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les dehors , il faut , pour se calmer, qu’elles lüclient de se persuader que les delioi's ue soûl pas necessaires , et qu’elles se relranclietU sur le cieur, qui ne nous est jamais connu i nous-mêmes, et sur lequel il est bien plus aisé à chacun de se méprendre.
Mais, mes Frères , quand le cœur est enfin réglé , et qu'on a donné sincèrement à Dieu son amour et ses alTections : ah ! on ne s’avise guère de lui disputer les dehors et la profession extérieure des sentiments de salut qu’il nous inspire. C’est le sacrifice du cœur et des passions qui coûte , et qui fait la grande difficulté de la vertu. Ainsi quand une fois on en est venu là , tout le reste ne coûte plus rien , tout s’aplanit , tout devient facile ; tons les attachements extérieurs n’ayant plus de racine dans le cœur tombent d’enx-mèmes, et ne tiennent plus à rien. Aussi on voit bien tous les jours des personnes dans le monde, lesquelles avec un cœur mondain et déréglé font des o'ovres extérieures de piété , remplissent des devoirs publics de miséricorde, soutiennent des œuvres saintes. Les âmes même les plus mondaines, et les plus engagées dans les passions, mêlent d'ordinaire à leurs plaisirs, et à leuis faiblesses honteuses, quelques œuvres extérieures de religion et de miséricoide, pour se calmer dans une vie toute criminelle, ou pour s’en diminuer à elles- mêmes l’borreur et l'infamie : mais on n’en voit point qui , après avoir donné sincèrement leur cœur à Dieu , rompu tous les attachements des passions, et éloigné tonies les occasions du crime, ne donnent aucune marque extérieure de leur cliangement , persévèrent dans les mêmes liaisons , les mêmes plaisirs , les mêmes inutilités, le même éloignement des choses saintes et des devoirs extérieurs de la pi(’té , ne changent rien au dehors , et bornent toute leur conversion à un cliangement chimérique qui ne paroit point, tandis que tout ce qui paroit est encore le même. Ah ! il en coûteroit trop pour ne pas donner des témoignages extérieurs de respect au Dieu qu’on aime et qu’on adore; on se reprocheroit de n’avoir pas assez, d’empressement pour tout ce qui tend à riionorer; à peine la religion fournit-elle assez de moyens et de pratiques , pour salisbire à l’amour d’un cœur fidèle. En un mut , on peut bien avec un cœur encore mondain remplir quelques devoirs extérieurs de piété; mais quand le cœur est une fuis chrétien , on ne sauroit plus se les interdire.
D’ailleurs, la même loi qui nous oblige de cixiire de cœur nous ordonne de confesser de bouche , et de donner des marques publi(|ues et éclatantes de notre foi et de notre piété. Premièrement , pour rendre gloire au Seigneur, à qui nous apparlenons,
et reconnoilre devant tous les hommes, que lui seul mérite nos adorations et nos hommages. Secondement, pour ne pas cacher par une ingratitude criminelle les faveurs secrètes dont il nous a comblés, et porter tons les témoins de ses miséricordes sur noos à joindre leurs actions de grâces aux nôtres. Troisièmement , pour ne pas retenir la vérité dans l’injustice par une timidité indigne de la grandeur du maître que nous servons, et injurieuse à la bonté du Dieu qui nous a éclairés. Quatrièmement, pour édifier nos frères, et les animer à la vertu par nos exemples. Cinquièmement , pour encourager les foibles , et les soutenir par notre fermeté contre les discours insensés du monde, et les dérisions publiques qu’on y fait de la vertu. Sixièmement, pour réparer nos scandales, et devenir une odeur de vie , comme nous avions été une odeur de mort. Septièmement, pour consoler les Justes, et les porter, par le spectacle de notre changement , à bénir les richesses de la miséricorde divine ; que dirai-je enfin? pour confondre les impies et les ennemis de la religion , et les forcer de convenir en secret qu’il y a encore de la vertu sur la terre.
Voilà cet extérieur que vous croyez si inniile. Cependant c’est ainsi que les Justes de tous les temps ont opéré leur salut, en se discernant du monde par leurs mœurs , par leurs maximes , par la décence et la modestie des parures, par la fuite des plaisirs publics, par un saint empressement pour tous les devoirs extérieurs do culte et de la piété. Vous-même , qui paroissez faire si peu de cas des dehors de la vertu , vous les exigez pourtant des serviteurs de Dieu ; et dès qu’ils imitent les mœurs et les manières du monde , et qu’ils n’ont rien an-debors qui les dislingtie des autres hommes, vous devenez le premier censeur de leur piété ; vous dites qu’on les canonise à bon marché ; qn'il est aisé de servir Dieu et de gagner le ciel à ce prix-là; et que vous seriez bientôt un grand saint, s'il n’en ialloit pas davantage ; et dès là vous tombez en contradictioa avec vous-même, et vous vous confondez par votre propre bouche. ,
Mais voici nn nouveau prétexte que la fausse sagesse do monde oppose à l’extérieur du culte et de la piété ; on y trouve de la simplicité et de la foiblesse. La fréquentation régulière des sacrements, les devoirs de la paroisse , les prières communes et domestiques, la visite des lieux de miséricorde , le zèle pour les entreprises de piété , certaine régularité dans la parure, l’assistance journalière aux mystères saints , la sanctification des jours solennels , le respect pour les lois de l’Eglise , l’exactitude à observer certames pratiques saintes : tout cela , on veut que ce soit la religioo do peuple ; on
DigitlZ-JC Sy CiOOJ^ic
DU VEIUTABU: CLLTi:.
n*y trouve pas assez dVIcvaiion et de foi’ce; on voudroU une relifçion qui fit des pliilosopiies, et non pas des lidèies ; on dit qirit faut laisser res petites dévotions à un tel et à une telle, dont Tesprit n*esl pas capable d*aller plus haut ; et on croit fairehonneuràsa raison ne déshonorant la religion même.
