‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 130 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La sainteté est la vocation générale de tous les Gdèles; et le Seigneur nous a tous appelés, pour parler avec l’Apdlre, aGn que nous soyons saints et purs en sa présence. Néanmoins, la voie pour arriver à ce terme heureux n’est pas la même pour tous les hommes : cette vie est une terre élran- / gère, où se sont formées des routes différentes et inGnies, par lesquelles, comme des voyageurs, nous marchons tous versla céleste patrie; mais par lesquelles nous ne marchons sûrement, que lorsque la main de Dieu elle - même noos y a placés.

Eu effet, mes Frères, la raison cl la foi nous défendent également de penser que le Seigneur

après nous avoir appelés à la lumière de l’Evangile, en nous faisant naître de parents Gdèles, n'ait plus voulu se mêler, pour ainsi dire , de notre sort ; et que sans rien déterminer sur le genre de vie , et sur l'état dans lequel il vouloit que nous opérassions notre salut , U nous ait tellement laissés entre les mains de notre conseil , qu’il s'en soit remis à notre seul caprice, sur un clioix si décisif pour notre clernilé.

Je dis la raison : car ce seroit se figurer, comme ces pliilosophes insensés, une divinité indolente, qui laisse au hasard et à l’aventure le soin des choses d’ici-bas ; qui ne tient plus entre ses mains les destinées des liommes; qui suit le cours des révolutions humaines, sans leur donner elle-même de mouvement; qui est entraînée par l’impulsion bizarre et fortuite qui fait mouvoir ce grand univers, sam la former ni la conduire, et qui est l’esclave plutôt que la modératrice des événements : ce seroit luiuler cette providenceattenlive, et cette sagesse universelle, qui dispose de tout depuis one extrémité de la terre jusqu’à l’autre, avec poids, avec nombre, avec mesure; qui fonne cette harmonie et cet arrangement admirable , ou l’on est forcé de reconnoltre un Être suprême et intelligent, lequel, par des voies inexplicables, conduit tous les autres êtres à leur fin : ce seroit, en un mot, ou nous donner un univers et des hommes sans Dieu , ou nous donner un Dien pins fgible et plus roéprisaUe que l'iiomme.

Je dis la foi : car si l’élection des Justes n’est que la préparation éternelle des moyens qui doivent infoillibleroent les délivrer, le choix d'un état de vie clant sans doute le principal, il a dû être renfermé dans celte volonté mis^icordieuse, qui leur a préparé des voies sûresde ï^aiul ; et d’un autre côté , la destinée des méchants , devant servir aussi dans les desseins de Dieu, par mille rapports secrets au salut des Justes, elle a dû entrer dans le plan éternel de leur justification , et n’étre pas moins arrêtée dès le commencement, que la condition même des élus. Il demeure donc établi , qu’avant que nous fussions nés, le Seigneur avoit iracéà cliacun de nous le plan de nos destinées, et, pour ainsi dire, le chemin de notre éternité; et que parmi celte multiplicité de voies, qui forment les diverses conditions de la société, il n’en est qu’une qui soit la nôtre, et par où Dieu ait voulu nous conduire au salut.

11 n'est que trop certain cependant , que la voie que nous nous choisissons la plupart n’est point celle que Dieu nous avoit d’abord choisie , et que de toutes les circonstances de la vie , le clioix d’im étal est celle où la méprise est plus ordinaire. Vocm

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MERCREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE

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en MnTiendrez tb^ment, mes Frères « si toon voulez taire alleniUm i U nature de ce clioix, et aux ctrconsiances essentiel les qui doivent l'accompafner. Premièrement , les partions et les préjugés y rendent les méprises très onlinaires ; on ne peut donc s'y conduire avec trop de circonspection et de maturité. Secondement , ce choix dépend des desseins de Dieu sur noos; ce n’est donc pas Tonire de la nature, qui doit en décider. Troisièmeinnil, le bonheur et le repos même de notre vie y est altadié; U faut donc y consulter |éus son goût que celui des autres , et n'y faire entrer pour rien le respect humain. Kniln , c'e»t la voie unique de salut pour nous; il faut donc être surtout aiienlif, en le choisissant, aux bciUtés et aux avantages qui peuvent nous en revenir par rapport à nos intérêts éternels. Or, mes Frères, où sont ceux qui dans leeltoix d'un état de vie observent toutes cesoondl(kms?el de là concluez si les méprises n'y sont pas onlinaires. L'imprudence, la coutume, le respect humain, la cupidhé , sont les grands ressorts qui donnent le premier branle aux diverses destinées des hommes ; et si nous voulons renKUiter jusques aux premières vues qui présidèrent à notre voeaiion, il n’est peut-être personne ki , qui n'en trouvât le princi{>e dans quelqu'uite de ces Miirces empoisonnées.

