DEUXIÈME PARTIE
U n’est presque point de pécheur, quelque déplorée que soit sa vie, qui ne compte sur une con version à venir, comme sur une ilcmarche aisée et facile , et qui là-dcssus ne se caUue et uc vive
Ir.inqiiillc dans ses crimes ; il n’en est aucun, qui, lorsqti'ii s’agit enfin de se convertir, ne regarde celte entreprise comme un ouvrage impossible, cl qui là dessus ne rende el ne perde courage. Or, voici le nouvrau prétexte ipie la femme de Samarie oppose aux nouvelles instances de la grâce. Elle se ligure des difliruliés insurmontables dans les promes.ses de .lésus-Christ : I.i profuiuleur da puits , le diTüul de moyens pour y atteindre, tout la conduit à se persuader que le bienfait dont on la. Dalle est une chimère : Putrus a/tus est, itequr in qiio hoi^rias liahes.
El voilà, mes Frères, l’excuse qu’on oppose encore tous les joiiin aux mouvements secrets de la grâce qui nous sollicitent à un cltangemenl de v ie : le défaut de moyen, timpn.ssibilité de l'enlr* pri^e. En (H'cinif’r lieu , una des abîmes sur la conscience ; depiii.ssi long-temps on vil dans la dissolution, sans foi, '•ans culte, sans sacrements; cuminenl se résoudre à éclaircir ce chaos, et à creuser dans ces fatales proroiideiirs? Pideus abus est. D’ailleurs on est d’un caractère si fragile ; on a porté en naissant des inclinations si vives (wiur le plaisir; on ne paroil pas né pour la dévotion; comment changer detem|Kiramenl, el se refundre tout entier? Pvteu« àltus est. Enfin la vie chrétienne , telle que nous la dépeignons , est une entreprise qui fait peur : le moyen de se condamner à la retraite; passer les jours à la prière, à la lecture , aux œuvres de miséricorde; mortifier ses sens , se disputer tout ce qui fait ;daisir, rompre avec tout runivers? Heureux ceux qui en ont la force! mais ü n’est pas donnéà tout le monde de l'avoir: Puteusattusest.
Mais revenons sur tou.s ces prétextes. Premièrement, vous avez des abîmes sur la conscience; vous ne savez par où vous y prendre |)our commencer. Mais n’est-ce pas cet état déplorable lui-même qui devroii vous porter à tout enirepremlre? Quoi! la connoissaiice que vous avez de nos maux, vous éloigne du remède? vous regardez votre délivrance ounine une peine? «uns ressemblez à un esclave ()ui refii'eroii sa liberté, parce qti’d gt'miroit sou.s un ancien esclavage, el sons le |ioid.s d’une inlinité declinîm s. Mais vous esi-il moins |Kmihlede|ioiter ce fardeau d’iniquité sur votre ra*nr?sonrrrcz-vous moins en cachant vo.s plaies, <pie si vous les alliez découvrir au médecin chanUhIe <{ui les guérit et qui les purifie? Que vous pro()ose-l-on de si liinîcile ? d'eelaii cir une conscience dont vous ne pouvez plus calmer les remords ; d’en faire sortir des ser()enls qui vous déchirent; de vous ouvrir à un mini>iie de Jésu.K-Chtisl , qui mêlera ses larmes aux vôtres; qui sera plu-s touché de vos mallicur , I (juc bcauUalisc de vos foible&scs; qui ranimera vo-
DiQitizcdT'y CtOO^Ic
LA ütAMARlTAlM;;.
tre espcn-ani^, en Tons rertisani avec bonté, qu’il y a des péclieiirs plii» coupables que vous , dont la gi a;% a fait de grands Saints ; qui vous aidera, par ses prières et ses gémiascnienls, à sortir de l’état déplorable où vous êtes; qui vous consolera dans votre douleur ; qui vous soutiendra dans votre foiblesse ; qui vous rassurera dans votre confusiou ; et qui sera moins le juge de votre coascicnce, que l’ami de votre advei>ité , et le cnnGdent charitable de vos peines. Alt ! vous n’aurez pas plus tél ouvert ce cœur que vous ne pouvez plus porter, que vous sentirez la joie et la sérénité renaître au dedans de vous : ce glaive, qui vous perce, arraché ; ce poids, qui vous accable , tombé : ce ver, qui vous ronge , evpiré; ces pensées sombres , qui vous noin i^sent l’esprit, disparoltront ; vous liénirez cent fuir le moment heureux qui vous a vu prendre une résolution si nécessaire â votre salut, et au rqios même de votre vie. Toute la dinieulté que je trouve ici est de vivre dans la situation où vous êtes ; de vous di fendre, et contre la voix du ciel qui vous appelle, et contre la voix de votre conscience qui vous condamne; de vous supporter vous inêiiie ennemi de Dieu dc|uiis que vous avez pu le coonoltre ; éloigné des sacrements, des consolations de la grâce, vivant seul avec vous-même, c’est-à-dire, avec votre conscience et vus crimes : voilà la peine. La conversion qu’on vous prapose n’eu est que l’adoucissement, et le plus assuré remède.
