‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 153 sur 348 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Quels sont les engagements de la vocation sainte à laquelle nous avons été tous appelés? les promesses solennelles du baptême. Qu’avons-nous promis au baptême ? de renoncer au monde , à la cliair, ù Satan et â ses truvres; voilà nos voeux, voilà l’état du chrétien , voilà les conditions essentielles du traité saint conclu entre Dieu et nous, par leciucl la vie étemelle nous a été promise. Ces vérités parolsscnt familières , et destinées au simple peuple; mais c’est un abus; il n’en est pas de plus sublimes, et il n’en est pas aussi de plus ignorées : c’est à la cour des rois , c’est aux grands de la terre , qu’il faut .sans cesse les annoncer : Regibus el prinripibus terrœ. Hélas ! ils sont des enfants de lumière pour les affaires du .siècle; et les premiers principes de la murale dirétieime leur sont quelquefois plus inconnus qu’aux aines simples et nilgaires : ils auroient lie.soin de lait , et ils exigent de nous une nourriture solide, el que nous parlions le langage de la sagesse, comme si nous iiarlions parmi les parfaits.

Vous avez donc premièrement renoncé au monde dans votre baptême : c’est une promesse que vous avez faite à Dieu à la face des autels saints ; l’Église en a été le garant et la dépositaire ; et vous n’avez été admis au nombre des fidèles, et marqué du sceau ineffaçable du salut , que sur la foi que vous avez jurée au Seigneur de n’aimer ni le inonde, ni tout ce que le monde aime. Si vous eussiez répondu alors sur les fonts sacrés ce que vous dites tous les jours, que vous ne trouvez pas le monde si noir el si pernicieux que nous le disons; qu’au fond on peut l’aimer innocemment; qu’on ne le décrie tant dans la chaire , que parce qu’on ne le connolt pas; el que puisque vous avez à vivre dans le monde, vous voulez vivre comme lemondc : si vouseus,siczainsi répondu, ah ! l’Eglise eût refusé de vous recevoir tians son sein ; de voua a.ssocicr à l’espérance des clirétiens, à la communion de ceux tpii ont vaincu le monde : elle vous eût conseillé d’aller vivre parmi ces infidèles qui ne connuLssent pas Jésus-Christ, el où le prince du monde sit faisant adorer, il est permis d’aimer ce qui lui appartient. Et voilà pourquoi dans les premiers temps, ceux des catéchumènes qui ne pouvoient encore se résoudre de renoncer au monde et à scs plaisirs , différoient leur baptême justpi’à la mort , et n’osoient venir contracter aux pieds des autels, dans le sacrement qui nous régénère , des engagements dont ils connoissoient réteuduectla.sainteté,etauxquelsilsnesesentoient pas encore en étal de satislàire. Vous êtes donc

so.

50S LUNDI DK LA ÎROISIKMK SEMAINE.

oblige^ par le pîm sainl lîe tous les îsernu nts, de hair le momie, c*esl-à-<lire, de ne pas vous conformer à lui : si vous l’aiinei^, si vous suivez ses plaisirs et ses usages, non-seulemciU vous ^les ennemi de Dieu, comme dit saint Jean, mais de plus vous renoncez ù la foi donnée dans le baptême ; vous abjurez l’Évangile de Jésus-ChrLst; vous êtes un apostat dans la religion , et foulez aux pieds les verux les plus saints et les plus irrévocables (|iie riiomme puisse faire.

Or, (juel est ce monde qne vous devez haïr ? je n’aurois qu’à vous répondre que c’est celui que vous aimez, vous ne vous troni[>erez jamaisà cette marque : ce monde , c*est une société de pécheurs , dont le.s désirs, les craintes, les espérances , les soins , les projets, les joies , les chagrins ne roulent plus que sur les biens ou sur les maux de cctle vie : ce monde, c’est un assemblage de gens qui regardent la terre comme leur patrie; le siècle à venir comme un exil; les proine.sses de la foi, comme un songe; la mort, comme le plus grand de tons les malheurs : ce monde , c’est un royaume temporel, où l’on ne coniioît ;wis Jésus-Christ; où ceux qui leconiioissenl, ne le glorilieni pas comme leur Seigneur, le haïssent dans ses maximes, le méprisent dans scs serviteurs , le persécutent dans ses œuvres , le négligent ou routragenl dans ses sacrements et dans son culte : enfin le momie, pour laisser à ce mol une idée plus marquée , c’est le grand nombre. Voilà ce monde que vous devez éviter, haïr, cornlwtlre par vos exemples; éire ravi qu’il vous haïsse à son tour; qu’il contredise vos mœurs par les siennes : c’est ce momie qui doit être pour vous un crucilié , c’est-à-dire nn anathème et un objet d’horreur, et à qui vous devez vous-môme paroltre tel.