Et preniièreinenl . mes Frères, esl-U de clrconaUnce dans toute 1a vie, ou la maturité, le conseil, lei aiteutions fuaseni plusnécessaires, que dam le choix ikuH nous parlons? Quelle coimoissanre n’y (audroil-il pas avoir de sot-ruême, de peur que nos indiuatloiit ne vinssent ensuite à désavouer notre démardte Pquelles prières ferventeset continuelles ne derroient pas précéder cette grande action, afin que le Seigneur daignât nous découvrir ses voles? quelle innocence de imrtir» ne Uevroit pas nous y préparer, pour dbposerle ciel, par ces Mîmes prémices de notre vie, à nous placer lui-nième dans h route, qui seule peut terminer beureuseiiieul le reste de notre carrière?

Cependant on se détermine d'imiintire dans un àge,oùà peine la raison peutcocmoltre, loin qu'elle s^t capable de choisir. Une démardie où U circonspection la plusatteutivedevroileucorecraiiidre de M méprendre, est loujuars l'ouvrage desanui* sements et des goûts puérils de l'enfance : à peine eonmience-l-oo à bé^yer, qu'on décide déjà de raffhtre h plus sérieuse de la vie; et ces paroles irrévocables qui prononcent sur notre destinée, sont les premières qu’on nous apprend à former, avant même qu'on nous ait appris à les entendre. On accoutume de loin notre erprii naissant àce^ images suggérées : le cIkhx d'un étal n'est plu*> q«*une impression portée de l'cntoice: . ainsi ^

avant que nos prnclianis soient déveh nous sachions ce que nous s<in)me.s formons des engagi mcnts étemels , e que nous devons être |K>ur lotijourt.

Si Ttui atleiMl un àgeplusavaucépc un étal . les attentions n'en sont pas [ sérieuses : c'est le liasanl et l'occasioi ciüenl d’ordinaire. Une dignité sarréf on ne s'altendoil point, nous dépmiill de l'ignominie du siècle, et ntnis placi saint. La mort d’un aine change nos rengage dans le monde, d'où nous ve tir; et notre vocation à l’autel expire,* nous voyons revivre de nouvelles espi la terre. L u simple dépit est souvent it qui nous arrache brusquement au sièi précipite dans la retraite. Une liaison c fait suivre la fortune et la destinée d' (in, de tous les rhmx , il n’en est poil dence riirétienne ail moins de part, qu étal de vie : et voilà pourquoi il n'en e méprise soit plus ordinaire. Carconir.

vous ne pas vous mépremlre dans un < et si décisif pour vou.s, auquel vous ap de précautions, (|irâ toiitesles dcmarc impurlanles de votre vie? et coinmen vous les desseins de Dieu sur votre vous ne daignez pas nvème le oonsull< ne le mettez pour rien dans celle qu foniiez à vous-mènie?

Et c'est ici oii vous êtes inexcu>ii mes Frères, que la Providence a pl; d’une famille. Accoutumez-vous vost un âge tendre , à faire tous les jours cette prière du profihèle ; Seitjneury s vos voies, el décourrea-NONS les sen roNS roules nous conduire (Ps. xxiv TOUS sans cesse vous-niémes, afin qui plique sur leur destinée? et luidites-v autrefois les apéirestSt'igneur, voiisq le nvur de tous les hommes, apprenei de ces enfants vous avez choisi : Osfei gerij(AcT., l,24.)?Occupez-vous leu saule de l'iniporlancedece clioix? lei assez entendre que de là dépend le i salut éternel ; el que les ;»rc‘cautioti$ être excessives ilans une démardie • sont irréparaldcs? leur apprenez-vous vocation du ciel, non par les usages monde. maU par les règles de la foi; qu’on a porté, comme en naissant, ] el qui senilde ne pouvoir venir que di nature; par les talents qui semideiit noi par les impressions de la grâce , qui

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