THOISIKME DIMANCHE DE CARÊME
en secret, le consulte sur la volcmté du Seigneur, ; et an sortir de là retombe dans son aveuglement , i fait jeter le propliète dans une fosse, cl le rappelle easuite pour le coiLsuiier encore, et l'ouiniger encore le lendemain : mais celte reine d’Israël, qui, daasson aflIicUon , prend des ornements modestes pour aller consulter ritomtne de Ideti , paroH respecter la puissance et la majesté du Dieu véritable en la personne de son prophète j cl de reUnir à Samarie, sacrifie à ses veaux d'or comme aupa- i ravant ; ah ! on ne lit nulle part qu’ils aient fait pé- | nilence, et les livres saints doils les représentent i partout comme des princes réprouvés et hais de [ Dieu. D’oii vient cela? c’est que rinconstanceet la , légèreté , est de tous les caractères le moins propre | au royaume de Dieu : Non est aptus refjtio Dei. |
D’où vient cela ? c'e^l que U piété chrétienne suppose un esprit mdr, capable d’une résoltition, qui sait prendre sou parti, et qui, la droite voie line fois connue, y outre, et ne s'en ilélourne pas aisément : elle suppase une aine forte, qui sait être auHlessus d’un dégoût, d’un oi>stacie, d’un péril, de sa propre foililesse; une ame sensée, qui ; ne se conduit, ni par goût, ni par sentiment, mais j par des règles de foi et de prudence. D'où vient cela ? c’est que pour former une ame chrétienne, il faut quelque cliose de grand, d'élevé, de solide, et qui M»il au-dessus des pi'éju^ et des foiblesses vulgaires : c'est <{ue la religion el!e-iuènic n’est qu'une lumière cl une raison divine, ta peiTocliou de la raison humaine : c’est que la vertu nous est toujours reprêseoléc dans les livres saints sous l’i- | dée de la sagesse ; ie J usle, sous celle d’un homme j sensé et prudent, qui éprouve tout, qui juge saincinetil de tout, ipii prend des mesures ia>lides,et ne commence pas ù bâtir pour laisser là l’édilice imparfait : c’est que dans le momie iiKine, un esprit frivole et léger, n’est r^])ablc de rien , et ijuc tout ce qu’il entreprend, on le compte déjà |Kmr échoué ; c’est en uu mol , que l’incmu-lanne est de tous les caractères le moins propre au royaume de Dieu : lYon est upius regiio Dei.
Or, vos inégalités de cotidnile ne viennent que d’une légèreté de nature, pour qui la nouveauté a des charmes inévitables, et qui s’ennuie bientôt d’un même parti : elles ne viennent que d’une incertitude et d'une incoaslance de ccrur qui ne peut pas répondre de soi-mème pour l’instant qui suit ; qui ne met la raison ù rien ; qui sur touU’s choses n; consulte et ne suit que le goût, et n’a rien de fixe que ses vai iaüuns éternelles.
.Te ne parle pas ici de votre ronduile exlérienre, cl telle qu’elle paroU aux yeux des liomnies : l’orgiioil vous lient lieu de raison, fait peut être que les
DKPurs an-deiiors paroisseot égales et uniformes; que vous évitez ces extrémités et ces inconstances (l’éclat , qui d’iine piété extrême font passer une aine insensée et légère, à un égarement encore plus excessif; et accoutument les yeux du public à censurer, tanU>t les excès de sa vertu , et tantôt ceux de ses vices. Vous ne donnez pas de ces spectacles à la dérision des liumroes : mais jugez de vous-tuènie , par ce que vous êtes devant Dieu ; par votre conduite intérieure; par vos sentiments secrets; par celte légèreté de cœur, qui fait que le premier objet décide toujours de vous-même ; par ces promesses tant de fois renouvelées, autant de fols violées; par ces dcmardies de pénitence, si facilement commencées et si facilement rétractées. Vous êtes la plus légère et la plus inconstante de toutes les âmes; le <mmr le plus incertain et le plus variable : vous êtes une de oes nuées sans eau, dit un Apôtre, que les vents agitent à leur gré; un de ces astres errants, qui ti’onl jamais de roule assurée; une mer inconstante et orageuse, qoi après avoir jeté les cadavres hors de son sein , s’enfle encore, et va les reprendre sur les mêmes bords où elle venoil de les laisser : Fiuctus feri maris despumantes suas coufusiones (Ep. Jüd., T3) : c’est-à-dire , que vous pouvez avoir des qualités propres au monde ; mais que vous n’êlcs point propre au royaume de Dieu : .Von est aptus regno Dfi. Seconde ressource de salut inutile à l’ame inconstante , le goût de la vérité ; JmpossihHe est eos qui (justarerunt donum cateste , et pivlapsi sunf, ritrsùs renoran ad pænitentiam.
