‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 136 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Or fl arrfra, continue Jésus-Christ, que ee pauvre mourut^ et fut porté par les anges dans le sein d'Abrabain : le riche tuouruf aussi, et il fut enseveli dans renfer. Quel nouvel ordre de desti- , nées , mes Frères ! Lazare meurt le premier; car j le Seigneur se liâte de visiter ses élus, et d'abréger 1 leurs jours avec IcurssouTrauces : le riche lui sur

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vil; le Seigtieur, au conlraire, n’ouvre que lenieroent les portes de la mort aux pcclieurs, pour les alleudre plus long-temps à pénitence : mais enlin le riche meurt ; car les grands biens nous attachent k la viCf mais ils ne nous rendent pas iminorleLs : il est enseveli, scpullus : circonstance qu’on ne remarque pas dans la mort de Ln/Jirc : des haniienrs funèbres sont sans doute rendus à sa mémoire; la poni|)e et la vanité paroissenl Jus<|ue sur son tombeau : on reliausse par des inonumeiiU superlies sonnéanletsescendres; maU son aine toute seule, précipitée sous le poids de ses iniquités, s’e^t di ja creusé un lieu profond dans l’abime éternel, sepuHut est lu iufpriio. Lazare meurt; son corps aiiandoiiné trouve à |>eine un peu de terre qui lui sei ve de st'puUure : sa Ihi est sans honneur devaut les hommes, mais son ame glorieuse est menée eu triomphe par tous les esprits célestes dans le sein d’Ahrahain : /■VifluMi nt auteiii til wioroWur we»idinis,<l porkneliir afc angrlis in sinum Abrahœ. Le riche meurt ; tout Jén*salem en parle: on loue ses vertus : on vante sa magnilicence : ses amis le pleurent : scs proclies, pour se consoler de sa perte, cherclienl à éterniser sa mémoire par des litres et des inscriptions. Soins inutiles des luKiitnes! son nom même n’est pas venu jusqu’à nous: nous ne le connoissonsque parsesmallkeurs: nous savons seulement de lui qu’il éloU riche, et qu’il est réprouvé: sa naissance, sa tribu, sa fainille, tout cela est anéanti avec lui : car les impies, dit l’Ksprit saint, ont péri comme ceux qui n’ont jamais été : Us sont nés comme .s’ils ne réiolent pas: PerifruNl, qmisi qui non fuerint'ftt nati tuni , qiuisi non nali. (Eccli., xliv, 9.) I^are meurt; on ignore même dans Jérusalem s’il a vécu : sa mort est obscure comme sa v ie : le monde, qui ne l’avoit pas même connu , n’a |>as de peine à l’oublier ; mais son nom , écrit dans le livre de vie, a mérité d’être con.servé aussi dans nos livres saints, et de retentir tous les jours dans ces chaires clirélienncs : CVir Ir corps fies Justes est ense* veli dans h paix, ei ienr nom rirra dan.s tous siècles. (Eccu., xuv,H.)Enuumot, Lazare meurt , et il est porté |»ar les anges dans le sein d’Abraham; le riche meurt, et il est enseveli dans l’enfer ivoilà un partage qui ne changera pins. Inaensés que libus sommes! que nous im|>orte dans quelle situation la main de Pieu nous place pour l’instant rapide que nous {mi'oissons sur la terre? pourquoi u’èire paspliLs occupés de ce (|ue nous serons |Kmrtoujoni's dans rélemité? Or, mes l'rèri*s, corilimions l’iiistoire de notre Evangile, et examinons Imites les circonstances du supplice que Bourfre cet infortuné dans le lieu des tourments.

Premièrement, à peine »e ful-H trouve, dit Jésus-Christ, dans le lieu de son supplice, qu’il leva les yeux en haut, et vit Abraham et Lazare dans sonsein,eleraNs omfos. Il commence d’abord par lever les yeux ; quelle surprise) c’est-à-dire, que, pendant toute sa vie , il ne les avoit pas ouverts une seule fois sur le danger de son étal; c’est-àdire, qu’il ne s’eluit même jamais avisé de se défier que la voie où il inarchuil, si sure en apparence, et si approuvée du monde, piit le conduire à la perdition : car les |»éclieui*8 déclarés, les âmes enlièreuienl livrcesaii crime, sentent bien que leur vie est une vie de réproliation , et ne sc calment que dam l’espérance d’en sortir un jour et de mieux vivre ; mais ces âmes indolentes , molles, voluptueuses , dont je {tarie, qui seddreiidenl des excès et des désordres, elles iiieurcnt d’ordinaire Kans avoir sn qu’elles ont vécu coupables. Le riche réprouvé voit de loin Lazare dans le sein d’Abrahaju , revêtu de gloire et d’immortalité : première circonstance de son supplice. Ce mendiant, couvert d’ulcères, qu’il n’avoii pas même daigné autrefois honorer d’un seul de ses regards , est dam le lieu de paix et de rafraîchissement, tandis que lui-méfue se sent dévoré |>ar les ardeurs étemelles. Quel parallèle alors ! quels désirs de lui avoir ressemblé! quelle secrète rage de ne lui ressembler pas! Il voit en même temps toute l’étendue des biens qu’il a perdus , et les maux irréparables qu’il s’est pré{tarés. Il regarde cette paix. cette sérénité, ces délires toujours nouvelles, dont jouit Lazare, llreioiube, d’une manière affreuse, sur lui-même, et d’un coup d’œil, s’offrenlà lui tons ses malheurs. Plu.s déchiré par l’image toujours présente du bonhetir dont il est déchu , que par fiiorreur des peines qu’il endure, le ciel, dit un Père, le bri’ile plus que l’enfer. (CnnYSOL.)

