce dernier moment, vous surtout qui ne compterez plus alors vos jours que par l’abua de ses grâces; vous qui depuis le malin de votre vie jusqu’à cette dernière heure , aurez toujours été agité par des remords cruels et inutiles sur votre état; vous qui aurez peut-être poussé riinpenilence et ringralitude , jusques à avoir mille fuis envié le sort dé compagnons de vm desordré , en qui
vous remarquiez une conscience tranquille dans le crime , et un coeur endurci contre tout» lé terreurs de la religion ; vous qui aurez refusé ses miaéricordé, aussi long-temps que vous aurez pn goûter le fruit de vé infidélité; vous, en un mot , qu’il avoit préjxiré à cet abandon par dé avis réiléé sur sa ilureté envere lé pécheurs qui dillïrent leur conversioa jusqu’à ce dernier moment. Vous voudriez qu’alore le Dieu juste et terrible vous regardât avec dé yeux de bonté; qu’il se souvint de vous dans le temps de votre aflliction ; c’ét-à-dire, dons la seule circonstance que sa colère attendoit depuis ai long-temps pour se venger, et pour punir l’abus indigne que vous avez toujours fait de sa grâce ?
Mais, 6 mon Dieu! où serait donc cette jnslice qui trempe sé fièché dans le sang dn pécheur , qui insulte aux larmé de l’impie monrant, et qui se console dans sa vengeance fat que deviendroient donc cé menacé ai effrayonté, et toujours suivié de leur effet , que vous nous avez laiaséé dans Vé livré saints ? et quand est-ce donc que Dieu se vengerait, mé Frèré, s’il ne se vengeoit point alors? La patience qui lui bit supporter le pécheur durant la santé serait-elle si terrible, comme il nous l’assure lui-même dans lé divioé Ecrilnié, si elle devoit se terminer par un acte de clémence? serait-il si sévère lorsqu’il larde de punir; si , en dissimulant sé offensé, il ne lui préparait pas on affreux endurcissement à U fin ?
Mais , mon cher Auditeur, quand la justice de Dieu ne s’opposerait pu à sa clémence dans ce dernier moment, la nature toute seule de la grâce que vous vous promettrez alors, ne vous permettrait pu de l’attendre. Car non seulement vous vous promettez la grâce de la conversion , c'est-àdire , cette grâce qui change le cœur ; mais vous vous promettez encore la grâce qui nous bit mourir dans la sainteté et dans la justice ; la grâce qui consomme la sanctifiétion d’une ame ; la grâce de la persévérance finale ; mais c’est la grâce dé seuls élus; c’ét le plus grand de tous lé dons; c’est la consommation de tonté lé gracé ; c'est le dender Irait de la bienveillance de Dieu sur nne ame ; c’ét le fniit d'une vie entière d’innocence et de piété ; c’est b couronne réservée à ceux qui ont légiliraement combattu. Dieu ne doit à In rigueur celte foveiir inétiniable à personne; il la refuse quelquefois à ceux mêmé qui ont marché longtemps devant lui dans la justice et dans la sainteté; et la fin déplorable de Salomon ét un exemple qui fera trembler lé JusIesdetousIésièrJes. Et vous présumez (jiie le plus signalé de tous les bienfaits sera le prix de la |ilus ingrate de tout» lé vié P et
IMPENITENCE FINALE.
voag OMz TOD> flatter qu’on ne reftisen pas alors à nn pécheur inTétéré, toujours averti et toujours infidèle, une grâce qu’on u'accorde pas toujonrsà ceux qui ont été fong-temps justes? et vous vous promettes que le Seigneur mettra le comble i ses miséricordes, lorsque vous Taures mis rousHnéme i vos crimes? O mon Dieu! se peut-il qu’un espoir si insensé abuse presque tons les hommes? et vos serviteurs qui crucifient tons les jours leur chair pour obtenir ce don précieux , et qui tremblent sans cesse dans la crainte qu'il leur soit refusé, sont-ils eux-mêmes dansTillusion; ou le pécheur, qui continuant à vous outrager, compte tranquillement sur ce grand don, et n’oflte pour l’obtenir que ses crimes , et la présomption de Tavoir attendu?
