DEUXIÈME PARTIE
Ce qui rend la vigilance si nécessaire â la piété chrétienne, c’est que toutes les passioas ipii s’opposent en nous à la loi de Dieu ne meurent, pour ainsi dire, qu’avec nous. Nous pouvons bien les affoibUr par le secours de la grâce, et d’une foi vive et fervente; mais les penchants et les racines en demeurent toujours dans le cœur : nous portons toujours au dedans de nons les priiicii>e8 des 010011*8 égarements , que nos larmes ont effocés : le crime pent être mort dans nos cœnrs; mais le péché, comme parle l’Apôtre, c'est-â-dire, les iitcUnatioiis corrompues qui ont formé tous nos crimes, y liabitent et y vivent encore; et ce fonds de corruption qui nous avoit éloignés de Dieu , nous est encore laissé dans notre pénitence , pour servir d'exercice craüuuel à la vertu ; pour nous rendre plus digues de ta couronne par les occasions étemelles de combat qu'il nous suscite ; pour humilier notre orgueil ; pour nous faire souvenir <jue le temps de la vie présente est un temps de guerre et de péril ; et que , par une destinée inévitable â la couditiou de
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notre natare, il n’y a presque jamais qu'un pas à faire entre le relâcheinenl et le crime.
Il est vrai que la grâce de Jésus-Clirist nous est donnée pour réprimer ces pencliants corrompusqui survivent à noire conversion : mais, comme nous venons de le dire, dans la tiédeur, la grâce ne nous offrant prcscjue plus que des secours généraux , et toutes les grâces* de prolecüon dont nous nous sommes rendus indignes, étant ou plus rares ou suspendues , il est clair que de cela même , les passions doivent prendre de nouvelles forces. Mais je dis que non seulement les passions se fortifient dans la vie tiède et infidèle , parce que les grâces de protection qui les affoiblissent y sont plus rares, mais encore par réut tout seul du reldchcmenl et de la tiédeur elle-même : car la vie tiède et infidèle n’étant qu'une indulgence continuelle pour toutes nos passions ; une molle facilité à leur accorder sans cesse , jusqu’à un certain point , tout ce qui les flatte ; une attention même d’amour-propre à éloigner tout ce qui pourroil, ou les réprimer, ou les contraindre ; un usage per|»étuel de tout ce qui est le plus capable de les enflammer : il est clair qu’elles doivent tous les jours y prendre de nouvelles forces.
En effet, mes Frères, il ne faut pas se figurer qu’en ne poussant notre indulgence pour nos passions que jusqu’à certaines bornes permises , noos les apaisions , pour ainsi dire , nous leur en accordions assez pour les satisfaire , et pas assez pour souiller notre ame , et mettre le trouble et le remords dévorant dans la conscience; nous figurer que nous puissions jamais arriver à uii certain état (i’é(|uilibre entre le crime et la vertu, où d’un côté nos passions soient contentes par les adoucissements que nous leur permelUms, et où de l’autre notre conscience soit tranquille par. la fuite du crime que lions évitons. Car voilà le planque se forme l’ame tiède, favorable à son indolence et à sa paresse, parce qu’il bannit également tout ce qu’il y a de pénible dans le crime et dans la vertu, qu’il refuse aux passions tout ce qui troubleroit la consctence, et à la vertu tout ce qui gèneruil et mortifiertut trop l’amour-propre ; mais cet état d’équilibre et d’égalité est une chimère. Les passions neconnoissent pas même de bornes dans le crime ; comment poQiToient-elIês s’en tenir à celles de la tiédeur? les excès ne [)Ctivent les satisfaire et les fixer ; comment de simples adoucissements lesfixeroienl-ils? plus vous leur accordez , plus vous vous mettez hors d'étal de pouvoir rien leur refuser. Le véritable secret pour les apaiser n’est pas de les favoriser jusqu’à un certain point; c’est de les combattre en tout : toute indulgence les rend plus fières et
plus indomptables ; c'est un peu d’eau jetée dans l’incendie, qui, loin de l’apaiser, l’augmente; c’est un peu de pâture présentée à un lion dévorant , qui , loin de calmer sa faim, 1a rend plus vive et plus violente ; tout ce qui flatte les passions les aigrit et les révolte.