Or, est-cc là votre situation par rapport au monde? ses plaisirs vous sont-ils à charge? ses scandales afiligenl-il> voire foi? y gémissez-vous sur la durée de votre |>élerinagc? n’avcz-votjs plus rien de commun avec le monde? n’en êtes-vous pas vous-même un des principaux acteurs? ses lois ne sont-elles pas les vôtres? ses maximes, vos maximes? ce qu’il condamne, ne le condamnez-vous pas? n’approuvez-vous pas ce qu’il approuve? et <iuaiid vous resteriez seul sur la terre , ne peul-on pas dire que ce monde coi rompu revivroit en vous, et que vous en laisseriez un module à vos de.scendani.s ? El quand je dis vous , je m’adresse presque à tous les homme.s. Où sont ceux (pli renoncent de bonne foi aux plaisirs, aux usages . aux maximes, aux espérances du monde? tous l'ont proini.s, qui le lient ? On voit bien des gens qui se plaigiieui du monde; qui l’accusent

d’inju.stire, d’ingratitude, de caprice ; qui se déeluiliienl contre lui; qui parlent vivement de ses abus et de ses erreurs; mais en le décriant, ils l’aiment , ils le .suivent , ils ne peuvent se passer de lui : en se plaignant de ses injustices, ils sont piqués , ils ne sont pas désabusés ; ils sentent ses mauvais traitements; ils ne connoissent pas ses dangers; ils le censurent : mais où sont ceux qui le haïssent? Et de là jugez si bien des gens peuvent prétendre au salut.

En second lieu , vous avez renoncé à la chair dans votre baptême; c’est-à-dire, vous vous êtes engagé à ne pas vivre selon les sens , à regarder l’indolence même et la mollesse comme un crime ; à ne pa.s llalter les désirs corrompus de votre chair, à la cliiïlier, à la dompter, à la cruciOer : ce n’est pas ici une perfection , c’est un vœu, c’est le premier de tous vos devoirs , c’est le caractère le plus inséparable de la fui : or, où sont les chrétiens qui là-des$us soient plus fidèles que vous?

Enfin , vous avez dit anallièmc à Satan et à ses œuvres : et quelles sont ces œuvres ? celles qui composent presque le fd, et comme toute la suite de votre vie; les pompes, les jeux, les plaisirs, les spf<‘lades, le meusonge dont il est le père, l’orgueil dont il c.si le modèle ; les jalousies et les contentions dont il est l’artisan. Mais je vou.s demande , où sont ceux qui n’ont pas levé l’anathème qu’ils avoient prononcé là-dessus contre Satan ?

Et de là , pour le dire ici en passant , voilà bien des questions résolues. Vous nous demandez sans cesse si les spectacles cl les autres plaisirs publics sont innocents pour des chrétiens? Je n’ai, à mon tour, qu’une demande à vous faire. Sonl-ce des œuvres de Satan , ou des œuvres de Jésus-Christ ? car datus In religion il n'e.st point de milieu : ce n’est pas qu’il n’y ait des délassements et des plaisirs qu’on peut appeler indifférents; mais les plaisirs les plus iudifférentsqne la religion permet, et que la foible.sse de la nature rend même néces-saires, ap[)artienncnt , en un sens , à Jésus-Christ , par la facilité qui doit nous en revenir de nous appliquer à des devoirs plus saints et plus sérieux : tout ce que nous faisons, que nous pleurions, que nous nous réjouissions, il doit être d’une telle nature, que nous puissions du moins le rapporter à Jésiis- Qirist, et le faire pour sa gloire.