TROISIÈME RÉFLEXION
Mais ce qu’il y a ici de plus terrible, et de pio.s capable d’alanner les âmes dont je parle, c*e.«l , en «lemier lieu, <[ue la ressource des sacremcaLs, si utile aux autres pécheurs , devient un écueil à l’ame inoonslanie : Rarfiriprs factisuut Spiritûs saueti.
Un écueil, premièrement par l’usage, toujours inutile , de ces divins remèdes. Car une ame qui a vécu long-temps éluigm^ de l’autel, et caciic durant plusieurs années dans le trésor de son cœur, ses iniquités anciennes et nouvelles , sans venir les dccouvrir au tribunal sacré, porte, en venant enfin se jeter aux pieds d’un homme de Dieu, des terreurs et des agiintionsde pénitence qu’elle n’avoit pas encore senties. La majesté du lieu, la saintesévérité du juge, rimfjortancc du remède, la bonté seule et la coiifiision de ses crimes; toulcela fait sur son errur des impressions si nouvelles et si profoniles, rpi’II n'est pas aisé de les effacer. Mais, pour vous , vous UC portez plus au tribunal qu’uoe
SUR L'INCONSTANCE, tTC.
amê familiarisée aTec sa conforion : le récit de Toe foibleBses , tant de foU répété» ne fut presque plus d’impression sur votre csur : les plaies les plus honteuses ne sont plus pour vous que des redites familières qui ne vous frappent plus. Voqs allez au tribunal , rassuré contre vous>méme: vous ne rougissez plus de vos aveux : et , comme la honte qui découvre les misères de votre conscience , n’est presque plus sensible, la douleur aussi qui les déleste» ii’a jamais de suite.
Secondement» un écueil, par la dissimulation inséparable des rechutes. Ou traîne le poids de ses crimes de tribunal en tribunal : à chaque nouvelle clmie » on clierclie un nouveau confesseur» pour s’épargner la bonté qui accompagneroii l'aveu des mêmes foiblesses ; on lui laisse ignorer toutes les inconstances passées » et on fait gémir les ministres de Jésus-Christ» qu’on n’est venu» ce semble» instruire de ses lionteuses fragilités , que pour leur laisser plus de loisir» en les abandonnant ensuite» de s’en aflliger, et d’en répandre des larmes devant Dieu.
Troisièmement, un écueil» par le sacrilège inévitable dans les rechutes. Car se repentir sans cesse» et retomber sans cesse ; ne venir se purifîer» que pour se souiller encore ; ne dire » j'ai péché » que pour pécher de nouveau-: ce n’est pas être un pénitent» dit un Père; c’est être un moqueur, et un profanateur des choses saintes.
