‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 164 sur 348 · i2 JEUDI DE LA TROISIEME SEMAINE · texte numérisé non relu

i2 JEUDI DE LA TROISIEME SEMAINE

niorles cl inanimées , où son cœur ne se irouve plus, où il enlre plus d'Iiabiludc que de goût el d'esprit de piété, el où, pour toute dUpooitioa, on n’y porte que l'ennui de bire toujours b même chose.

Aiusi, mes Frères, U grâce dans cette ame se Irourant .sans cesse attaquée etanbiblie, on par les usages dn monde qu'elle se permet , ou par ceux de la piété dont elle abuse ; ou par les objets des sens qui nourrissent sa corruption, ou par ceux de la religion qui augmentent ses dégoûts; on par les plaisirs qui la dissipent, ou par les deroirs qui la la.sscnl; tout la faisant pencher vers sa mine, et rien ne la soutenant ; hélas! quelle destinée pourroit-ellc se promettre? La lampe qui manque d'huile peut-elle éclairer long-temps ? l’arbre qui lie lire presi|ne plus de suc de la terre peut-il tarder de sécher, et d’élre jeté an feu ? Or, telle est la situation de l’aine tiède ; toute livrée à ellemême, rien ne la soutient ; toute pleine de foiblesse et de langueur , rien ne la défend ; tout environnée d'ennuLs et de dégoûts , rien ne la ranime ; tout ce qui coasole l’sme juste, ne fait qu’augmenter sa langueur; tout ce qui soutient une ame fidèle, la dégoûte et l’accable; tout ce qui rend aux autres le joug léger, appe.sanlit le sien ; et les secours de la piété ne sont plus que ses fatigues ou ses crimes. Or, dans cet état, û mon Dieu ! presque abandonnée de votre grâce , lassée de votre jong, dégoûtée d’elle-méme autant que de la vertu, affoiblie par scs maux el par les remèdes, chancelante à chaque pas, un souffle la renverse; ellemême penche vers sa chute, sans qu’aucun mouvement étranger la pousse ; et pour la voir tomber, il ne faut pas même la voir attaquée.

Voilà les raisons qui prouvent la certitude d’une chute dans la vie tiède et infidèle. Mais faudroit-il tant de preuves , mon cher Auditeur, où vos propres malheurs vous ont si tristement instrait ? Souvenez-vous d’où vous êtes tombé, comme le disoit autrefois l’Esprit de Dieu à une ame tiède ; Memor eslo undé excideris. (Apuc., ii, 5.) Remontez à la source des désordres où vous croupissez encore ; vous la trouverez dans la négligence et dans l’infidélité dont nous parlons. Une naissance de passion trop faiblement rejetée, une occasion de périls trop fréquentée , des pratiques de piété trop souvent omises ou méprisées, des commodités trop sensuellement recherchées, des désirs de plaire trop écoulés , des lectures dangereuses pas assez évitées ; la source est presque imperceptible ; le torrent d’iniquités qui en est sorti a inondé toute la capacité de votre ame : ce n’étoit qu’une étincelle qui a allumé ce grand incendie : ce fut un

peu de levain qui, dans la suite, a aigri et corrompu toute la masse. Memor eslouiidr exrideris. Souvenez-vous-en ; vous n’auriez jamais cru en venir où vous en êtes : vous écouliez tout ce qu'on disoit â-dessus comme des exagérations de zèle et despiritualité ; vous auriez répondu de vous-même pour certaines démarches, sur lesquelles vous ne sentez presque plus de remords. Menmr eslo undé exrideris. Souvenez-vous d’où vous êtes tombé : considérez la profondeur de l’ablme où vous êtes : c’est le relicliement et des infidélités légères, qui vous y ont conduit comme par degrés. Souvenezvous-en, encore une fois ; et voyez si l’on peut appeler un état sûr, ce qui a pu vous conduire an précipice?

