‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 131 sur 348 · LA VOCATION · texte numérisé non relu

LA VOCATION

noQS y convier en scccrel ; par la pureté des motifs qui nous y déterminent ; par le caractère de nos penchants , qui nous en diminuent les dan^rs ; et enfîn, par le conseil de ceux à qui nous conHons notre conscience, et qui , ctmnoissant le fond de notre ame, sont plus à portée de connoUie les routes qui nous sont propres? Où sont les parents que des soins si chrétiens et si indispensables occupent? Hélas! on n’a ^arde de donner à des enfants des instructions dont on seroil fàclié qu’ils fissent usage; on les éloigne même des personnes et des lieux où ils pourroient les recevoir; on leur exagère tous les jours les inconvénients d’un état oti l’intérêt d’une maison ne les demande pas ; on leur ende les avantages et les agréments de celui auquel on les destine ; et l’on ne se sert que de leurs passions, pour leur iaspirer un choix qui doit les conduire à les combattre.

Seconde source de nas méprises dans le civoix d’un état de vie : ce choix qui dépend uniquement des desseins de Dieu sur nous, c'est l’onlre de la nature tout seul qui d’ordinaire en décide. On n’attend point d’autre manpie de vocation que le rang de la naissance, ou la situation de la fortune : on se liersiiadeque Dieu a tracé dans ces événements piireuient humains , le plan de nus destinées éternelles; qu’être né le premier dans une famille, c’est être choisi du ciel pour succéder aux titres et aux dignités de nas ancêtres; que n’avoir que le second rang dans la maison de son père, c’est un droit qui nous ouvre la porte de la maison du Seigneur; qu’un grand nom et une fortune médiocre sont un engagement inévitable à choisir Jésus-Christ pour son époux.

J’avoue que la sagesse de Dieu se sert quelquefois de ces signes humains pour nous montrer de loin et accomplir en nous ses desseins de miséricorde; que les circorusiances de la naissance, du nom, de la fortune, peuvent être des ménagements adorables que sa bonté nous préparoit depuis le commencement des siècles , pour nous faciliter le choix de l’état auquel il nous destinoit, et que souvent notre situation temporelle est la première grâce qui nous prépare l’éternité ; mais cette règle û’est ni sûre, ni universelle. Souvent un Jacob est appelé aux bénédictions d’un premier né, tandis qu’Ksaù n’a que le moindre partage. Souvent un David, le dernier de sa famille, est oint de l'onction sainte et établi roi d’Israël, tandisqneses frères, avec des qualités plus estimables aux veux du monde , sont laissés dans une condition obscure et privée. Souvent un Aaron , malgré son aînesse, est appelé au sacerdoce, et Moïse, son cadet, est établi du ciel cliefdes annéesdu Seigneur. Eh! qu’ade commun

la vocation toute gratuite du ciel, avec le cours inévitable d’une descendance charnelle? que! rapport entre les intérêt** de la cupidité, et les mystères inconiprélieasibles de la grâce ? Dieu a-t-il assujeli ses desseins étemels de miséricorde à la bizarrerie des arrangements humains? l.es talents propres d’un état sont-ils toujours attacliés à un certain rang dans les familles? le goût qui nous en inspire le choix vient-il avec l’ordre de la naissance ? et la nature a-t-elle formé le cœur d’un puîné , plus pur, plus disposé à remplir I&s devoirs saints et sublimes du sacerdoce, que celui de ses frères? Vous n’ètes pas , 6 mon Dieu! dans vos choix le fauteur on l’esclave des vues et des cupidités humaines, un Dieu de chair et de sang, et vous n’agissez pas comme l’homme.

Mais on ne peut pos, direz-vous, en une famille nombreuse, tout établir dans le monde. Eh! quoi, mes Frères, pour ne pas partager vos biens, vous sacriflez vos enfants , et le fruit de vos entrailles? Mais, aj(Hitez-vou5, U seroil désagréable de les voir traîner leur nom , et prendre des partis ' peuconvenablesàleurnaissance. Mais faut-ilqu’ils soient , ou grands selon le monde , on réprouvés devant Dieu? n’y a-t-il pour eux que ces deux destinées ? et une fortune médiocre paroll-elle plus affreuse à vos yeux que leur infortune éternelle ? Mais ils seraient malheureux dans le monde. Vous ne comptez tiunc pour rien qu’ils le soient dans réiernité? on n’est malheureux que lorsqu’on n’est point à sa place. Mais c’est ainsi qoe les maisoits tombent. Vous vous trompez, mes Frères, c’est aiasi qu’elles prospèrent. Dieu regarde avec ' des yeux bien plus favorables ces familles heureuses, où chacun est à la place que lui- même avoit ) marquée. Le vieillard Jacob voit en mourant la I grandeur future de ses enfants, parce qu’en leur I prédisant des destinées différentes, il ne leur prédit que les desseins de Dieu sur eux. La prospérité I des maisons n’est pas tonjonrs dans la fortune, mais dans le caractère et dans la vérin de ceux qui les soutiennent : .Si le Seigneur n'Mifie lui-même la maison , en taia traraille celui qui s'efforce de rrlfcer. (Ps. r.xxvi, 1.) Aussi leur décadence, leurs calamités, sont comme une malédiction qtie Dieu a toujours attachée au crime des vocations forcées. On sacrifie des cadets infortunés à la grandeur d’un aîné : les débauches I’é[ ii'sent; il meurt sans postérité; cl son nom s’éteint avec I lui, et avec le sacerdoce forcé de ses frères. Que de nwisons illustres tombées dans l’oublt subsisteroient encore aujourd’hui , si ces sacrifices de ranihiüon et de la cupidité n’en avoient sapé les fondements , et enseveli leur nom et toute leur