Oui, mon cher Auditeur, quand mémeDien accorderoit quelquefois cette grande miséricorde an lit de la mort à une ame qui aurait jusque-là différé de se convertir, je dis qu’il ne vous Taeeordera jamais à vous qui ne différer votre conversion, que parce qne vous vous y attendes. En effet, il pourrait arriver qu’un pécheur, qui durant ses désordres n'auroH jamais en de retour sur lui-méme et sur son salut, et qui aurait vécu sans aucun sentiment de foi et sans aucun remords de ses crimes, revint à loi dans ce moment terrible, fdt effrayé de son insensibilité passée, levât au del des yeux baignés de larmes, et on cœur nouvellement attendri; et que le Seigneur, do haut de ses miséricordes, jetât des regards propices sur un aveugle, qui commenceroit alors seulement à ouvrir les yeux à la lumière. Si la grâce de la pénitence est jamais accordée à la fin , il semble qu’elle pourrait Tétre à un pécheur de ce caractère. Mais vous qui bites de cette espérance Taffteux motif de vos dérèglements; vous qui ne diftérez de vuus convertir, que parce que vous croyez qne vous serez assez à temps an lit de la mort de vous donner àDieu, et qu’il ne rejettera pas alors votre repentir; vous qui prenez dans sa misérictnde même de nouveaux sujets de l’outrager ; pécheur indigne alors des regards d’im Dieu même qui ne saurait pas s’irriter; d’Un Dieu même qui ne serait que dément sans être juste; d’un Dieu même qui ne vous aurait pas déclaré qn’alors il vous al^ndonnera : quelle ressource pourrait-il vous rester? Quand une vie entière de crimes n’éloigneroit pas alors de vous celte grâce signalée que vous attendez, b témérité toute seule qui vous la fait espérer vous en rendrait indigne. Bien ne met un diaos plus immense mtre Tame criminelle et la miséricorde de Dieu, que de marquer des jours et des moments à sa grâce , et à sou
Esprit qui souffle ou il veut, et quand il vent. Et qn! êtes-vous donc, comme le disait aubefois Judith à ceux de Béthulie qui avoient marqué un Jonrpour se rendre à Holopherne, si le Seigneur ne venoit les délivrer ; qui êtes-vous pour prescrire ainsi un terme à la miséricorde du %igneur, et pour lui marquer des jours et des moments selon votre caprice : Qui estis ms , qui posuistis lempus misérationis Domiiii , et in orMlrium vestrum, diem consiituistls ei?(JuDiTU, VIII, ii , 13.)
A des vérités si terribles, vous tqiposez sans doute en secret ce foux espoir, que ces menaces générales ne tomberont pas sur vous en partieu- Üer. Mais je vous demande, quels sont les pécheurs menacés dans les livres saints de l’abandon de Dieu au lit de la mort? Ne sont-ce pas les pécheurs qui vous ressemblent ? Que trouvez-vous en vous qui paisse vous flatter que Dieu tiendra alors à votre égard une conduite particulière? Votre vie passée? Ah! ce sera bien assez qne Dieu veuille l’oublier. Ces désirs de convenion que vous formez tous les Jours? mais c'est ce qui achèvera de vous rendre excusable. Ce bon naturel qui vous bit pencher, comme malgré vous, du côté de la vertn ? mais c’est uhe grâce dont tfien alors vous demandera compte. L’espérance qne vous avez toujours eue en sa miséricorde pour ce dernier moment ? vous venez de voir qne ce sera le plus grand de tous vos crimes. Tout ce que je trouve ici de particulier pour vous, c’est que vous serez plus indigne des miséricordes du Seignear qu’aucun autre pécheur ; et que le Dieu juste aura des raisons de refus contre vous, qu’il n’aura pas contre la plupart des âmes impénitentes. Snrquoi pouvez-vous donc vous rassurerencore, mes Frères? Sur la bonté de Dieu sans doute , qui ne veut pas la mort du pécheiir? Sa bonté? mais vous la regardez donc comme une foiblesse et une imbécillité, qui n’auroit pas assez de sentiments pour être blessé des plus grands outrages ? Sa bonté? mais c’est parce qu’il est bon , i|u’il doit abandonner le pécheur au lit de la mort. Sa bonté ne lui permet pas d’accorder alors des grâces qui seraient des écueils pour les antres hommes : sa bonté ne veut pas tendre des pièges à la fausse confiance des pécheurs, en ouvrant ses entiailles dans çe dernier moment anx cris d’une ame infidèle ; c’est un trait de bonté (Tâter à lios passions des prétextes d’erreor et dlmpénitence; et de ne pas Eure dn salut d’un seul la perte de plusieurs. Ainsi vous comptez sur sa bonté; et c’est sa bonté même ^i demande votre punition, et qui doit vous faure tout craindre.
