POUR LE MARDI DE LA TROISIÈME SEMALSE DE CARÊME
SUR LE MÉLANliE DE.S DONS ET DES MEClUNTS.
si pfceav/yii in te fraUr Inut, rôtie, et rorripe rntn inter le et Iptnm totum : ti te nlu/ierit , lueratui erit fret, trem iuum.
Si voire frèiT vous a ofTrnsé , aller . et reprcnex-li* en par- Uculier : s'U v ous écoute , vous aurez itaipié votre frère.
lUATTa., SVKI, 13.)
Ud (les devoirs l&i rs.HcnlieIs et le.s plus ignorés de la vie clireticniic, c'e.*it l’usage ijne nous devons faire des vices ou des vertus des hommes au milieu desquels nüii.s sommes obligés de vivre. Aussi la sagesse de Dieu n'a pmuis le mélange de t’ivi^ie et du lioii grain ^ des bons et des im^bants dans l’ivglise , que pour niénager aux uns et aux autres des moyens de conversion , ou des occasions de mérite ; et lorsque hs serviteurs du père de famille, touchés des scandales (]iii déslionorent son royaume, lui dciiumdent qu’il leur permette d’aller arracher Tivraic que l’iiomme ennemi a surseméedansce champdiviu, il coiuiamne leur rèle, et leur fait entendre que ce mélange , qui paroit^i injurieux à sa gloire, a néanimiins scs rai5)ons cl ses usages dans l’ordre adorable de sa providence.
Cepemlant ce mélange établi pour| corriger le vice et pour piirilier et éprouver la vertu, séduit ou décourage celle-ci , et ne fournit <;uc des censures à l'autre : ce mélange si utile à tous, esldevenu pernicieux à tous ; et encore aujourd’hui , dit saint Augustin, les Jirstes souffrent avec peine les pécheurs, les pécheurs ne peuvent |>as mémo supporter la présence des Justes , et ils sont à charge tes uns aux autres : Oaert euim sibi .vuuf. Il importe donc de développer les raisins éternelles et les utilités de celteconduilcde Dieu sur son Kglise; et celle matière paroU d’autaul plus im{)ortantc , que tous les autres devoirs de la vie chrélteime semblent s’y rap[H>rier. En e(Tct, le vice et la vertu SC trouvant toujours ni^e.ssairemenl mélés sur la terre , rien n’esl plus «ligne d’élre éclairci , que les règles de la foi, qui apprenuenl aux pécheurs quelle utilité ils doivent retirer de la société des Ju.stes avec lesquels ils vivent : et aux Justes, celle (pli doit leur revenir du conuiicrce des pécheurs, inévitable pour eux sur la terre.
Or, pour établir ces vérités sur one doctrine so-
lide , il n’y a qu’à remonter jusqu’au premier dessein de la Providence , et exposer quelles ont pa être les raisons étemelles de sa sagesse dans le mélange des Iwns et des nuNdianls sur la terre. En voici deux principales; et d’elles nous allons tirer toutes les règles que nous devons prescrire.
Les bons , dans les desseins de Dieu, doivent servir, ou au salut, ou à la condamnation des méchants : c’est hi première.
Les méclianls sont soufTerts pour l'instruction , ou |K)ur le mérite des Justes ; c’est la dernière.
De Texposilion de^ces deux principes vont naître toutes les grandes vérités que renferme celle matière, et qui règlent, ou la conduite des péclieurs envei*s les gens de bien, ou les dispositions des gens de bien à l'égard des pécheurs. Implorons, etc. .Ire, J/aria.
PllEMIKHE PARTIE.
Ne somble-l-il {mis, mes Frères, qu’il eiU été plus glorieux à Jésus-Christ de s'ëtre formé sur la terre une balise uniquement composée d’clus , saiLs tache dans les mœurs comme dans la foi, et l’image naturelle cl anticipée de la Jérusalem celeste, et de celte Eglise des premiers-nés dont les noms sont écrîLs dans le ciel? un cliamp arrosé^de son sang divin, devroU-il encore pnxluire Tivraie avec le bon grain? un Ijcro^ail dont il est le [tasleur, pcul-il reufenner des aniin.iux immondes confondus avec les brebis? un corps dont il est le clief, |teul-il encore souffrir des membres qui servent Il l'ignominie? et l’Eglise ne seroit-clle pas plus digne de son é|>uux, si, refusant ici-bas aux jKk'heui .s les .signes extérieurs de la paix cl de l’unité, elle ne reeonnois.soit pour siens sur la terre, que ceux qui lui appartiendront dans le ciel?