Mais, mon cher Auditeur, vous qui noos tenez ce langage, le dérèglement de vos mœurs, et la bassesse de vos passions, ne dément-elle pas un peu cette prétendue élévation , et cette force qui vous fait tant regarder les pratiques extérieures de piété comme le partage des âmes foibles et vulgaires ? CVsl ici qu5l faudroil se piquer de raison , dVlévalion, de grandeur et de force. Je vous trouve tous les défauts des âmes les plus basses et les plus viles; emporté jusqu’à l’éclat, vindicatif ju5<{u'à la fureur, vain jusqu’à la puérilité, envieux jusqu’à la foiblesse, voluptueux jusqu’à la dissolution : je vous trouve une ame toute de boue , qu’un plaisir entraîne, qu’une affection abat, qu’un vil intérêt corrompt , qu’une lueur de prospérité transporte , que le seul instinct des sens guide comme les animaux sans raison ; je ne vois en vous rien de grand, rien d’élevé , rien de digne de la force et de la sublimité de la raison; et il vous sieil bien après cela de nous venir dire qu’il faut laisser aux esprits foibles et aux âmes vulgaires tout ce détail de dévotion extérieure î
véritable force et la seule élévation de l’esprit et du cœur, mes Frères , consiste à maîtriser ses passions, à n’être pas esclave de ses sens et de ses désirs , à ne pas se laisser conduire par les caprices de rimnieur et les inégalités de l'imagination ; à étouffer un ressentiment et une secrète jalousie, à se mettre au-dessus des événements et des disgrâces : voilà ce qui fait les grandes âmes et les esprits forts et élevés; et voilà où en sont les Justes que vous méprisez tant, que vous regardez comme des esprits foibles et vulgaires. Ce sont des âmes, fortes qui pardonnent les injures les plus sensibles ; qui prient pour ceux qui les calomnient et qui les persécutent; qui ne sentent les mouvements des passions , que pour avoir plus de mérite en les réprimant ; qui ne se laissent pas corrompre par un vü intérêt; qui ne savent pas sacrifier le devoir, la vérité, la conscience à la fortune; qui rompent généreusement les liens les plus tendres elles plus chers, dès que la foi leur en a découvert le danger; qui se disputent les plaisirs les plus innocents; qui sont des héros contre tout ce qui a l’apparence du mal, mais qui dans la religion sont simples, humbles, dociles ; et font gloire de leur docilité, et de leur simplicité prétendue. Pru-
dent pour le mal, et simple pour le bien, vous, au contraire , vous êtes pins foihle que les âmes les plus viles et les plus vulgaires, quand il s’agit de modérer vos passions : votre raison, votre élévation, la force de votre esprit, votre prétendue philosophie, tout cela vous abandonne : vous n’êUs plus qu’un enfant, que le jotiet des passions les plushassesel les plus puériles, qu’un foihic roseau que les vents agitent à leur gré ; mais sur les devoirs de la religion, vous vous piquez de singularité, d’élévation et de force : c’est-à-dire, vous voulez être fort contre Dieu, et vous êtes foible contre vous-même.
D’ailleurs, vous regardez les saints usages que la foi de tous les siècles , (|uc la piété de tous les Justes, que les règles de la religion rendent si respectables ; vous les regardez comme des pratiques populaires , et trop peu sérieuses pour des hommes d’un certain caractère : mais qu’y a-t-il dans vos occupations les plus grandes, les plus sérieuses , les plus éclatantes même selon le monde, qui soit plus digne de l’hotnine et du chrétien, queles pratiques les plus populaires de la piété , accomplies avec un esprit de foi et de religion? Quoi? les soins de la fortune ? ces bassesses pour parvenir, dont votre orgueil frémit en secret? ces lâclielés pour détruire un concurrent , et vous élever sur ses ruines? cel art éternel de parolire tout ce qn’on vent, cl de n’êlre jamais ce qu’on paroU? ce théâtre puéril où il faut toujours jouer un personnage emprunté? ces complaisances et cos adulations fades pour des maîtres cl des protecteurs, que vous ne croyez <lignes que du dernier mépris? Voilà le beau et le grand de la vie de la cour : or êtes-vous dans ces occasions plus content de vousmême, de votre raison, de la prétendue supériorité de votre esprit ? tout cela vous parnit-il plus grand et plus sérieux que les exercices les plus familiers d’une piété simple et craintive? Grand Dieu ! est-ce aux amateurs du monde à reprocher à vos serviteurs la bassesse et la simplicité de leurs occupations , eux dont toute la vie n’est qu’une révolulion éternelle de puérililés, de feintes, de faiblesses , de perfidies, <le démarches rampantes, auxquelles U leur a plu de donner des noms honorables? Qtie sont même devant vous les entreprises les plus éclatantes des princes et des conquérants, que les travaux d’une araignée, comme dit votre prophète, que le soufilele plus léger dissipe ? et les œuvres les pins [iopulaires de la religion qui tendent à vous honorer, n’ont-elles pas quelque chose de plus grand, de plus réel , de plq^ glorieux à la créature, que les royaumes du monde et toute leur gloire? Un David dansant devant votre arche
MEHCHEDÎ DE LA TROISIÈME SEMAINE
sainie, pour solonniser le jour heureux de . «ia Imiislaiioii, et confondu avec lo reste de son {x nple par les hommages les plus simples et les plus vulgaires de la piété, n’éloil-il pas plus grand h vos yeux que David, de retour de ses victoires cl de se.s conquêtes? et rorgueilleuse Midiol, qui traita sa piété de simplicité et de fuihlesse, ne fut-elle [Kis couverte de Topprobre d’une éternelle stérilité ? La foi ne donne-t-elle pas du prix à tout? et tout cc ()u'on fait pour vous rresl-il pas grand, puisqu’il est digne de riiiimortalité?
Ce qui nous abuse, mes Frère.s, c’est que notis avons une grande idi^: du monde, de ses vanités, de ses pompes, de ses honneurs, de ses occupations ; et que nous ne voyons pas des mêmes yeux les devoirs de la religion. Mais une anie fîdêle (|iie la foi place dans un point d'élévation, d’où le monde entier et toutes ses grandcur.s ne lui paraissent pins qu’un atome; elle regarde tout ce qui se passe ici-bas, ces grands événements qui semblent ébranler l’univers, ces révolutions cpii remuent tant de passion.s différentes parmi las hommes, ces victoires célébrées par tant de bonebes, et qui changent la destinée de tant de peuples , elle les regarde comme des changements de scène, qui ne surprennent et irama*«eiU des spectateurs oiseux et trompés , que parce qu’ils ne voient le foible artiGce,etle ressort puéril et secret qui les fait mouvoir, et qui en cache le méprisable mystère : elle regarde les princes, les souverains, ces âmes illustres qui font la ileslinée des peuples et des royaumes, et auxquels elle rend pourtant l’obéissance et le respect dus au caractère sacré dont ils sont revêtus; elle les reganle, dès qu'ils oublient Dieu, de qui ils tiennent la puissance et l'autorité, comme ces rois que les enfants établissent entre eux, et dont les sceptres, les couronnes, la majesté, l’empire imagitiaire, n’ont rien de plus réel et de plus sérieux aux yeux de Dieu que les puérilités de ce Iws-Age. Voilà comme l’esprit de Dieu et l’esprit du monde jugent différemment; comme les Justes trouvent vain et puéril ce qui vous paroU si grand et si merveilleux; et contme vous traitez de métliocrité et de petitesse, ce qui leur paroU uniqtierneiil digne de la grandeur et de l'exccHence de riioinme.