Mais en second lieu , vous ne paroissez point né pour la piété , dites-vous ; vous ne vous gagnerez jamais sur certains points, par où cependaut i| Taudroit commencer; toutes vos inclinations se trouvent justement l’autre extrémité de ce tpt’on appelle vertu et dévotion : Pufeus allas est. Mais premièrement , quand il devroit vous en coûter un peu pins qu’à un autre, n’avez-vous pas plusqu'un autre de crimes et de voluptés à réparer? D’ailleurs, l’éternité ne mérite-t-elle pas que vous vous Fassiez quelque violence ? ne vous en êtes-vous jamais feil pour le monde ? ces penchants que vous nous donnez pour si invincibles, ne les avez-vous |ias mille fois surmontés par des motiFs de fortune, de gloire, de bienséance? ce malheureux tempérament que vous nous alléguez si souvent , ne vous trouvezvous pas tous les jours dans des situations où il faut le gêner, le contraindre? Et qu’est la vie du momie, et de la cour surtout, qu’une éternelle contrainte; une gêne qui ne Huit point ; une suite d'occiqiatiuns opiiosees à vos pendiaiiLs; une scène où il faut toujours jouer le personnage d'un autre? Ah ! ce II’ est pas à vous surtout qui habitez les palais des rois, à venir nims alléguer des inclinations désaccoutumées de tout joug, et qui, par un long
mage d’indépendance, ne sanroient pins se contrainüre ; vous avez appris à prendre sur vousmême, et à saeriHer tous les jours vos penchants à des intérêts plus forts : depuis que vous avez des passions , il a presque toujours fallu , ou les surmouler , ou les coiilrefaire; flatter ceux que vous méprivez; caresser ceux que vous haïssez ; ramper devant ceux auxquels votre orgueil est inconsolable d'être forcé de céder; laisser le plaisir pour le devoir : ail ! le monde vous a instruit pour la vertu ; et les contraintes de la cour et des passions, vous ont dis|iosé plus que vous ne croyez à celles de l’Évangile.
Que dirai-je encore ? peut-être vous en aiiroit-ü plus coûté de vous vaincre dans une grande jeunesse : les passions alors plus vives, les réflexions moins sérieuses et moins tristes, les plaisirs plus séduisants par leur nouveauté, laissoimt peut-être alors à votre Foiblesse moins de liberté de s’en défendre : mais à l’heure qu’il est, que, lassé par votre propre expérience, vous en avez conna le vide et l’amertume ; à l’heure qu’il est , que l’àge, les emplois, les bienséances luêine du monde, exigent de vous des mœurs plus sérieuses et plus réglées ; à l’heure qu’il est , que des dégoûts , des contre-temps , l’epreuve ndlle Fois faite de la légèreté , de la fausseté , de la perfidie même des créaturrs, vous ont appris ce qu’il falloit attendre des passions et des engagements profanes; à l’heure qu’il est, que, moins propre au monde, il commence à se refroidir à votre égard , et à vous avertir qu’il est temps de vous faire d'autres plaisirs et d’autres occupations que les siennes; à l’heure qu’il est, que vous ne traînez plus au milieu decesamiisemeuts, qu’une conscience inquiète, qu’un ennui mortel que rien ne sauroit plus égayer, parce qu’il prend sa source dans la tristesse et la maladie de votre ame, que Dien seul peut soulager ; ah ! il vous en coûtera moins que vous ne croyez de vous passer du monde , de l’oublier , de le mépriser ; vous portez déjà an dedatis de vous 1rs semences de ces heureuses dispositions ; vous ne l’aimez déjà (dns par rai.son, par dégoût, par l’inconstance toute seule du cœur ; que sera-ce quand la grâce aidera ces préparations de la nature, que vous le haïrez par un principe de fui et de piété, et que la lumière du ciel vous en aura découvert toute la coiriiplion, tous les périls , tout le néant et toute la misère ?
Enflii, ne seiulile-t-il pas que vous ne devez compter que sur vous-même? J’avoue que sj l'ouvrage de la coiivensiuii éioit l’ouvrage de l’Iioninie seul , vous devriez en dé.sespércr : mais ignorezvous que ce qui n’est pas possible à riiuniiue sein, l’est i l’homme aidé de Dieu; que rien n’est dif-
rm vK.M)iîKï)i i)i: la t
ticile à la p-ace ; que les ctrurs les plus fra^les et les plus corrompus sont ceux queU|uerois où elle opère de plus grandes clioses ; et que rextrêmité de nos misères est souvent la plus favorable disposition à l’excès de ses mise ricordes ? Ilèlas ! la \téclieressc de la cité étoit fragile, enivrée du monde, pleine de passions, et iiO{)aroissoit pas née pour la vertu; cependant ful-il jamais «ramour plus vif pour Jésus-Clirisl, de pénitence plus prompte, plus fervente , plus durable que la sienne? Augustin cloit foiblc;lu}las! scs désirs, ses rechutes, ses perplexités , ses agitations, ses efforts impuissants pour s’arracher à sa txxie, et le poids fatal <|ui l’y milrainoit à l’instant , yit-on jamais tant de foible&se ? et cepeuüant l’Eglise a-t-elle vu de conversion plus glorieuse à la grâce de Jésus-Christ? Et, pour ne pas sortir de notre Evangile, la femme de Samarie étoit foible; la multitude de ses mariages n’avoit pu la ramener à des mœurs plus régulières, et son mauvais caractère l’eniportuil toujours : cependant le Sauveur ne IriunipliM-il |tas aujourd’hui de toute sa faiblesse ? Ah! c'est que la grâce cliange les Inclinations, corrige le tempérament , forme un nouveau cœur, renouvelle tout rboinme : c’est que les vases de boue , cuire les mains de l’Ouvrier tout puissant, deviennent bientàt des vases d’élite, plus solides que l’airain, plus brillants que la lumière , plus purs que le métal le pins précieux : c’est , en un mot, r|ue la grâce est plus forte que la nature.