Or, tel est l’état d’une ame tiède et infidèle : toutes les animosités qui ne vont pas josqu’à la vengeance déclarée, elle se les permet : tous les plaisirs où l’on ne voit pas de crime palpable , elle se les justifie : toutes les parures et tous les artifices où l’indécence u'est pas scaiKlaleuse , et où il n’entre ni pasrion, ni vue marquée, elle les recherche : toutes les vivacilcs sur l’avancement et sur la fortune qui ne nuisent à personne, elle s’y livre sans réserve : toutes les omissions qui paroissent rouler sur des devoirs arbitraires, ou qui n’iutéresseot qoelcgèrement des devoirs essentiels, elle n’en fait pas de scrupule : tout l’amour du corps et de la personne, qui ne mène pas directement au crime, elle ne le compte pour rien : toute la délicatesse sur Ic^rang et sur la gloire, qui peut compatir avec une modération que le monde lui-même demande , on s’en fait un mérite. Or, qu’arrive-t-il de là? voulez-vous le savoir? le voici, et je vous prie d’écouler ces réflexions.
Premièrement, c’est que tous les penchants qui s’opposent en nous à la règle et au devoir, s’étant sans cesse fortifiés, la règle et le devoir trouvait ensuite en nous des difficultés insurmontables; de sorte que les accomplir dans une occasion es- ' senüelle , où la loi de Dieu nous y oblige, est une eau rapide qu’il faut remonter malgré le courant qui nous entraîne, un cheval indompté et furieux qu’il faut arrêter tout court sur le bord du précipice. Ainsi votre sensibilité sur les injures, toujours trop écoutée, a poussé votre orgueil à un tel point, que dans une occasion décirive , où vous croirez votre honneur essenüellemenl intéressé, et où il s'agira de pardonner, vous ne serez plus maître de votre reuaitiment, et vous abandocuierez- votre CŒur à toute la vivacité de la liaine et de la vengeance : ainsi, ces soins et ces empressements à cultiver l’estime des hommes, ont si bien fortifié dans votre cœur le désir de mériter leurs louanges et de vous conserver leurs suffrages, que dans une circonstance essentielle ou il faudra sacrifier ta vanité de leurs jugements au devoir, et s’exposer à leur censure et à leur dérision , pour ne pas manquer à votre ame, les intérêts de la vanité remporteront sur ceux de la vérité , et le respect humain sera plus fort que la craiute de Dieik: ainsi , ces vivacités sur la fortune et sur l’avancement , nourries de longue main, ont reudii l’ambition si
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SUR L\ Tlf:OKUn.
fürl niailrcsse de votre cœur, que dans une cun> | joncturc dclicatc , où il faudra d(^lruire un concurrent pour vous élever, vous sacrifierez voire conscience à votre fortune, et serez injuste envers votre frère, de peur de vous manquer à vons-méme : ainsi, enfin, pour éviter trop de détail, ces attachements suspects, ces entretiens trop libres, ces complaisances trop poussées , ces désirs de plaire trop écoutés , ont mis en vous des dispositions si voisines du crime et de la volupté, que vous ne serez plus en état de résister dans un péril où il s’agira d’aller plus loin; la corruption préparée par toute la suite de vos démarclies passées s’allumera à l’instant ; votre foiblesse l’emportera sur vos réflexions ; votre cœur se refusera à votre fierté , à votre gloire, à votre devoir, à vous-même. On n’est pas long-temps fidèle , quand ou trouve en soi tant de dispositions à ne l’être pas.