Kt quand je dis les Justes, ne croyez {>as, mes Frères, que je me borne à ceux qui vivent panni nous , et dont vous méprisez si fort la lidélité extérieure , comme la suite d’un caractère foible et borné : je parle des Justes de lou.s les siècles , des plus grands honmies que la religion ail eus, des premiers disciples de lu foi ; de ces liéros de la grâce, que les païens eux-mërues cloient forcés
tle re>(»ecter, et (pii ont poussé plus loin la grandeur d’ame , réiévalion , la véritable sagesse, que toute la philosophie de Uome ou d’Atliènes.
Oui, mes Frères, ces hommes si généreux au milieu des toiinncnls, si intrépides devant les tyrans , si insensibles à la perle des biens, des honneurs , de la vie, éloient des hommes simples, religieux, fervents ; un docteur et un propltèie répondoienl parmi eux comme l’idiot aux liéiiédictions cotninunes; un Paul et un Karnalié, ces hommes qii’on prenoil (>our des dieux, alioient rendre leurs vo*ux dan.s le temple, comme le simple |>euple; les granü.s apôtres eux-mêmes , pleins de cet esprit , qui est le seigneur des sciences et la source des lumières, venoient à riietire ordinaire adorer avec le reste des Juifs; et, {Miur être spirituel , il ne falloit pas alors avoir une autre foi que le peuple.
Non, mes Frères, plus je remontevers la source, plus je trouve de simplicité dans le culte : vous y voyez une piclé tendre, brûlante, unanime, qui cherchoit à se répandre sur des pratiques sensibles, et à SC consoler par ces manpies mnluelles de foi et de religion : les fidèles assemblés offroienl tous ensemble au Seigneur un sacrifice de louange dans des hymnes et dans de» cantiques spirituels : iis c^lébroient avec une sainte ferveur ces repas communs de charité, qui précéduient les saints mystères, et où , dans la simplicité de la fui, chacun mangeoit avec action de grâces : ils se donnoient le baiser de paix , en soupirant après celle paix inaltérable qu’ils n’attendoient pas dans le monde , et celle union éternelle que la charité devoit consommer dans le ciel : ils lavoient les pitxls de ceux qui évangélisoicnl les biens véritables, et les arrosoieut de leurs larmes : ils Iraversoient les royaunics et les provinces, pour avoir la consolation de s’entretenir avec un disciple qui eût vu Jésus-Christ : ils recevoient dans leurs maisons les hommes apostoliques comme des anges de Dieu, et leurorfn)ienl les effusions sincères de leur charité : leurs familles éloient des églises domestiques, où les fonctions les plus communes devcnoicnl des actes de religion ;das prières pures cl simples, mais jdeines de foi ; des mœurs inuo- C(’îites; des enfants instruits à connoilre, à adorer le Dieu du ciel cl de la terre , à cs|)érer en Jésus- Christ, et à le confesser généreusement devant les t;Tans; un détail de candeur, de fidélité, de crainte du Seigneur ; voilà les voies les plus sublimes , et toiLs les rarfinemenls de leur pieté. Cependant ces hommes simples, c’étoient les foiidaleurs de la foi, les témoins la plupart de la résurrection de Jésus-Christ , les premiers martyrs de
i)U VÉRITABLE CULTE.
I*ÉglU6 ; des bomines à qui l*£sprit saint n’avolt pas été donné, ce semble, avec mesure, et qui, outre la clurilé, avoient encore reçu la plénitude des dons miraculeux.
Les siècles suivants ne changèrent rien à cet esprit ; on y vit les lidèles s’assembler snr les tombeaux des martyrs , et y porter avec simplicité leurs vipux et leurs offrandes. Quel respect n’avoient-ils pas pour les lieux teints de leur sang, et où cesgénéreux confesseursde la toi avoientconsommé leur sacrUice ! quel pieux empressement {Miiir conserver les restes précieux de leur corps, <|ui gvoient écliappé à la fureur des tyrans ! Que dirai-je du bon zèle et de la piété de nos pères dans des temps plus avancés? que de temples somptueux le respect pour Marie n’éleva-t-il pas dans nos villes ! que de dons et de richesses consacrés à la majesté du culte I que de pieux établissements pour aider à la foi des chrétiens ! que de voyages entrepris pour aller honorer les lieux saints , cl respecter les traces encore vivantes des mystères et des miracles dn Sauveur 1 Peut-être étoil-on allé trop loin , car je ne prétends pas tout juslilier; mais que sais-je , ô mon Dieu ! si ces pieux excès de zèle et de simplicité, ne vous honoroient pas davantage que tous les vains rafllnements de notre siècle ? dn moins ^il y avait des abus , ils ne décbiroient pas votre Eglise comme le schisme funeste qui a voulu les réformer; qui, sous prétexte de nous donner une religion plus pure , a mis des erreurs à la place des abus qui s’étoient glissés , a renversé le rondement de la foi en voulant ôter les décorations superflues de l’édiHce , a substitué à l’excès de la crédulité un esprit de révolte et d’indépendance qui ne connoit plus de joug, et qui , n’ayant plus de règle que l’orgoeil de ses propres lumières , a vu multiplier ses égarements avec ses disciples, et a eofiiMé presqne autant d’inventeurs de nouvelles sectes, qu'elle a eu de docteurs de mensonge.
Mais nous avons beau dire, ajoutez-vous : il n’est que trop vrai qu’encore aujourd’hui une inlinité de gensaboseotde tout cet extérieur de dévotion : c’est un voile dont on se sert pour cacher plus sûrement ce qo’oa a grand intérêt de dérober aux yeux du public; et on connaît bien des personnes à qui on seroit bien fiché de reasmblersur la probité, sur la sincérité, snr l’équité, sur le désintéressement, sur rhonuuiité , et peut-être aussi sur 1a régularité , et qui cependant courent à toutes les dévotions , fréquentent les sacrements, s’imposait beaucoup de pratiques de piété , et sont presque de toutes les bonnes œuvres.
 cela je n’ai qu a voos répondre en un mot, que c’eit ce qu’il faut éviter, comme nous le dirons
plus au long dans la suite de ce discours; que les abus de la piété ne doivent jamais retomber sur la piété même; que l’usage injuste qu’un en fait tous les jours prouve seulement que la corruption des hommes abuse des choses les plus saintes; qu’ainsi vous de>ez y apporter des dispositions plus pures , des motifs plus clirétiens, accompagner ces pieux dehors d’une vie sainte , d’une conscience sans reproche,d’une fidélité inviolable à tous vos devoirs; qu'au fund , mépriser la vertu , parce qu’il se trouve des personnes qui en abusent, c’est tomber dans une illusion plus dangereuse que celle que l'on blâme; et que la meilleure manière de condamner les abus , c’est de montrer dans ses exemples le véritable usage des choses dont on abuse.
