SUR L’INCERTITUDE DE LA JUSTICE DANS LA TIÉDEUR
Surgm Jtsutdt synaijogd, iatroitH in (tomum.Vimonij; toenu avitin Simonit Untbatur magnis ftbribus.
Jésiu étant aorti de la ayoagosue , entra dans ta maison de Simon . dont la belle-oiére avoit une grosse lièvre.
tLlc.. IV, SS.)
Rien ne représente plus au naturel l’état d’une ame tiède et languissante , que l’état d’infirmité, où l’Évangile nous dépeint aujourd’hui la bellemère de saint Pierre. On peut dire que la tiédeur et l’indolence dans les voies de Dieu , accompagnée d’une vie d’ailleurs exemple de grands crimes , est une sorte de fièvre secrète et dangereuse , qui mine peu à peu les forces de l’ame , qui altère toutes ses bonnes dispositions, qui affaiblit tantes ses facultés, qui corrompt insensiblement tout l’intérieur, qui change ses goûts et ses penchants , qui répand une amertume universelle sur tons les devoirs, qui la dégoûte de tout bien et de toute nourriture sainte et utile, qui consume de jour en jour sa vie et sa substance, et finit enfin par une extinction entière et une mort inévitable.
Cette langueur de l’ame dans les voies du salut est d’autant plus dangereuse qu’elle est moins aperçue. L’exemption du désordre dans cet état d’infidélité nous rassure : la régularité extérieure de la conduite, qui nous attire de la part des hommes tous les éloges dus à la vertu, nous flatte ; le parallèle secret que nous faisons de nos mœurs avec les déréglements de cès pécheurs déclarés que le monde et les passions entraînent, achève de nous aveugler; et nous regardons notre état, comme un état moins parfait , à la vérité , mais toujours sûr pour le salut, puist|ue la conscience ne nous y reproche qu’un fonds de paresse, de négligence dans nos devoirs, d’immortificalion, d’amour de nous-mêmes, et des infidélités légères qui ne donnent pas la mort i l’ame.
Cependant, puisque les liiTes saints nous représentent comme également rejetées de Dieu, et
JEUDI DE LA TROISIÈME SEMAINE
l’ame aihiUf*re et Tame tiède , et c|n’ils prononcent le même anathème, et ronlre celnl <|ui nu'prii^e l'œuvre de Dieu, et contre cClut <]ui la fait avec négli^nce ; il fout que l’èut de Uédéuf dana lea voies de Dien soit un état fort douteux pour le salut , et par les dispositions présentes qu'il met dans l'arae, et par celles où tOt ou tard il ne man> (|ue pas de la conduire.
Je dis , premièrement , par les âksposlUoos pré* sentes (lu'il met dans l’ame ; savoir, un fonds d’in* dolence, d’amour de soi-mërae, de dégoût de la veiiu , d’inliüelitc à la grâce, de mépris délibéré de tout ce qu’on ne croit pas essentiel dans les de* voirs : dis{M)siüons qui forment tm état fort douteux pour le salut.
Sectmdeiuent , par celles où la liédeor nous eon* duil tôt ou tard, qui sont i’oiibli de Dicü, et uhé chute grossière et déclarée.
Cesl-à-dirc, que je me propose d’établir deux vérités capitales en celte matière, qui font sentir tout le danger d'une vie tiède et infidèle, et qui, par leur importance , nous fourniront le sujet de deux discours différenls. La première , c>st qu'H e4 fort douteux que l'ame tiède consente dans cet étal habituel de tiédeur la grâce sanctiliatite, et là justice qu'elle croit conserver, et sur laquelle elle ne rassure. La seconde , c'est que quand mèttie tl seroit moim douteux si elle conserve eheore devant Dieu U grâce sanctifiante , on si elle l'a perdue, il est certain du moins qu'elle ne saurOil là conserver long-temps.
L’inccrlîludc de la justice dans la tiédeur : cette première vérité fera le sujet de ce discours.
I.a certitude de la chute dans la tiédeur^ seconde vérité sur la(|uelle je vous instruirai dans le discours suivant. Implorons, etc.
.Si nous disons que nous sommes sans pérùé, dit un apôtre, ttoas nous séduisons nous-mêmes, ei la Térifê n’esi point en nous. (i. Joax., i, 8.) La vertu la plus pure n'est donc jamais ici-bas exempte de taches : l'homme, plein de ténèbres et de piissioas depuis le pédié , ne sauroit être toujours, ni si attentif à l’ordre, qu'il ne se méprenne quelquefois,’ et ne s’en écarte; ni si tou* chc des biens véritables et invisibles, qu'il ne se laisse quekjuefois surprendre par les biens apparents, parce qu’ils font sur nos sens des impressions vives et promptes, et <{u'lls trouvent dans nos cœurs des penchants toujours favorables à leurs dangereuses séductions.
La fidélité que la loi de Dieu exige des âmes Justes n’exclut dtme pu mille imperfcciloQs insd*
parabh^s de la condition de notre nature, et dont )i1 piété la plus attentive ne peut se défendre; inaU il en est de deux sortes : les unes qui échappent 4 U fragilité, qui sont bien moins des infidélités que des surprises, où le poids de la corruption a plus de part que le choix de ta volonté, et que le Seigneur, dit saint Augustin, laisse aux âmes les plus fidèles, pour nourrir leur humilité, pour exciter leurs gémissements , pour rallumer leurs désirs , le dégoût de leur exil , et l’attente de leur délivrance : les autres sont celles qui nous plaisent, que nous nous jtistiOonsà nous-niéraes, auxquelles il ne nous pardi pas possible de renoncer, que nous regardons cotnme des adoucissements nécessaires à la vertu, ou nous ne voyons rien de criminel, parce que bous n’y voyons point de crime, qui entrent dans le plan délibéré de nos mœurs et de notre conduite , et qui forment cet état d’indolence et de tiédeur dans les voies de Dieu, qui daume taut de personnes , et dans le monde et dans les dollres, nées d’ailleurs avec des principes de vertu, une boireur du crime, un fonds dé religion et de crainte de Dieu , et des dispositions heureuses pour le salut.