Or, sur ce principe le plus incontestable, le plus universellement reçu de la morale chrétienne, vous n’avez qu’à d<*cider. Pouvez-vous rapporter à la gloire de Jésus-Christ les plaisirs des théâtres? Jésus-Christ peut-il entrer pour quelque chose dans ces sortes de dulassemenls ? El avant que d’y entrer, pourriez-vous lui dire que vous ne vous pro*

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Sun LES H.ÜS.

posez dans cette action que sa gloire et le désir de lui plaire? Quoi ! les spectacles , tels que nous les voyons aujourd’hui , plus criminels encore par la delMuclie publique des créatures infortunées qui montent sur le théütre, que par les scènes impures ou passionnées qu'elles débitent) les spectacles se> roient des œuvres de Jesus-Christ? Jésus-Christ aniraeroit une bouche d'où sortent des airs prufanés et lascifs? Jésus-Christ formeroit lui-môme les sons d'une voix qui corrompt les cœurs? Jésus- Christ paroitroit sur les théâtres, en la personne d'un acteur, d’une actrice effrontée, gens infâmes, même selon les lois des hommes ? Mais ces blasphèmes me font l)orreur; Jésus-Christ présideroit à des assemblées de péché , où tout ce qu’on entend anéantit sa doctrine, où le poison entre par tous les sens dans l'ame, où tout l'art se réduit à inspirer, à réveiller, à justiner les passions qu'il condamne ? Or, si ce ne sont pas des œuvres de Jésus-Christ, dans le sens déjà expliqué , c’est-à-dire des œu>Tes qui puissent du moins être rapportées à Jésus- Christ, ce sont donc des œuvres de t>atan? dit Tertullien: iVi/iil niitn non diaboli est, quidquid nonDei est...;hoc ergo erit pompa diaboli. Donc, tout chrétien doit s’en abstenir; donc il viole les vœiixdeson baptême lorsqu’il y participe; donc de quelque innocence dont Ü puisse se flatter, en reportant de ces lieux son cœur exemjit d’impression , il en sort souillé ; puisque par sa seule présence il a |>articipé aux œuvres de Satan , auxquelles il avoit renoncé dans son baptême, et violé les promesses les plus sacrées qu’il a^oil faites à Jésus-Christ et ù son Eglise.

Voilà les vœux de notre baptême , mes Frères ; ce ne sont point ici des conseils et des pratiques pieuses, je vous l’ai déjà dit, ce sont nos obligations les plus essentielles : il ne s'agit pas d’être plus ou moins parfait en les négligeant ou en les ol)servanl, il s'agit d’être chrétien ou <le ne l’être pas. Cependant qui les observe? qui les connolt seulement ? qui s’avise de venir accuser au tribunal d’y avuir été infidèle? On est souvent en peine ;>our trouver de quoi fournir à une confession ; et après une vie toute mondaine, onn'apresque rien à dire au prêtre. Hétas ! mes Frères, si vous saviez à quoi vous engage le titre de dirétieo que vous portez ; si vous compreniez la sainteté de votre étal; le détachement de touteslescréaUiresqa’U vous impose; la haine du inonde , de vous-mème , et de tout ce qui n’est Dieu , qu'il vous ordonne ; la vie de la fol, la vigilance continuelle, la garde des sens; en un mot , la conformité avec J(‘siis-Christ crucifié, qu’il exige île vous : si vous le compreniez, si vous faisiez attention que devant aimer Dieu de

tout votre cœur et de toutes vos forces, un seul desir qui ne peut se rapporter à lui vous souille ; si vous le compreniez, vous vous trouveriez un monstre devant ses yeux. Quoi! diriez- vous, des obligations si saintes, et des mœurs si profanes ? une vigilance si continuelle, et une vie si ;»eu attentive, et si dissipée? un amour de Dieu si pur, si plein, si universel , et un cœur toujours en proie à mille affections , ou étrangères , ou criminelles? Si cela est ainsi, ô mon Dieu ! qui pourra donc se sauver? Qk»s polcrit.safrus csse.'(MATTii., xix,35.) Peu de gens , mon cher Auditeur : ce ne sera pas vous, du moins si vous ne changez; cc ne seront pas ceux qui vous ressemblent ; ce ne sera pas la nmititude.

Qui pourra sc sauver? V'oulez-voiis le savoir? ec seront ceux qui opèrent leur salut avec tremblement; qui vivent au milieu du monde, mais qui ne vivent pas comme le monde. Qui pourra se sauver? celle femme clirétienne, qui renfermée dans l’enceinte de ses devoirs domestiques, élève ses enfants dans la fui et dans la piété; laisse au Seigneur la décision de leur destinée; ne partage son cœur qu’entre Jésus-Christ cl son époux: est ornée de pudeur et de nio<lesiie; ne s’assied pas dans le* assemblées de vanité ; ne se fait point une loi des usages insensés du monde ; mais corrige les u.sages par la loi de Dieu , et donne du crédit à la vertu par son rang et par ses exemples.