Je sais que la grâce du sacrement ne fixe pas l’instabilité du cœur buinain » n’éuiblit pas l’iiomme dans un état constant et invariable de justice: et je ne prétends pas dire absolument qu'on ail profané le sacrement, dès qu’on redevient pécheur après avoir été pénitent. Hélas ! il faudroit pour cela ne pas oonnoitre la misérable condition de la nature humaine » et ignorer même sa propre foiblesse. Mais je dis que» lorsqu’on est sorti véritablement justifié des pieds du prêtre, si l’on est assez malheureux que de retomber, les rechutes du moins ue M)ol pas si promptes : il faut que le temps et les occasions aient insensiblement afToibli la grâce; que mille infidélités secrètes aient peu à peu préparé lame à une nouvelle chute; que des périls» mille fois méprisés» nous aient pousses» comme par autant Ue demardies insensibles» vers le moment fatal qui nous a vus retomber : on ne passe pas CO un instant d’un état de justice à un étal de péclié.
L’ouvrage de la couversiou n’est pas l’ouvrage d’un moment : c’est un ouvrage difficile; il faut que des larmes abondantes» de longues prières» des videiices douloureuses , des œuvres persévérantes nous y établissent : or on ne perd pas en un motnetii cç qu’on n’avoil ac4]uis qu'avec des peines
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et des travaux infinis : ce qui étoit le prix des larmes, des violences, des confuNions, des déclilremeuts de tout le cœur : quand il en a tant coûté pour se relever» on ne retombe pas si aisément ; les difficultés d’une véritable conversion» en font» pour ainsi dire » la sûreté.
L’ouvrage de la conversion , est un ouvrage solide : elle forme en nous une nouvelle créature; elle cliange nos |)cnchants; elle nous donne un cœur nouveau; elle bâtit le nouvel édifice sur le roc : or le premier mouvement ne renverse pas ce qui devoit tenir contre les vents et les orages » et défier la durée même des siècles ; ce qui s'écroule en un instant, n’éioit bâti que sur le sable mouvant ; rien n’étoit cliangé, quand la vertu nous trouve aussi foibles que nous l’avions été dans le crime.
L’ouvrage de la oonversiou est un ouvrage sérieux ; on délibère long-temps avant que de faire cette grande démarc)»e ; on se la refuse long- temps à mi-méme ; oo Iralance , on recule » on n’ose commencer; on veut, et on ne veut plus; on s’épuise en réflexions sur les obstacles et sur les suites; les incertitudes et les lenteurs ne finissent pas : or une entreprise si long-temps méditée» on ne l'abandonne pas le même jour presque qu’on venoit de la finir.
C’est-à-dire , que lorsque l'on sort absous devaut Dieu du tribunal» on en sort cliange : et cependant au sortir de là » vous vous retrouvez toujours le même; on voit <lans les mêmes circonstances les mêmes cliiiles : la présence d’un objet iriomphoit de votre foiblesse; elle en triomphe encore : une complaisance vous rendoit infidèle au devoir; elle vous le rend encore : on ne voit pas que vous évitiez ces entretiens, ces lieux» ces plaisirs qui sont pourtant de toutes vos confessions; vous n’en cultivez pas moins de.s liaisons toujours fatales à voire innocence; vous n’en nibaliez rien d’un jen» qui est devenu la plus importante occupation de votre vie; vous n’en retranchez rien à des profusions dont des créanciers , des domestiques, et les pauvres eux-mêmes souffrent; rien à un sommeil où dans la mollesse d’un lit et dans l’oisiveté de vos pensées » vous laissez reposer votre esprit sur des images toujours dangereuses à votre amc; rien à une vie inutile qui vous damne : on ne voit ni précautions pour l’avenir» ni mesures pour saUafdire au passé : les jeûnes» les veilles» les larmes» les macérations » et tout cet appareil de la pénitence» vous ne le connoissez même pas : la prière» le recueillement» la retraite, et tous ces secours si néces.saires à U piété» vous les négligez : en un mot vous êtes encore le même, et le pénitent en vous ressemble parfailemeui au pécheur : alri ce
2ÎW raoiSIKMK DIMANCHE DE CAREME.
n’est donc pas le doi;?t de Dieu rpii avoit cliassé le démon de votre ame. Lorsque vous avez guéri nne ame, ô mon Dieu ? il paroît que votre main tonte puissante s’en est mêlée : vos miracles et les transformations de votre grâce sont diirahles, et ne ressemblent point à ces prestiges des imposteurs, qui s'évanouissent et échapitent à la vue un moment après qu’on venoil de les voir paroltre.