Or je dis, que cet état de relâchement et d’infidélité , cette négligence soutenue et tranquille sur tout ce qui ne nous paroli pas essentiel dans nos devoirs, cette molle indulgence pour tous nos pendiants, dès qu'ils ne nous offrent point de crime; en un mot , celte vie toute naturelle , toute d'humeur, de tempérament, d’amour-propre, si commune parmi ceux qui font profession publique de piété , si sûre eu apparence , si glorieuse même devînt les hommes , et à laquelle l’erreur générale attadie le nom de vertu et de régularité : je dis que eet état est un état fort douteux pour le salut, qu’il prend sa source dans un OPur déréglé , où l’Esprit saint ne domiue plus; et que toutes les règles de la foi nous conduisent à penser qu’une ame de ce caractère est déjà décime, saas le savoir, de la grâce et de la justifie qu’elle croit conserver encore. Premièrement, parce que le désir de 1a perfection, essentiel à la piété chrétienne, est éteint dans son cœur. Secondement , parce que les règles de la foi , i|ui distinguent le crime de la simple offense , toujours presque fort incertaines à l’égard des autres pécheurs, le sont infiniment plut envers l’ame tiède et infidèle. Troisièmement, enfin, parce que de toutes les maïqaes d’une charité vivante et liabiluelle, il n’en est plus aucune qui paroisse en elle. Suivons ces vérités , elles sont dignes de votre attention
Toute ame cliréUenne est obligée de tendre à ta perfectioa de son éui. Je dis obligée ; car quoique
SUR LA TIÉDEUR
le de^ê de perfecüon ne soit pas renfermé (Uas le précepie , tendre i la perfection ^ travailler à la perfection, est néanmoins un commanriemern et un devoir esaentiel pour toute aine Adèle. Soyez parfaits, dit Jésui-Christ , parce que le Père céleste que vous serves est parfait. Je ne vois qu’un seul point essentiel , disait saint Paul , c’est d’oublier tout ce que j’ai fait jusqu’ici (et qu’oublioitil , mes Frères? ses travaux inOnis, ses aoufAances continuelles , ses courses apostoliques , tant de peuples convertis à la fui , tant d’églises illustres fondées, tant de révélations et de prodiges), et d’avancer sans cesse vers ce qui me reste de chemin à fiiire. Le désir de la perféction, les erforts continuels pour j parvenir, les saintes inquiétudes sur les obstacles innombrables qui nous arrêtent sur notre roule, non seulement ne renferment donc pas un simple conseil, et une pratique réservée aux cloîtres et aux déserts ; mais ils forment l’état essentiel du chrétien, et la vie de la foi sur la terre.
Car la vie de la foi dont le Juste vil n’est «ja’un désir non interrompu que le règne de Dieu s’accomplisse dans notre ca*ur, un saint empressement de former en nous la ressemblance parfaite de Jésus-Clirlst, et de croître jUA(u’à la plénitude de rhomme nouveau ; un gémissement continuel exché par le sentiment inléricur de nos propret mbères , et par ce poids de corruption qui appesantit notre ame , et lui fait encore porter tant de traits de l'homme terrestre ; un combat Journalier entre la loi de l’esprit , qui voudroU sans cesse noua élever au-dessus de nos affections sensuelles, et la loi de la chair, qui sans cesse nous rentralne vers nous-mêmes : voilà l’état de la foi et de la justice chrétienne. Qui que vous soyez , grand , peuple, prince , sujet, solitaire , courtisan, voilà la perfection où vous êtes appelé ; voilà le fonds et l'esprit de votre vocation. On ne demande pas de vous l’austérité des anachorètes , le silence et la solitude des déserts , la pauvreté des dollres ; mais on demande que vous travailliez ciiaque jour à réprimer les désirs qui s’opposent en vous à la loi de Dieu , à morliiier ces penchants rebelles qui ont tant de peine à plier sous le devoir et sous la règle ; en un mot, à avancer votre parfaite confonnité avec Jésus-Christ t voilà la mesure de perfection on la grâce dirétieime vous appdle , et le devoir le plus essentid à l’ame juste.
Or dès là que vous vous prêtez à tous vos penchants , pourvu qu’ils n’aülenl pas jusqu’à l'infracliuii visiUe et grossière du précepte ; dès que vous vous bornez à l’essentiel de la loi , que vous vous faites comme un plan et un étal de la tiédeur et de la négligence, que de propos délibéré voua ne
I voulez pas pousser plus loin votre ndélité; que vous dites vous-même, que vous ne sauriez soutenir imc vie i»Iik recueillie et plus exacte ; dès là , vous renoncez au désir de votre pcrfecliun : vous ne vous proposez plus d’avancer sans cesse pour atteindre à ce point de justice et de sainteté où Dieu vous appelle , et où sa grâce ne cesse de vous pousser en secret : vous ne gémissez plus sur ces misères et ces foiblesscs qui vous retardent sur votre route ; vous ne souliaitez plus que le règne de Dieu s’accomplisse dans Notre cu*ur. Donc dès là TOUS abandoimez le grand ouvrage de la sainteté, auquel il vous est ordonné de travailler ; vous négligez le soin de votre ame , vous n’entrez pas dans les desseins de la grâce , vous en arrêtez les saintes impressions , vous n’êles plus chrétien ; c’est-à-dire, que celte disposition toute seule , ce de'sein formel de se Iwnier à l’cjïseiiliel, et de regarder tout le reste comme des excès louables et des (Tuvres de surcroît , est un étal de mort et de pêché, puisque c’est un mépris déclaré de ce grand oonimandenirnt qui noas oblige d’être parfaits , c’est-à-dire, de travailler à le devenir.
Cependant , quand noas venom vous inslniire sur la perfection chrétienne, vous la regardez comme le i>arlage des cloîtres et des solitudes, et à peine écoutez-vous là-dessus nos iiistruciium. Vous vous trompez , mes Frères : les âmes retirées embra>‘senl , à la vérité , certains moyens de pur coaseil, des jeûnes, des austérités, des veilles, pour parvenir à la mortiAcaliou des passions , à laqneiic nous sommes tous appelés : elles s’engagent à une perfection de moyens qui n’est pas de notre étal, je l'avoue; mais la perfection de la An où ces moyens conduisent , qui est le réglement des affections, le mépris du momie, le détachement de nous-mêmes, la soumission des seas et de la chair à l’oprit, le renouvellement du C(cur et la {lerfection de tous les états, l’engagement de tons les chrétieas, le vtcu de notre luptéme : donc , rtmoncer à ocUe perfection, en se bornant (lar choix cl par état à une vie douce, tranquille, ^nsuelle, mondaine, exemple seulement de chute grossière, c’est renoncerà la vocation din'tîcnne, et changer ia grâce de la foi, qui nous a faits n)embrcs de Jésus-Christ,en une indigne paresse.Première raison.