Ici, mes Frères, je ne vous demande (ju'nne
LLNÜl DK l,A DLLXitMK SEMAINE.
retlexioD. Il n'esl persoiuie (|ui, peiiilaiil sa vie, De fasse mille fois la résuUUion de changer; il n’esl («rsonne presque qui ne meure avant de ravoir exécutée. Les plus déréglés même souluiitenl de finir saintement: Unis, comme lialaam, veulent mourir de la mort des Justes; personne ne veut vivre comme eux. On meurt en desiiant; ainsi avons-nous vu mourir nos proches, nos amis, nos maîtres: après leur mort même, [»our nous consoler de leur perle, nous avons ra|>pelé ces projets chimériques de conversion , dont ils nous avoient quelquefois entretenus pendant leur vie : 11 ctoil dniM le dessein de se convertir, dil-on; U en parloit tous les joui-s : et là-dessus, on se calme sur sa destinée ; on augure favorablement de son salut. Grand Dieu ! et c’est uniquement ce qui me fait trembler sur le sort de celte ame! c’cstceqiii me fait tout craindre de la sévérité de vos jugements sur elle ! Eh ! que en rappelant ses
désirs de pénitence formés tant de fols sans succès, que rappeler le souvenir de vos grace.s toujours méprisées? on espère pour son salut, sur ce qui a sans doute fait le plus terrible sujet de sa condamnation : on se flatte que vous l'aurez regardée avec des yeux de pitié dans ce dernier moment, parce que vous ne vous lassiez pas de l’avertir Iors4|u’elle étoit encore sur la terre; et .sans doute, vous ne l’avez abandonnée à la mort , que parce que vous Taviez trop souvent visitée en vain durant les jours de sa vie mortelle. O vaines conjectures des hommes 1 Que vos pensées , ù mon Dieu , sont différentes des nôtres, et vos jiigem< nls peu conformes à l'illusion de nos esp<‘nmces!
Mais du inoiiis, direz -vous, on voit tons les jours des pécheurs, lesquels, après une vie entière de désordre , donnent à la mort des n>arques si vives et si éclatantes de repentir, qu’on ne peut pas douter que le Seigneur ne se laisse toucher à leurs larmes, et que leurs regrets n’efTacenl toutes leurs infidélités passées. A cette erreur qui endort tant d*ames impénitentes, .fesus-Christ répond pour moi, qu'on le cherchera alors, mais qu’on ne le trouvera \as; c’est-à-dire, que les marques même les plus loucliantes de repentir que vous pourrez donner alors seront rejetées ; que vous chercherez Jésus-Chiist, et que vous mourrez dans votre péché. Dernière vérité plus leri ihie encore que toutes les autres , et f|ui ne laisse plus de ressource dont puisse se flatter le pécheur impénitent : Qttcerefis me, ei in pecrato vestro nioiieiNinf.
