SUR L’AU.MONE
j4cfepit ergà Jftus et cùm grattas egiiset , dis-
Unhult discumbrntibus.
J6«u« prit tes pains : et .lyant remlu grâces , il les diilribaa ans dîKlples, et les disciples à ceux qui étoieot assis.
(JtAN, SI. H.)
Ce n’est pas sans mystère, que Jésus-Christ as- .socie aiijmird’hiii les disciples au prodige de la multiplication des pains, et qu’il se sert de leur ministère pour distribuer la nourriture miraculeuse à un peuple pressé de faim et de misère. Il ponvoit sans doute encore faire pleuvoir la manne dans le désert, et épargner à ses disciples le soin d'une si pénible distribution.
Mais ne pouvoit-il pas aussi , après avoir ressuscité Lazare, ne point employer leur secours pour le délier ? sa voix tonte puissante , qui venoit de briser les chaînes de la mort, auroil-elle trouvé quelque résistance dans de foibles liens que la main de l’Iiammc avoit formés ? c’est qu’il vouloit leur tracer par avance, dans celte fonction, l'exercice sacré de leur ministère ; la part qu’ils alloient avoir désormais à la ré.surrection spirituelle des pécheurs; et que tout ce qu’ils délieroient sur la terre serait délié dans le ciel.
Il pouvoit encore, lorsqu’il fut question de payer le tribut à César, se passer des filets de Pierre, pour chercher une pièce d’argent dans les entrailles d’un poisson ; lui qui des pierres mêmes , pouvoit susciter des enfants d’ Abraham, aurait pu , A plus forte raison, les changer en un métal précieux, et y trouver le prix du tribut dit à César : mais en la personne du chef de l’Eglise, il vouloit instruire tous ses ministres à respecter ceux qui portent le
glaive ; et à donner , en reudani l’Iiouneiir cl le tribut aux puissances établies de Dieu , un exemple de soumission an reste des fidèles.
Ainsi, en se servant au jourd'hui de l’entremise des apôtres, pour distribuer aux troupes le pain miraculeux, son dessein est d’accoutumer tous ses disciples à la miséricorde et à la libéralité envers les malheureux : il vous établit les ministres de sa providence, et ne multiplie les biens de la terre entre vos mains , qn’alin que de là ils se répandent sur cette multitude d’infortunés qui vous environne.
H pourrait, sans doute, les nourrir lui-même, comme il nourrit autrefois les Paul et les Éliedans le désert : il pourrait , .sans votre entremise, soulager des créatures qui portent son image ; lui dont la main invisible prépare la nourriture aux petits corbeaux mêmes , qui l’invoquent tlans leur délaissement : mais il vent vous associer au mérite de sa libéralité ; il veut que vous soyez placés entre lui et les pauvres, comme des nuées fécondes, toujours prêtes à répandre sur eux les rxKées bienfaisantes que vous n’avez reçues que pour eux.
Tel est l’ordre de sa providence : il falloit mén.ager à totis les hommes des moyens de .salut : les richesses corroinproient le cœur , si la charité n’en exploit les abus; Tindigence lasscroit la vertu, si les secours de la miséricorde n’en adoucissaient l’amertume ; les pauvres facilitent aux riches le pardon de leurs plaisirs ; les riches animent les pauvres à ne pas perdre le mérite de leurs souffrances.
Appliquez-vous donc, qui que vous soyez, à tonte la suite de cet Evangile. Si vous gémissez sous le joug de l’indigence, la tendresse et l’attention de Jésus-Christ sur les be.soins d’un peuple errant et dépourvu vous consoleront : si vous êtes né dans l'opulence , l’exemple des disciples va vous instruire. Vous y verrez, en premier lieu, les prétextes qu’on oppose an devoir de l’aumône , confondus : vous y apprendrez, en second lieu, quelles doivent en être les règles. C’est-à-dire, que, dans la première partie de ce discours , nous établirons ce devoir contre toutes les vaines excuses de la cnpidité ; dans la seconde , nous vous instruirons sur la manière de l’accomplir, contre les défauts même de la charité : c’est l’instruction la plus naturelle que nous présente l’histoire de notre Evangile. Implorons le secours de l’Esprit saint par l’entremise de Marie. Ave , JUaria.
On ne met guère en question, dans le monde, si la loi de Dieu nous fait no précepte de l’aumône :
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rÉ'aiiîile eM si prcnrs sur cc devoir ; l’e'pril file fcmd (le In leli^'ioii y foiidoisciU si naltirellciiieiil; la seule idee qoe nous avons de la Piovideoee , dans la dispensai ion deselinscs temporelles, laisse si pen de lieu sur ce pointé l'oplni in et au doute, que, quoique pinsifnrs ignorent toute l’etenduede cette olili-Mtion, il n’est personne néanmoins qui ne convienne du fond et de la règle.