Mau quand cet état de tiédeur ne seroit pas si douteux pour le salut, par rapport au désir <Ie ta perfection, essentiel à la vie chrétienne , et qui est éteint dans l’ame tiède et inAdèle, il le scruit par l'Impuissance où U nous laisse, et ou il la met elle-même, de discerner daas sa conduite les in- Adélilés qui peuvent aller au crime, de ailes qui Uemeureat de simples ufTenses.
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JKUDl DE LA TROISIÈME SEMAINE.
Car, qiioii)u'il »)i( vrai que U)u$ les pt'eliés ne | sont pas des ps'chds à la mort , eonime dit saint Jean , et que la morale chrétienne reconnoisse des fautes qui ne font que contrister en nous l’Esprit saint , et d’autres qui l’éteignent tout-à-fait dans l’ame : néanmoins , les régies qu’elle nous fournit pour les discerner ne sauroient être toujours ni sûres ni universelles , du moment qu’on les applique ; il s'y trouve d’ordinaire par rapport à nous des circonstances qui leur font dianger de nature. Je ne parle pas ici des transgressions formelles et manifestes des préceptes marqués dans la loi, et qui ne laissent aucun doute sur l’énormité de l’olfense : je parle de mille transgressions douteuses et journalières de haine , de jalousie , de médisance , de sensiialité , de recherche de soimème , de vanité , de vivacité , de paresse , de duplicité , de négligence dans la pratique des devoirs, de désirs de parvenir ou de plaire , où il est mahisé de définir jusqnes i quel point le précepte est violé ; or je dis, que c’est par la disposition du cœur toute seule , qu’on peut décider de la mesure et de la malice de ces sortes de fautes ; que les règles y sont toujours incertaines , et que souvent ce qui n’est que fragilité ou surprise dans le Juste est crime et comiption, non seulement dans le pécheur, mais aussi dans l’ame tiède et in- 6dèle. En vouler-voos des exemples tirés des livres saints ?
Saûl, malgré les ordres du Seignenr, épai^ne le roi d’Amalec, et tout ce qu’il y a de plus précieux dans la dépouille de ce prince inlidèle ; la faute ne parolt pas considérable; mais comme elle part d’un fonds d’oigueil , de relâchement dans les voies de Dieu , et de vaine complaisance en sa victoire , cette démarclie commence sa réprobation , et l'Esprit de Dieu se relire de lui. Josué au contraire, trop crédule, épargne lesGabaonites, que le Seigneur lui avoit ordonné d’exterminer : il ne va pas le consulter devant l’arclie avant de faire alliance avec ces imposteurs ; mais comme cette inlidélité est plutôt une précipitation et une surprise , qu’une désobéissance, et qu’elle part d’un cœur encore soumis , religieux , fidèle , elle est légère aux yeux de Dieu , et le (lardon suit de près la faute. Or si ce principe est incontestable, sur quoi vous fondez-vous , lorsque vous regardez vos inlldélités journalières et habituelles comme légères ? Connoissez-vous toute la corruption de votre cœur, d’où elles partent ? Dieu la cunnolt , qui en est le scrutateur et le juge ; et ses veux sont bien différents de ceux de l’homme. Mais s’il est permis de j uger avant le temps, dites-nous si ce fonds d’indolence et d’infidélité qui est en vous, de persé-
vérance volotilaire dans un état qui déplaît â Dieu, de mépris délibéré de tous les devoirs que vous ne croyez pas essentiels , d’attention à ne rien faire pour Dieu que lorsqu’il ouvre l’enfer sous vos pieds ; dites-nous si tout cela peut former à ses yeux un état fort digne d’un cœur chrétien , et si des fautes qui partent d’un principe si corrompu peuvent être légères et dignes d’indulgence ?■
Aussi , mes Frètes , Paul , cette homme miraculeux , et â qui les secrets du ciel avoient été révélés; Paul, qui ne vivait plus lui-méme, mais en qui Jésus-Christ tout seul vivoit; Paul , qui souliaitoit tous les jours la dissolution du corps terrestre, pour être revêtu de l’immortalité ; cet apôtre toujours prêt à donner sa vie pour son maître , et d’être immolé sur le sacrifice de sa foi ; ce vase d’élection â qui la conscience ne reproclioit rien, ne savoit pourtant s’il étoit digne d’amour ou de haine ; s’il portoit encore au fond de son cœur le trésor invisible de la cliarité, ou s’il l’avoil perdu ; et dans ces tristes perplexités , le témoignage de sa conscience ne pouvoit calmer ses frayeurs et ses incertitudes. David, ce roi si pénitent, qui foisoit ses délices de la méditation continuelle de la loi du Seigneur, et que l’Esprit saint appelle un roi selon le cœur de Dieu ; David tremble cependant que 1a malice de ses foules ne lui soit pas assez connue ; que la corruption de son cœur ne loi en cache toute l’énormité ; il se figure des abîmes inconnus dans sa conscience , qui lui font répandre un torrent de larmes devant la sainteté de son Dieu , et demander qu’il l’aide à se purifier de ses infidélités cachées en les lui faisant connottre ; Et ab orcuflis taris muada me. (Ps. xviii, 13.) El vous qui ne veillez point sur votre cœur, vous qui, dans des mœurs tièdes et sensuelles, vous permettez tous les jours, de propos délibéré, mille infidélités, sur la malice desquelles vous ignorez le jugement que Dieu porte; vous qui éprouvez tous les jours ees mouvements douteux des passions , où , malgré toute votre indulgence pour vousmême, vous avez tant de peine â démêler si le consentement n’a pas suivi le plaisir, et si vous vous en êtes tenu à ee degré périlleux qui sépare le crime de la simple offense ; vous dont toutes les actions sont presque douteuses , qui êtes toqjours à vous demander à vous-même si vous n’avez pas été trop loin ; qui portez des embarras et des regrets sur la conscience, que vous n’édaircissez jamais â fond ; vous qui flottez éternellement entre le crime et les pures foutes, et qui tout au plus pouvez dire que vous n’êles jamais séparé que d’un petit degré de la mort , «no tantiim gradu , ego morsquediéiditnMr : ( L Reg., xx, 3. } vous
Sun LA TIÉDELTi.
mal|n‘é tant de juMes sujets de crainte, vous croiriez que l’état de votre conscience vous est parfaitcniciii connu ; que les décisions de votre amourpropre sur vos infidélités, sont les décisions de Dieu même, et que le Seigneur, que vous servez avec tant de tiédeur et de m^ligencc, ne vous livre pas à vos propres erreurs, et ne punit pas vos tigareincnts eu vous les faisant méconnoltre? vous croiriez conserver encore la justice et la gnice nociHiani(‘? et vous vous calmeriez sur vos iiilidéiites visibles et habituelles, par une prétendue liabitude invi»l>Ic de justice, dont vous ne voyez au ddiors aucune marque?