J’avoue ici , mes Frères , lorsque je conudère celte étonnante vérité ; et que je vois d’iin côté le pécheur mourant chercher sou Dieu, et lever vers
lui ses mains suppliantes; et de Tautre, le Dieu vengeur s'éloigner de lui , et fermer ses oreillea aux cris de sa douleur , et à toutes les marques de sa pénitence; j'avoue, dis-je, que c'est ici où le Seigneur me paroU ce Dieu terrible qui n'a pat besoin de l’homme : je mets devant mes yeux la sévérhé de ses jugements ; et je me sens saisi d’uoe secrète horreur : mais quelque terrible que paroisse alors sa conduite, elle est juste, et U ne p«A pas en u.ser autrement envers le péciieur.
Ce n’est pas qu’un seul instant de pénitence véritable ne puisse effacer les crimes d’une rie entière; mais Dieu rejette alors la pénitence du pécheur mourant , parce qu’elle est fausse. Elle est faiLsse, premièrement, parce qu'elle n’est pas libre; c’est la suite de la dure nécessité où il se voit réduit, plutôt que le fruit de la grâce et d’un véritable repentir. Car , je vous prie , mon dier Auditeur, après avoir poussé jusqu'au bout la révolte contre votre Dieu, et fait du dernier Jour de votre santé le dernier jour de vos crimes; vous remettez les armes, et vous demandez ^ece, lorsque vous vous sentez terrassé , et que le Dieu vengeur a le glaive levé sur vous : vous levez les yeux au dcl, où vous n’aviez pas encore jeté un seul regard, lorsque la terre commence à manquer sous vos pieds: vous détestez des plaisirs infinies, lorsque votre cadavre tombe en pièces, et qu’il ne vous fait sentir rien de plus vif que sa puanteur : vous laissez tomber vos richesses sur les pauvres, lorsque vos mains déraillantes tombent elles-mêmes , et ne peuvent plus les retenir : vous laissez en mourant des instructions touchantes à des enfants et à des domestiques, que vous ne pouvez plus scandaliser par vos exemples: en un mot, vous vous repentez lorsqu’il ne vous est plus permb de continuer d’être coupable. La coujoiiCUire toute seule ne rend-elle pas vos larmes suspectes? N’est-il pas vrai même que Dieu juge alw avec équité de votre pénitence en la rejetant ? S’il prolongeoit encore vos jours, ne prolongeriez-vous pas aussi vos crimes ? Si l’on venoit vous assurer de sa part que cette infirmité n’ira point à la mort, {>rendriez vous tant de mesures pour le fléchir ? Tandis que vos maux n’éloient pas encore lout-àfail déclarés, et qu’il vous restoit quelque espérance de vie, aviez-vous voulu entendre à appeler le minbtre de Jésus-Chrbi? avoil-on osé seulement vous le proposer? Que donniez-vous àconnoUre par là, sinon que vous quittiez le crime avec autant de regret que la vie; et que vous ne vouliez pas risiiuer, pour ainsi dire, de vous donner à votre Dieu , sans avoir été bien assuré auparavant ({UC vous ue pouviez plus être au luoiide ?
Hit z€:-r-
IMPÈNITENCE FINALE. -MO
Seconde raison. La pêiiilence du pécheur i la mûri est presque toujours fausse , parce que sa douleur n’est plus qu’une crainte toute naturelle, que lui inspire alors l’Iiorrenr du tombeau , et l’image plus rive que jamais des peines étemelles. Il pleure : mais ce sont des larmes qu’il domie i ses mallieors , et non pas i ses crimes. Il crie : mais ce n’est pas un retour amoureux vers son Père; c’est une prière intéressée qu’il fait à son Juge. Il déteste ses égarements ; mais ce n’est pas qu’il sente l’injure qu’ils ont faite à son Dieu ; il ne sent que les maux où ils vont le précipiter luimême. Lui seul est l’objet de sa douleur, la fin de ses supplications, le motif de sa pénitence : il n’avoit compté pour rien le .Seigneur dans ses plaisirs; il ne le compte pour rien dans son repentir. Ah ! s’il étoit assuré qu’il n’y a rien à craindre andelâ de ia mort, et que l’enfer est un songe, l’iiorreurde ses fautes s’eflaceroit bienlét de son esprit ; et l’on auroit bientôt tari ses pleurs, si l’on pouvoit calmer ses craintes.