Aussi les saints ont tous regardé la pénitence de ces aines infhléles, comme des dcTisions publiques des sacrements, et des outrages faits à la sainteté de nos mystères. On les éloignoit de l'autel sacré ; on les regardoil comme des animaux iminonde.s, cent fois revenus h leurs vomi.ssenienls, et devant lestpiels il ne falloii pins jeter les ctioses sainli's : on se défioil même d’une pénitence , (]tii avoit pu être suivie d’une seconde infidélité. .Iiipez, mon cher Atidileur, ce que les saints aiiroieiit pensé <ics viHres, et ce que l’ICglise en pense encore aujourd’hui : jugez des plaintes que vous faites quel(]uefois contre les ministres de la pénib'nre » lesquels vous retrouvant toujours relomlKint dans les mêmes égarements , toujours renouvelant et vos promesses et vos rechutes, n’oseni plus enfin vous <lélier tju’après de longues épreuves , de peur de jeter Je saint aux chiens.
Je sais que nous ne devons pas aggraver le joug; qu’ou ne décrie et ne déshonore pas moins la religion, lorsqu’on ajoute un seul iota à la loi par un cxcè.s de sévérité , que lorsqu’on l’en retranche {>ar une lilchelé criininpllc; et qu’il ne faut pas fournir aux pécheurs par une vaine ostentation de zèle et de rigueur, des prétextes de s’éloigner des choses saintes. Mais aussi faut-il confier à l’instant le sang de Jésus-Christ à des profanes qui l'ont mille fois .«oiiillé? faut-il ajouter foi à des promesses si souvent violées? faut-il accorder è la persévérance dans l’occasion et dans l’habitude du crime, c’est-à-dire, à tous les signes les moins éijuivociues de l’im|)énitcnce, les grâces qu’on ne peut accorder qu’a un sincère repentir? Ne devonsnous pas, comme le propliète Elisée, savoir arrêter l’huile de la grâce, et suspendre la vertu des sacrements, lorstpi’on ne nou.s pn^ente que des vases pleins , je veux dire , des cipurs toujours prévenus des mêmes passions?
Eh ! que ferions-nous , en vous accordant un pardon que Dieu vous refu.se, qne multiplier vos crimes, et vous charger d’une nouvelle malédiction? Ah ! plût au ciel, aine infidèle qui m’t^ulez, que vous eussiez trouvé tou.<î les tribunaux fermés à vos iiieonstance.s honteuses, et que vos fragilités tant de fois confessées , et atiUut de fois
renonrelées , n’eussent pu rencontré un ufle dans rindtilgence même do Mneluairel On ne vons verrait plus dans les mêmes foibtesses et dans les mêmes misères, depuis tant d’années que vous venez vous eu accuser : vous ne seriez ^us couverte de celte lèpre que vous avez presque portée dès l’enfance, si comme la scrur de Moïse, vous aviez trouvé un législateur sage et sévère, qui sans avoir égard au rang que vous tenez dans votre peuple , sans acquiescer à la chair et au sang, VOU.S eiU séparée du Ubemacle saint , et du camp du Seigneur, jusqu’à ce que votre bumiliation et voire donleur vous sussent disposée à recevoir la guérison , et à venir présenter vos offrandes avec le reste des fidèles. Une seule confession fàitc à un ministre saint et éclairé, vous auroit renouvelée; et vous voilà encore la même, après tant de sacrements, et de démarches inutiles de pénitence!