Il est vrai, mes Frères, que les Justes en fomienl ici-lKis la {(artie la plu.s essentielle et la plus insé|)arablc : c’est eux pntpremenl qui la représentent toute devant Jésus-Clirlsl ; c’est eux qui sont le princiftal lien de son union avec elle; c’est à eux qu’elle doit le mérité de ses prières, le fruit de ses saerement.s, la vertu de .sa parole; c’est pour eux ciifüi qu’elle subsiste encore; cl imites choses seroicnl consommées, si leur nombre étoit accompli.
Ce|H.‘miant, quoique les peciieurs ne soient que comme les taches de cc corps divin , ils ne lui appartiennent pas moins: l’Eglise les regarde comme ses cnfaiits; elle les souffre comme ses membres , gâtés à la vérité, mais qui tiennent encore au reste, du corfis, iion-seulement par les syml>oies extérieurs des sac remciils et de l’imilé , mais encore par les heus intérieurs de la foi et de la grâce,
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el qui peuvent mtoe trouver dans leur société avec les Justes, ou mille ressources heureuses de salut qui leur manqneroieiit, s’ils vivoient séparés d’eux comme des anathèmes, ou un sujet terrible de condamnation qui jnstihera la sévérité des jugements de Dieu à leur égard.
Je dis premièrement mille ressources heureuses de salut, puisqu’ils trouvent dans leur mélange avec les Justes, les secours des instructions, des exemples et des prières ; c’est-à-dire, les moyens les plus efficaces de leur conversion.
Le secours des instructions est la première utilité que les pécheurs retirent de la société des gens de bien ; et ces instructions font d’autant plus d'effet sur 1rs âmes les plus mondaines, que la vérité, l’autorité, la cliarité en sont les caractères inséparables.
La vérité. Les Ju.stes ont l’œil trop simple et les lèvres trop innocentes, pour louer le pécheur dans les désirs de son cœur ; ils ignorent ce langage éternel de feinte , d’adulation , d'intérêt , dont les hommes se seneiit pour se .séduire les uns les antres; ils appellent avec une noble simplicité le bien un bien, et le mal un mal ; ils savent qu’ils ne sont redevables qu’à la vérité; que le chrétien en est un témoin puléic ; qu’il serait iMnteux de sacrifier à de légères complaisances , ou à un vil intérêt, une vérité à laquelle tant de fidèles ont autrefois sacrifié leur propre vie ; qu'ils ont dans le ciel le témoin invisible de leurs pensées; qu’on peut bien cacher aux hommes les basses dissimulations d’un cœur double, mais qu’on ne peut les cacher au scrutateur des cœurs ; et que la religion toute seule forme des hommes véritables et sincères. .àinsi ils aiment trop leurs frères pour les tromper ; ils sont trop touebrà de leurs égarements pour y applaudir; ils désirent trop vivement leur salut pour devenir, par des conseils flatteurs, les complices de leur perte : ils peuvent bien se taire, car il n’est pas toujours temps de parler ; mais ils ne sauraient parler que pour rendre gloire à la vérité; et le vice ne trouve jamais auprès d’eux, ni ces bas.ses adulations qui l’admirent , ni ces adouds-sements artificieux i|ui le Ju.stilient.
