‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 147 sur 348 · TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME

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vos foiblesses Injostes. Ah ! plitl à Pieu , dit un Apôtre, que vous fussiez encoi-e dans les ténèbres de votre première ignorance '■ plût à Üicu que la lumière du ciel n'eiit jamais lui sur vous, et <|n’aveuglé jusqu'ici (>ar l’emportement des passions, vous n’eussiez jamais couuu la vérité I Poun}uoi VOII.S avons-nous nous-mêmes ouvert les yeux dans ces chaires clirétiennes sur la honte de vos passions , et sur les vérités de la vie ctemelle ? pourquoi avons-nous dissipé vos ténèbres , et porté la lumière jusque dans votre ca^ur par la force de la parole sainte ? Nous avons rendu , sans le vouloir , vos maux pires et désespérés : notre ministère si heureux encore envers tant de péclieurs, vous est devenu désormais inutile : nous ne sommes plus pour vous (|u'un airain soiiitant : en vous dévelopi»ant /a Aoi de Dieu qui rouierlil les âmes (Ps. xviii, 8.), nous vous avons ôté la ressource de salut, et le moyeu de conversion que nous venions vous offrir : Melius erat idis non cognosrere rian> juslitio', 9uùm post aipiHionem relrorsttw ronrerli. (2. Petr., h, 21.) Les Jui&, de retour de la captivité, ignorant tous le livre de la loi, f>erdD pour eux depuis long-temps, et tuml>é presque dans l’oubli , fondent en larmes à la première lecture que leur en fait le pieux Esdras; ils se frappent la poitrine; ils renvoient les femmes étrangères; Us reviennent des égarements où les avoit jelé's le commerce des nations; ils règlent leurs mœui^ sur U loi : telle est la première force de la véi^ montrée. Mais la lecture journalière de cette même loi déjà connue, les endurcit dans la suite, loin de les corriger : les pécheurs les plus éclairés sont d’ordinaire les plus incorrigibles : nous n'avons plus rien à leur dire de nouveau ponr les ramener; ils savent tout; Us parlent plus éloquemment que nous des abus du monde eide la nécessite du salut ; nos insinictioas ne sont plus pour eux que des redites qui les ennuient; Us ne rappellent les premières impressions que fit sur eux la vérité, et qui furent bientôt effacées, que pour s’en faire nn rempart contre la vérité même; ils sont bien moins sensibles à des terreurs qu’ils ont pu déjà vaincre et élonffcr. Ce sont des cœurs aguerris, •à j’ose parler ainsi , contre Dieu même; ils repoussent les armes de la lumière, avec les armes de la lumière même; la connoissance du péril les rend, ce semble, plus tranquilles; et comptant toujours qu’il leur sera aussi aisé d’aimer un jonr la vérité, qu’il leur est aisé de la connoUre, ils se livrent sans remords à leurs passions, et vont paroitre devant Dieu, chargés non-seulement de leurs crimes, mais encore de la vérité (pii devoit les délivrer, et qui va les condamner. Non , mes l'rèrcs ,

lool est à craindre quand on n’a pins rien de nouveau à (xmnolire sur les voies dusalut, et qu’on n’a pas encore commenr<‘ d’y entrer. Première ressource de salut inutile à l’ame inconstante , la connoissance de la vérité : Impossibile est eos qui semai suiil i/lumîHafi, ef prolnpsi suid, rursûs reuorari ad p<n\UenUam. ( Heb., vi ,4,6.)

DEUXIÈ:\ÏE RÉFLEXION.