Ainsi , vous serez surpris vous-même de votre fragilité : vous vous redemanderez , que sont devenues ces dispositions de pudeur et de vertu , qui vous inspiroient autrefois tant d’iiorreur pour le crime : vous ne vous connoltrez plus vous-même : vous sentirez en vous une pente malheureuse et violente, que vous |X)rUez à votre insu dans voire ame : peu à peu cet étal vous paroltra moins affreux. Le cœur se justifie bientôt tout ce qui le captive : ce qui nous plaît ne nous alarme pas longtemps ; et vous ajouterez au malheur de la chute , le malheur du calme et de la sécurilé.
Telle est In destinée inévitable de la vie tiède et infidèle : des passions qu’on a trop ménagées; des ^ lionceaux, dit un prophète, qu’on nourrii sans précaution, croissent enfin, et dévorent la main indiscrète qui les a elle-même aidés à se fortifier, et ù devenir redoutables : les passions venues à un certain point se rcndenl les maîtresses. Vous avez beau alors vous raviser, il n’est plus temps : vous avez couvé le feu profane dans votre cœur; U faut enfin qu’il éclate : vous avez nourri ce venin au dedans de vous; il faut qu’il gagne , et il n’est plus temps de recourir au remède. Il (alloit vous y prendre de bonne heure; les commencements du mal ii’éloient pas encore sans ressource : vous l’avez lais&é fortifier; vous l’avez aigri par tout ce qui pouvoil le rendre pins incnrable ; il faut qu’il prenne le dessus, et que vous vous trouviez la victime de voire Indiscrétion et de votre indulgence.
Aussi ne nous dites- vous pas vous-mêmes, tous les jours, mes Frères , que vous avez les meilleures intentions du monde , que vous voudriez mieux faire que vous ne faites, et qu’il vous semble que vous desirez sincèrement de vous .sauver; mais qu’il arrive mille conjonctures dans la vie , où l’on
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oublie toutes ses !>onnes résolutions, et où il faudroit être un saint pour ne pas se laisser entraîner? Et voiU justement ce que nous vous disons, que malgré toutes vos bonnes intentions prétendues , si vous ne fuyez, si vous ne combattez, si vous ne veillez, si vous ne priez, si vous ne prenez sans cesse sur vous-mëme , il se trouvera mille occasions où vous ne serez plus le maUre de votre foibicsse : voilà ce que nous vous disons, qu’il n’est qu’une vie mortifiée et vigilante qui paisse nous mettre à couvert des tentations et des périls; que c’est un abus de croire qu’on sera fidèle dans ces moments où l’on est violemment attaqué , lorsqu’on y porte un ca^ur affoibli , chancelant , et déjà tout prêt à tomber; qu’il n’y a que la maison bâtie sur le rue, qui résiste aux vents et à l’orage ; qu’il n’est (pie la vigne entourée d’un vaste fosse, et fortifiée d’une tour inaccessible, qui ne soit pas exposée anx insulles des passants; et qu’en un mol, il faut être saint, et solidement établi dans la vertu, pour vivre exempt de crimes.
Et quand je dis qu’il faut être saint : hélas ! mes Frères , les âmes les plus ferventes et les plus fidèles elles-mêmes, avec des penciianLs mortifiés, une chair exténuée par les rigueurs de la pénitence , une imaginaliœi purifiée par la prière, un esprit nourri de la vérité et de la méditation de la loi de Dieu , une foi fortifiée par les sacrements et par la retraite , se trouvent quelquefois dans des situations si terribles , que leur cu'ur se révolte, leur imagination se trouble et s’égare ; qu’elles se voient dans ces tristes agitations où elles flottent longtemps entre la mort et la victoire , et où , semblables à un navire qui se défend contre les flots au miiiçu d’une mer irritée, elles n’aiiendenl de snrelé que de celui <pii commande aux vents et à l’orage : et vous voudriez (|o’avec un ca‘ur déjà à demi séduit , avec des penchants si voisins dn crime , votre foiblesse fût à l’épreuve des occasions , et que les tentations les plus violentes vous trouvassent toujours tranquille et inaccessible ? vous voudriez que dans des mœurs tièdes, sensuelles, mondaines, votre ame offrit aux occasions celte foi , cette force que la piété la plus tendre et la plus attentive qudquefois ne donne pas elle-même ? vous voudriez que des passions flattées , nourries, ménagées, fortifiées, demeurassent dociles, immobiles, froides, en présence des objets les plus capables de les allumer ; elles qui après de longues macérations, et une vie entière de prière et de vigilance , se réveillent quelquefois tout d’un coup, loin même des périls , et font sentir aux (dus justes, par des exemples funestes, qu’il ne faut Jamais s’endormir, et que le plas luial point de la vertu
,v;0 JEUDI DE LA TROISIEME SEMAINE.