Tel est l’artifice ordinaire dn démon : il ne propose jamais le crime dn premier coup ; ce serait effaroucher sa proie, et la mettre hors d’atteinte à ses surprises : il connolt trop les routes par où il but entrer dans le cœur ; il sait qu’il faut rassurer peu à peu la conscience timorée contre l’horreur du crime, et ne proposer d’abord que des fiiu honnêtes, et certaines bornes dans le plaisir ; il n’attaque pas d’abord en lion ; c’est un .serpent : il ne vous mène pas droit au gouffre; il vous y conduit par des voies détournées. Non, mes Frères, les crimes ne sont jamais les coups d’essai du cœur. David fut indiscret et oiseux , avant d’être adultère : Salomon se laissa amollir par la magnificence et par les délices de h royauté , avant de paroltre sur les hauts lieux au milieu des femmes étrangères: Juda aima l’argent, avant de mettre à prix son maître : Pierre présuma , avant de le renoncer. Le vice a ses progrès comme la vertu : comme le jour instruit le jour, dit le Prophète, ainsi la nuit donne de tristes leçons à la nuit; et il n’y a pas loin enlre un élat qui suspend toutes les grâces de protection , qui fortifie tontes les passions, qui rend inutiles tons les secours de la piété, et un état où elle est enfin toul-à-fait éteinte.

Qu’y a-t-il donc encore, mon citer Auditeur, qui puisse vous rassurer dans cette vie de négli gence et d’infidélité? Seroit-ce l’exemption dn crime, où vous vous êtes jnsqu’icî conservé? Je vous ai montré , ou qu’elle est un crime ellemême, on qu’elle ne larde pas d’y conduire. Seroit-ce l’amour du repos ? Mais vous n’y trouvez ni les plaisirs du monde, ni les consolations de la vertu. Seroit-ce l’assurance que Dieu n’en demande pas davantage? Mais comment l'ame tiède pourrait-elle le contenter ellui plaire, puisqu’il la rejette de sa bonclie ? Seroit-ce le déréglement de presque Ions cens qui vous environnent, et qui vivent dans des excès que vous évitez? Mais leur

.'ifji: . Cit'îrrji'

ilfM'lÎHéc fsl ppul-èlrc moiiw ù plninrfîC ri mnlia dcscspôrée (]ii« la vôtre : iU coimoissenl liti nuiiiis leurs maux , et vous prenex les vôtres pour une santé parfaite. Seroit-ce la crainte de ne {k>u- TOir soutenir une vie plus vî^îilante, plus mortifiée, plus chrétienne? Mais puisque vous avez pu soutenir jusqu'ici un reste de vertu et d’innocence sans les douceurs et les consolations de la grâce, et malgré les ennuis et les dégoôts que votre tiédeur répandoil sur tous vos devoirs : qtie sera -ce, lorsque l’Esprit de Dieu en adoucira le joug , et qu’une vie plus (idèle et plus fermente vous aura rendu toutes les grâces et toutes les consolations dont votre tiédeur vous a privé ? I.a piété n’est triste et insupportable , que lorsqu’elle est tiède et infidèle.

Levez- vous donc, dit nn prophète, amo lâche et paresseuse ! rompez le channe fatal qui vous endort et qui vous encliaine à votre propre paresse. Le Seigneur que vous croyez servir, |>arce que vous ne l’outragez pas à découvert . n’est pas le Dieu des lâches, mais des forts : il n’est pas le rémtinérateur de l’oisiveté et de l’indolence , mais des larmes , des veilles et des conilKits : il n’établit pas sur ses biens et sur sa cité éternelle le serviteur inutile, mais le serviteur bboricuv et vigilant; et j son royaume , dit l’Apôtre , n’est pas la ciiair et Je sang : c’est-à~ lire, une indigne mollesse et une vie toute dans les sens; mais la force et la v. rtn de Dieu; c’est-à-dire, mie foi agissante, une vigi- î lance continuelle, im sacrifice généreux de tous ' nos penchants, un mépris conslaut de tout ce qui passe , et un désir tendre et enflammé de ces biens invisibles qui ne passeront jamais : c’est ce que je vous souhaite.

^ÎHSi soit-it.

SERiMON ;

POIR LE VENDREDI DE I.* TROISltNK SEMAINE ^ DE CARÊME.

LA SAMARri'AINE.

renilJms in ctrilal^mStnnnricF, quafdtcltUi'Sirieir.

Jésus vint en une ville de Samsrie , nommée Sieliar.

(Jesa, IV, s.)