Une seconde ressource de salut, favorable aux autres pécheurs, c’est un nouveau goût qui accompagne toujours les commencements de la justice : Uurtarerunl ef ium doNum cœleste: une consolation sensiblequelagrace répauR sur les premières démarches d'un diaogemenl de vie; une douceur qu'on trouve à porter un cœur libre depuis peu, de ses passions et de ses remords; une joie qui sort du fond de la conscience, déchaînée enfin du poids qui l’accabioil, et qui n’avoît pas encore goiUé la paix et la tranquillité de l’innocence. Oui, mes Frères , rien n’est plus doux que ces premiers sentimentH qu’a le cœur de son retour et de sa délimnce; que ce premier témoignage que la conscience se rend à elle-même de sa paix et de sa siV relé ; que ces premiers moments oti nosclialnes enfin tombées , nous commençons à respirer, et à jouir d’une douce et sainte lilierté. Vons avez lirisé mes liens, Seigneur, disoit un roi pénitent dans ces premiers moments de sa délivrance : 27impirti riiirula mea (Ps. cxv, 7.) : aussi dans l’excès de la joie et du saint plaisir qui me traasporte, votre calice n’a plus rien d’amer pour moi , les de* voirs les plus pénibles de votre loi sainte , loin de me paroitre onéreux, font tonte ma consolatiimet mesplaschèresdélices:Chltcemsolufari.taccfpfnfn (Ps. cxv, 4. ) : les discours des hommes, au lieu d’ébranler ma résolution, animent ma foi et ne me paraissent plus que des discours vains et puériles : Kqo dixi in excMSumeo, Oinnishomo mendax. (Ibid., 2.) O Seigneur! qu’il est consolant d’être au nombre de vos serviteurs ! et qu’il me parait bien plus glorieux de compter parmi ses ancêtres une .seule ame qui ait su vous plaire, qu'une longue suite de princes et de conqu(*rants? Ego serras fu«.v, ef (îlius aucifîo' Uttr. (Ibid., 7.)

Tels sont les premiers attraits de la grâce, et ce qu’elle peut d’abord sur un cœur pas encore accoutumé h la force et à la douceur de CCS divines impressions. Mais vous qui les avez tant de fois éprouvées, et qui avez dit si souvent à Dieu dans ces premières agitations d’un c<eiir touché î Seigneur ! le monde au fond ne m’a jamais plu; les plaisirs mêmes, dans le temps ({uc je les

SL’Il L’INCONSTANCE, etc.

ponnalToia avec pin de forenr, m’ont lonjoors laùaé vide, tiûte, inquiet; et il est vrai que les ooiuolations seules que j'ai trouvées dans la Sdélilë à votre loi sainte, ont mis une joie véritable an fond de mon ame ■' Oonsoioliones tuo' lorli/ieaTenmt onimam mram (Ps. xcvm , 19) : vous qui passez sans cesse du goût de la vertu au goAt du monde et des plaisirs , ame inconstante et l^te , que pourra vous offrir de doux et de consolant, une nouvelle et sainte vie , que vous n’ayez d^a mille fois goAté? Cn seul sentiment tendre de salnt,triomplie souvent de la dureté d’une ame jusque-là insensible : mais pour vons, vans vons êtes foit un cœur accoutumé à sentir, à soupirer, à gémir, et après cela à retomber : vous avez une de ces âmes tendres , nées arec quelques sentiments de religion , qui sont touchées de tout, et qui ne le sont jamais comme il faut. Ce n’est pas l’endurcissement qui vons damnera ; c’est une sensibilité de conscience, qui vous amuse et qui ne vous corrige pomt : ce n’est pas un coeur sec et incapable de s’attendrir; c’est un caractère susceptible des premièret impressions , et qui , laissant au monde le même empire qu’à Jésas-Cbristsnrvotieeoeur,faitqoevoos n'ètes plus propre ni à l’un ni à l’antre.