Mais, que db-je, la même? non-seulement tous vos crimes passés, tant de fois inutilement confessés , subsbieni mcore , mais vous êtes de plus cou pable d’une infinité de sacremoits mille fois profanés : vous avez ajouté à des détordra qui n’oDt jamais été pardonnés, parce que vous ne voos en êtes jamais repenti comme il faut; vous y avez, dis-je, ajouté la circonsUnce aft'eose <fun grand nombre de sacrilèges. Mais il eût donc mieux valu, me direz-vous , demeurer endurci dans mon habitude , et ne faire jamais d’effort pour en sortir ? C’est-à-dire , que , pour éviter d’être profooateur, vous voulez devenir impie. Ab ! sans doute , il eât mieux valu demeurer pécheur, que venir profoner le sang de Jésus-Christ. Mats n’aviez-voos point d’autre moyen d’éviter le sacrilège? ne pouviezvous pas vous disposer, par une sincère pénitence, à approcher dignement de l’autel? est-ce une alternative inévitable , ou d'abuser des choses saintes, ou de s’en éloigner? Ah! ce ne sont pas ces remèdes divins, qu’il faut fuir; ce sont les passkms, qu’il faut vaincre : ce n’est pas en secouant le joug, qu’il faut éviter les profanations; c’est en usant, avec pieté , des grâces de l'Église ! Ce n’est pas en disant avec l’impie : Puisque la loi m’est nne occasion de chute, pourquoi me blàme-t-on, lorsque je ne l’observe pas? Mais c’est en disant avec une ame touchée : J’ai lavé mes pieds, cmnmenl les salirols-je encore? vous avez brisé mes liens, d mon Dieu ! on ne me verra plus en resserrer les fanestes nœuds : vous avez chassé le démon impur de mon ame , qui devoit être le tenifrfe de l’Esprit saint ; ah ! je ne permettrai plus qu’il y rentre . de peur qn’ll n’y habile pour toujours, et que mon dernier état ne devienne pire que le premier.
SUR L’INCONSTANCE, ktc.
Je dis {»re : car qaelle ressoorce de salut peui-U vous rester encore ? La connoissance de la v<îritë? personne o*en est plus instruit, et ne la conoolt mieux que vous. Le gudt de la piété, et les sentiments de la grâce? Jamais cœur n’y fut plus sensible que le vôtre. Le secours des sacrements? mais ces divins remèdes eux-mémes sont devenus vos maux les plus désespérés , et vos plus grands crimes. Grand Dieu ! vous seul connoissez ceux qui vous appartiennent , et vous les avez marqués sur le front d’un sceau ineffaçable de salut; c’est un secret étemel sur lequel rtiomme ne peut jeter les yeux sans témérité : mais quand vous tirerez un jour le voile, trouverons-nous dans ce nombre beaucoup de ces âmes légères dont je parle ? Dernière ressource de salut inutile à l’ame inconstante, la ressource des .sacrements. 7itipossiôt/e est eos qui partiripfs facH tunt Spiritüs sotirii, et prolopsi sunty rursüs renorari ad pa’niientiam,
.l’avois donc raison de vous dire, mes Frères, que, de tous les caractères, l’inconstance dans les voies du salut , étoit le moins propre an royaume de Dieu. 11 est des ressources pour les autres pécheurs ; pour celui-d , il n’en est plus , on do moins il n’en parolt plu.s : il faut sortir, pour en trouver, des voies ordinaires de la Providence sur le salut des liommes. Cependant le pt'cheur inconstant est, de tous les pécheurs , le moins frappé du danger de Min état : les sentiments de relipon , qui le conduisent de temps en temps au tribunal et à l’autel saint, l’endorment et le rassurent. Le libertinage de tant de pécheurs endurcis, qui vivent, comme des impies , sans Dieu , sans culte, sans sacrements, donne à ses yeux un nouveau mérite à la difTérence de sa conduite ; il se sait bon gré de n*en être pas encore venu à ce point d’endurcissement cl dlrréligion ; il s’applaudit de conserver encore du moins dans ses foiblesses , et dans ses inconstances éternelles, la force de recourir de temps en temps au remède ; il se dit tout bas à lui-mème , comme le pharisien : Je ne suis pas fait comme les autres hommes. (Lpe, xviii, H.) Ce parallèle nourrit et flatte en secret sa sécurité : U se croit plus religieux , ot il ne^oit pas que la profanation des ciioses saintes, est ta seule marque de religion qui lui reste encore.