Vous apprenez de leur bouche, vous surtout que votre rang et votre naissance élève au-dessus des autres hommes ; vous apprenez ce que cette foule d’adulateurs, qui vous environne, vous laisse ignorer : eux seuls vous parlent dans la sincérité de Dieu , parce qu’eux seuls ne cherchent pas à vous plaire , mais à vous gagner à Jésus-Christ : eux seuls o.sent vous contredire, et prendre le parti de la vérité contre vous- même ; parce qu’eux .seuls ne craignent pas de se rendre moins agréables,
pourvu qu’ils se rendent plus utiles : eux seuls n’étudient pas vos penchants pour y accommoder lâchement leurs suffrages, mais ils étudient vos devoirs pour y ramener vos pencliaiits ; parce qu’eux seuls aiment plus votre personne, que votre élévation , et sont plus touchés de votre .salut, que de vos bienfaits. Tout le reste des hommes, ou vous séduit, ou se tait, ou vous flatte; plus même vous êtes élevé, plus vos pa.ssions vous sont cachées sous l’artifice des louanges; moins la vérité vous approche; plus on.se déguise à vos yeux pour vous déguiser vousmême aux vôtres; plus vous êtes à plaindre, parce que tout ce qui vous environne, n’est attentif qu’à vous surprendre, qu’à vous inspirer ses passions, ou qu’à s’accommoder aux vôtres : c’est le malheur des cours, et la triste destinée des grands. L’innocent plaisir de la sincérité, sans lequel il n’est plus rien de doux daixs le commerce des liommes, vous est refusé : vous n’avez plus d’ami, parce qu’il est trop utile de l’être : vous vivez au milieu des hommes que vous ne connaissez pas, qui mettent tons le masque en vous approchant, et dont vous ne voyez jamais que l’art et la surface ; les Justes seuls se montrent à vous tels qu’ils sont ; et en eux seuls, vous retrouvez la vérité qui vous fuit , et que votre puissance qui vous donne tout, vous ôte elle-même et vous cache. Voyez comme tandis que tous les officiers de l’armée d’Iloloplienie lui promettent la conquête de Iléthulie, et que tout flatte son orgueil et son ambition, .àchior tout seul oser parler sans artifice , prendre les intérêts du Dieu de Juda, et faire souvenir ce clief orgueilleux, que toutes ses forces viendront échouer contre celte ville, comme les flots de la mer contre un grain de sable, si le .Seigneur lui-même daigne la garder et la défcmlre. Aussi un saint roi de Juda comptoit autrefois comme un des plus grands avantages de son règne, de voir a.ssis aiipiés de lui des hommes justes et fidèles : parmi toutes les faveurs qu’il avoit reçues du Dieu de ses pères, ce n’étoient [>as ses victoires et ses prospérités dont il éloit le plus touché, c’étoit la vertu et la justice des sujets i|ui présidaient à ses conseils, et qui environnoient .son trône; et la piété des Natlian et des Chusai , lui parut une marque plus sensible de la protection du Seigneur sur lui, que la conquête de Jérusalem , et les dépouilles des nations ennemies de sa gloire : MisMcordiam el judicium cantabo Ubi, nomine... Oeuli mei ad fdeles lerrir, vl srdeant merutn ; omftulans in vfd immacMiald, hic mihi niinislruèof. (Ps. n, i, n-JT iibommejusteest un présent du ciel; et les grands surtout ne sauroient trop honorer la vertu , parce que la paissance ne
MARDI DK LA TROISIÈME SEMAINE
peul leur tlonncr que des sujets , et que la vertu tüute seule leur ilonne des amis filiales cl sincères.
Mais non seulement les Justes seuls conservent encore la vérilé parmi les iiommcs; leurs paroles tirent même d'une ceriaiiie autorité (}ue la vertu seule donne, im poids et une force qui ne se trouve pas dans les di>cuurs des hommes ordinaires. En elTel, le pecheur, quehiuc élevé «pi’il soit, perd par .ses t garenient> le droit de reprendre ceux qui s'égarent ; ses vices afrolhlissenl scs instructions ; les fuihlesses de sa conduite décrient l'utilité de ses conseils, et ses nianirs ne laissent plus de cré dit A pamlcs. ülais le Juste peul avec cunliaiice condamner dans les autre^s, ce qu’il a commencé par s’inlenlirc à lui-même : ses instructions ne rougissent pas de sa conduite : son innocence rend ses censures respectables, et tout ce (|u’il dit trouve dans ses iineiirs une nouvelle auloritc dont on ne peut SC défendre. Aussi nous donnons, comme sans y penser, aux véritables Justes, une espèce d'empire sur nous-mêmes : c|uelquc élevés «pie nous snyons d'aiilcnrs, la vei lu se forme comme un iri- Ixmal à |rart, auquel nous soumettons avec plaisir notre élévation et notre puissance; et il semble que les Justes, qui jugeront im jour les anges, ont droit d'être dès à présent les juges des bummes.