Non, mes Frères, ce n’est pas que je veuille autoriser ici ce que je dois condamner dans la suite de ce discours; mais je ne voudrois pas que le zèle contre les abus de la vertu , fût une satire étemelle de la vertu même : je voudrois qu'en laissant le jugement des cœurs à Dieu, on respectât des dehors qui lui rendent hraimage. Hélas! le monde est déjà rempli de tant d’incrédules et de libertins ; il y a aujourd’hui tant de ces impies qui attaquent par des discours de Masphèmes, non-seulement les pieuses pratiques du culte, mais encore la doctrine de la foi , et la vérité de nos plus redoutables mystères , qu’il nous importe de respecter cc qu’on poorroit croire qn’un excès de piété a ajouté à l’extérieur de la religion , pourvu que la religion ellemême n’en soit pas blessée : c’est un reste de ce goût ancien et de celte simplicité innocente, qu'il est I propos de maintenir : il faut le considérer comme une manière de réparation publique, que 1a religion des peuples fait à la grandeur de la foi contre les blas^ièmes des impies qui la déshonorent ; et être sobre à blâmer les abus, de peur d’au loriser le libertinage.
Il est vrai que ce n'est [ta» la différence des hommages extérieurs qui discerne devant Dieu les bons d’avec les méchants : les vierges folles et les vierges sages éloient toutes parées de même, portoienl dans les mains tes mêmes lampes, couroient au même festin; c’étoit l'huile de la cliaritéqui les discemoit : et voilà la voie excellente que je vais vous montrer. Après avoir établi rutilité des pratiques extérieures contre ceux qui les méprisent, il faut en comballre l’abus contre ceux qui font consister en ces dehors toute la piété clirélienne.
DEirXlÈME PARTIE.
Ce que saint Paul disoit autrefois des obser-
' Googir
MERCKEDl DE LA TROISIEME SEMAINE.
Tances de la loi de Moïse, nous pouvons le dire aujourd'hui des pratiques extérieures de la piété : elles sont utiles , elles sont saintes , elles sont justes : mandulvm quidem boiium, et smirtuiu, et justum (Rou., vit, 12.); niais l'abus qu'on en fait , change en occasion de péché ce qui n'avoit été d'abord établi que pour faciliter le salut. Elles sont utiles, manitatum quiilem lioiium; et on les rend vaines en ne les accompagnant pas de cet esprit de foi et d'amour sans leijucl la chair ne .sert de rien : elles sont saintes, matidalum quidein tanclum ; et l’on en fait des obstacles de salut par l’orgueil et la vaine connance qu’elles nous inspirent : enlin elles sont jicsles, maiidatum quidem justum: et on blesse la justice, en les préférant souvent aux obligations les plus essentielles.
En premier lieu, les pratiques extérieures de la piété sont utiles, mandalum quidem 6oiium; et on les rend infructueuses, en ne les accompagnant pas de cet esprit de foi et d’amour sans lequel la cliair ne .sert de rien.
En effet, mes Frères, tout le culte extérieur se rapporte au renouvellement du cceur, comme è sa fin principale. Toute action de piété qui ne tend pas à établir le régne de Dieu au dedans de nous, est vaine ; toute pratique sainte qui subsiste toujours avec nos passions , qui laisse toujours dans notre cœur l’amour du monde et de ses plaisirs criminels, qui ne touche point à nos haines, à nos jalousies , à notre ambition , à nos attachements , à notre paresse, est plutôt une dérision de la vertu, qu’une vertu même. Nous ne sommesdevant Dieu que ce que nous sommes par notre cceur et par nos affections ; il ne voit de nous que notre amour : il vent être l'objet de tous nos désirs, la fin de toutes nos actions, le principe de toutes nos affections, l’inclinatioa dominante de notre ame : tout ce qui ne prend pas sa source dans ces dispositions, tout ce qui ne doit pas nous y affemiir on nous y conduire , quelque éclat qu’il puisse avoir devant les hommes, n’est rien devant lui , n’est qu’un airain sonnant , et une cymbale vide et retentissante.
Toute la religion en ce sens est dans le cceur : Dieu ne s'est manifesté aux hommes, il n’a formé une Egli.se visible sur la terre, il n'a établi la majesté de ses cérémonies, la vertu de ses sacrements, la magnificence de ses autels, la variété de ses pratiques, et tout l’appareil de son culte, que pour conduire les hommes aux devoirs intérieurs (le l’amour et de l’action de grâces, et potu- .se former un (leaple saint, ptir, innocent, spirituel, ejui pût le glorifier dans tous les siècles.
\ uil la fiti de tout culte établi de Dieu , et de
tous les desseins de sa sagesse sur les hommes. Toute religion qui se borneroit à de purs dehors, et qui ne régleroit pas le cœur et les affections, serait indigne de l’Étre suprême ; ne loi rendrait pas la principale gloire et le seul hommage qu’il desire, et devrait être confondtie avec ces vaines religions du paganisme , dont les hommes fetrent les inventeurs , qui n’imposoient à la snperstition des peuples que des hommages publics, et des cérémonies bizarres; qui ne régloient point l’intérieur, et laissaient au cœur toute sa corruption , parce qu’elles ne pouvoient, ni la guérir, ni même la connoltre.
Cependant, mes Frères, on peut dire que cs’est ici l’abus le plus universel , et la plaie la plus déplorable de l’Eglise. Hélas ! toute la gloire de la fille du roi est, pour ainsi dire, en dehors; jamais la montre ne fut si belle; jamais les dehors du culte plus .solennels ; jamais les temples plus pompeux, les sacrements plus fréquentés, les sacrifices pins communs, les œuvres de miséricorde plus recherchées ; jamais tant d’extérieur de dévotion , et jamais peut-être moins de piété; et jamais les véritables chrétiens ne furent plus rares.
Vous comprenez bien que je ne prétends pas ici justifier les vains discours du monde , et les préjugés du libertinage contre la vertu , qne j’ai déjà confondus dans la première partie de ce discours. L’impie veut que tous les dehors de la piété cachent un cœur double et corrompu, et que toute vertu soit une feinte et une hypocrisie, parce que l’impie juge de tous les hommes par lui-même, et ne peut se persuader qu’il y ait encore de la probité, de riniioceiice et de la vérité sur la terre. T.aissons-le jouir de cette affreuse con-solation, et se rassurer contre l’horreur que lui inspireroit l’état monstrueux de son arae, s’il ne croyoit voir partout des monstres qui lui ressemblent.