Qui pourra se sauver ? ce fidèle, ([ui dans le relâchement de ces derniers temps , imite les premières mœurs des chrétiens; qui a les mains innocentes et le cu'ur pur : vigilant, qui ii'a pas reru son ame en vain, ( Ps. wtii, i) mais qui, au milieu même des périls du grand monde, s’appllqm* .sans cesse à la purifier : ju.ste, qui ne jure pas frttnduleu.sevient à son prochain , ( Ibid. ) et ne doit pas à <les voies douteuses l’innocent accroissement de .sa fortune : généreux, (]ui comble de bienfaits rennemi qui a voulu le perdre, et ne nuit à ses concurrents (|ue par .son mérite : sincère, qui ne .sacrifie pas la vérité à un vil intérêt, et ne sait point plaire en trahi.ssant sa conscience : charitable , qui fait de sa maison et de son crédit, l'asile de ses frères; de sa personne, la consolation des affligés ;de son bien, le bien des pauvres r soumis dans les afllicliuiis, chrétien dans les injures, pénitent ménte dans la prospérité.

Qui [KHirra se .sauver? vous, mon cher Auditeur, si voiLs voulez suivre ces exemples ; voilà les gens qui se sauveront. Or, ces gens-là ne forment pas .*issiirémenl le plus grand nombre; donc tandis que vous vivrez coihme la iiiulUiude,il est de foi que vous ne devez \m préleudre au salut : car

LUM)I DE LA TROISIÈME SEMAINE

si en vivant ainsi vous (louviez vous sauver, tous les hommes pres<iue se sauveroiciii ; puisqu’à uii petit nombre d'impies près qui se livrent à des ex> cès monstrueux, tous les autri^s lionuncs ne font que ce que vous faites : or, que tous les hommes près- <jiie se sauvent, la foi nous défend de le croire ; il est donc de foi que vous ne devez rien prétendre au salut, tandis que vous ne pourrez vous sauver si le ^rand nombre ne se sauve.

Voilà des vérités qui font trembler : et ce ne sont pas ici de ces vérités vagues qui se distuil à tous les boiunies, et que nul ne prend |)Our soi, et ne se dit à sm-méme. Il n’est («eul-étre personne ici qui ne puisse dire de soi : Je vis cuuiinc le graml nombre connue ceux de mon rang, de mon âge, de mon état; je suis peixlii, si je meurs dans celte voie. Or, quoi de plus propre à effrayer une ame à qui il reste encore 4]ucl<|ue soin de mon salut ? ('ependanl c’est la muliiliule «pii ne tremble j)oint; il n’est qu’un petit nombre de Justes, qui opèrent à l'écart leur salut avec crainlc; tout le reste est caln>e : on sait en général que le grand nombre se damne; mais on se flatte qu’après avoir vécu avec la iniillilude , on en sera discerné à la mort ; chacun se met dans le cas d’une exception chimérique; cliacun augure favorablement pour soi.

El c’est pour cela que je m’arrête à vous, mes Frères, qui êtes ici assemblés : je ne parle plus du reste des hommes ; je vous regarde comme si vous étiez seuls sur la terre : et voici la pensée qui m’occupe et qui m’épouvante. Je suppose que c’est ici voire dernière heure cl la fin de l’univers; que les deux vont s’ouvrir sur vos tètes, Jésus-Christ |>aroitre dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n’y êtes assemblés que pour l’altendre, et Comme des criminels tremblants, à qui l’on va proDoncerou unesentencede grâce, ou iinarrôlde mort eternelle : car vous avez beau vous flatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd’hui ; tous ces désirs de changement qui vous amusent, vous amuseront jusqu’au lit de la mort; c’est l’expérience de tous les siècles; tout ce que vous trou-^ verez alors en vous de iwiiveau, sera peul-tlre un compte un (>eu plus grand que celui que vous auriez aujourd’hui à rcudre; et sur ce que vous seriez, si l’on veiioil vous juger dans le moment, vous pouvez presque décider de ce ([ui vous arrivera au sortir de la vie.