Mais en dernier lieu, les rigueurs d’une vie clirétienne vous épouvantent : car vous ne vous llattez point, dites-vous; si vous preniez le parti de la vertu , vous ne voudriez pas le prendre à demi, comme tant d’autres : si vous vous déclariez une fois , vous voudriez que ce fût tout de bon , sans ménagement et sans réserve ; mais c’est cela même qui fait peur. Aussi on ne sait, ajoutez-vous, comment les choses iront après celte vie^ mais l’Evangile exactement accompli ne semble pas fait pour des liommes aussi foibles que nous le sommes : Pu- Uus altus est, neque in quo haurias habes.
A cela , on n’a qu’à vous ré;xindre d’abord : Si vous croyez que l’Évangile e>l nue loi donnée de Dieu , vous devez supposer qu’elle |M»rte les caractères divins de son législateur ; (|ue c’est une loi sage, équiinble, modérée, conforme à nos l)eloins, proportionnée à notre foiblessc, utile à nos misères; que c’est un remède, et non pas un piège ; le secours , et non le désespoir de noire infirmité. Le Seigneur n’est pas un tyran bizarre, qui ne fasse des lois que {wur trouver, ilans l’impossibilité de les observer, des prétextes de nous perdre : c’est un père miséricordieux, qui ne
IIOLSIKML SEMAIAE.
pense qu’à faciliter à ses enfants les voies delà vie éternelle : c’est un maître généreux, qui, dans les ordres mêmes qu’il nous prescrit , a bien plusd’égard à nos intéKU , qu’à sa propre gloire. Quelle idée vous faites-vous donc de sa loi sainte ? c’est une loi raisonnable, consolante, seule capable de remédier à vos peines , et d'établir une paix solide dans notre cœur. Et quel autre intérêt, que le nôtre, auroit pu porter le Seigneur à donner une loi aux hommes? A-t-il besoin de nos hommages ? lui rcvienl-il quelque chose de nos vertus? sa félicité est-elle intéressée à notre fidélité ? est-ce une gloire à lui, de s’assujétir les hommes par des lois capricieuses , où l’on puisse dire qu'il ne cherche que l’honneur de se faire obéir, et de dominer sur les consciences par les terreon et les menaces dont il accompagne ses préceptes ? 11 n’a donc clrercbé que notre intérêt et notre consolation , en noos prescrivant les ordonnances admirables de sa loi sainte. En ne donnant point de loi aux hommes, et nous laissant vivre au gré de nos passions, il eût nourri parmi les hommes la source de tous les (roubles, l’origine de tous les malheurs : il eût fait de la société une confusion affreuse, sans liens, sans règle , sans équité , sans dépendance; oii les seules passions , qui arment les hommes les uns contre les autres, lesauroient liés ensemble; où nos seuls désirs aiiroient décidé de nos droits. En mettant des bornes à nos penchants , il en a donc mis à nos peines : en nous marquant nos devoirs , il nous a donc montré nos remèdes ; en ne nous laissant point à nous-mêmes et entre les mains de nos passions, il nous a donc empêchés d’êire nos propres tyrans : en nous assujétissant à sa loi , il n’a pas voulu tyranniser notre cœur , mais en fixer les inquiétudes.