O homme ! que vous connoissez peu les illusions du cœur humain, et les jugements terribles tle Dieu sur les âmes qui vous ressemblent! Vous dites : Je suis riclie, je suis comblé de biens ( c’est ce que le Seigneur reproclioit autrefois à une aine tiède et inlidèle ) ; et vous ne voyez pas , ajoutoit-il (car le caractère de la tiédeur, c’est Taveuglement et la présomption ), vous ne voyez pas que vous êtes pauvre, misérable, aveugle, et dénué de tout à nies yeux : £l nescisquiaiu es miser, etmiserabi- Us,tt pauper, et cœeus, et i)tufus.(Apoc.,ni, 17.) C’est donc la destinée d’une amc lièile et infidèle de vivre dans l’illusion , de se croire juste et agréable à Dieu, et d’étre déchue devant lui, sans le savoir, de la grâce et de la justice.
El une réllczion que je vous prie de faire ici , c’est que la conliancc des âmes dont je parle est d’autant plus mal fondée, qu’il n’est personne ((iii soit moins en état de juger de son ca'ur, que l’anie tiède et infidèle. Car le pécheur déclaré ne {icut se dissimuler à lui-méinc ses crimes, et il sent bien qu’il est mort aux yeux de Dieu; le Juste, quoiqu’il ignore s’il est digne d’amour ou de haine , porte du moins une conscience qui ne lui reproche rien ; mais l’amc lièile et infidèle est toujours un mystère inexplicable à elle-même : car la tiédeur aRbiblUsant en nous les lumières de la foi, et fortifiant nos passions, augmente nas ténèbres; cliaque infldélité est comme un nouveau nuage ré- (landn sur l’esprit et sur le cœur, qui obscurcit à nos yeux les vérités du salut. Ainsi votre «pur |»eu k |>eu s*envelo|:^, votre conscience s’embarrasse, vos lumières s'afToiblissent : vous n’ètcs plus cet bumme spirituel qui Juge de tout : iusensiblcnienl vous vous faites en secret des maximes qui diminuent à vos yeux vos propres fautes; l’aveuglement augmente à proportion de la tkkieiir : plus vous vous relâchez, plus vous voyez d’mi œil difréraU les devoirs et les règles; ce<|ui paroissoit autrefois esseiiltei ne parolt plus qu’un vain scrupule : les omissions sur les(|uelles on auroit senti ,
dans le temps de la ferveur, de vifs remords , on ne les rcganle plus même comme des fautes : les principes , les jugements , les lumières , tout est changé.
Or , dans cette situation , qui vous a dit que vous ne vous trompez pas dans le jugement que vous portez sur la nature de vos infidélités et de vos chutes journalières? qui vous a dit que ce qui vous parolt si léger, l’est en effet, et que les bornes reculées que vous marquez au crime, et en deçà desquelles tout ce qui en approclie vous sero> ble véniel, sont en effet les bornes de la loi? Hélas! les guides les plus éclairés eux-mèmes ne sauroient voir clair dans une conscience tiède et infidèle : ce sont là de ces maux de langueur , pour ainsi dire, où l’on neconnull rien, oêi tes maîtres de l’art ne sauroient parler sûrement, et dont la cause secrète est toujours une énigme : vous-mème, dans cet étal de relâchement, vous sentez bien que vous portez sur le cœur je ne sais quels embarras qui ne s’éclaircissent jamais assez à votre gré ; qu’il vous reste toujours au fond de la conscience je ne sais quoi d’inexplicable et de secret, que vous ne manifestez jamais qu’à demi : ce ne sont point des faits; c’est l’état et le fond de votre aroeque vous ne faites point connoitre : vous sentez bien que la confession extérieure de vos fautes ne ressemble jamais bien à vos dispositions les plus intimes, et ne peint pas votre intérieur tel qu’il est en effet; et qu’enün, il y a toujours dans votre cœur quelque chose de plus coupable que les infidélités dont vous venez vous accuser.
Et en effet , qui peut vous assurer que dans ces rechcrclies secrètes et éternelles de vous-même ; dans cette mollesse de mœurs qui fait comme le fonds de votre vie; dans cette attention à vous ménager tout ce ijui flatte les sens, à éloigner tout ce qui vous gêne, à sacrifier toujours ce qui ne parolt pas essentiel dans vos obligations à la paresse et à l’indolence ; l’amour de vous-même n’y est pas monté jusqu’à ce point fatal, qui suflflt puni' le faire dominer dans un cœur, et en bannir la charité? Qui pourroit vous répondre, si dans ces infidélités volontaires et si fréquentes, où, rassuré par leur prétendue légèreté, vous résistez à la grâce qui vous en détonrne en secret, vous étouffez la voix de la conscience qui vous les reproclie, vous agissez toujours contre vas [Hx>pres lumières; si ce mépris intérieur de la voix de Dieu , si celabus formel et journalier desinniières et des grâces, n’est pas un outrage fait à la Iwnlé divine, un mépris criminel de ses dons , une malice <lans l’égarement, qui n’y laisse plus d'excuse, une , préférence donnée de propos délibéré à vos pea-
5,*>8 JEUDI DE LA TROISIÈME SEMAINE
cbanU el à von«-mime sur Jésii»-Clirlst , qui ne peut partir que (Fun cœur ou (nul aiiinur de l’ordre el de la jusiice est cteintr Qui [wurroil vous dire, si dans ces peusces, ou votre esprit oiseux a rappelé mille fois des objets ou des événements périlleux à la pudeur, votre lenteur i les combat- Ire n’a pas été criminelle; et si les efforts que vous avez faits ensuite n’ont pas été un artifice de l’amour-propre, qui a voulu après coup vous déposer à vons-méme votre crime , et vous calmer sur la complaisance que vous leur aviez déjà acconlée ? Qui oseroit décider enlin si , dans ces antipathies et ces animosités Kcri'tes, sur lesquelles vous ne vous gênez jamais que faiblement , et toujours par bienséance plus que par piété , vous vous en êtes toujours tenu à ce pas glissant, au-delà duquel se trouvent la liaine et la mort de l’ame? si dans cette sensibilité outrée qui accompagne d’ordinaire vos aflliclinns, vos infirmités, vos pertes, vos disgrâces, ce que vous appelez sentiments inévitables à la nature, ne sont pas un déréglement de votre cœur et une révolte contre les ordres de la Pmvidence? si dans toutes ces attentions el ces ruipressemenis dont on vous voit si occupé pour ménager , on les intérêts de votre fortune , ou les soins d’une vaine beauté, il n’y entre pas autant de vivacité qu’il en faut pour former le crime de l’audiitiun , ou autant de eomplaisance en vousmeme et de désir de plaire , pour souiller votre cœur du crime de la volupté ? Grand Dieu ! qui a bien discerné , comme diaoit autrefois votre serviteur Job, ces bornes fatales, qui séparent dans un cœur la vie de la mort, et la lumière des ténèbres? Ce sont là des abîmes sur lesquels l'homme peu instniit ne peut que trembler, et dont vous réservez la manifestation an jour terrible de vos vengeances : seconde raison tirée de l’incertitode des règles , qui laissent l’état d’une ame tiède fort douteux, el qui la mettent elle-même dans l’impuissance de se connolue.