Ab ! si vons aviez un cœur de pierre, comme ces pécheurs inseiisibles,nn coup de la grâce poiirroit du moins le frapper, le briser, l’amollir ; mais vous avez un coeur tout de cire, dit le Prophète, sur lequel les dernières impressions sont toujours les plus vives : facile à émouvoir, difficile à flzer; vif ^ns un moment de grâce , plus vif encore dans un moment de plaisir; ne trouvant que Dieu seul aimable dans vos sentiments de componction; n'ayant plus de godt que pour le monde, dès que ces sentiments sont effocés. A peine avez-vous chassé fesprit impur de votre ame, dit notre Évangile, que loin de goûter la paix de ce nouvel état, vons n’y trouvez plus de repos: Quarns requfen et non inrenil. Il semble que tout va vous manquer avec le monde que vous venez de quitter ; votre coeur, désoccupé de ses passions, ne peut plus se suffire à lui-mème; toute votre vie n'est plus qu’un grand vide que vous ne sauriez soutenir ; vous cherchez partout dans vos nouvelles moeurs de quoi remplacer les plaisirs qui possédoient votre cœur, et rien ne vons en dédommage. Qiurrens requiem et non tnwnil. Vous voudriez, ce semble , trouver dans la vertu le même gotU, la même vivacité, les mêmes amusementa , l’ivresse elle-même du crime ; vous vous tournez de tous les cAlés pour placer un cœur qui vons embarrasse et qui vous est à cliarge, et ne trouvant rien, vous voua ennuyez de votre liberté : Ouarros rrquinn

(t non invrnit. Et alors vous vous dites i vousmême en secret , continue l'Evangile : Je retournerai dans la maison d’où j'étois sorti ; je rentrerai dans mes premières voies : Jlnerlar in domum meom unde rxiri ,- j’essaierai si les plaisirs, dont j’étois si fort dégoûté , ne m’offriront pas cette fois-ci de nouveaux charmes : et en voilà jusqu’à ce qu’un nouveau dégoût vous rappelle encore de l’ivresse des passions , pour vous faire encore rentrer dans les voies de la justice.

Ab! mon cher Auditeur, si vous saviez quel est le danger de votre état , et combien il y a peu à espérer pour votre salut, vons frémiriez. Je ne veux pas ici vous jeter dans de vaines terreura; mais je vous dis, en tremblant moi-même , que les conversions des âmes qui vous ressemblent sont très rares : l’arrêt de Jésus-Christ là-dessus est décisif et terrible: Celui, dit-il, quioprès avoir mis la main à la ehamu , regarde derrière lui , n’esi pas propre au royaume de Dieu : If on esf «pMrreqao Dei. (Luc., ix,62.) Jésus-Christ ne dit pas : Il perd le droit qu'il avoit au royaume de Dieu, il se met en dan^ d’en être exclu pour tanjonn: non, mais il n’est pas propre au royaume de Dieu ; iVoa est aptus regno Del ; c’est-à-dire , ses inclinatioos,ik fend, le caractère particulier de son esprit et de son cœur le rendent inhabile an salut. Quand on dit qu'un homme n’est point propre aux sciences, à l’épée, à la robe ; c’est-à-dire, qu’il a apporté en naissant des défauts incompatibles avec les fonctions de ces étals,

' et que certainement il n’y réussiroit pas ; et voilà ce que dit Jésus-Christ de l’ame inconstante ! par rapport au salut; que de tous les caractères, il n’en est pas de moins propre au royaume de I Bien : If on est aplus regno Dei.

\ Ah ! nn impudique peut être louché ; et David fit pénitence de son adultère : un impie peut être frappé de Dieu , et sentir le poids de la majesté qu’il avoit blasphémée; et Manassès dans les clulnes, adore le Dieu de ses pères dont il avoit renversé les autels : un publicain peut renoncer à ses injustices; et Kachée après avoir restitué ce qu’il jt I avoit ravi, répaistlibéralemcnt son propre bien dans le sein ries [«livres : une ame prostituée aux plabirs et aux passions les [tins honteuses, peut être tout d’un coup éclairi'e ; et la pécheresse aux I pieds (le Jésus-Christ, pleure des pécliés que son 1 amour efface encore plus heureusement que ses I larmes. Mais un .\rliab, qui, averti par Elle, tan- I tût se couvre de cendre et de cilice, puis retourne à ses idoles; et revient encore, et au prophète et I à ses faux dieux : mais un Sédccias , qui , touché j des remontrances de Jérémie , l’envoie chercher

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