Mais tel esU’artiüce du démon, dit saint Augustin : à la naissance de la foi U Udtoit de renverser l’œuvre de Dieu, et d’anéantir l’Évangile, en rendant Jésus-Christ méprisable. Qui adorezvous ? disoii-il aux chrétiens par la bouche des sages du paganisme ; un Juif? un mort ? un crucifié? un homme de néant , et qui n’a pu se délivrer luimême de h mort? Auieà quid dicebat? quem colitis? Jud(vum? mortuum? erudfixum? nullius momeuti homincm,qui non poiuilàse morfem de~ pelkre ? Quand il a vu que ce moyen étoit inulilei continue ce Père; que ces blasphèmes n’élolent plus écoutes qu’avec horreur; que les peuples en fouie coiiroieiit adorer ce crucifié; que, malgré fa puissance des Césars , la fureur des tyrans , la sagesse des pbilosoiilies, l'ancienne prescription de ridolUrie, soutenue de la majesté des lois de l’empire, de la crédulité de tous les siècles, et de la
LA vSAMARITAlNE. 561
magnificence dea sopersUtions, lea temples profanes étoient détruits, les idoles renversées, la tblie de la croix trioropliante de tout Tunivers : et qu*un si grand événeiiient, si fevorable tout seul à la cause des chrétiens , si marqué par des caractères de divinité , si au-dessus de la possibflité de toutes les entreprises humaines; ayant encore pour lui raccomplissement des prophéties, ne laissoit plus rien à dire contre la vérité de l’Évangile : il s’est tourné d’un autre côté; il n’a plus osé traiter la doctrine de Jésus-Christ de Cable et d’imposture; il est convenu de sa sainteté, de sa sublimité, de la perfection de ses maximes. La loi chrétienne , a-t-il dit par la bouche des mondains, est une loi admirable , sainte, divine; il faut en convenir ; rien de â beau et de si élevé que les préceptes de Jésus-Christ: mais qui les pratique ? mats comment les observer ? mais cette grande perfection est-elle possible en cette vie ? mais la foiblesse humaine peut-elle aller jusque là? mais s’il y a eu autrefois d€« hommes qui aient suivi à la lettre tout ce que l’Evangile prescrit, sans doute ils étoienl faits autrement que noos le sommes ? Cæpit à fide aifo modo drterrere. Magna lex est christia)ia: patent lex ilia, diritia, ineffabUis : sed quia illam (mplet ? Les blasphèmes de l’impiété sont tombés d’eux-mémes; ceux de l’impossibilité trouvent encore aujourd’hui des partisans et des apologistes au milieu d’un monde profane , et qui se glorifie do nom chrétien.
D’ailleurs , ce qu’il y a d’injuste dans les préjugés que l’on se forme contre la possibilité de la vie chrétienne , c’est que ceux qui s’en plaignent n’en ont jamais fait l’épreuve : ils adoptent làdessus an langage qu’ils ont trouvé établi dans le monde ; et, sans connoitre de la piété que le senli • ment de la corruption qui les en éloigne, ils prononcent que les maximes de Jésus-Christ ne sont paspossiÛes, parce qu’ils le souhaitent. Mais nous aurions droit de vous dire : Essayez de la vertu , avant de vous en plaindre. Si vous aviez , selon la parole de l’Évan^tte, commencé l’édifice , et que vous n’ensdez pu l’achever ; quoique le mauvais succès de renlreprise dfit être attribué à votre imprudence , selon Jésos-Cbrist , et au défaut de prccautlMis , néanmotns vous pourriez nous dire que l’entreprise passe vos forces. Mais vous n’avez jamais fait de démarche sincère de salut ; vous avez jusqu’ici mené une vie sensuelle , dissipée, pleine de passions et d’inutilités; pourquoi décidez-vous donc sur ce que vous ne sauriez connoltre? Prononcez , à la bonne heure , sur la vie du monde, sur le vide et l’amertume de ses plaisirs , sur rüvjoiélude et les fureurs de ses revers et de
ses injustices , sur les agitations et le tourment de ses errances, sur la perfidie et l’incoastance de ses amitiés et de ses promesses; vous le |K)iivez ; vous êtes là-dessus, à la cour sur-loul plus que partout ailleurs, juges légitimes : décriez, exagérez les difficultés , les peines , les dégoûLs de la vie du mcmde et de 1a cour ; ou vous le pennet , et votre propre expérience vous en a assez instruits pour nous l’apprendre : mais pour la vie ciirétienne, ce n’est pas à vous à parler de ses rigueurs et de ses ennuis ; c’est un point <pie l’expérience seule peut décider : essayez-en premicTement ; rompez avec le monde; finissez vos passions; commencez à vivre dans l’éternité : vous nous direz alors si le joug de Jésus-Clirisl est aussi accablant qu’on se le figure, si le vice est plus aimable que la vertu ; nous vous écouterons alors : mettez-vous seulement en état de décider : voilà tout ce que nous demandons : peut-être céderez-vous d’abord à la difficulté ; et alors vous nous reprocherez l’ostentation de nos promesses : peut-être aussi vous en coAtera-t-il moins que vous ne croyez ; et si cela est , n’étes- vous pas à plaindre , de rehiser à votre .salut des efforts aussi légers que ceux qu’on TOUS demande?