Mais une dernière raison qui me paroll encore plus décisive et plus terrible pour l’ame tiède , c’est qu’on ne voit plus rien en elle qui puisse même faire présumer qu’elle conserve encore la grâce sancüBante, et que tout conduit à penser qu’elle l’a perdue ; c’est-à-dire que de tous les caractères d’une charité liabituelle et vivante , il n’eu est plus aucun qui paroisse en elle.
Car, mes Frères, le premier caractère de la charité, c’est de nous remplir de cet esprit de l’adoption des enfants, qui nous fait aimer Dieu cuinine notre père, aimer sa loi et la justice de ses commandements, et craindre plus la perte de son | amour , que Vous les maux dont il nous menace. |
Or, celte altentinii toute seule qu’apporte une ame tiède à examiner si une offense est vénielle ou si elle va plus loin, à disputer à Dieu tout ce qu’elle peut lui refuser sans crime , à n’étudier la loi que pour conuollre jusqu’à quel point il est permis de la violer, à prendre sans cesse les intérêts de la cupidité contre ceux de la grâce, et justifier éternellement tout ce qui flatte les passions, contre la sévérité des règles qui l’interdisent; cette attention, dis-je, toute seule ne peut partir que d’un fonds vide de foi el de charité , d’un fonds où l’Esprit de Dieu , cet Esprit d’amour et de dilection , ne parolt pas régner : car il n’est que les enbnts prodigues qui chicanent aiasi avec le père de famille , qui veuillent user de leurs droits à la rigueur, et prendre tout ce qui leur appartient.
Et pour donner à cette réflexion tonte son étendue : cette disposition qui fait qu’on se permet délibérément toutes les infidélités qu’on ne croit pas dignes d’une peine étemelle , est la di.sposiüon d’un esclave et d’un mercenaire ; c’est-à-dire que si l’on pouvoir se promettre une pareille impunité, et une même indulgence du cêté de Dieu , pour la transgression des points essentiels de la loi , on les violeroit avec la même facilité qu’on viole les moindres; c’est-à-dire, que si une vengeance déclarée , une calomnie noire , un attachement criminel , ne doivent pas avoir d’autres suites pour l’avenir qu’un léger ressentiment, qu’un discours de malignité et de médisance , que des désirs de plaire , et trop de soin et d’attention sur soi-même, on n’aoroit pas plus d’Iiorreor pour l’un que pour l’autre; c’est-à-dire, que lorsqu’on est fidèle aux commandements , ce n’est pas la justice que l’on aime , c’est la peine que l’on craint; ce n’est pas à l’ordre età la loi qu’on s’assujétit, c’est à ses châ- Umenls; ce n’est pas le Seigneur qu’on se propo.se, c’est soi-même; car tandis que sa gloire toute seule y est intéressée , et qu’il ne doit noos reve nir aucun dommage de nos infidélités par leur légèreté , nous ne craignons pas de loi déplaire : nous nous justifions même en secret ces sortes de transgressions, en nous disant que quoiqu’elles offensent le Seigneur, et lui soient désagréables, elles ne donnent pas cependant la mort à l’ame , et ne damnent personne : ce qui le regarde ne nous touche pas; sa gloire n’entre pour rien dans le discernement que nous faisons des œuvres permises ou défendues i c’est notre intérêt tout seul qui règle là-dessus notre fidélité, et rien ne réveille notre tiédeur que les flammes étemelles : nous sommes même ravis de l’impunité de ces fautes légères, de pouvoir satisfaire nos inclinations sans qu’il noua eu arrive d’autre malheur que d’avoir
Diyiiized by
Sun UA
Urplii à Dîea : nous aimons celle malheureuse liberlé, qui semble nous laisser le tlroil U’Otre impunis et infidèles : nous en sommes les apologistes : nous la poussons même pins loin qu'elle ne va en eiïet : nous voulons que loul soit véniel, les jeux, les plaisirs, les parures, les sensuatiU's, les vivacités, les animosités , les iiiuUlités, iess(>eclanle.s; que dirai-je? nous voudrions (]ue celle liberlé fût universelle ; que rien de ce qui plaît ne fdl puni ; que le Seigneur ne Ml ni juste, ni vengeur de l’iniqiiité, et que nous pussions nous pi'èter à tous nos peiidiants , et violer la sainteté de sa loi , sans craimlre la sévérité de sa justice. Pour peu qu’une ame tiè<le rentre en elle-même , elle sentira que c'est là te fond de son cœur, et sa véritable disposition.