n’e<-t quelfuiefois que l’instant qui prticède la chute ? Telle est notre Ucstini^, mes l'rère.s, de ii’etre clainoyantsque sur les périls qui rcftardeiit notre fortune on noire vie, et de ne pas connaître même ceux tpii menacent notre salut. Mais désabusonsnous : pour éviter le crime , il faut quch|ue chose de plus que la tiédeur et l’indolence de la vertu ; et la vigilance est le seul moyen que Jésus-Christ noos ait laissé pour conserver l’innocence. Première réflexion.
l'ne seconde réflexion qu’on peut faire sur celte vérité, c’est que les passions se fortifiant de jour en jour dans la vie tiède et infidèle, non-seulement le devoir trouve en nous des répugnances insnrmonlahics, mais encore le crime s’aplanit, pour ainsi dire , et on n’y sent pas plus de répugnance que pour une simple faute. En effet, le c<pur, par ces infidélités journalières, inséparables de la tiédeur, arrivé enfin comme par autant de démarches insensibles jusqu’à ces Iwrnes périlleuses, qui ne séparent plus que d’un |)oint la vie de la mort , le crime , de l’innocence , franchit ce dernier pas .sans presque s’en apercevoir ; comme il lui restoit |)cu de cliendn à faire , et qu’il n’a pas en besoin d’un nouvel effort pour passer outre, il croit n’avoir pas été plus loin que les autres fois : il avoit mis en lui des di-spositions si voisines du crime, qu’il a enfanté l’iniquité sans douleur, sans répugnance , sans aucun mouvement marqué , sans s’en apercevoir lui-méme; semblable à un mourant que les langueurs d’une longue et pénible agonie ont si fort approché de sa fin , que le dernier soupir ressemble à ceux qui l’ont précédé , ne lui coûte pas plus d’efforts que les autres , et laisse même les spectateurs incertains si son dernier moment est arrivé, ou s’il respire encore : et c’est ce qui rend l’état d’une ame tiède encore plus dangereux , tpte d’ordinaire on y meurt à la grâce sans s’en ajicrcevoir soi-mème ; on devient ennemi de Dieu , tpi’on vit encore avec lui comme avec un ami ; 011 est dans le commerce des choses saintes , et on a perdu la grâce qui nous donnoit droit d’en approcher.
Ainsi, que les âmes que ce discours regarde ne s’abusent point elles-mêmes, sur ce que pent-être elles se sont jusqu’ici défendues d’une chute grossière ; leur état n’en est sans doute que plus dangereux devant Dieu : la peine la plus fomiklable de leur tiédeur, c’est peut-être que, déjà mortes à ses yeux, clics vivent sans aucune chute marquée : c’est qu’elles s’endorment tranquillement dans la mort , sur une apparence de vie qui les rassure : c’est qu’elles ajoutent au danger de leur état , une iàasse paix qui les conUnue dans cette voie d’illu-
sion et de ténèbres : c’est enfin que le Seigneur, par des jugements tcrrible.s et secrets , les frap|)e d’aveuglement , et punit la corruption de leur cœur, en permettant qu’elles l’ignorent. Une chute grossière seroit , si je l’ose dire , un Irait de bonté et de miséricorde de Dieu sur elles ; elles ouvriroient du moins les yeux alors : le crime dévoilé et aperçu porteroil du moins le trouble et l’inquiétude dans leur conscience : le mal enfin découvert les feroit peut-être recourir au remède ; an lieu que celte vie réglée en apparence les endort et les calme , leur rend inutile l’exemple des âmes ferventes, leur persuade que cette grande fenenr n’est pas nécessaire , qu’il y entre plus de tempérament que de grâce, que c’est nn zèle plulût qu’un devoir; et leur fait écouter comme de vaines exagérations tout ce que nous disons dans ces chaires chrétiennes, snr les chutes inévitables dans une vie tiède et infidèle. Seconde réflexion.