iü4 MLKCREüi DE LA DEUXIÈME .^KMAIME.

grandeor sons leurs raines ! Laissez vos enfinU sous U main de Dieu, mes Frères; il n'esi pour nmiR de sHiiation sAre, et pour le monde et pour rélerniié, <|ue celle où il nous a pbces lui*mème.

Et voici la troisième source de nos méprises dans le choix d’un étal de vie : le choix d’un état est pour nous l’unique voie du salut que Dieu nous a [H^parée : on no doit donc » en cIioLusmuI , être principalement atieniirqu’aux avantages qui peuvent nous en revenir par rapport à notre salut éteniel ; c’est-é-dire , que de toutes les voies, la rcligion et la raison veulent que nous clioisissluns celle qui , en égard au caractère de nos penclianU et de Dosfuiblesiies, nous fournira plus de muyen^ide salut.

Ce n’est pas qu’il faille sc retirer dans des soli* tudes , se dérober à ces emplois qui maintiennent la traiiquilliié des peuples et le bonheur des empires, se refuser aux be«Hnsde l'étal, négliger ces professions publiques , qui fournhisent aux besoins de la société, et qui en font l'ordre et l’iiarnionie; fuir, comme on écueil , le lien sacre du mariage, que la religion appelle saint et honorable, sous prétexte qu'il y a des états plus sûrs pour le salut : le silence , la retialte , l’austérité même des cloîtres . n’est pas 1a profession la plus sâre pour tous les hommes : vous y Irouverez plus d’écueils, qu’au milieu du monde, si vous n’y êtes point ap> pelé : ce n'est pas l’état, c'est la vocation du ciel , qui bit la sûreté. Lotli est lidèle au milieu deSodome, où le Seigneur l’avoit placé pour confondre, par l’exemple d'un Juste , les déréglements d’une ville criminelle; et il tombe sur la montagne où il s’éioil arrêté , contre l’ordre de l'ange qui vouloit le mener plus loin. La retraite sera pour vous no écoeil, si rEspril de Dieu ne vous y a pas conduit ; et la conr, un lieu de grâce et de sanctincatioo, si l’ordre du ciel vons y appelle.

Ce que je veux donc dire ici , c’est que l’aniaire principale étant d’arriver au terme heureux , il seroit insensé de ne donner la préférence an sentier qii'on chMsit , que {Mr ce qu'il peut offrir de plas brillant et de plus agréable , plutôt que par les secours et les facilités que nous y trouverons de fournir heureusement la carrière. Or, sur ce principe , que de vocations défectueuses! Car, remontons à la source : d’où vient que cet homme &t entré dans la robe ? c’est qu’il a cru mieux faire son chemin par la voie de la magistrature, que par celle des emplois militaires. D’où vient qu’un autre a suivi la route des armes? c’est que son nom et les services de ses ancêtres lui permet toienl d’aspirer à tout, au lieu qu’un autre parti reû« laissé dans l’obscurité d’une vie privée. Pourquoi celui-ci paiel-U de tous ses biens une charge qui l'approclw de

la personne du (moce ? c’est qoe maître , on est plus près de la sot Quels sont les motifs <|iii condu l'autel saint? que vient- il cherclu ses trésors , ou ses fonctions ? ses ministères? l'éclat du sanctuaire, c adore? Il apporte pour toute man un ministère d’humilité, des vîtes gloire; ê un ministère de travail des espérances de repos et de m« nblère de désintéressement, di diarité , des projets de luxe , de bondauce ; et comme cet infidèlr vient dans le temple, que pare oui dire qu’il y troiiveroil des rie et les dépouilles saintes des peup C’est la cupklilé toute seule qi la diversité de nos destinées ; cai prit de Dieu ne peut être auteur mains, un choix qui est l*ouvrag« peut qu'être favoraMe à la copir vues de fortune , d’élévation, d< ont frayé la route par où vous man verez donc des occasions d'orgi de mollesse, de volupté, d'autai pour vous , que votre choix déch infortunés pour ces vices. Vou mondain voluptueux, un courtb homme de guerre impie , un ma^ ministre corrompu , puisque voi monde que ftonr ses plaisirs; la < bvenr; les armes, que pour la que pour une vaine distinction ; tes honneurs et les ridiesses du punira même le déréglement de favori.«ant les passions qui vous T serez placé sur les premiers tribut vous parviendrez i la faveur du p distingué par tous les bonnenrs serez élevé sur le trône du sam bveurs temporelles seroul des de fera dans sa colère ; et comme i vrage de votre cupidité, elle» en ments et la plus juste peine.