Rendons plus de justice aux hommes, mes Frères , et jugeons-en à notre tour par nous-mêmes : ce n’est pas l’hypocrisie et ta duplicité qui fait la grande plaie de la religion. Ce vice est trop noir et trop lâche |)Our être le vice du grand nombre ; et nous serions consolés si nous pouvions conqiler qu’il n’y a pas plus d’impies parmi nous que d’hypocrites.
Ce n’est donc pas l’hypocrisie, et cette feinte indigne qui a recours aux pratiques extérieures de la vertu pour cacher ses crimes, que je me propose ici de comliattrc : c’est au contraire l’erreur de la bonne foi, et l’excès de confiance que la plui>art des aines inondalnes mettent eu ces devuirs
DU VERITABLE CULTE
extérienrs ; lesqodles ne comptant pour rien la conTeraioD do œur et le changement de vie , vivant toujours dans les raftnes désordres, sont pins tranquilles dans cet état , parce qu’elles y mêlent quelques œuvres de piété, et se flattent d’une compensation qui déshonore la piété même, et qui, leur faisant perdre tout le mérite de ces oravres, leur laisse toujours toute l'impénilence, et toute l’énormité de leurs crimes. Or voiil une illusion nniversellement répandue dans le monde.
Ainsi on soulage des malheureux, on est touché de leur infortune, on foit des aumdnes réglées auxquelles on ne manque point : rien de plus louable sans doute, et de plus recommandé dans les livres saints, qne la miséiicoftie; mais on croit que tout est foit quand on a rempli ce devoir; mais après cela on vit avec moins de scrupule dans des habitudes criminelles, dans des engagements profanes, dans des haines invétérées ; on est abîmé dans le monde etdansla dissipation :ah! Dieu n’aqne foire de vos biens, mais il demande votre conir; et votre argent périra donc arec vous ? Ainsi on soutient des entreprises de piété, on favorise les gens de bien, on s’érige en protecteur d’une maison sainte, on orne des temples et des autels ; mais l’ambition esttoujours démesurée , mais l’envie ronge toujours le coeur, mais les désirs de plaire sont toujours les mêmes, mais la licence des entretiens n’a rien de plus innocent et de plus pudique, mais en décorant les temples, on se croit dispensé d’orner son ame , qui est le temple do Dieu vivant, des dons de la grâce et de la sainteté ; ah ! le Seigneur rejette vos présents ; vos dons probnent ses autels , et c’est comme si vous embellissiez un temple d’idoles. Ainsi on assiste régulièrement aux mystères saints : on se foit on point de ne pas manquer i on salut : il n'est point de solennité qni ne nous voie approcher de l’autel pour participer aux choses saintes ; mais il n’en est point qui voie Onir nos passions criminelles , mais la vie va toujours même train, mais les devoirs domestiques n’en sont pas mieux remplis, mais les plaisirs n’y perdent rien, mais l’on n’en est pas moins entêté de la parure, de la fortune, des amusements : ah ! vons participez donc i la Ubie de Satan, et non à celle de Jésns-Cbrist; et tout ce que vous avez par-dessus l’impie qni vit éloigné de l’autel, c’est la profonation des choses saintes. Ainsi, dèl qne la main du Seigneur s’appesantit sur nos enfonts, sur nos protecteurs ou sur nos proches , et que bt mort paraît les menacer, on a recours aux prières des gens de bien ; on les voue à tous les lieux célèbres par les prodiges que Dieu y opère par l’entremise de sesSaints : il n’est presque point de temple
ni d’autel où ne s’offrent des sacrifices pour le retour d’une santé si chère : on redouble les largesses, on multiplie les intercessions , et l'on ne pense point à fléclùr le Seigneur par un cliangement de vie, où il vouloit nous conduire par celte affliction ; on lui offre des victimes étrangères , et on ne loi offre pas les gémissements d’un cœur touché ; on met tout en oeuvre pour l’apaiser, excepté le renouvellement des moeurs et une vie plus chrétienne, la seule chose capable de désarmer sa colère : ah ! il regarde donc avec dédain les v(eux qu’on lui offre pour vous; et sa bonté s’irrite que vous lui fossiez demander des grâces pour autrui, tandis que vous vous réservez le privilège de pouvoir l’outrager encore vous-même. Que dirai-je enfin ? on porte sur son corps des marques pieuses de respect envers Marie : on a une sensibilité de dévotion pour tout ce qui regarde ton culte ; on récite diaqiie jour avec une exactitude scrupuleuse certaines prières saintes que l’Église lui a consacrées ; et sons ces dehors religieux, on porte avec plus de sécurité un cœur toujours profane et corrompu : on court aux lieux où on Phonorc, et an sortir de là on se croit plus autorisé de retourner à ceux où on l'ofrcnse ; ah ! vous déshonorez donc ses autels, puisque vous les regardez comme les asiles de votre impénitence et de Vos crimes ! vous profanez donc ces symboles de dévotion envers elle, qne vous portez sur votre curps ; puisque vous croyez qu’ils promettent l’impunité à vos désordres et on peut lui mettre dans la bouche à votre égard, ce reproche terrible que le Seigneur dans son prophète faisoit autrefois à des prêtres, lesquels, sons la sainteté de leurs vêlements, et tes marques augustes du sacerdoce, cachoient un cœur profone et souillé : Je m’élèverai an jour de mes vengeances contre ces serviteurs infidèles de mes autels : je leur arracherai ces signes inutiles de mon culte , qui cachoient un cœur plein d'iniquités et de souillures, et je délivrerai mon lin et ma laine , qni convroient leur ignominie. Conteriar, el Hberabo lauam meam el fiiiui» quœ operieèanl ignomi* niom ejus. (Osée, ii, 9.)
C’est-à-dire, vous êtes un fanldme de chrétien ; vous avez l’apparence de la piété, mais vous n’en avez pas le fond et la vertu : vous êtes ce sépulcre blanchi et pompeux, où paroissent au dehors des ornements saints, les figures de la foi, de la religion , de la justice, de la miséricorde , qui en font la vaine décoration, mais qni an dedans est plein d’inlèction et de ponrritare; vous ressemblez à cet aniel du tabmiacle, dont 9 est parlé dans l’Écriture ; Il étœt revêtu d’or pnr, les dehors en ctoieut brillants, mais le dedans étoii vide , et il
ü50 MEKCUEDI DE LA TaOlSlËUE SEMAINE.
n ctoil pas solide, dit TEspril de Dieii : iVoti eraX 5o/idum,srr/ iitiKS vacuum. (Exoik, x.\xviu,7.) E(i vain vousiramolez dessus des victimes ; ce sont des sacriliccsde lioucs et de taureaux, des dons et des orrratxics, des victimes étrangères dont le Seigneur n’a (>as iK-soin : vos passions ii’y {>aroissent jamais immoI<k*s devant la sainteU* de Dieu : il n’y voit que de vaines apparences, et le dedans est toujours vide de foi et de piété : A'on frat soUdum, Sfd iiitiis rm*uum.
