‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 165 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Tout est mystère et instruction , dit saint Augustin, dans la conduite du Saiiveor envers la femme de Samarie, et dans les oppositions que celte femme semble mettre à toutes les miséricordes du Sauveur sur elle. En effet , d'un côté Jésus-Christ voulant, ce semble, ménager la fùiblesse et les passions de cette pièheresse , ne l’attaque pas d’abord à découvert. R s'accommode à ses préjugés pour les mieux conibailre ; il parle le langage de ses erreurs, pour avoir occasion d’insinuer la vérité : il dissiimile quelque temps ses mUères , pour la préparer^ les mieux conttollre;et, de peur que son ctettr ne se révolte cmilre la main t|ui va la guérir, il use de précautions, et lui cache, pour aitisi dire , lottt l'appareil et toute la rigueur des rettièiles : Paulolim iniral in cor.

Mais , d'un autre côté , cette pécheresse en garde , ce semble , contre toutes les avances miséricordieuses de Jésus-Chrisl, n’oppose à la bonté et à la sagesse de ses prccattlions que des évasions et des artifices ; et, aussi ingénieuse à échapper à la grâce , que la graiè |iai'olt attentive à la pottrsui vre , elle n’oublie rien ott pour colorer ses refus , ott pottr différer le motnent de sa délivrance.

La première excuse qu’elle oppose è Jésus- Christ est celle que noos avons appelée l.'exctise

de l’état. Elle se persttatle qu’étant femme samari- Utitie, il n’a pas droit d'exiger d’elle les oflices qtt’il en exige : ynoinodô bihere à me poscis, qua sum mulier somarilana ! et que l'tt.sage a de tout letttps ittterdil à Sattiarie , et (jite cet iticonnti semble vouloir aujourd'hui lui prescrire ; lYon enim coutuntsr Judœi Samarilanis.

Or, voilà la première excuse qu’on nous oppose tous les jours pottr jusliPter des mtritrs profanes et toutes mondaines. Lorsque nous vous pi oposons le modèle d’tttte conduite chrétienne; que nousvoulotts eitireprendte de réduire tttt jeu outré et éternel à un honnête déla.ssement, de liatmirles spectacles, d’occuper la mollesse et l'oi-ivelé, de ramener à la nioileslie le faste et l'indécence des usages , d'interdire certains plaisirs , de corriger certains abits; de conseiller l'usage de la prière, l'amour de la rriraite, les lectures saintes, le travail des mains , les o'uvres de miséricorde , la fréquentation des sacrements , les soins domestiques, les prières communes, en ttn mot tout le détail des mœurs chrétiennes : vous lions répondez que cette grande exaclilude ne saiiroit convenir à des personnes attachées comme vous à la cour, et engagées dans le monde ; Quomodù bibereàme poscis, qntc sum mulier somarilana ? que nous eonfondans vos obligations avec celles des cloîtres et des déserts; et qu’il n’est pas possible d’allier la vie que nous conseillons, avec les mœurs que l’usage prescrit : jVoii eiiiin rouluntur Judœi Samaritaiiis, On se plaint que nous condamnons le monde sans le connoltre; que l’idée que nous donnons de la vertu, est une siugularilé ridicule; qu'il faut que chacun se sauve en vivant conformément à son état ; et qu’il sentit peu raisonnable d’exiger de ceux qui ont à vivre à la cour et au milieu du monde , tout ce qu’on pourroit exiger de nousmêmes.

Mais, mes Frères, premièrement, la religion ne distingue que deux sortes de devoirs. Les uns suivent l'état , il est vrai, et ne conviennent qu'à ceux qui l’ont embrassé. Ainsi les devoirs du prince, du .sujet, de l'homme public, du père de famille, du ministre appliqué à l'autel saint, sont différents. Lesaulressont inséparaliles du baptême, et communs à tous ceux qui qnt été régénérés en Jésus-Christ sans distinction de Juif et de gentil, de prince et de sujet, de courtisan et de solitaire. Ce principe supposé , je vous demande , mes Frères , pour être du monde ou de la cour, en êtes-vous moins chrétiens ? y a-t-il une autre espérance, un autre Évangile, un autre baptême pour vous, que pour ceitx qui habitent les déserta? en êtes-vous moins membres de Jésns-Cbrist , dis-

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