Mais, si ce n’est pas un goût décider du duHx d’un état, ce i respect humain qui force le goût les plus innocentes, les plus nai avions portées en nais.sant , et > venir que du maître même de La sourcede nos raéprisesdansie cho En effet, comme de cc cltoix dé et le lK>nheur de notre vie, les c coûtent au ccrar y sont dangereu

nations où le respect et la crainte de cerne de qoi nous dépendons ont plus de part que nos propres penchants , traînent toujours après elles le repentir et ramertume; et tout ce qui s*y décide sans nous et comme mal^é nous, ne peut larder d'étre désavoué de nous-mêmes.

Or n’est-ce pas ce funeste respect humain qui préside presque toujours à la décision de nos destinées y et qui nous force à des choix que tous nos penchants désavouent ? Tel prend Je parti des armes, et suit une ronle, d*où mille raisons de tempérament , de goût , de conscience , d^inléréi même l'éloignent, parce que né avec un nom, il n'oseroit se borner aux soins donnestiques , et que le monde regarderoit ce repos comme une indigne lâcheté. Tel préfère on célibat dangereux i un établisseraenl qui le dégraderoit dans le inonde , et aime mieux s'exposer à toutes les suites de sa fragilité , que déslionorer son nom par une alliance inégale. Telle , sans aucun attrait pour la retraite, se consacre au Seigneur par pure fierté, parce qne, n'ayant pas de quoi soutenir son nom et s'établir convenablement dans le monde, un asile saint lui parott plus honorable aux yeux des hommes qu'une fortune obscure et rampante.

Personne presque ne prend dam son propre cœur la décision de sa destinée. Si l’on est maître de son sort, c'est la crainte du monde et de ses jugements qui en décide : en un âge tendre, on regarde comme une loi , la volonté de ceux de qui l'on tient la vie : on n'ose produire des desirsquiconlrediroient leurs desseins : on étouffe des répugnances qui deviendroient bientdt des crimes. Des parents barbares et inhumains, pour élever un seul de leurs enfants plus haut que ses ancêtres, et en faire l’idole de leur vanité , ne comptent pour rien de sacrifier tous les autres et de les précipiter dans l’abime : ils arrad>ent du monde des enfants à qui l’autorité seule tient lieu d'aitrait et de vocation pour la retraite : ils conduisent à l'autel des victimes infortunées qui voots*y immoler à ta cupidité de leurs pères, plutôt qifà la grandeur du Dieu qu’oo y adore : ils donnent à l'Eglise des ministres que l’Eglise n'appelle point, et qui n'acceptent le saint ministère que comme un joug odieux qu'une injuste loi leur * impose : enfin, pourvu que ce qui parolt d’une famille éclate, brille, et fasse honneur dans le , monde, on ne se met point en peine que des té- | nèbres sacrées cachent les chagrins, les dégoûts, les larmes, le désespoir de ce qui ne parolt qu’aux î yeux de Dieu. O mon Dieu ! que 1a présence de ' ces malheureuses victimes sera terrible au Jour de vos vengeances pour ces parents dénaturés, et que lemalbeurdeleardesUDéesollicilerapubsamment \

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votre justice à venger leur sang contre les autetns de leur être, et de leur éternelle infortune ! C'est ainsi que l'imprudence , l’ordre de la naissance, la cupidité , les égards humains, décident de la destinée de presque tous les lK)mmes ; et de là tant de mécontentements dans tous les étals, tant de regrets dans les mariages, tant de (roubles et de divorces dans les familles , tant de murmures et de chagrins à la cour , tant de dégoûts daus le service, tant de révoltes, d’ennui, d’amertume dans les cloîtres. De là chacun se plaint de sa condition , et envie celle d'autrui : la femme du monde regarde réponse de Jésus-Christ comme heureuse; l'épouse de Jésus-Christ insensée ne forme des désirs que pour ressembler à la femme du monde ; le courtisan soupire après la tranquillité d’une vie privée ; l'iwmme privé ne voit de bonheur que riang la vie de la cour. De là eu6n nul n'est heureux dans le monde, parce qne nul presque n'y est à sa place. Mais ai , de toutes les circouslances de la vie , le choix d'un état est celle où 1a méprise est plus ordinaire, c'est aussi celle où la méprise est le plus à craindre*

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