Lorsque les Israélites , sur le point d’entrer dans la terre deChanaan, parurent rebutés des difficultés de l’entreprise; et que, refusant d’avancer, ils ne cessoienl de dire que ces villes éloieiil imprenables, ces peuples invincibles, et que cette teire étoit toute couverte de monstres et de géants, qui dévorolentsesbabllaiits : ^equanuàmad hune ;>opulum vafemus asceudere, quia fortior nobis est ; terra dévorai habitatores suas. (Num., xiii, 32, 33.) Josué et Caleb, qui venoieni de visiter cette terreheureuse,etquienconnois.soienllesdouceurs, les agréments et l’abondance, leur parlèrent de la sorte : Enfants d’Esraél, venez voir vous-mêmes cette terre délicieuse que le Seigneur vous propose, et qui doit être votre possession étemelle : vous verrez que le lait et le miel y coulent de toutes parts : vous dévorerez ces (teuples terribles, qui alarment tant votre foiblesse, comme on dévore le pain qui sert tous les jours de nourritureà rhumme; vous y trouverez le terme de vos travaux , le délassement de vos fatigues, la consolation de vos peines , le repos que vous cherchez en vain depuis tant d’années , et enfin des douceurs que vous n’avez jamais godtées, ni dans la ser>*itu<le de l’I'^ypte, ni dans les voies arides et pénibles du désert : nous l’avons nous-mêmes parcounie ; et noas ne venons ici au pied du laliernacle saint, et devant toute l’assemblée d’Israël, être que pour les témoins de la vérité , el les garants des promesses que le Sei-
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Ifneur a faitrs à nos jmVcs : Terra qvam rJrrutritnu5 6oira «'(fret trndel Dominus futmum
lact et n e If a xiv»7,8.)
Kl voilà, incîil'rrfes, ceqiie nottsp<mrnon.svong dire ici, i>nu< qui. (wir les Miia;C4 lueiiK d'mi ('(al saint , HUI long iis^^e du de Jésii>>Chrisl, devons (‘OMiioüre quelles en >uiil les dmioeurs et les (^Kisolations ; et qui du moins pouvons rendre lémoi^naue à la vérité de i)ieii, et à la g:loire de sa gi-ace. Pi<u-quoi vous lals>er-vous decouragrr jwr des difliciilios que vous n'avez |>as encoi*e éprouvées? Venez voir vons«mémes ce qui se passe dans celle terre lieureuse où vous vous fif^urez desdiflimités si insurmonialiles. Loin d’y trouver creg moiistresqiii vous épouvantent, et (|iie retreur de votre irna:;inati(>n s’y (i^iire; d'y trouver cet ennuis, ces dé;;oil(s, ces horreurs que voiiscraitmez (aol H ipii vous arréient ; vous verrez que le lait et le miel y coulent en ;dw>ndance; vous y trouverez des sources de coiLsolailous solides : le refios <|oe vous clieiHi y. depuis si lon?-lemps, la paix du cœur , que le momie H les passions ne donneni pas, ei (pie vous n’avez |>as encore trouvée ; toutes les ressources delà (?race, dont vous avez clé jiis(|u’ici privés. Nous en avons nou«-mêmes fait une heureuse exfM^rii nce, et nous ne paroissons ùd devant l'autel saint et dans rassemlilee des lid'^les, que pour rendre témoignage auv miséricordes du Seigneur sur les aines qui revienitenl à lui par une sincère p<^mlerice: Terra qvam rirevirimus valdè bond est: et iradet Doniinushumum tarte et melle mauuiilrin.
Oui, mes Frères, si vous connoissîez le don de Dieu , comme le dit atijounriiui le Sauveur à la femme de Samarie : Si srires donum Dei: si vous pouviez romjirciidrequellt* joie la grâce répand sur les devoirs les plus rigoureux de la vie clin-tienne, et quelles sont lescousolalionN secrètes qui accompagnent les Sfjcïîfic'^ les plus pénible» qu’on fait à D eu : Si srires ; si l’on p uivoil vous faire sentir d’avance combien It** lnunmes, les plaiors, les preienlions, les e'.pérances, et (ont cet amas de vanité e de ruinée, devient |>eii de chose h une ame tou liée de Dieu : Si sciies : si vous pouviez comparer le< int|oié(udesqui vous dédiirent , les diffî- Cidtes qui iraverset.l vr« passions, à la (ranqiilllilediHii vous jouiriez dans la vertu, et aux facilités que la y ménage à notre foiblessej en im mot, l’eau du puits de Jact>b, ligure des plaisirs du momie , à l’eau que le i^auveur promet i la femme de .Samni ie , image des douceurs de la vertu : Si scires : si vos yeux piHivoient s’iMivrir, et coumdire quel don Dieu fait à une amo , lorsqu’il la délivre de ses passions ^ et qu’il met en leur
place , dans son cœur, la paix , la charité , la fnslice : Si Mcires donum Dei , ah ! sans doute , loin de différer encore , vous n’auricz pas assez de tout votre cœur pour demander ce don céleste; pas assez de larmes pour pleurer les jours et les années que vous en avez clé privé. La source de nos craintes est dans notre cœur ; et la venu n’est appréhendée, que parce qu’elle n’est pas connue.
Mais tout le monde n’en parle pas comme vous, dit -on; et ce que nous semblons faire si aisé, d’autres le font hieti difficile. Dernière excuse (pie la femme de Samarie oppose aux instances de Jésus- Christ , U variété des opinions et des doctrines : Pâlies rioslri tu moute hoc adoraeerMut : et vos diritis <fuia Jerosolymis est hnts ti6t adorart oportet. Ce devoil être ici ma dernière partie ; mais j’abrège.