Aussi , vous qui sondex les cteurs, grand Dieu ! et qni ne jugez pas sur les apparences , je ne vous en impo.serai point alors par quelques larmes trompeuses, si je renvoie jusque-Ui mon repentir ; mes lamies seront les larmes d’Esaii et d’Antiochus , des lamies stériles et réprouvées : je ne paraîtrai à vos yeux, que comme un criminel qui tremble à la vue de son supplice, et non pas comme un pénitent sincère, qui se confond au souvenir de ses pédiés : vous verrez la racine de mes lionleuses passions encore vivante au fond de mon ame ; je serai encore à vos yeux impudique, mondain, vo- Inpluenx , ambitieux, vindicatif : mes frayeurs ne seront plus que les suites de cette mollesse excessive, qui m’a toujours inspiré tant d’horreur pour tes ptus légères souffrances ; à mesure que j’aurai été plus sensuel , plus idolètre de mon corps , je serai alors plus vif dans mes craintes, plus foible dans mes alarmes , plus élo(|uent dans mes accusations; et quel égard pourrez-vous avoir à des larmes , grand Dieu ! qui couleront de la même source , d’où avoient coulé tous mes crimes ?
Ainsi, mon cher Auditeur, vous lèverez alors la voix au ciel , de l’ablme de vos maux , et le Dieu juste se rira de vos clameurs : Ego guogue iii iiiterilu restro riritbo (Pnov., i, 26); vous pleurerez, et du haut de sa justice il insultera è vos larmes : El tuèsaiiHoèo; vous vous frapperez la poitrine, et votre coeur ne s’amollira point : vous lui promettrez plus de fidélité, s’il prolonge vos jours; et il regardera vos promesses avec dérision, parce qu’il verra dans la corruption de votre cnmr, qu'en prolongeant vus jours, il ne feroit que prolonger
vos cr imes : vous exhorterez les spectateui-s de votre mort à s’instruire sur votre exemple, et à servir Die U durant la santé; et le Seigneur vous répondra en secret ; Pourguoi feméles-lu de raconter mes justices? (Ps. xux, 16.) Vous lui direz è lui-mème ; Seigneur, n’entrez pas en jugement avec votre serviteur; et il vous répondra que rous êtes déjà jugé. Vous lui direz : O Dieu plein de bonté ! vous n'ètes venu que pour sauver les pécheurs; et il vous répondra qn’il n’y a jwfiil de salut pour riinpie. Vous lui direz ; O Sauveur des hommes ! je ne mets ma confiance que dans vos miséricordes infinies ; et il vous répondra, que fespérance du pécheur périra avec lui. Vous lui direz ; O divin Pa.steur de nos âmes ! vous ne rejetez pas les brebis égarées, qui reviennent à vous; et il vous répondra qu’il y a un temps de pardonner, et un temps de punir. Vous lui direz : O Jésus ! je remets mon ame entre vos mains; et il vous répondra , qu’elle ne lui appartient point , et qu’il ne la refoit que pour en faire la victime éternelle de sa justice; et vos gémissements infructueux, et vos sufiplicalioiis inutiles, ne seront plus qu’un doux spectacle pour sa fureur et pour sa vengeance : Cansolabor, et vindicabor. (Is. , i, 24.)