Enfin, une dernière réflexion à faire snr cette vérité, c’est que telle est la nature de notre cœur, de demeurer toujours fort au-dessous de ce qu’il se propose. Nous avons fait mille fois des résolutions saintes; nous avons projeté de pousser jusqu’à un certain point le détail des devoirs et de la conduite; mais l’exécution a toujours beaucoup diminué de l’ardenr de nos projets , et est demeurée fort au-dessous du degré où nous voulions nous élever: ainsi une ame tiède, ne se proposant pour le plus haut point de sa vertu que d’éviter le crime; visant précisément au précepte, c’est-à-dire, à ce point ngoureux et précis de la loi , au-dessous duquel se trouve immédiatement la mort et la prévarication; elle demeure infailliblement au-dessous , et ne va jamais jusqu’à ce point essentiel qu’elle s’étoit proposé : c’est donc une maxime incontestable , qu’il font beaucoup entreprendre pour exécuter peu, et viser bien haut pour atteindre du moins au milieu. Or, cette maxime si sûre à l’égard même des plus justes, l’est infiniment plus à l’égard d’une ame tiède et infidèle : car la tiédeur aggravant tons ses liens, et augmentant le poids de sa corruption et de ses misères , c’est elle principalement qui doit prendre nn grand essor pour atteindre du moins au plus bas degré, et se proposer la perfection des conseils , si elle vent en demeurer à l’observance du précepte; c’est à elle sortaut qu’il est vrai de dire , qu’en ne visant précisément qu’à éviter le crime, cliai^ée comme elle est du poids de sa tiédeur et de ses infidélités, elle retombera toujours fort loin du lien où elle avoit cru arriver ; et comme au-dessous de cette vertu commode et sensuelle il n’y a immédiatement que le crime, les mêmes efforts qu’elle
SUR LA TIÉDEUR
croyoit faire pour l’éviter, ne serviront qu’à l'y conduire. Voilà des raisons toutes prises dans la foiblesse que les passions forlifit^ laissent à l’ame tiède et infidèle, et qui la coodaiseot inévitablement à la chute.
Cependant , l’onique raison que vous nous allégua pour persévérer dans cet état dangaenx , c'est que vous éta foible , et que vous ne sauriei soutenir un genre de vie plus retiré, plus recueilli, plus mortifié , plus parfoit. Mais c'est parce que vous éta foible, c'est-à.dire, plein de dégoût pour la vertu, de goût pour le monde, d'assujétissement à vos sens ; c'at pour cela même, qu'une vie retirée, mortifiée, vous devient indispensable : c'est parce que vous éta faible, que vous dera éviter avec plus de soin la occaions et la périls, prendre plus sur voos-méme, pria, veiller, vous refuser la plaisirs la plus innocents, et en venir à de saints excès de zèle et de ferveur, pour mettre une liarrière à votre faiblesse. Vous éta foible ? Et parce que vous éta foible, vous croya qu’il vous at païuis de vous apoea plus qu'un autre , de craindre moins la périls, de négliga plus tranquillement la remèda, d’accorda plus à vos sens, de conserver plus d'attachements pour le monde, et pour tout ce qui peut corrompre votre cœur ? Quelle illumn ! Vous faita donc de votre foiblesse le titre de votre sécurité? vous trouva donc, dans le besoin que vous ava de veilla et de prier , le privilège 2|ai vous en dispense ? Et depuis quand la inaiada sont-ils autorisés à se permettre plus d'excès, et usa de moins de précautions, que ceux qui jouissent d'une santé parfaite ? La voie da privations a toujours été celle da folbla et da infirma ; et alléguer votre foiblesse, pour vous dispenser d'une vie plus lérvenle et plus chrétienne, c’est allégua vos maux pour nous persuade r que voas n'ava pas besoin de remède. Seconde raison tirée da passions qui se fortifient dans la tiédeur, et qui prouve que cet état finit toujours pa la cliiite et par la pâte de la justice.