Oui, mes Frères, c'est ainsi que Dieu ouvrira, pendant tonte l'éternité, le sein de sa gloire; qu’il dépliera les deux devant ces millions de réprouvés que sa vengeance aura précipités dan.s l’ablme; et que là il exposera sans cesse à chaque damné, l’objet le plus propre à nourrir sa fureur et auçineuter ses peiues.

Du fond de ce gouffre, vous lèverez peut-être les yeux comme le réprouvé dans notre Evangile, vous qui m'écoutez, et durant toute la durée des siècles, vous verrez dans leseiii d’Abraluuii,ce père sage et pieux, dont la fuietlapiétcvousavuieiUtoujoiirs |>ani une simplicité d’esprit et une foiblesse de i’àgc : VOU.S rappellerez lesdernières instructions dont il tâcha de redresser vos mauvais (œueiianls au lit de la mort , les marques de tendresse qu’U vous donna , les vœux mourants qu’il fit pour U

LE MAtV

oondnite de votre vie , en ce dernier moment où sa religion et son amour pour vous sembloient se ranimer; et vos dissolutions, vos biens depuis dissipés, vos afTaires ruinées, voire malheur présent, ne s’ofTrironi à vous, qu’avec ses remontrances paternelles , et les exemples de piété qu’il vous avoit donnés.

Vous lèverez encore les yeux, vous, qui dans un état de veuvage et de désolation , vivez dans les délices , et êtes morte devant Dieu ; et du milieu des flammes , vous verrez éternellement dans le séjour de la gloire cet époux avec qui vous ne formiez autrefois qu'un même cœur et nne même ame , sur les cendres duquel vous répaiKlites tant de larmes, et qui, louché de votre lidélité , vous laissa dépositaire de ses biens et de ses enfants , comme de sa tendresse ; et cet objet autrefois si cher vous reprocliera sans cesse les inlidélités que vous avez depuis faites à sa mémoire, la bonie de votre conduite, les biens qu’il vous avoit laisses, pour consoler votre affliclion, employés à le déslionorer, et ses enfants mêmes , les gages précieux de son sotivenir et de sa tendresse , négligés et sacrifiés à des anHHirs injustes.

Oui , mes Frères, du milieu des flammes , ces enfants de colère verront dans le sein d’.\braham, pendant tous les siècles , leurs frères , leurs amis , leurs proches, avec qui ils avoient vécu , jouir de 1a gloire des saints, iieureiix par la possession du Dieu même qii’ilsavuientsen'i. Ce spectacle tout seulsera la plus désespérante de leurs |>eines : ils sentiront qu’ils éloient nés pour le même Iwnheur ; que leur cœur étoit fait pour jouir du même Dieu : car la présence d’un bien auquel on n’ajamais eu dedroit, ou qu’on n’aime plus, touche moins des malheureux qui en sont privés : mais ici un nMMivement plus rapide que celui d’un trait décodié par une main puissante , portera leur cœur >*ers le Dieu pour qui seul il étoit créé ; cl une main invisible le repoussera loin de lui : ils se sentiront éternellement dédiirés, et par les efforts violents que tout leur être fera pour se réunir à leur Créateur , à leur fln , au centre de tous leurs désirs ; et par les chaînes de la justice divine, qui les en arradiera , et qui les liera aux flammes étemelles.

Le Dieu de gloire même, pour augmenter lenr désespoir, se montrera à eux, plus grand, plus magnifique , s’il étoit possible , qu’il ne paroit à ses élus. Il étalera à leurs yeux toute sa majesté, pour réveiller dans leur co'ur tous les mouvements les plus vifs d’tm amour inséparable de leur être ; et sa clémence, sa lionté, sa munificence, les tourmentera plus Cfuellemeni, que sa fureur et sa justice. Nous ne sentons pas ici-bas, ntes Frères,

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