‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 170 sur 348 · QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME

repas, ni dans la majtnilieence des édifices, ni dans la fureur du jeu et renlèlement des plaisirs, mais seulement dans votre intiumaiiilé envers les pau> Très ; mais que tout au dehors , les spectacles, lei assemblées profanes , lés njouissances publiques , que tout aille même train, tandis qoe la charité seule se refroidira ; mais que le luxe croisse même de joar en Jour, et que la miséricorde seule diminue ; mais que le monde et le démon ne perdent rien au mallieur des temps , tandis que Jésus- Christ tout seul en souffre dans ses membres affligés; mais que le riche, i couvert de son opulence, ne voie que de loin les effets de la colère du ciel, tandis que le pauvre et l'innocent en deviendront la triste victime ; grand Dieu ! vous ne voudriez donc frapper que les malheureux en répandant des fléaux sur la terre? votre unique dessein seroit donc d’achever d’tetaser ces infortunés sur qui votre main s'étoit déjà fort appesantie, en les faisant naître daiu l’indigence et dans la misère? lespnissantsde l’Cgjpte seroient donc épargnés par l’ange exterminateur, tandis que toute votre fureur viendroit fondre sur risraéUte affligé, sur son toit pauvre et dépourvu, et marqué même du sang de l’Agneau? Oui, mes Frères, les calamités publiques ne sont destinées qu’é punir les riches et les puissants ; et ce sont les riclies et les paissants tout seuls qui n’en souffrent rien : au contraire, en multipliant les malheureux, elles leur fournissent un nouveau prétexte de se dispenser du devoir de la miséricorde.

Dernière excuse des disciples, fondée sur le grand nombre de personnes qui ont suivi le Sauveur au dé.sert ; Ce peuple est en si grand nombre, disent-ils , que quand nous aclièlerions pour deux cents deniers de pain, cela ne sufflroil pas. Dernier prétexte qu’on oppase au devoir de l’aumône ; la multitude des pauvres. Oui, mes Frères, ce qui devrait ranimer la charité , l’éteint : la multitude des malheureux vous endurcit i leurs misères : plus le devoir augmente, plus vous vous en croyez dégagés; et vous devenez cruels, pour avoir trop d'occasions d'être charitables.

Mais en premier lieu, d'où vient , je vous prie, cette multitude de pauvres dont vous vous plaignez? Je sais que le malheur des temps peut en augmenter le nombre ; mais les guerres, les maladies populaires, les dérèglements des saisons que nous éprouvons, ont été de tous les siècles : les calamités que nous voyons ne sont pas nouvelles; nos pères les ont vues, et ils en ont vu même de plus tristes; des dissensions civiles , le père armé contre l'enfant, le frère contre le frère; les campagnes ravagées par leurs propres habi-

tants; le royaume en proie à des nations ennemies , personne en sûreté sous son propre toit : nous ne voyons ;ias ces malhetirs; mais ont-ils vit ce que nous voyons ? tant de misères publiques et cachées ? tant de bmilles déchues ? tant de citoyens autrefois distingués, aujourd'hui suris ponssièra, et confondus avec le plus vil peuple ? les arts devenus presque inutiles ? l’image de la bim et de la mort répandue sur les villes et sur les campagnes ? que dirai-je? tant de désordres secrets qui édalent tous les jours, qui sortent de leurs ténèbres, et oA précipitent le désespoir et l’affreuse nécessité ? D’on vient cela, mes Frères? n’est-ce pas d’un luxe qui engloutit tout, et qui éloit inconnu è nos pères? de vos dépenses qui ne connoissent plus de bornes, et qui entraînent nécessairement avec elles le refroidissemeni de la charité?

Ah ! l’Eglise naissante n’étoit-elle pas persécutée, désolée, affligée ? les malheurs de nos siècles approchent-ils de ceux-là ? on y soufiroit la proscription des biens , l’exil , la prison ; les charges les plus onéreuses de l’Etat tomboient sur ceux qu’on Boupçonnoit d’être chrétiens; en un mot, on ne vit jamais tant de calamités ; et cependant 8 n’y avoit point de pauvres parmi eux, dit saint Luc ; Ifee qvisquam egeni erat inter illos ( Acr., IV, 5i). Ah! c’est que des richesses de simplicité sortoient du fond de leur pauvreté même, selon l'expression de l’Apôtre; c’est qn’ils donnaient selon leurs forces , et au-delà ; c’est que des provinces les plus éloignées, par les soins des hommes apastoliques, couloient des fleuves de charité , qui venoient consoler les frères assemblés à Jérusalem, et plus exposés que les autres à la fureur de la synagogue.

Mais plus encore que tont cela : c’est que les plus puissants d’entre les premiers fidèles étoient ornés de modestie ; et que nos grands biens peuvent à peine suffire au faste monstruenx dont Fusage nous fait une loi ; c’est qoe leurs festins étoient des repas de sobriété et de cliarité; et que la sainte abstinence même qoe noos célébrans ne peut modérer parmi nous les profusions et les excès des tables et des repas: c’est que, n’ayant point ici-bas de cité permanente, ils ne s’épuisoient pas pour y faire des établissements brillants, pour illustrer leur nom, pour élever leur postérité, et emtoMir leur obscurité et leur roture; ils ne pensoient qu’è s’assurer une meilleore condition dans la patrie céleste; et qii’aujourd’hui nul n’est content de son état; cliacon vent monter plus liant que .ses ancêtres ; et que leur patrimoine n’est employé qu’à aciieter des titres et des dignités qui paissent Ihire oublier leur nom et ht bassesse de leur origine : en

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