L'n.leanHapüsiencci>inp3gné de sa seule vertu, devient le censeur d'une cour voluptueuse; et Héroile ne peul s’enq>êcher de craindre .ses censures, et de respecter sa vertu. Un Michée s'o|ipose seul aux vains [irojcls de deux rois et de deux armées; & tout est ébranlé à la seule voix de l'bonmie de Dieu. Un proplièic inconnu vient de la part de Dieu reprocher au roi d'Israël assemblé à Bétliel avec tout .son peuple pour sacrilier à Daal, l'impiété de .scs sacriliccs; cl les mystères profajiessont suspendus. Elie tout seul vient au milieu de Samarie menacer Acliab de la vengeance divine; el le prince trcmblatil s'humilie, et conjure le prophète d’ülrtcnir sa grâce auprès du Seigneur. Ejiüii, un Samuel anné de la seule dignité de son dge el de son ministère, vient reprocher A Saüi , vainqueur d'Amahx: el encore environné de ses iroujHîs victorieuses, son ingratitude et sa désobéissance; et ce prince si intrépide devant ses eimemis, sent toute sa fierté ioml)er devant le prophète, et met tout en usage pour l'apaiser. O sainte autorité de la vertu ! qu'elle porte avec éclat les caractères augiLstes de sa céleste origine!
Il est vrai, mes Frères, tpi’à celle aulorlc inséparable de la vertu, les Justes ajoutent les saints ariilices et les sages circonspections d'une cliarité tendre el prudente. Ils ont appris qu’il faut reprendre à temps cl A contre- temps, il Cit vrai ;
mais Us savent aussi que si toat lenr est permis , tout n'est pas expédient; que les plaies qui sont dans le cœur demandent de grandes précautions, el qu’il faut lui faire aimer les remèdes , si l’on veut ({u’ils soient utiles : ils savent que la vérité ne doit d’ordinaire ses victoires qu’aux ménagements de la prudence et de la charité qui les lui préparent ; qu’il y a un temps de gémir en secret, et un temps de parler; que la même cliarilé qui hait le péché, tolère le pécheur pour le corriger; et que la vertu n’a d'autorité, qu’aulant qu'elle a de discrétion et de prudence.
A iiisi la vertu est aimable lors même qu'elle reprend : ce n'est pas la coniioUre de se la représenter sous l’idée d'un zèle amer et imprudent, qui condamne sans indulgence, cl qui corrige sans disceniemenl : la cliarité n'est ni téméraire, ni inhumaine; elle sait dioisir ses moments , et ménager ses conseils; elle sait se rendre utile sans se rendre (xlieuse; el quand on aime sincèrement, la douceur et les précautions sont naturelles : si ces caractères manquent, ce n’est plus la charité qui re})rend et qui édifie, c'est l'humeur qui censure et qui scandalise : la charité est douce et prudente, et riinineur est toujours piquante et téméraire. Nailian ne vient pas reprocher aigrement i David le scandale de sa conduite : il s'insinue avant que de reprendre; il fait aimer la vérilé avant delà dire; il fait haïr le crime avant de hUmer le coupable: et par les méiiagemeiUs innocents d'une |)arabole iogénicase , il trouve le secret de corriger le vice sans offenser le péclieur, et de foire prononcer David contre lui-méme.