I.€s voie, de la grâce dans ia conversion des pécheurs ne sont pes toujours les mêmes, mes Frères. Tantth c’esl un rayon vif et perçant , qui , sorti du sein du Père des lumières, ëciaire, frappe, " abat, emporte le cœur : tantèl c’esl une clarté plus tempérée , qui a ses progrès et ses succes~

rtlTAINB. 5.’i.-î

I sitms , tpii semWe dispttler qnett|iie temps tle la victoire avec les nuages qn'elle vent dissiper, et qui ne prciiil enfin le tles.stis qu’après qtte mille alternatives ont fait dotiter à qui des deux demeiireroil riiouneur dtt combat. C’est qtielquefois un Uieti fort , qui d’itn seul cotip renverse les cèdres I dtt I.iten ; qttelqticfois, c’esl tin Dieu patient, qui ' lutte avec un simple fils d’Abrahara , et lui laisse faire assez long-temps un triste essai de scs farces, ou pour tnietix dire tle sa foililesse.

Sotisdescotiduitessidifférenles, vous êtes pour- I tant lonjours le mètne, à mon Dieu! Quoique vous noits laissiez toujours entre les mains de ttotre conseil , partout vous agissez comme le maître des I cœtirs : et si les doutes et les délais d’un apdtre j rendirent autrefois plus de gloire à la vérité de votre ! résurrection , que la prompte soumission des autres disciples , on petit dire que les résistances et les o])posilions d’une femme de S.imarie font presque plus éclater aiijotird’btii la ptiiisance de votre I grâce, qtte les soudaines conversions des pécheres.ses et des Safil. Du moins, mes Frères, lorsque le Seigneur triomphe d’un cœur sans coiu- Iratlre, il semble qu’il ne triomphe que pour luimème : ec sont des protliges ) cl il vent seulement qu’on admire sa piiissanee, et l’empire qu’il a sur nos cœurs. Mais lorsque la conversion d'une ame criminelle est le friiit des efforts réitérés tle sa grâce , c’est ponr nous alors qu’il triomphe : ce sont des lei.-ons ; et son dessein est de nous faire sentir qu’il ne fait rien en nous sans nous ; et que la grâce ne lut ramènera jamais notre cœur, si notre cœur ne se donne Itii-inème. En effet, pourquoi celui qui n’eut Itesoin que il'une |>arole pour enlever le fils de '/èbéticc à leurs filets, Levi à son Imreaii , Zadiée à ses injustices , laénageroil il si long-temps atijotird’litii les passions et les préjugés d’une femme étrangère, s’il n’avoit voulu nous tracer, dans les défaites et les résistances dont elle nse avant que de se rendre, l’image de celles que nous opposons tous les jours ù sa grâce ?

Or, je remarque trois excuses principales qui lui servent comme de rempart contre lotîtes les instances niisériconlieuscs de Jésiis-Cbrist.

L’excuse de l'état. Elle est femme samaritaine ; et par là elle se défend tl’accorder au Sauveur ce i|ue sa bonté demande d’elle : OiiiimodO biberg à me foseis, t/uœ sum millier siimarilana? ( JOAN. , IV, 9. )

L’excuse de la ililficiilté. Le puits est profond , et on n’a pas de iiuoi puiser l’eau : Piileus olliis est . neqttc in quo liaurias babes. { Ibid. , f I . )

Enfin , l’excuse de la variété des opinions et des doctrines, qui lui persuade qii’élant douteux s’il

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hui ailorer à Ji^rnsaleni ou à Garizim , rlle peut se dispenser de croire cet dlrsiiper qui lui parie , et demeurer dans l’rial dcplorahle où elle se Irotive : Piitrts iiosiri iii monte hoc ndororeruNt, et ros dictiii quia Jerosolymis est locus uhi adorare oporlel. ( JoAiS., iv, 20. )

Or, dans les excuses qu'oppose cette femme aux instances de Jésus-Christ, recoimoissons, dit saint Augustin, celles que nous op|iosons tous les jours à sa grâce : Audiamus ergt lu VU nos, et in VU aguotcamus nos.

L’excuse de l'étal. On trouve, dans l’état où la Providence nous a (ait naître, des prétextes pour autoriser nue vie toute momlaine.

L’excuse de la difliculté. Ou en trouve dans l'idée impialicable qu'on se forme de la vertu.

EnQu, l'excuse de la variété des npüiions et des doctrines sur les règles des msurs. On trouve dans ces incertitudes et ces contradictions prétendues des motifs de sécurité qui nous calment snr nos transgressions les plus manifestes. Confondons ces t|v)is excuses , en vous exposant riiisloire île notre Evangile. C'est ce que je me propose après, avoir imploré , etc.

yére, Jlfaria.

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