Kn effet , Jésus-Christ ivoit conduit insensibletnetil celle pécheresse au point essentiel de sa conversion; à cette paibdon honteuse, qui seule s’oppnsoii à la grâce dans son cœur : U lui a>-oit découvert tout le secret criminel de sa dissolution et de sa con uite; elle ne pouvuilphis dissimuler des égarements dont elle voyoit le Sauveur trop iustiiiil : le Irotihle, la lionle, les remords commencent à naître dans son ame : maïs ce n’éloient li que de fuibles commencements; le cœur n’éloit point encore rendu. Je vois 6ien que vous êtes un prophète. ( Jkan, iv, i9, } lui dit-elle; voilà tout le fruit qu’elle semble retirer de la vérité qui la condamne. Semblable à la plupart de ces âmes mondaines , lesquelles au sortir d’un discours on le zèle du ministre aura développé toute la honte de leurs foiblesses les plus secrètes, et tracé la peinture de leur cœur comme si elles-mêmes l’avoient instniilde tout ce qui s’y pa«se, seconieatent de dire que c’est un propliète : Video quia propheta es tu : qn’on se reconnob soi-même à tout ce qu'il dit ; qu’on diroit qu'il voit dans les C(rur5 et dans les pins secrets penchant-^ de ceux qui récmiienl r mais voilà tout. On lui donne des louanges qu’il méprise , et dont il gémit devant Dieu : et on ne se corrrfge pnini ; ce qui seroil sa gloire, sa consolation et sa couronne.
iVo* pfres , con imie la [lécheresse , oaf «doré aurreife moalngue; et vous dites que Jérusalem est le lieu oti i/ /’aul adorer. Nouvel artifice dont elle s’avise. Pour détourner la question de ses mœurs, qui lui déplail et qui l’embarrasse, elle se jette habilement sur une question de doctrine : les conlesialioas entre Jérusalem et Oarizim , sur la vérité de leur culte et sur la sainteté de lenr temple, ii'avoient pas fini depuis «pie le (nillre et l’ambitieux Nanassès avoit élevé l’autel sacrilège
LA SAMARITAtNE.
sur la montagne de Samarie; et chacun soutenant la gloire de sa maison et la majesté de ses sacrilices , ils s’accusnient muluelicnient , comme il ar> rive presque toujours, de superstition et d'idolâtrie.
Or, voilà ce qui donne lieu à la réponse de la femme de Samarie: il semble qiiVlle veut, par cette variété d'opinions et de d«»ctrines, Jusiiller ses (lésoidrts ; et que rinceriitude où elle prétend qu'on est sur le lieu et sur les règles du vériial)le culte, sunil pour autoriser sa tranquillité dans l’état déplorable où elle se trouve. Aiad c’est comme si elle répondoit à Jésus-Christ : Mais, Seigneur, à quoi s’en tenir? Vous Juifs, vous prétendez qu’il faut adorer à Jérusalem , et n’avoir point de commerce avec Samarie : nos pères ont toujours adoré sur celte montagne ; ils nous ont permis ce que vous contlamnez. Pour qui se déclarer, dans cette diversité deseiilinienis? Convenez premièrement des devoirs que le Seigneur exige de nous , du temple et de l’autel qu’il a choisis; et après cela j’écouterai vos iiislruclioiis, et je pourrai m’en tenir à la sagesse de vos conseils et de vos maxime^.
El voilà te (H'élexle dont on se sert encore tons les jours dans le monde pour s’étourdir sur les vérités les plus terribles du salut, ta variété des opinions sur les règles des mœurs. On ne sait à qui en croire , nous dit on tous les jours ; les uns vous damnent , les autres vous sauvent; ici on vaus piisse certains |ioints , ailleurs on 1rs condamne ; ici vous observez la loi en l’adoucissant , ailleurs vous ne radoucissez qu’en la Iransgressaiil; ici ou a des raisons pour défendre, ailleurs on croit en avoir pour permettre; en im mot, ici vous êtes un saint, ici vous n’avez pas encore commencé à être chrétien. El là-dessus, d mon Dieu! le pécheur insensé coucliit qu’il n'a qu'à vivre tranquille dans ses égarements; que l’Evangile ne renferme que des opinions et des problèmes; que chacun le tounie selon les préventions de son propre esprit; cl qu’au fond il n'y a rien de trop assuré dans tout ce que nous leur disons de votre loi sainte.