Un ami saint el vertueux, et qui joint à la vertu celle douceur tendre , et celle discrétion que U charité inspire, ne trouve presque point de cœur, quelque livre qu’il soit aux passions, insensible 4 ses sages remontrances. Car ce n'est pas ici uu aiuehorèie austère, qui par les suites de sa profes- .«•ion, ne ;iouvant vous tenir que des discours saints, vous trouve moins disposé à l’écouter : c’est un Juste de votre état , de votre âge, de votre rang , le complice peut-être autrefois de vos plaisirs et de vos débauches, qui vous fait sentir le vide des aroiLsements dont il a été lui-même l’adorateur insensé ; qui vous inspire l'horreur d’un monde dont il a été lui-même autrefois follement enclianlé ; qui vous exlmrle à un genre de vie sage et dirétien, qu’il a lui-niéme autrefois décrié; qui vous promet, dans la pratique de la vertu, des douceurs, et une paix du cœur, qu’il a lui-méme crue autrefois puérile et cliimérique : tout ce qu’il dit, tire une nouvelle force de cette ressemblance; il vous ébraide ; U vous enlève presque malgré vous
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à vous-raéme ; el la siroplidtc de «es disconrs est mille fol*: plus puissante pour persuader, que toute rêlociucnce des diaires clirétiennes.
J’cn appelle ici à voiis-in^^me : combien de fois , dans le temps que vous suiviez avec plus de fureur les égarements du monde el des passions , un ami ebrétieo a rappelé l’ivresse de voire cœur aux lumières d’une raison plus tranquille , vous a fait convenir de l’injustice de vos voies, des amenunics secrètes de votre état , de l'abus du monde el de la vanité de ses espérances , et a laissé au fond (le votre ame un trait de lumière el de vérité qui depuis ne s’est jamais ef&cé , el vous a toujours appelé en secret à la vertu el à l’innocence? Augustin sentit ses irrésolutions s’aflermir dans les entretiens d’Anibmise; Alipe, sa foiblcsse se ranimer dans la sainte familiarité d’Augustin. Non, la vérité semble avoir un nouveau droit sur nus nem-s , quand elle est aidée des persuasions douces et sincères d’une tendresse cbrélieime.
El ici je ne puis m’empêcher de le dire à vous, mes Frères, que la grâce a retirés des égarements du monde. Souvent, contents, ce semble, d’avoir éclwppé vous-mêmes au uautrage, vous voyez périr vos frères sans douleur j vous auriez honte de leur tendre la main ; vos nouvelles m<rurs n’ont pan éloigné de vous les amis que le inonde et les plaisirs vous avoienl donnés; vous conservez encore avec eux ces liaisons de soins, de tendresse, de coniiance , que la piété ne condamne pas , mais i|u’cllo rend seulement pins sincères et plus cUrélicnnes ; a'pendaiit vous les laissez perdre sans les avertir, sous prétexte d’éviter l’indiscrétion, et ce zèlciinporiim qui rend Ia|piété odieuse, vous manquez aux règles de la cliarité et aux devoirs d’une amitié sainte ; il n’est jamais question de salut entre vos amis et vous; vous affectez même, par une fausse délicatesse, d’éviter ces sortes d’entretiens: vous souffrez qu’ils vous i^arleut de leurs plaisirs , de la folie de leurs amusements , et de la vanité de leurs espérances; et vous vous obsenez l»our ne pas leur parler du bonheur et des avantages d’une rie chrétienne , cl des richesses de la miséricorde de Dieu sur les pécheurs qui veulent revenir à lui. Mais qu’est-ce qu’une liaison dont le Seigneur n’est pas le principe , dont la charité n’est {ias le nœud , dont le salut n’est pas le fruit ?