Qui l'ignore en effet, que le Seigneur, dont la providence a réglé tontes choses ave.c un ordre si adniirable , et préparé leur nourriture mime aux aniniaus , n'auroil pas voulu laisser des hommes cré(S é .son image , en proie à la faim et à l'indigence, tandis qu’il répandroil é pleines mains, sur nu petit nomhre d’heureux , la rosée du ciel et la graisse de la terre; s’il n'avoit prétendu que l’ab iiidance des uns siippléél à la nécessité de» aiiiicsi’
Qui l’ignore , que tous les biens appartenoienl origioairement é tons les hommes en coinniun; que la simple nature ne connoissoit, ni de propriété , ni de partage ; et qu’elle laissoit d’abord chacun de nous en possession de tout l’univers? mais que (lOur mettre des liornes é la cupidité, et éviter les dissensions et les troubles, le commun consentement des peiqiles étalrlit que les plus sages, les plus miséricordieux, les plus intègres, seroient aussi les plus opulents; qu’outre la portion du bien que b luliire leur deslinnil, ils se cbai'geroient encore de celle des plus foihles , pour en êire les déposiiaires, et leidefendre contré les ii.snrpaiiuns et les violences ; de sorte qu’ils furent établis [lar la nature même, comme les tuteurs des nialheoreox; et cpie ce qu’ils eurent de trop ne fut plus <pie l’hériiage de leurs (réres, coiilié é leurs soins et à leur équité?
Qui l'ignore enfin, que les liens de la religion ont encoi e resserré ces premiers luriids que la nature avoii formés parmi les hommes; que la grâce de Jésus-Christ, qui enfanta les premiers lidèles, non-seulement n’en Tu qu’un cccurel ipi’une aiiie, mais encore qq’iine famille, d’où tome |iroprielé fut haimie; et que l’Évangile, nous tiisant une loi d’aimer nos frères comme nous-mêmes, ne nous permet plus, ou d’ignorer leurs besoins, oo d'étre iosensililes à leurs peines?
Mais il en est du devoir de l’atiméne, comme de tous les autres devoirs de la lui : en général , eu idée on n'ose en eootredire l’oliligatian ; la circoostaoce de raecomplir est-elle arrivée? on ne niampie jamais de prétexte, ou pour s’en dispenser tout-à fait, ou pour ne s’en acquitter qu’l demi. Or, il semble que l’Ë-prU de Dieu a viHilu nous niacquer tous oes prétexiea tktia le» répoiwn
que font les disciples à Jésus-Christ , pour s’excoser de secourir celte miiliilude affamee qui l’avoit suivi au désert.
En premier lieu , ils le font .sauvenir qu'l peine ont ils de quoi fournir 1 leurs propres besoins , et qu’il ne leur re-le que cinq pains d’orge et deux poi'Sons : puer unii* fcir, qui habet quhique
panes horttpaceox et duos pisres, ( Joan., vi, 9. )
Et voili le premier prétexte que la cupidité oppose au devoir de la miséricorde. A peine a-t-on lé nécessaire ; on a un nom et un rang ù soutenir dans le monde, des enfants 1 établir, des créanciers 1 satisfaire, des fonds 1 dégager, des diarges publiques 1 supporter, mille frais de pore bienséance auxquels il faut founiir : or, qu’est-ce qu’un revenu qui n’est pas infini , pour des dépenses de tant de sortes ? Sfd hae quid inter taatos ? ( Ibid. ) Ainsi parle tous les jours le monde, et le monde le plus brillant et le plus somptueux.
Or, mes Frères, je sais que les bornes du nécessaire ne sont pas les mêmes pour tous les étals; qu’elles augmentent à proportion du rang et de la naissance; qu’une étoile, comme parle l'Apdlre, doit différer en clarté d’une autre étoile; que même, dès les siècles apostoliques, on voyoit dans rassemblée des fidèles des hommes revêtus d'une robe de disiinclion , et portant au doigt un aiinean d’or, tandis que les autres, d’une condition plus obscure, se conteiiioient de simples vêtements pour couvrir leur nudité; qii’ainsi la religion ne CoiiRmd pas les états; et que si elle défend 1 ceux qui liabitent les palais des rois, la mollesse des mœurs et le Casie indécent des vêtements , elle ne leur ordonne pas aussi la pauvreté et la simplicité de ceux qui vivent au fond des champs , et de la plus ultscure populace . je le sais.
Mais, nies Fières, c’est une vérité incontestable , que ce qu’il y a de superflu dans vos biens ne vous appartient pas ; que c’est la portion des pauvres ; et que vous ne devez compter 1 vous de vos revenus, que ce qui est nécessaire pour soutenir l'état où la Providence vous a fait naître. Je vous demande donc, est-ce l'Évangile nu la cupidité , qui doit régler ce néces.saiie? Oseriez-vous prétendre que toutes les vanités dont l’usage vous fait une loi , vous fussent comptées devant Dieu comme des dépenses inséparables de votre condition ? prétendre que tout ce qui vous flatte , vous accommode , nourrit votre orgueil , satisfait vos caprices , corrompt votre cœur , vous soit pour cela nécessaire? prétendre que tout ce que vous sacri- Gez 1 la fortune d’un enfant pour l'élever plus haut que ses ancêtres; tout ce que vous ris(|uez 1
onjen excessif; que ce luxe, ou qui ne convient