Mais, sans ap|K>rler ici tout ce qui pourroit confondre un prétexte si injurieux à la vérité et à la piété chrétienne, souffrez que je me c«inlenie de vous demander : Me tient-il qu’à runifurniilé des sentiments, qtie vous sortiez de vos passiun> honteuses? est-ce à vous à venir nous alléguer la variété des opinions et des doct i iiu s sur les règles des mœurs? Des âmes religiei^es, tiinorées, cminlives, pourroient nous op;»oserces perplexités et ces incerltliules : comme elles ne croient jamais marcher par un chemin assez sAr; que leurs devoirs paroissent souvent mcüai{)aiibles avec leur sllnà-
lion , et que la décision n'en est pas toujours facile ; il se peut faire qu’elles trouvent quelquefois dans le sanctuaire , ici une indulgence <}ui les rassure, ailleurs une sévérité qui les alarme; H qti'«lles demeurent incertaines de la route ipi’il foidioil tenir. Mais pour vous, avez-vousjaiirats trouvé une grande variété de seittimenis sur le deregleineiit de vos mœurs, et sur l’imiignité de vos isissioiis ? nos décisions sont-elles fort differentes sm la houle de votre état? n'avez vous [sis ouï partout là-dessus les iiièiiies oracle.s, que les fiiriiicateiirs, les adultères, les imptidiiiues, les adorateurs d’idoles ne posséderont pas le royaume de Dieu ? Cette unifnrmilé d'opinions vous ramêue-l-elle à la vérité que vous ne sauriez vous dissimuler à vous-iuèrne? Ce|iendanl c’est vous seul <jiii vous plaignez «lu’on ne sait à quoi s’en tenir; car c’est le monde le plus déréglé qui tient ce langage , et vous êtes le seul que tout se réunit pour condamner.
Vous imitez la femme de Samarie. Iln'étoil pas question pour elle de savoir s'il falloit adorer à Jérusalem ou à Gariziin, pnis<|ue le temps doit venu, comme lui réjKmd Jésus-Ciitisl, que ce ne seroil ni à Gariziin, ni à Jérusalem, mais par lonte la terre, que son Père aur«»il des adorateurs en espiit et en vérité : ce différend ne la regardoit pas, pour ainsi dire; ce |K>iut pouvoiléireUmiieux pour elle, et on ne lui faisuit {sis encore un ci ime de l'ignorer. Mais le dérèglement de sa conduite et de ses commerces criminels doit clair |H)ur elle; il n'y avoii là-dessus, ni à Jérusalem, ni à Garizim même, aucune loi qui piU l’auluriser : elle coniioissoil sur ce point ses obligations, et on deiiiandoil qu'elle les miipiil. Mais, au lieu de commencer par le devoir qui eluil clair, et qui la regardoit toute seule, elle va chercher des prétextes dans une variété de sentimenls qui ne la regardoit plus. Gjimiidict z par retrancher de vos mœurs tout ce que vous y connoissez <le visihlemcnt ('ontraire à la loi de Dieu ; tout ce que ton.s les st-ntiroenlsel toutes les opinions il’iin rommiui accord y condamnent : aj»rès cela v«his aurez droit de vous plaindre de nos oonientioii' prétendues; après cela , vous nous reprocherez . tant qti‘it vous plaira, la différence des deci.simis et des ctmdtiites. De quoi vous avisez-vous de nous rep- ocln r qu’on n« sait, pour ainsi diie, où il faut ailorer, ni à qui s’adresser pour marcher sûrement, d connnlire ce que Dieu ilemamle de nous? N'ous n’en êtes |ias encore là; ce doute est trop pieux et tnqi elevé pour vous : hn.ssez là des dissensions qui vous sont inutiles, d renoïK'ez à des désordres <pii non-seulement n’ont pour eux aiirnn suffrage, mai> que vous ue pouvez plus vous justincr à vous-même t
VKNDREÜi 1>E LA TKOISIKME SEMAIM:.
en un mol , soyez adorateur en esprit et en vérité , comme le dit aujourd’hui Jéstis-Christà ta femme de Samarie ; alors toutes les contentions humaines vous deviendront îialifTérentes, vous trouverez Dieu partout , parce ({ue vous ne clierclierez que i)ieii partout : la variété des décisions vous fera seulement déplorer la triste destinée de ta vérité, toujours exposée ici-bas à la contradiction ; c’e>t-à-dire, ou à la sévérité indiscrète, ou à rindul^ence excessive des hommes ; vous en gémirez devant le Seigneur; vous lui demanderez qu’il manifeste sa vérité à la terre; qu’il rt'pande un esprit de paix et de sagesse sur ceux à qui la foi, rinslrucMion et la doctrine sont conüées; qu’il pacifie, qu’il réunisse, qu’il protège son Eglise : qif il lui suscite des pasteurs fidèles pour la gouverner; des docteurs éclairés jwiir finstriiire; des prêtres siinis et zélés pour l'édilier; des princes rvligicnx pour la dt feiulre : que dis-je ? (|u*il prolonge les jours du prince glorieux qui en l>annit les scandales, qui en calme les dissensions , qui les prévient même par sa prudence, qui en répare h*s ruines , qui en soutient la gloire et la majesté, qui en fait la gloire Itii-mème ; et qu’il donne à nos ne\cux des rois qui l’imitent, puisqu’ils ne seront pas assez heureux pour en avoir qui lui resseinhlent.