Or, je vous demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne stiparant [>as en ce ;K)inl mon sort du vôtre, et me mettant dans la même dis[fusition où je souhaite que voirs miriez ; je vous demande donc : Si Jésus-Christ p.*iroUsoit dans ce tcmtdc, au milieu de celle ussciublce, la plus au- ■«

guste de runivers , pour nous juger, pour faire le terrible disceniemetu des boucs et des brebis , croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à la droite? croyezvous que les cliuses du moins fussent égaies ? croyez- vous qu’il s’y trouvât seulement dix Justes, que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes tout entières? Je vous le demande : vous l’ignorez, je l'ignore moi-même; vous seul, ù mon Dieu ! connolssez ceux qui vous appartiennent ; mais si nous ne connoissons pas ceux «lui lui ap{)artiennenl , nous savons du moins que les pécheurs ne lui appartieimcnt pas. Or, qui sont les fidèles ici assemblés? les litres cl les dignités ne doivent être comptés pour rien ; vous en serez dépouillés devant Jc^sus-Chrisl : qui sont-ils ? beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir; encore plus qui le voudroieot, mais qui difTéreni leur conversion; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que i>our retonüier; enfin, un grand noml)re qui croient n’avoir pas besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Relraiichez ces «luatre sortes de pixhcurs de cette assemblée sainte; car ils en seront retranchés au grand jour : paroissez maintenant, Justes; ou êtes-vous? restes d’Israël, passez à la droite : froment de Jésus-Christ, démêlez-vous de celle paille destinée au feu : ô Dieu ! où sont vos élus ? et que rcsle-t-il |K>ur votre jvartage?

Mes Frères, notre perte est presque assurée, et nous n’y pemsons pas. Quand même dans cette terrible séparation qui se fera un jour, il ne devroit y avoir qu’im seul pécheur de celle assemblée du c«Hé des réprouvés, et qu’une voix du ciel vicndroit nous en assurer dans ce temple , sans le désigner; qui de nous ne craindroil d’être le malheureux? qui de nous ne retomberoil d'abord sur sa conscience, pour examiner si ses crimes n’oiU pas mérité ce châtiment? qui de nous, saisi de frayeur, nedemanderoit pas à Jésus-Christ, comme autrefois les a;>0lres : Seigneur, ne scroil-ce pas moi, iVuimjuid C0o sum . /Jomùic? ( Mattii., x.xvi, 22). et si l’on laissoit quelque«délai, qui ne se meilroit en état de détourner de lui celte infortune, [taries larmes et les gémissements d’une sincère pénitence?

Sommes -nous sages, mes chers Auditeurs?

Peut-être que parmi tous ceux qui m’entendent, il ne .SC trouvera pas dix Justes; peut-être s’en trouvera-t-il encore moins; que sais-jc? 6 mou Dieu ! je n’ose regarder d’un œil fixe les al>tines de vos jugenicnts et de votre justice; penl-êlre ne s’en II ouvera l-il «ju’uii seul ; et ce danger ne vous louclie [K)iut, mon cher Auditeur ? et vous croyez

Oie.--

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^trc cc Seal lieorem dans le grand nombre qui périra ? vous qui avez tiioius sujet de le croire que tout autre; vous sur qui seul la sentence de mort devroit tomber, quand elle ne toinberoit que sur un seul des pécheurs qui m'écoutent.

Grand Dieu! que l'on connolt peu dans le monde les terreurs de votre loi ! Les Justes de tous les siècles ont séché de frayeur en méditant la sévérité et la profondeur de vos jugements sur la destinée des hommes : on a vu de saints solitaires, après une vie entière de pénitence, frappés de la vérité que je prêche , entrer an lit de la mort dans des terreurs qu'on ne pouvoil presque calmer, faire trembler d'effroi leur couciie pauvre et austère , demander sans cesse d’une voix mourante à leurs frères : Croyez-vous que le Seigneur me fasse miséricorde? et être pres4|uesur le (M>int de tomber dans le désespoir, si voire présence , ô mon Dieu! n'eiU à l'instant apaisé l’orage, et commandé encore une fois aux vents et h la mer de se calmer : et aujourdluii après une vie commune, mondaine, sensuelle, profane, cliacun meurt tranquille; et le ministre de Jésus -Christ appelé , est obligé de nourrir la fausse paix du mpurant, de ne lui parler que des trésors tnflnis des miséricordes dirines, et de l’aider, pour ainsi dire, à se séduire lui-même. O Dieu ! que prépare doue aux enfants d'Adam la sévérité de votre justice?