Ail ! c’est alors, qu’au lieu que jusque-là on n’avoit cherché dans un confesseur qu’une dangereuse complaisance , ou plutôt qu’on n’en avoit jamais pris qu’au hasard ; c'est alors qu’un pécheur, semblable à Saill , le jour qui précéda sa funeste mort, se voyant environné de périls dont il ne peut plus se défendre; c’est alors, di.s-je, qu’un pécheur, comme ce prince réprouvé, fait sortir un autre Samuel du tombeau ; appelle du fond de sa retraite quelque homme de Dieu, le plus connu , le plus éclairé, le plus respecté par son zèle et par ses talents; et qu'il lui dit, comme ce roi infortuné : Je suis dans des peines mortelles ; Coarclor nimis. (1. Rbg., xxriii, 15.) Je vous ai donc fait appeler pour savoir de vous ce que j’ai à faire dans l’extrémité où je me trouve : f'ocari ergo le, «t oslenderes mihi quid faciam . (Ibid .) Mais quelle aeroit alors la réponse de l’Iiomme de Dieu, s'il lui étoit permis de répandre ce que la religion l’oblige de penser? Pourquoi venez-vous troubler le repos de mon tombeau ? lui répondroit-il comme Samuel à Saùl ; et m’avez-voiis obligé à sortir de ma retraite pour parollre en ce lieu ? Quare luquietasti me «t suscilarer ? ( Ibid. ) Il n’est plus temps de recourir au Seigneur ; à quoi bon me consulter, puisqu’il vous a abandonné? Quid inlerrogas me, cil III Domiiius recesserlt à te? Vous mourrez , et la justice de Dieu va accomplir sur vous ce qu’on vous avuit tant de fois prédit par ses ordres. Faeieb
LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE
SSO
mimtibi DominHS tint lanitMs rit In manu mm.
( I.'Reg., t, 17. ) Voili ceque |Kiwe alors le ministre du Seipieur. Il vous exhorte à ne pu dtises- |K‘rer; nuis il n'espère pas beaucoup lui-niéiue : il vous parle des miséricordes du .Seifnieor ; nuis U adore en secret les onires terribles de sa justice sur vous ; il vous ouvre le seiu de la glaire , pour réveiller votre espérance; nuis il voit l'aUmc déjà ouvert sous vos pieds : il vous montre votre Sauveur expirant sur la croix ; nuis il n'ose vous dire que ce n'est plus un trtlne de grâce pour vous , nuis un tribunal sévère d'où se prononce votre sentence : il d'uninue è vos yeux , par de saints artiflees de rbarité , niorreur de vos crimes, pour ne pas vous jeter dans le désespoir ; nuis il sait bien que le Seigneur a son poids et sa mesure , et qu'il n'appartient pas à l'bouime d'en rabattre : il vous répète, ponr vous rassurer contre nne vie entière de désordre , ipi'il ne faut qu'un moment i bi grâce pour sauver le péelreur; et qii'mi seul sentimeut de douleur sincère sup|>lée à de longues années de vertu , et peut cunsominer la sanclilication ; mais il n'ignore pas que ce sont U de ces proiliges, de ces coups uniques de la grâce, sur lesquels il est terrible d'èire obligé de compter ponr son salut; et que la suite ordinaire et eonune infaillible d'une vie pédietvsse, c'est la mort daiu le péché.