Voilà les dispositions que la raison et la religion demanderoient de vous t mais sur l'afTaire du salut, on ne se pique pas de prudence; on ne sait ce qu’on ad»re , comme le reproche Jésiis-Chrisl à la femme de Samarie : f^os adoi alis qtiod iiescitU : (JoAN., IV, 22) : on veut retenir le fond de la religion de ses pères, comme les Samaritams ; on veut y mêler comme eux des usages profanes, et favorables aux passions. On sent bien que la conscience ne ratifie pas ce mélange , et qu’on n’est pas d’accord avec soi-méme ; mais, pour se calmer, on suppose que nniis-mèmes ne le sommes pas entre nous : on se fait de nos dissensions prétendues , une raison irLsensée de paix et de sécurité : on est bien aise (pie la vérité soit contestée, embrouillée, obscurcie, pour pouvoir se persuader presque qu'elle n’est plus; et nous sommes contents de nous-mêmes, quand nous avons pu ajouter à nos crimes le malheur d’y être plus tranquilles.
Telle éloil la disposition (le la femme de Samarie : ne pouvant plus se défendre, ni contre les instances du Sauveur, ni contre les remords de sa propre conscience; frappée de scs égaremenlspassés, aliirt^ par les consolations qu’on lui promet daits des mœurs nmivelles , elle voudroil encore renvoyer si conversion à un temps plus favorable : Quand le Me«sir sera tenu, répond-elle à Jésus-
Christ, il nous miiioHfera touie f/iose(jKAN, tv, 25. ) A'oilà tout le fniit qu’elle parolt tirer des paroles de Jésus-Christ ; un vain projet d’un changement ù venir, un espoir frivole, qu’un temps enfin viendra où elle renoncera tout de bon à ses dérèglements : et c’est là que se termine d’ordinaire tout le fruit de nos instructions. Nous exciloas les consciences, nous ne les changeons pas : nous inspirons des désirs, nous ne persuadons pas les cpiivres : nous entendons lieaucoup de projets , nous ne voyons pres<iue jamais de démarche. Mais le Sauveur ne permet pas à celte pécheresse de s’abuser sur un point si dangereux : C’est moimétne qui vous parle, lui dit-il; n'aticndez point d’autre prophète; voici celui que le Ciel vous envoie , pour vous retirer de v»>s voies égarées ; ne renvoyez pas à un autre temps : si je sors des frontières de Samarie ; si vous laissez pt>rdre ce moment heureux; si je m’éloigne de votre cœur, vous périssez sans ressource ; Ijgo sam qui foquor fenim. (Ibid., iv, 26.) El voilà ce qu’il vous dit ici en secret à vous seul, mon cher Auditeur : Voici enfin le don de Dieu, l’heure de votre salut, le moment de ma miséricorde ; n’en attendezpoüit d’autre; il y a si long-temps que vous différez, que vous vous trompez vous-inèine par des retardements et des projets inutiles de conversion ; à mesure que vos années avancent, v(^ desseins de changements reculent et s’éloignent de vous. Vous comptiez que l’âge vous fcroil revenir; et l’àge, en changeant tout le reste , n’a pas changé votre CŒur : vous vous promettiez (|u’une situation plus tranquille vous laisseront plus de loisir de penser^ à votre salut ; le loisir est venu, et la volonté de me servir est à venir encore : vous vous disiez à vous-même, que certains engagements rompus, que certaines bienséances finies, vous mettriez tout de bon ordre à votre conscience : ces engagements ne sont plus, ces bienséances ont fini, et vos passions sont encore les mêmes. Ah ! jusques à (]uand serez-vous le jouet de vos vaines espérances? Ne rendez pas Inutile ma grâce, qui aujourd’hui x'ous trouble et vous rappelle : n’csi ce pas dija une faveur bien signalée , que je vienne vous chercher jusque dans une terre infidèle ; que je vienne vous inspirer des désirs de cxmversion jusque dans le palais des rois, dans le rentre des plaisirs et des passions humaines? Si vous cxtnnüissiez le don de Dieu; si vous faisiez attention que, dans le temps même que des ténèbres profondes sont répandues sur tout ce qui vous environne, et que mon nom est à peine connu de ceux avec qui vous vivez, vous seule êtes recherchée, éclairée, touchée; ah ! loin de différer encore , vous regarderiez ce moment
SUR I.’AIIMONE.
coiDme le moment dii isif de votre dterniié; c'està-dire, ou le comble de mes miséricordes éternelles sur votre ame , ou le terme fatal de ma boulé et de ma patience.
Grand Dieu! dissipez donc, comme la poussière, les vains obstacles que j'oppose encore à votre grâce ; soutenez mes farces cliancelanles , et mes résolutions tant de fois infidèles ; ne permettez plus que ma foiUesse triomphe de votre puissance : ne combattez plus avec moi que pour vaincre ; et reprenez vous-mème un cœur que j'ai bien pu vous ravir tout seul, mais que je ne saurois plus tout seul vous rendre; afin que, redevenu la conquête de votre grâce, je puisse bénir mon libérateur dans tous les siècles. dinsi soit-if.
SERMON
POUR I.F. QU.VTRlèUE DIM.SISCHE DG CARÊME.