Mais, mes Frères, comptons-nous pour beaucoup nous-mémes les apparences d’amitié ({ue le cœur dément? les faux empressements de ceux qui ne nous aiment pas, et que nous connoissons même pour nos ennemis, nous touclient-ils beaucoup, et ne nous sont-ils pas à charge? Nous n’estimons dans les hommes que les sentiments intimes et n-e)s qu’ils ont pour nous : nous passons même sur i’irrégularilé des manières, pourvu que nous soyons assurés du fond : la vie même de la cour notis arcotilimic à ne faire ()as grand cas des deliors, et des démonstrations extérieures d’amitic , À être en ganle contre tous ces semblants si communs et si peu sincères; et panni tous ceux qui nous )»ailent le même langage, à ne compter que sur un petit nombre d'amis véritables, dont nous savons que le ocur répond à tout le reste. Nous voulons qu’on nous aime nous, mes Frères, nous ne comptons pour rien les dehors , nous ne nous payons que du C(Pur, nous ne pardonnons pas même le plus léger défaut de sincérité; et croyonsnous que Dieu, qui s’appelle un Dieu Jaloux, soit moins sen>ible et moins délicat que l'homme ? croyons-nous que Dieu, qui s'ap[>elle le Dieu du cœur, SC paie d’un vain extérieur et de simples bienséances ? croyons-nous que Dieu, qu’on ne peut honorer qu’en l’aimant, nous quitte pour quelques vains hommages que la bouche lui rend, et que le cœur lui refuse ? croyons-nous que Dieu soit de pire condition que l’iiomme, (|u’il ne mérite pas d*élre aimé, ou qu’il ne sente pas le faux de nos adorations et de nos hommages?
Mon Dieu ! les hommes sont si réels et si vTais dans leurs plaisirs et dans leurs passions , dans leurs projets de fortune, dans leurs haines, dans leurs animosités, dans leurs jalousies f c’est là que le cour va toujours plus loin que l’action extérieure : iU ne sont fimx que dans la religion ; c’est- Ihdire, iU donnent à la ligure du monde la verite et la réalité de leurs afteciions, et ils n’en donnent que 1a figure à la vérité de voire loi, et à la réalité de vos promet.
Cependant la vaine confiance est le caractère des âmes dont je parle; et c’est ici le second abus des
pratiques extérieures : elles sont saintes, maadotum quidem saneluM ; et elles deviennent des obstacles de salut par la fausse sécurité qu’eUes nous inspirent.
Oui, mes Frères , le désordre peut eonduire an repentir i le libertinage des mœurs ne se soutient que par une ivresse qui ne dure pas : le cri de la conscience ne tarde pas de se faire entendre : on ne trouve au dedans de soi, pour se rassurer, que l’injustice ou l’infamie du dérèglement, ou oes maximes monstrueuses qui promettent à l’impie un anéanUssemeot étemel, et qn’on a plus de peine à soutenir elles-mêmes que le crime sur lequel elles veulent nous calmer. Mais les praüquesextérieures de religion rassurent la oonacience : elles font trouver au pécheur une ressource au dedans de lui-roëme : les auméoes, les saeremeots, les œuvres de miséricorde, 1a dévotion envers la Mère de Dieu , le culte des Saints, forment une espèce de nuage sur i’ame : on se pardonne plus bellement de.s fragilités et des chutes qui paroissent compensées pardc8(Hi>Tessaintes : on ne craint point cet endurcissement et cet abandon de Dieu oti tombent d’ordinaire les pécheurs invétérés, parce qu’on se trouve encore sensible à certains devoirs extérieurs de la religion : on ne s’aperçoit pu qne cette sensibilité est un artifice du démon , qoi , comme l’endurcissement, oonduit à Flmpénilenee: si la grâce quelquefois plus forte nous réveille et nous trouble sur la honte d« nos désordres, on oppose è ses remords naissants cet amu d’œovres mortes et inutiles : ce sont du rignu de paix qui dissipent è l’insUot nos alarmes : on s’endort sur ces tristes débris de religion, comme s’ils pouvoient nous sauver du naufrage; et on se bit des dehors de la piété, un rempart contre la piété même.
Ainsi on taxe son jeu et su plaisirs pour lu pauvres : on lu fait entrer en société de son gain ; et la fureur du jeu , si opposée au lérieax et à 1a dignité de la vie dirétieone, n’a plut rien de criminel à nos yeux, depuis qu 'on a trouvé le ucret de mettre les pauvres de moitié dans cette passion effrénée. Ainsi on onvre sa maison à des serviteurs de Dieu, on cultive leur amitié, on conserve avec eux des liaisons d'estime et de ooufiaoce, on les intéresse à demander à Dieu notre conversion , et on est bien plus tranquille sur su crirau, depuis qu’on a cltargé des gens de bien cTobleiitr pour nous la grâce de la pénitence. Ainsi enfin on consacre certains jours à 1a séparation et à la retraite : on s’enferme dans une maison sainte, plutôt pour jouir quelques moments plus à loisir de la paresse, que pour fuir les plaisirs : ou favorise tout
l)ü VÉRITABLE CULTE.
cc qui peut ^irc nUle an bien : on se choisit un ^idc fameux et éclairé : on paroU plus souvent au pic<i du tribunal sacré : on est de toutes les assemblées de piété : on $*inlerdil même certains abus puMiesdont on ne faisoit pas autrefois de scrupule: on passe dans le monde pour avoir pris le parti.de la vertu : cependant, bore les grands crimes dont on est sorti, tout le reste est encore le même; le cteur loujuiirs plein de jalousies, d’antipathies, de désirs d’élévation et de faveur, les eiitrelienB également assaisonnés d’amertume, de satire, de malignité envers nos frères; la vie pas moins tiède, sensuelle, oisive, inutile ; les soins du corps et de la flgure pas moins vifs et empressés ; riiumeur et la hauteur dans un domestique point adoucie ; la sensibilité pour le plus léger mépris ou pour un simple oubli, pas moios excessive. Malgré tout cela on se rassure , parce qu'oii se voit environné de tous les signes de la piété ; qu’on a pris tous les moyens extérieurs d’assurer son salut i et qu’on ii’a oublié que celui de se clianger soi-méme.