Or, je voas demande, est-ce là la situatimi d'une ame qui conserve encore la grâce et la cliarite sancUnante ; c’est-à-dire, d’une ame qui aime encore son Dieu plus que le monde, pltus que toutes les créatures, plus que tous les plaisirs, plus que toutes les fortunes, plus qu'ellc-même ? d’une ame qui ne trouve de joie (ju'à le posséder , qui ne craint que de le perdre , qui ne connoU de maUieur que celui de lui avoir déplu ? La cliarité <iue vous croyez c»)nserver encore, cherche-i-clle ainsi ses propres intérêts? ne compte-t-elle pour rien de déplaire à ce qu'elle aime, pourvu que ses inlidélités soient impunies? s'avUe-t'ClIe de supputer, comme vous faites tous les jours, jusqu’à quel point oo peut l'offenser impunément, pour prendre là-dessus ses mesures, et se permettre toutes les transgressions auxquelles l’espérance de l'impunité est attachée? ne voit-elle rien d’aimable dans son Dieu, et de propre à lui gagner les cœurs , que ses châtiments ? quand il ne seroit pas un Dieu terrible et vengeur , en seroit-elle moins touchée de ses miséricordes inCnies, de ses beautés étemelles, de sa vérité , de sa sainteté , de sa sagesse?
Ah! vous ne l’aimez plus, ame tiède et infidèle! ne vivez plus pour lui ; vous n'aimez plus , TOUS ne vivez plus que pour vous-même ; ce reste de fidélité qui vous éloigne encore du crime n’eslqu'un fonds de paresse, de timidité, d’amourpropre ; vous voulez vivre en pai x avec vous-même ; vous craignez les embarras d’une passion et les remords d’une conscience souillée ; le crime est pour vous une fatigue, et c’est tout ce qui vous déplaît: vous aimez votre repos ; voilà toute votre religion : l’indolence est la seule barrière qui vous arrête, et toute votre vertu sc borne à vous-même. Et certes, vous voudriez savoir si celte inlidélilé est une oflense vénielle, ou si clic va plus loin : vous seves ^
qu’elle déplut àDleu,carce poinln'eslpasdouleux; et cela ne suffit pas pour vous l'iiUerdirc? cl vous voudriez savoir encore si elle lui déplaît jusqu'à mériter une peine étemelle? et tout votre soin est de vous iiifoi mer si c’est un crime digne de l«nfer? Ah! vous voyez bien que celle recherche n’aboutil plus «lu’à vous-même; que votre disposition va à ne compier pour rien le péché, en tant qu’il est ofTense de Dieu , et qu'il lui déplaît , motif essenUel cependant, c|ui doit vous le rendre iiaissa- Lie; (]uc vous ne servez pas le. Seigneur dans la vérité, et dans la drarité; que votre prétendue vertu n’est plus qu’un naturel tûnide, qui n*oae s’exposer aux menaces terribles de la loi ; que vous n'êies <[u'un vil esclave à qui il faut montrer des verges pour le contenir; <jtie vous ressemblez à ce serviteur infidèle qui avoil caché son talent, parce qu’il savoil que son maître étoit sévère, mais qui , hors de là , l'efit dissipé en folles dépenses : et que dans la pré[)aration du cœur, à laquelle seule Dieu* reganle, vous lial&sez sa loi sainte; vous aimez tout ce qu'elle défend; vous n’êtcs plus dans la charité; vous êtes un enfant de mort eide perdition.
Le second caractère de la charité, dit saint Bernard, c’est d’être timorée , et de grossir nos fautes à nos propres yeux: elle augmente, elle exagère tout, dit ce Père : Sed a(/fjravat , sed exaggerat unirersa. Ce n’esl pas que la cliarité nous trompe, et nous cache la vérité; mais c'est que, dégageant notre ame des sens , elle épure la vue de la fui, et la rend plus clairvoyante sur les choses spirituelles ; et que d’ailleurs tout ce qui déplaît à l'objet unique de noire amour paroil sérieux et considérable à l’amc qui aime. Ainsi la charité est toujours liumble, timide, défiante, sans cesse agitée par ces pieuses perplexités qui la laisseul dans le doute sur son étal; toujours alarmée par ces délicatesses de la grâce , <|ui la font trembler snir cliaque action qui lui font, de l'incertitude où elles la laissent, une espèce de martyre d’amour qui la purifie. Ce ne sont pas ici ces scrupules vains et puérils que nous blâmons dans les âmes foibles; ce sont ces pieuses frayeurs de la grâce et de la cliarité , iaséparables tic toute ame fidèle. Elle opère son salut avec crainte et tremblement, et regarde quelquefub commodes crimes, des actions qui devant Dieu souvent .sont des vertus, et pres(|ue toujours de pures foibles.ses : ce sont là ces saintes perplexités de In cliarité qui prennent leur source dons les lumières mêmes <le la foi : celle voie a été U voie des Justes de tous les siècles.
Kl cependant c’est celle prétendue cliarité que vous aoyez conserver encore au milieu d'ime vie
TîîïnEün.
.]KUni DE LA TROISn-MK SEMAINE.
liiMiti, et de tontes vos inildélités, <|ui vmi< les Hiit ' paruilre légères ; c'est la charité elle-nièine, qtic vous supposez n’avoir point perdue, qui voiisras> sure , qui diminue vos fautes à vos yeux , qui vous établit dans un état de paix et de sécurité; en un mot, qui non-seulement bannit de votre oeurtou* tes ces alarmes pieuses, toujours inséparables de la piété , mais qui vous les fait regarder comme les foiblesses et les excès de la piété même. Or, ditesmoi , je vous prie , *i ce n’est pa.s là une contradiction; si la cliarité se dément ainsi ellccmêmc, et si vous pouvez beaucoup compter sur un amour qui ress<mible si fml à la liaine.
Enfin le dernier caractère de la charité , c’est d’être vive et agissante. Usez tout ce que l’Apùlre < lui attribue d'activité et de fécondité dans un emur chrt'lien : elle opère partout où elle est ; elle ne peut être oiseuse, disent les Saints ; c'est un feu céleste qtie rien ne peut cmpècljer d’agir et de se produire : il peut être, à la vérité, qiie1(|uefois couvert et comme ralenti par la multitude de nos foiblesses ; mais , tandis qu'il n'est pas encore éteint, il en sort toujours, pour ainsi dire, quelques étincelles , des vmiix , des soupirs, des gémissements, des efforts, des ceuvres; les sacrements la raniment, les mystères saints l’attendrissent, les prières la réveillent; les lectures de pi.élé, les iiistriirlions <le salut, les spectacles de religion, les saintes inspirations, lesafllictions mêmes , les disgrâces , les infirmités corporelles, tout la rallume lors4|u’ellc n’est pas encore éteinte. Il est écrit au second livre des Mnchal)ées, que le feu sacré que les Juifs avoient caché durant la captivité se trouva, au retour, couvert d’une mousse épaisse, et parut comme éteint aux cniants des prêtres, qui le retrouvèrent sous lu conduite de Néhémias : mais comme ce n’étoit que la surface seule qui éloit couverte, et (jii’au dedans ce feu sacré consenoil encore tonie sa vertu, à peine l’cût-on exposé aux rayons du soleil, qu’on le vit se rallumer à l'instant, et offrir aux yeux un éclat tout nouveau et une activité surprenante ry^crcosus est irfjjîs matj- «us, ita ut omnes mirarenfur. (2. Mac , i, 22.)