Déjà c’est une erreur de croire qu’il n’y ait pas ici une obligation de conscience : l’Évan^le vous prescrit aujourd’hui d’aller même chercher votre ^ère, et de lui donner en particulier des avis tendres et cliarilahles : d’ailleurs il vous est ordonné, à TOUS qui êtes convertis, conune autrefois à Dicne, de ra|q>clcr cl de soutcuir vos frèrc6. Mais j
quand la religion ne vous en feroit pas un devoir, pouvez-vous voir des hommes que l’espérance d'une même vocation vous unit, cl que les liens de l'amitié doivent vous rendre cMicore plus chers : pouvez-vous les voir ennemis de Jésus-Christ, esclaves du démon, destinés, par le dérèglement de leur vie, à des malheurs étemels, sans oser leur dire quelquefois que vous les plaignez ? sons prufiler de quelques-uns de ces moments heureux où ils viciuient vous confier leurs cliagrios et leurs dégoûts, pour leur apprendre à clierclieren Dieu seul une paix que le monde ne [)ciil clonner; pour placer à propos une seule parole de «nlut ; pour leur dire avec ces témoignages toudiaiits de tendresse, dont le cœur a tant de peine à sc défendre, ce qu'aulrefois AugusUn, déjà converti, À un de ses amis qu’il vouloit retirer de régaremenl ? Est-ce que nous aurons des destinées si difTercnies dans l’avenir, tandis que nous n’avons iei-l>as qu’un même cœur ? les nceuds de notre amitié sont donc fragiles el périssables, puisque la charité, qui seule demetire élemellemcnl, n’en est pas le lien commun : la mort va donc nous séparer à jamais ; car c'est dans le Seigneur tout seul que l’union des cœors peut être imroiM telle : vous n’ëtes donc qu’un ami temporel, et une haine étemelle succédera à celte amitié rapide et passagère qui nous unit sur la terre. Mais que sont les liaisons les plus toxlres que la piété n’a pas fonnées ? et peuton aimer un seul moment ce qu’on ne doit pas aimer toujours?
Mais ce qui donne en second lieu une nouvelle force aux inslmclions des Justes, c’est qu’elles sont soutenues de leurs exemples : second moyen de salut que leur société fournil aux pécheurs. Et certes, mon cher Auditeur, si voas viviez au milieu d’un monde où Dieu ne fût t>ascutuiu : si tons les hommes vous ressemhloient, el que vos yeux ne rencontrassent de tontes parts que des exemples de dlssolulioii, la vertu inconnue ne vous paroliroit jamais désirable; le crime seroit toujours tranquille, parce que son opposition avec la piété n’en troiibleruil jamais les fausses douceurs ; vous ne sentiriez jamais s’élever au dc<Ians de vous ces troubles secrets qui vous reprochent votre propre fbiblesse ; et vous croiriez la vie chrétienne impossible, parce que vous la verriez saas exemple. Mais, dans quelque siloalionquc laProridcnccvous ail fait naître, vous trouverez des Justes de votre âge et de votre état, qui observent la loi du Seigneur, et qui Diarclient devant lui dans la sainteté et dans l'innocence; leur exemple seul est une voix puissante qui vous parle saus cesse au fond du Gce tir, et qui vousia|>[iilc malgtc vous à la virilé
Okiml
MARDI DE LA TROISIÈME SEMAINE
et à la justice. Nous vous annonçons la piété du | liaut de ces chaires chrétiennes ; mais leur exem* : pie vous la persuade : nous vous montrons la voie { de loin ; mais ils y marchent à vos yeux pour vous frayer le chemin^ et vous animer àjlcs suivre : nous i vous prescrivons les règles ; ils vous fournissent le I modèle. Aussi combien de fois, mon cher Audi’ j leur, touché des exemples d’un Juste de voire rang \ et de votre état, vous êtes- vous reproché à vousmême les pt'tichants infurlunés qui ne vous permetioient p.\s de lui ressembler ? combien de fois le souvenir de son innocence vous a couvert de coufusioti , arraché des soupirs à votre faiblesse , et fait lialancer queUiue temps entre le devoir et la passion ? combien de fois sa présence seule a ré* veillé eu vous des désirs de salut, et vous a fait promettre en secret à vous-tnéme qu’un jour vous marcheriez sur ses traces? Non, mes Frères, nous ne voyons point de conversion dans le monde qui n’ait trouvé sa source et son motif dans les exemples des gens de bien : je ne parle pas même ici du mérite de leurs œuvres; l’iinion de la foi, et la société d’un même esprit, établit entre