Non, mes Frères, la conliance qui prend sa source dans les œuvres extérieures de la piété, met le c<rur dans une fausse tranquillité, dont on ne revient guère: c’est par là que le peuple juif, Adèle observateur des pratiques extérieures, persévéra, jusqu’à la An, dans son aveuglement. Aussi les propliètcs que le Seigneur leur susciioit, de siècle en siècle, bornoient presque tout leur ministère à !c< détronqier de cette erreur dangereuse. Ne roiiiptez pas, leur disoieiil-ils, sur les victimes et sur les offrandes que vous venez présenter à l’autel; ne vous confiez pas sur la multitude de vos œuvres et de vos observances légales : ce que le Seigneur demande de vous, c’est un cœur pur, c’est une pénitence sincère , c’est la cessation de vos crimes , c’est un amour sincère de ses commandemeoU, c’est une vie sainte et innocente, c’est de décliirer V04 cœurs et non vos vêtements, c’est d’éter le mal qui est au milieu de vous. Cependant ces deikori religieux nourrissoienl toujours leur iqjiiste conliaiice. Quand Ils éUiient ouvertement tombés dans ndolâtrie, et qu’oubliant tout-à-fait le Dieu de leurs pères, ils avoient élevé au milieu d’eux des autels étrangers, les prophètes alors les rappcloient facilement de leurs égarements; ils leur faisoient ré[>anUre des larmes de componction et de pénitence , et Jérusalem se couvroii de cendre et de cilice : en un mot, quand ils étoient devenus idolâtres , et ennemis déclarés du Seigneur, U n’étoil pas impœ^ible d’en taire des pénitents. Mais tandis qu'ils perscvi'roienl dans la Adclité exiérieare aux observances de la loi, ah ! les prophètes avoient beau alors leur reprocher leutf injuilices, tcun
fomicaiious, et leurs souillures, le temple du Seigneur les rassuroit toujours : les sacriüces, les offrandes, les observances dont ils s’ac<|uiUülciit scrupuleusement , ôloient aux vérités lerriblfs qu’on leur annonçoit de la part de Dieu, toute leur terreur et toute leur force. Les grands péclieure, le simpiés, tes publicains, se convertissent ; les pltarisietis, les demi cliréiiens , lésâmes en même temps religieuses et mondaines qui allient les devoirs extérieure de la piété avec les plaisirs , les maximes , les passions , les abus du monde , ne se convertissent jamais, et meurent sans componction , comme elles avuieiit vécu sans déliance : semblables à ces soldats , dont il est (larlé dans riiisloiredes Macluibées, les<|ueU, sous les enseignes de judas , comballoient , ce semble , |M>ur la cause du Seigneur, et portoient, eu apparence, les armes pour sa gloire; mais, ayaut été di faits et mis à mort, on trouva cacliécs sous leurs tuniques, dit l’Ecrilure, des maniiie» d'idolàlrie, et l'on découvrit que, sous une Adélilé citérteure à la religioo de leurs {(ères, ilsavoient toujours porté toutes les abominations des nations iididèles : inveueru»! tub tunicis interfectorum df douar iis idolor«m,à quiàusfearproAiàf&atyudœos. (2.MACH., xii,lO.) Et telle est U destinée des âmes dont je parle : elles ivmbalient sous les éieiiüarUs de la piété, elles paruUseol même cmifuiidms par un extérieur de religion avec les véritables zélateurs de la loi, elles croient pouvoir allier la pratique extérieure «le ses observances avec des restes d'idolàlrie : dans cette fausse sécurité, elles afîronteiit la mort avec coiiûance; mais le comhot lini, et le jour décisif arrivé, toutes ces vaines œuvres dUparuIlronl, et on découvrira sous ces dehors religieux des idoles cachées, c’est-à-dire, mille passions injustes, qui, devant Dieu , les avoient toujours confondues avec les antes iiiontiaiites et inAüèles. /(ireneruNt sub tmiieif tnfer/erlonim de donariis tdo/orvm,à quitus lex prohibebat Judrros.
llélas! mes Frères, un ennemi des cbreliens leur rcproclioit autrefois, que les préceptes <)e l’Kvangile étoient à la vérité admirables ; que rien D’approciimt de la perfection et de la sublimité des maximes de Jésus^lirisl; mais qu'elles étoient si peu à la portée de la fuiblesse humaine, qu’il ne croyoU pas que personne pdt les accomplir : Vêtira in Etangelio pr<pcfpta ^ ita mirabilia magnaqve scia , ttt eis parère putem poste neminem. Mail, Qtes Frères, qu’auroient les maximes de Jésus-Christ de si impraticable à la foiblesRe humaine, scion l'expression oulrce de ce paTcn, si I elles ne régloienl que les deliors? qu’en cuùte-t-U i vu cHct , d’tfirc Adèle à certaines pratiques (tour
MERCREDI DE LA TROISIÈME SEMAINE
boimrer Marie, de répandre des largesses, de protéger la piété, d'omer des temples et des autels, de se mettre sous la protection d'un saint, et d’avoir une dévotion particulière pour les lieux qui lui sont dédiés 7 Ce qui coûte , c’est de mortifier un désir, c’est de rompre une passion, c’est de déraciner une liabilude, c’est de refondre un naturel trop vif pour le plaisir. Ce qui coûte, c’est de s’arracher à une occataon on le ccrur nous entraîne ; c’est de lialr un monde qui nous rit , et qui nous recherche; c’est d’aimer ceux qui nous haïssent; c’est de cacher les défauts , et de dire du bien de ceux qui nous calomnient ; c’est d’ètre détaché de tout, lots même qu’on possède tout. Voili proprement la vie chrétienne, et voilà ce qui coûte : voilà ce qui faisoit tant admirer aux païens la sainteté , l’élévation, la sagesse de la morale de Jésus- Christ : voilà ce qui leur en faisoit si fort redouter, dit saint Léon, la sainte sévérité. Mais, les œuvres extérieures souvent sont des fruits de l’amourpropre, loin de l’affoiblir et de le combattre ; voilà pourquoi, non-seulement on home là tonte la piété , mais on les préfère même aux devoirs les plus essentiels.
Dernier abus des pratiques extérieures : elles sont justes, mandatum guidem justum: et on blesse la justice en leur donnant la préférence sur les obligations les plus indispensables. Abns assez ordinaire dans la vertu , où l’on voit tant de personnes zélées pour les œuvres de surcroît, et tranquilles sur l’oubli continuel de leurs obligations les ^us etsenlielles.