Mais que conclure de ces grandes vérités ? qu'il fout désespérer de son salut ? à Dieu ne plaise ! il n'y a que l'impie qui , pour se calmer sur ses désordres, tâche ici de conclure en secret que tous les hommes périront comme lui : cc ne doit pas être là le fruit de ce discours ; mais de vous détromper de cette erreur si universelie, qu'on peut faire ce que tous les autres font , et que l’usage est une voie sûre; mais de vous convaincre que pour se sauver il faut se dislinguer des autres , être singulier, vivre à part au milieu du monde, et ne pas ressendiler à la foule.

Lorsque les Juifs, emmenés ensenilude, furent sur le point de quitter la Judée , et de partir pour Babylonc, le prophète Jérémie , à qui le Seigneur avoit ordonné de ne pas abandonner Jérusalem, leur paria de la sorte : Enfants d’Israël, lorsque vous serez arrivés à Babylooe , vous verrez les liabitants de ce pays-là qui porteront sur leurs épaules des dieux d’or et d’ai^ent; tout le peuple se prosternera devant eux pour les adorer; mais pour vous alors, loin de vous laisser entraîner à l'impiété de ces exemples, dites en secret: C’est vous seul , Seigneur, qu'il faut adorer : Te opor- Uiadorari, Ûimine, (Baeucu, vi, 5.)

Souffrez que je Gnisse en vous adressant les mêmes paroles. Au sortir de ce temple et de cette autre saLuie Sion , vous allez rentrer dans Babylone ; vous allez revoir ces Idoles d’or et d’argent , devant lesquelles tons les hommes se prosternent; vous allez retrouver les vains objets des passions humaines, les biens, la gloire , les plaisirs qui sont les dieux de ce monde, et que presque tous les hommes adorent ; voti.s verrez ces abus que tout le monde se pcniict, ces erreurs que l’usage autorise, ces désordres dont une eoutunie impie a presque fait des lois. Alors, mon cher Auditeur, si vous voulez être du |ietil nombre des vrais Israélites, dites dam le secret de votre cœur : C’est vous seul , ô mon Dieu I qu’il faut adorer : Te oporlet ndorari, i>omttie; je ne veux point avoir de part avec un peuple qui ne vous connolt pas ; je n’aurai Jamais d’autre loi que votre loi sainte : les dieux que ci'Ue multitude insensée adore , ne sont pas des dieux ; ils sont l’ou>Tage de la main des l>ommes; Us périront avec eux : vous seul êtes l'imiuortel, ù mon Dieu! et vous seul méritez qu’on vous adore: Te oportet adorarij Domine, Les coutumes de Babylone n'ont rien de commun avec les saillies lois de Jérusalem; je vous adorerai avec ce petit nombre d’enfonts d'Abraham , qui composent encore votre peuple au milieu d’une natiim Infidèle ; je tournerai avec eux tous mes désirs vers la sainte Sion ; on traitera de foiblesse la singiiiarilé de mes mœurs; mais heureuse foiblesse, Seigneur, qui me donnera la fcu'ce de résister au torrent et à la séduction des exemples! et vous serez, mon Dieu , au milieu de Babylone, comme vous le serez un jour dans la sainte Jérusalem : Te oporiei adorari , Domine. Ah ! le temps de la captivité finira enfin ; vous vous souviendrez d'Abraham et de David; vous délivrerez votre peuple; vous nous transporterez dans la sainte cité; et alors vous régnerez seul sur Israël, et sur l&s nations qui ne vous connoissent pas : alors tout étant détruit, tous les empires , tous les sceptres , tous les monumeiiLs de l’orgueil humain étant anéantis, et vous seul demeurant éternellement, on omnoltra (|ue vous seul devez adoré : Te oporlet adorari, Do^ mine.

Voilà le fruit que vous devez retirer de ce discours : vivez à part; pensez sans cesse que le grand nombre se damne ; ne complez pour rien les usages , si la loi de Dieu ne les autorise; et souvenezvous que les Saints ont été dans tous les siècles des hommes singuliers. C’est ainsi qn’après von» être dislin^é des [M*cheur.s sur la terre, vous en .serez séparé glorieusejnenl dans reternité.

Anisi jOîNf.

MARDI DK LA TROISIÈME SEMAINE

SERMON

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