eux et vous une espèce de commerce saint , qui vous rend propres les fruits immortels de leurs vertus : le trésor qu’ils amassent, la mesure surnlmndante qu’ils comblent par des violences qui vont au-delà de leurs d( ttes, sont des biens qui vous appartiennent, et que vous pouvez offrir au Seigneur comme vos propres justices. Ce n’est pas que des satisfactions étrangères puissent suffire pour effacer les offeuses qui vous sont propres ; il faut que les mêmes membres qui ont servi à rini(}uité, senent à la justice , et que le pétthé se répare où il a été commis ; mais les œuvres des Justes offrent sans cesse au Seigneur, ou le prix de votre conversion, ou l’heureux supplément de votre pénitence. Cependant le monde , toujours ingénieux à s’ôter à lui-même les ressources de salut que la boulé de Dieu lui ménage, ne semble altenlirqu'à obscurcir l’éclat, ou diminuer le mérite des œuvres des gens de bien ; il attaque la sainteté des motifs , quand les dehors sont à couvert de la maltgiiiic de ses censures. Les courtisans du roi Sédédas accusoient les larmes et les Iri.'^les prétllclions de Jérémie sur la ruine prochaine de Jérusalem , d’un secret désir de plaire au roi de Babyloiie, qui assiégeoit celle ville infortunée. 11 semble, ô mon Dieu, que vous oe soyez pas assez aimable pour être ser\i dans la seule vue de vous-tnème ; et que vos promesses toutes seules ne soient [ias capables de dédommager vos serviteurs des peines qu’ils endurent : il faut que le monde cherche toujours dans les plus saiutes démarches de leur piété , d’autres desseins
que celui de vous lionorer, et un autre intérêt que celui de vous plaire. Mais que faites-vous, mes Frères , en diminuant par des soupçons téméraires, le mérite des œuvres des Justes? vous diminuez les ressources heureuses de votre salut : vous vous ôtez à vous-mêmes les motifs les plus consolants de votre espérance ; ce sont vos propres vertus que vous déshonorez , et vos censures iiLscnsées retombent sur vous-mêmes.
Enfln les Justes senent encore à votre salut par leurs gémissements et par leurs prière.s ; et c'e.st dan.s ce dernier avantage, que vous allez cotmoUre combien la vertu est respectable dans ceux qui la pratiquent.
La prière couUntuïle du yusfe, dit un apôtre; est d’uii grand poids auprès du Seigneur^
( J AC., V, 16.) Oui, mes Frères , si Dieu jette encore des regards de miséricorde sur la terre, s’il répand encore ses faveurs sur les empires et sur les royaumes , ce sont les prières cl les gémissements secrets des gens de bien, qui nous les attirent ; ce sont ceux qui compasent celte partie pure de l’Eglise, qui n’a point d’autre voix pour demander que celle du Christ , dont Ics'clainetirs ont toujours accès auprès du Père ; c’est là celle colombe qui gémit sans ces.se, et qui ne gémit jamais en vain ; c’est par eux que toutes les grâces se répandent dan-s l’Église ; c’est à eux que lessièdes doivent les princes religieux , les [lasieurs fidèles, la paix des églises , les victoires de la foi, ces hommes célèbres par leurs lumières tjue Dieu suscite dans les besoins de son Église, pour s’opposer aux entreprises de l’erreur, au relâchement des moeurs , aux affuihlissemenls de la discipline : que dirai-je encore ? c’est à eux que le monde doit les ressources inespérées dans les calamités publiques, la Iranquillilc des peuples', le bonheur des siècles ; tout vient de là : car tout se fait pour les élus. Nous en faisons honneur, nous, qui ne jugeons que par les sens, à la sagesse des .H>uvcrains , à la puissance ou à l’habileté de ceux qui gouvernent : mais si nous voyions les événements dans leui*s causes , nous les trouverions dans les gémissements secrets des gens de bien , dans les prières quelquefois d’une aine sinqée et obscure, qui , cadiée aux yeux des hommes, décide bien plus auprès de Dieu des événements publics, que les Césars et leurs ministres, qui paroissenl à la tête des affaires, et qui semblenttenir entre leurs mains la destinée des peuples et des empires.
Comparez, disoil autrefois Tertullicn aux jiaïens, les maliteiirs passés de l’empire à la Irariquillité dont il jouit aujourd’hui ; d’où vient ce changeincnl? n*esl-ce pas depuis que Dieu a donné des