Ainsi, souvent on est de toutes les bonnes œuvres, et l’on manque à celles que Dieu demande de nous ; aux fonctions d'une charge , aux obligations principales de son état, à ces devoirs obscurs et domestiques , où rien ne dédommage l’amourpropre, et où l'on n’est animé à remplir le devoir, que par l’amour du devoir même. Ainsi on se prescrit des aumônes qui flattent la vanité, et on se calme sur des restitutions infinies que la loi de Dieu nous prescrit ; on bit des libéralités à des maisons saintes, et l’on ne peut se résoudre à payer ses dettes : on prie lorsque le devoir obligeroit d’agir; on agit lorsque nos besoins devraient nous engager à prier : on règle les affaires de la veuve et de l’orphelin , et vos propres albires dépérissent , et vous préparez à des enfants malheureux, ou à des eréanciers frustrés , les fruits amers de votre injuste eharité : on prend une inspection sur des maisons saintes, et l’on ne veille point sur l’éducation de ses enfants, et sur la conduite de ses domestiques : on réconcilie les cœurs aigris et aliénés ; on rétablit la paix et la bonne intelligence
dans les bmilles , et l’on entretient la division dans la sienne propre par son humeur; et, pour ne rien rabattre de ses aigreurs et de scs caprices, on aliène le cœur et l’e.sprit d’un époux , et ou le précipite dans des amours étrangères : ou s’al>aissc jusiiu’aux ministères les plus vils envers les membres affligés de Jésus-Christ, et l’on ne voudroit pas faire une avance légère de réconciliation envers un ennemi, pour ménager sa faibles.se et le gagner au Seigneur ; on s’impose une mtdtitude de prières saintes, et de la même bonche dont on vient de bénir le Seignenr, dit saint Cyprien, on déchire ses frères, et nous faisons sentir par là , selon l’expression d’un apôtre, que notre religion est raine , et que nous nous séduisons iious-niémes. ( Jac., i, 2f>.)
Que dirai-je enfin 7 on est peut-être de toutes les assemblées de dévotion , et l’on ne vient pas entendre la voix du pasteur que l’Kglise ordoune de suivre et d’écouter. Oui , mes l'rères, la voix du pasteur a une grâce et une vertu particulière pour ses brebis ; il parle avec raiilorité et avec la tendresse d’un père ; les vérités les plus simp!e.s dans sa bonche, tirent de la grâce de son ministère une bénédiction que nous ne saurions donner an.x nôtres : noos sommes des étrangers, et il est le pasteur ; nous entrons dans ses travaux , mais c'est à lui que la vigite appartient : l’assislance à votre paroisse est un devoir confirmé par la pratique de tous les siècles, par les lois de l’Eglise, par la doctrine des saints, par l'exemple des gens de bien, par l'unité du ministère : c'est là proprement l'assemblée des fidèles , c’est le corps autour duquel les aigles doivent se réunir, c’est làoù est la source des sacrements , l’autorité de la doctrine , la règle do culte , le lien commun de la foi ; c’est la maison de prière où vous devez venir confesser la foi que vous y avez reçue sur les fonts sacrés, et soupirer après l’immortalité que vos cendres y attendront; c'est une manière de scliisme, de désobéissance , de séparation du corps des fidèles , de s’en absenter; et cependant on aura du goût pour aller se recueillir dans une maison sainte , où la singularité et la distinetion flatte et soutient, et on n’en aura point pour ce devoir essentiel , parce que le mélange do commun des fidèles, qui devrait le rendre plus solennel et plus consolant , l’a rendu ou incommode on méprisable.
Voici donc la règle , mes Frères : Tout ce qui combat une obligation essentielle , ne peut être une œuvre de la foi et de la piété. Jésus-Christ n’est pas divisé contre lui-même : la cliarité ne détruit pas cc que la justice édifie ; commencez par le devoir ; tout ce que vous ne IsUirez pas sur ce i fondement, nesera qu’un amas de ruines, d’œuvres
SUR LA TIÉDEUR
mûries . de pailles destinées au feu ; Dieu ne compte puiiit des ii'uvres qu’il ne nous demande point : la piété sincère et véritable n’est que la ndélité aux obligralions de son étal : quand ces devoirs seront remplis , failes-votisHtn , à la bonne lieiire, de surcroît; mais ne préfércx pas l’accessoire au principal, vos caprices à la lui de Dieu , et la |>erfection cbiinérique de la piété à la piété elle-même. On a lieau dire ' tel est le guiit bizarre de i’Iiomme ; le joug du devoir n’a rien qui datte l’orgueil : c’est un joug forcé et étranger (|u'un ne s'est pas imposé soi-méme, qui n’ufTre (|ue le devoir tout seul , toujours triste et dégodlant, et sous lequel l’amourpropre a de la peine à plier : mais les leuvres de notre choix , nous nous y prêtons avec complaisance; c’est un joug de notre façon, qui ne nous blesse jamais; et ce qu’il («turruit avoir de pénible est toujours adouci, ou par le goiU qui nous y porte , ou par le plaisir secret que l'on sent de l’avoir soi-méme choisi.
Evitez donc également , mes Frères, les deii.v écueils marqués dans ce discours ; en voilé le fruit. I.a vertu prudente et solide tient toujours un milieu juste et équitable : c’est l’humeur toute seule , (|ui aime les extrémités. N’ajoutons rien du mhre à la religion : elle est pleine d’une razson sublime, pourvu que nous la laissions telle qu’elle est; mais dès (pie nous voulons y mi'ler nus goûLs et nos idées, ce n’esi plus, ou qu’une pbilosopbic sèche et orgueilleuse , ipii donne tout à la raison , et qui ne fournit rien de tendre pour le c<eur; nu ([u’un zèle superstitieux et bizarre, que la saine rai.son méprise, et ipie la foi désavoue et condamne. Rendons par une vie soutenue, et par l'npiité de toute notre conduite, la vertu respectable à ceux mêmes qui ne l’aiment pas : montrons au monde, en mettant cliaipie chose à sa place dans nos actions , que la piété n’est pas une humeur ou une foiblessc , mais la règle de Ions les devoirs, l’ordre de la société , le bon sens de la raison , et la seule sagesse où l’homme doiv^^pirer sur la terre. Entrons dans l'élévation des maximes de la religion , et dans toute la dignité de .ses préceiiles : et forçons les ennemis de la vertu de convenir que la piété toute seule sait ennoblir le cœur , élever les sentiments , former des âmes grandes et généreuses; et (|ue rien n’est si petit et si puéril, qu’une ame que les pa.ssions guident et dominent. Mettons la vertn en honneur, en lui laissant tout ce qu’elle a de divin et d’aimable , sa douceur , son é(|uilé, sa noblesse, sa sagesse, .son égalité, son désinlércs.senient , .son élévation : le monde, tout injuste qu’il est , seroil bientôt réconcilié avec la piété, si nous en avions une fois séparé nos foi-
blesses. C’est ainsi que nous ferons bénir le nom du Seigneur par ceux qui ne le connoLssent pas , et que nous pourrons espérer de les voir un jour réunis avec nous dans la bienlieureiise immortalité.
Ainsi soit-il.
SERMON
POUR LE JEUDI DE L.t TROISlf:ME .SEMAINE DE CARÊME.