Souffrez ici , mes Frères, que je vous demande encore nne réflexion, qui va finir ces vérités efhayanlés. Que pouvez-vous souhaiter de plus favorable pour vous i la mort , que d'avoir le temps et d'étre en état de cliercher Jesus-Clirist ; que de le ebereber en effet , et de lui oUHr des lamies de douleur et de pénitence ? c’est tout ce que vous pouvez vous promettre de plus favorable pour ce dernier moment. Et cependant (cette vérité me fait trembler ), cependant , que vous permet Jésus- Clirist d'esperer de vos recherches mêmes et de vos larmes, si vous les renvoyez jiistpic-U ? Vous | me chercherez , et vous mounez dans votre péché : Quarrilit me, et in perrolo reslro morizmiiii. Consolez-vous après cela, mes Frères, snr les marques de repentir que vos amis et vos proches donnent dans ce dernier moment : calmezvons durant la vie snr vos désordres , en vous fiat- > tant qu'une lin semblalde à la leur pourra les expier : dites d’un pécheur bivétéré , que le spectacle des jugemenU de Dieu a effrayé alors , que Dieu Ini a fait ht grâce de finir chrétiennement ; que si sa vie n’avoil pas été trop régulière , sa mort a été très édiliante; qu’on serolt trop beurenx de mourir comme lui , et qu'il ne but pas douter que le Seigneur ne lui ail pardonné. Je ne veux point td
mettre des bornes à vos miséricordes , A mon Dieu! mais, mes Frères, U a chertiié Jésus-Christ; l'at-il trouvé f il a ^mi , il a prié ; mais a-t-U été éxaucé ? il a pris entre ses mains Jésus-Christ cruciflé ; il a arrosé ses pieds sacrés de ses larmes , comme b pédieresse de l'Évangile ; mais lui a-t-on dit comme à elle : J'ozpécAés ro«s soat rrmisf (Lee, vil , 4X.) Il Ini a recommandé d' une voix monrante , comme le larron snr la croix , de se souvenir de lui dans son royaume ; mais a-t-il entendu ces douces paroles : y/ujonrtrèiii row ssreauesc moi dans U ciel (Ibid., xxill,43)f vous l'espérez; mais vous ne le savez pas. El moi, tout ce que je sais, c’est qu'alort ou dierche Jésus-Christ, qu’on ne le trouve pas, et qu’on meurt dans sou péché : tout ceque je sais, c'est que les sacrements du salut, appliqués alors sur un pécheur , consomment peut-être sa réprobation ; et que la dernière des grâces de l’Église est souvent le dernier de scs atcrileges ; tout ce que je sais, c'est que tous les l’ères qui ont parlé de b pénitence des luouranu, en ont parlé en des termes qui font trembler : tout ce que je sais , c'est que votre justice , 6 mon Dieu ! permet souvent que des pécheurs fameux par nne vie entière de dâiauclie, se fraïqient b (loitriiM au lit de b mort , empruntent les expressioat les plus vives de b douleur et du repentir , et meurent aux yeux de tout un royaume, dans des senlimenU extérienrs de conversion ; que votre justice , toujours terrible dans ses coiueib , le permet , pour endormir, si j’use parler ainsi, par ces exemples, la fausse conlbnce des pécheurs impénitents. Ce sont des punitions, grand Dieu ! que votre justice exerce sur les pa.ssioas humaines : vous vous servez de b fausse pénitence des uns, pour préparer des diJtiments i l’iropénilence des autres ; et voua punissez les pécheurs par les pécheurs mèmea. Tout ce que je sab , c'est que c'est une vérité de b fui , que le nombre de ceux qui se sauvent est petit ; et cependant , si les marques de repentir , que donnent les pécheurs au lit de b mort , partoient d’un ctrur véritablement pénitent, et sullîsoient pour le salut, il n’y auroit presque point de péclieur qui ne fiU sauvé ; puisque si vous en exceptez quelque impie , qui pousse josqo’t ce dernier moment sou affreuse insensibilité, et qni meurt sans voubir entendre parler du Ihrà qni va le juger , et qu’nn siècle volt 1 peine une fois; tous les autres pécheurs meurent en se frappant b poitrine , en implorant tes miséricordes du Seigneor; et qu’ainsi, cootre b parole de Jésua- Christ, le plus grand nombre seroit de ceux qui se sauvent. Tout ce que je sais , c'est qu’il but hfae pénitenoe , tandis que Dka nous en donne
• jJigitood t»y ^
RESPECT HOMAiN.
le lemp»; et qn’an Ut de la mort, oà tous ne serez |ilus en état de le eberefaer, ou mtme quand tous le efaereberiez, vous ne le trouverez pas : et par conséquent, si vous dilTérez votre pénitence à la mort , vous mourrez dans votre pécbé, parte que la pénitence alors est presque toujours impossible, ou presque toujours inutile. Plaise 1 Jésus-Christ, mes Frères , que ces menaces ne vous regardent pas , et que dans le dernier momeut , votre mort , sembtaUe 1 celle des Justes, soit un passage à la bieniieuteuse immortalité.
Ainsi sott-il.
SERMON
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