A tonta ca raisons, je devois en ajouta une troisième tiréedasecours extérieurs delà religion, nécessaira pour soutenir la piété , et qui deviennent inutila à l’ame tiède et infidèle.
Les saaements non-seulement ne Ini sont plus d’aucune utilité, mais ils lui deviennent même dangereux, ou par la tiédeur avec laquelle elle en approche , ou par la vaine confiance qu'ils loi inspirent : ce ne sont plus pour elle da ressources ; ce sont da remèda accontomés, usés, si j’ose parla ainsi , qui amusent sa langueur, mais qui ne U guérissent pas ; c’est la viande da forts, qui achève de ruina on estomac foihte, loin de le rétablit :
c’est un souflie de l’Esprit saint , qui , ne pouvant rallumer le iLson encore fumant, achève de l’éteindre : c’at-à-dire, que la grâce des sacrements reçue dans un cœur tiède et infidèle , n’y opérant plus un accroissement de vie et de force, y opère tût ou Uni la mat et la condamnation , toujours atUchées à l’abus de ces divins remèda.
La prière, le canal da grâces , cette nourriture d’nn cœur fidèle , cet adoucissement de la piété , cet asile contre touta la atta<pia de l'ennemi , ce cri d’une ame touchée qui rend le Seigneur si attentifà sa besoins; l.i prière, sans l.iqiielle Dien ne se fait plus sentir à nous, .sans laquelle nous ne connoissons plus notre père, nous ne rendons [Jus graca à notre bienfaiteur, nous n’apaisuns plus notre juge, nom n'expaons plus nos plaies à notre médecin , nous vivons sans Dieu dans ce inonde ; la prière enfin, si nécessaire à la vertu la plus établie, n’est plus pour l’ame tiède qu’une occupai ion oiseuse d’un aprit égaré, d’un cœur sec, et partagé pa mille affections étrangèra. Elle n’y trouve plus ce goût, ce recueillement , ca consolations qui sont le fruit d’une vie fervente et fidèle ; elle n’y voit plus comme dans un noiivaii jour la vérités sainta, qui confirment une ame dans le mépris du monde, et dans l'amour da biens étemels, et qui, au satirde là, lui font regarder avec un nouveau dégoût tout ce que la homma insensés admirent ; elle n’en sort plas remplie de cette foi vive, qui ne compte plus pour rien la dégoûts et la obstacla de la vertu, et qui en dévore avec un saint zèle touta la amertnma : elle ne sent pointau sortir de là plus d’aniour pour le devoir , plus d’horreur pour le monde , plus de résolution pour en fuir les périls, plus de Inmière pour en connoitre le néant et la -misère , plus tie force pour se hair et pour se combattre elle-même, plus de terreur da jugements de Dien, plus de componction de sa propra foiblessa : elle en sort seulement plus fatiguée de la vertu qn'anparavant, plus remplie des fantûma du monde, qui, dans ce moment où elle a été aux pieds de son Dieu, ont, ce semble, agité plus vivement son imagination, flétrie de touta ca imaga ; plus aise de s’étre acquittée d’on devoir onéreux , on elle n’a trouvé rien de plus consolant que le plaisir de le voir finir ; plus emprasée d'aller remplacer pa des amusements et des infidélités, ce moment d’ennui et de gène ; en un mot , plus éloignée de Dieu, qu’elle vient d’irriter par l’infidélité et l’irrévérence de sa prière ; voilà tout le fruit qu’elle en a retiré. Enfin, tous la devoirs extérieurs de la religion qui soutiennent la piété, et qui la réveillent, ne sont plus pour l’ame tiède que da pratiquée