Voilà l’image de la tiédeur d’une ame véritablement juste, et ce qui devroit vous arriver, si la multitude de vos infidélités n’avoil fait que couvrir et ralentir , ptmr aiasi dire , en vou.s le feu sacré de la charité sans l'éteindre : voilà, dis-je, ce qoijdevroit vons arriver lorsque vous approchez des sacrements, et que vous venez entendre la parole sainte. Lorsque Jésos-Cbrist, le soleil de justice, lance sur vous quelques traits de sa grâce cl de sa lumière, cl vous inspire de saints désirs; on devroit alors voir votre co’ur se rallumer, voire fer-
veur SC renouveler; vous devriez alors paroltre tout de feu dans la pratique de vos obligations , et surprendre les témoins les plus confidents de votre vie , par le renouvellement de vos mœurs et de vo • tre z^e : v^ccfiisus est igiiis mognus, itattfoninés mirarentur.
El cependant rien ne vous ranime : les sacrements que vous fréquentez vous laissent toute votre tiédeur; la parole de l’Evangile que vous écoutez , tombe sur votre cœur, comme sur une terre aride où elle meurt à l’instant ;,les sentiments de salut que la grâce opère au dedans de vous , n’ont jamais de suite pour le renouveUement de vos mœurs : vous traînez partout la même indolence et la même langueur ; vous sortez du pied des autels aussi froid . aussi insensible qne vous y étiez > enu ; on ne voit point en vous de ces renouvellements de zèle et de ferveur, si familiers aux amesjustes,et dont elles trouvent les motifs dans leurs propres dunes : ce qne vous étiez hier, vous l’êtes encore aujourd’hui; mêmes infidélités et mêmes foiblesses; vous n'avancez pas d’un seul degré dans la voie du salut : tout le feu du ciel ne saurait plus rallumer cette prétendue charité cadiée au fond de votra cœur, et sur laquelle vous vous rassurez. Ah! mon cher Auditeur, que Je crains qu’elle ne soit éteinte , et qne vous ne soyez mort aux yeux de Dieu ! Je ne veux pas ici prévenir les jugements secrets du Seigneur sur les consciences ; mais je vous dis que votre état n’est point sûr , je vous dis même que si l’on en juge par les règles de la foi, vous êtes dans la disgrâce et dans la iiaine de Dieu : je vous dis encore qu’une tiédeur si longue , si constante , si durable , ne peut subsister avec un principe de vie somaturelle, qui, de temps en temps du moins, laisse paroltre an dehors des mouvements et des signes , s’élève , s’anime, prend son essor, comme pour se dégager des liens qui l’appesantissent ; et qu’une charité si muette , si oiseuse, et si constamment insensiblej, n’est plus.
Mais le grand danger de cet état, c'est qu’ime ame tiède n’a pas même U-dessus de scrupule. Elle sent bien qu’elle pourroit pousser la ferveur et la fidélité plus loin ; mais elle regarde ce zèle et cette exactitude comme une perfection et une grâce rései^ ée à certaines ame.s , et non comme un devoir ; ainsi on se fixe dans ce degré de tiédeur où l'on est tombé ; on n’a fait aucun progrès dans la vertu , depuis les premières ardeurs d’une conversion d’éclat : il semble que toute la ferveur émoussée contre les passions criminelles qu’on avoit eu d’abord à combattre , croit qu'il n’y a plus qu’à jouir Cl) paix du fnitl de sa victoire : mille débris qui
SUU LA TIÉDLLK.
restent encore dn premier nsnfrage, on ne pense point à les réparer ; raille foiblesses , mille inclinations corrompues que nous ont laissées nos premiers désordi-es , on les aime , loin de les réprimer : les sacrements ne raniment plus la foi, ils l’amusent ; la conversion n’esl plus la fin qu’on sc propose , on la croit faite ; les confessions ne sont plus que des redites et des peintures qui se ressemblent : se confesser n’est plus se proposer un changement; car que Irouveroil-on à changer dans un train de vie où tout paraît à sa place , et où nulle foute grossière de conduite ne frappe les sens 7 c'est s’acquitter simplement d’un devoir de piété, et venir amuser le ministre de Jésus-Christ du récit de quelques foules légères dont on ne sc repent pomt , tandis qu’on est soi-méme un crime que l’on ignore. Aussi la vertu de notre ministère délivre encore quelquefois de grands pécheurs; et noos voyons encore tous les jours avec consolation des âmes touchées, après une vie entière de dissolution et de crimes , venir se jeter è nos pieds ; et là , le cœur brisé de douleur, le visage baigné de larmes , nous surprendre par la grandeur de leur foi , nous attendrir par l’abondance de leurs soupirs et la vivacité de leur componction , et sortir de nos pieds justifiées ; tandis que ces âmes tièdes et infidèles dont je parle, sans cesse réconciliées et jamais pénitentes, portant toujours an tribunal les mêmes foiblesses dont elles ne reçoivent jamais le pardon , parce qu’elles ne les délestent jamais comme il faut , [et prouvent qu'il est plus aisé de passer du crime à la vertu que de la tiédeur à la pénitence.