Mais ce n’est pas tout : ces vains dehors mêmes, ces foibles restes ne se soutiennent pas long-tem|:«, et (lisparoissenl enfin : on peut fioller quelques années entre les sacrements elles reclmies; cet abus des choses saintes mène toujonrs à l’endurcisscmcnl : Dieu, si long temps méprisé, nx'prise à son tour ; le ca’ur se lasse de ses inconstances ; comme ^cs vérités, à force d’être connues, ne font plus
d’impression; que le goût de la vertu, pour avoir été trop souvent senti , est émoussé ; que les sacrements ne sont plus qu’une gêne inutile et incommode, on 8*en épargne la cérémonie ; on trouve plus doux de se reposer dans le désordre ; tous les efforts qu’on a bits pour en sortir, qui, n’ayant jamais été sincères , ont toujours été sans succès , nous d^oâtent d’en faire de nouveaux, nous accoutument à nous laisser aller tranquillement à noos-mémes : comme les démarches qu’on faisoit ponr le salut étoient d’autant plus pénibles , qu’elles n’étoient ni soutenues ni adoucies par un repentir véritable , on ne demande pas mieux que de les cesser et d’en être quitte. Ainsi l’inconsiance ellemême noos conduit à ce fimeste repos ; les inspirations cessent ; les remords s’apaisent ; la conscîMice se calme ; les altemalives de vice et de vertu finissent enfin par un état fixe et tranquille de crime; les esprits impurs rentrent en plus grand nombre dans l’ame , et y établissent enfin une demeure constante et perpétuelle : Et ingressi habiton! ibi.
El c’est alors que le retour est comme désespéré, et l’iniquité consommée. Vous étiez touché autrefois à l’approche de la solennité pascale ; vous ne rêtes plus : les discours de piété vous troiivoient encore sensible ; Us n’excitent plus que vos dégoûts ou vos censures : le seul spectacle d’mi homme de bien réveilloit en vous des désirs secrets de vertu ; vous serez le premier 4 parler avec dérision de la sainteté de ses exemples : vous aviez encore retenu certaines pratiques de piété; vous faisiez encore de temps en temps certaines prières à Dieu pour lui demander qu’il vous délivrât de vos misères : mais depuis que le Seigneur s’est retiré de vous , ah ! vous vivrez sans joug et sans règle : votis entasserez monstre sur monstre; )>as le plus petit retour sur vous-même; plus d’autre trouble que ceux qui naîtront de vos passions traversées ; plus d’autre crainte que de manquer d’occasion de plaisir et de crime; plus d’autre vicissitude dans le cœur, que la naissance de quelque nouvelle |>assion ; plus de sentiment , que pour la volupté ; plus de dégoût, que pour la piété et la justice.
Eh ! ne voyons-nous pas aussi tons les jours qu’il n’est pas de pécheurs plus exirômesclans leurs désordres, que ceux, qui après avoir suivi quelque temps le parti de la vertu, se rengagent dans les plaisirs; et se rendent au monde qu'ils avoient abandonné ? II semble que Dieu , indigné de leur apostasie, maudit ces aines inconstantes et légères; qu’il les frappe d’aveuglement, les li>Teà un sens réprouvé et à toute ta corruption de leurs désirs ; ce ne sont plus des jiédieurs ordinaires ; ce
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JECUI DE LA IROISIEUE SEMAINE DE CAltÉME.