Hélas ! peut-être que le guide sacré de votre conscience, à qui vous ne venez redire sans cesse que de légères foibles.ses, et qui ne saurait voir la corruption de cœur d’où elles partent, pent-ètre, par un jugement terrible de Dieu sur vous , qu’il est tranquille comme vous sur votre état ; il croit seulement que vous dormez, que vous vous relâchez: il se contente d’animer votre négligence, de réveillereetre tiédeur : il pense de vous ce que les disciplas pensoienl autrefois de Lazare ; Si dormit, snirus erit (Joan., xi, 12.); qu’au fond ce sommeil , cette indolence dans les voies de Dieu, cette tiédeur, ne vous conduiront pas à la mort. Mais Jésos-Oirist, qui vous voit tel que vous êtes, et qui ne juge pas comme l'homme; Jésus-Christ déclare que vous êtes mort déjà depuis long-temps à ses yeux : Tune Jésus dixil eis manifesté : Lazarus mortuusesi, (Ibid., v, f t.) II le dit ouvertement, manifesté, c’est-à-dire, que la cho.«e n’éloit pas nouvelle, et que l.azare, qu'ils croyoient seulement languissant, étoit mort depuis trois jours ;
c'est-à-dire, que lorsqu’une chute grossière et déclarée termine enfin la tiédeur d’une anie iiifidèle, la mort qu’elle portoit déjà depuis long-temps dans son cœur ne fait que sc manifester. Elle n’est nouvelle que pour les hommes, qui ne voyoient pas ce (|ui se passoit au dedans ; mais devant Dieu, elle étoit morte comme Lazare, depuis le jour prestpie qu’elle fut languissante ; 7'uiic Jesu.vdixit eis manifesté : Jazarus morluus est.
On s’abuse sur ce que la conscience ne reproche rien de criminel ; et ou ne voit pas ipie c’est cette tranquillité même qui w fait tout le danger, et peut-être aussi tout le crime. On se croit en sûreté sur son état, parce qu’il offre plus d’innocence et de régularité que celui des amesdésordoimécs : et on ne veut pas comprendre qu’une vie toute naturelle ne saurait être la vie de la grâce et de la foi; et qu’un étatconstant de paresse et d’immortificalion est im état de péché et de mort dans la vie chrétienne.
Ainsi, mon cher Auditeur, vous, que ce discours regarde , renouvelez-vous sans cesse dans l’esprit de votre vocation; ressuscitez tous les joui-s, selon l’avis de l’A|)ûire, par la prière, par la mortificalion des sens, par la vigilance sur vos passions, par une vie intérieure , par un retour continuel vers votre cœur, cette première grâce qui vous retira des égarements du monde, et vous lit entrer dans les voies de Dieu. Comptez que la piété ii’a de sûr et de consolant que la lidélité ; qii'cn vous relâchant vous augmentez vos peines , parce que vous multipliez vos liens; qu’en retranchant de vos devoirs le zèle , la ferveur, l’exactitude , vous en retranchez toutes les douceurs; qu’en ûlani de votre état la fidélité , vous en Otez la .sûreté ; et qu’en vous bornant à éviter le crime , vous perdez tout le fniit de la vertu.
Et au fond , puisque vous avez déjà sacrifié l’essentiel, pourquoi tiendriez- vous encore à des attachements frivoles? et faut-il qu’après avoir fait les démarches les plus pénibles et les plus héroïques pour votre salut , vous périssiez pour n’en vouloir pas foire de plus légères? Lors(|ue Naainan, peu touché de ce que le prophète ne lui ordonnoil pour guérir de sa lèpre que d’aller sc baigner dans les e.atixdn Jourdain, se retiroit plein de mépris pour l’homme de Dieu , comme si sa guérison n’eût pu être attachée à un remède si facile, ceux de sa suite le firent revenir de son erreur, en lui disant ; Mais , Seigneur , si l’homme de Dieu vous eût ordonné des choses difficiles, vous auriez dû lui oWir ; vous avezalandonné votre patrie, vosilieux et vos enfants , pour venir cousidler le prophète ; vous vous êtes exposé au péril d’iui long voyage.
JEUDI DE LA TROISIÈME SEMAINE
vojis en avez soulcnu toutes les incoinmodilcs , pour recouner la santé que vous avez piTiliie; et après tant de démarches pénibles , reruscriez-vous de tenter un expédient aussi aLsé que celui que vous propose l’homme de Dieu ? £1 si rem (jrandem dij-isset tibi propbela, cerlt facere debueras : guaiilA moyis quia imncdixit Itèi ; Latare, et mvindaberis. (4. Reg., v, 13.)
Et voilà ce que je vous dis en Unissant ce discours : Vous avez abandonné le inonde, et les idoles que vous y adoriez autrefois ; vous êtes revenu de si loin dans la voie de Dieu ; vous avez eu tant de passions à vaincre , tant d’obstacles à surmonter, tant de choses à sacrifier, tant de démarches difficiles à faire ; vous avez soutenu les peines, les dé^dts, les discours insensés, inséparables d’une conversion d’éclat : il ne vous reste plus qu’un pas à faire ; on ne vous demande plus qu’une vigilance exacte sur vous-méme. Si le sacrillcc des passions criminelles n’étoit pas encore fait , et qu’on l’exigeât de vous , vous ne balanceriez pas un moment ; vous le feriez , quoi qu'il en diH coûter : £t si rem graiidem dixisset tibi propbela, rerfé farere débiteras : et maintenant qu’on ne vous demande que de simples purifications , pour ainsi dire ; qu’on ne vous demande presque que les mêmes choses que vous faites , mais pratiquées avec plus de ferveur, plus de fidélité, plus de foi, plus de vigilance ; êtes-vous excusable de vous en dispenser ? Quantii maijis quia iiuiic dixil fiài : Latare, cl muitdabcris. Pourquoi rendriez-vous , par le refus d’une chose si aisée, tous vos premiers efforts Inutiles? pourquoi auriez-vous renoncé au monde et aux plaisirs criminels , pour trouver dans la piété le même écueil que vousaviez cru éviter en fuyant le crime? et ne seriez-vous pas à plaindre, si, après avoir sacrifié à Dieu le principal , vous alliez vous perdre pour vouloir loi disputer encore mille sacrilices moins pénibles au cœur et à la nature ? QuonlA inagis quia tmiic dixil tibi : iMtare, et muudaberis.
Achevez donc en nous, o mon Dieu ! ce que votre grâce y a commencé ; triuiiqihcz de nos langueurs et de nos foiblesses, puisque vous avez déjà triomphé de nos crimes : domiez-nous un cœur fervent et fidèle, puisipie vous nous avez dtja ôté uiicœur criminel et corninipu : iuspirez-nous cette bonne volonté qui fait les Justes, puisque vous avez éteint en nous cette volonté déréglée qui fait les grands pécheurs : ne laissez pas votre ouvrage imparfait; et pnisrpic vous nous avez fait entrer dans la sainte carrière du salut, rendez-nous dignes de la couronne promise à ceux qui auront légitimement combattu. xtinsi soif-if.
SECOND SERMON
POEH LE JEUDI DE LA TIIOISIÈIIE SEMAIME DE CARÊME.