‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 171 sur 348 · SUR L AUMONE · texte numérisé non relu

SUR L AUMONE

un mot, c’est que la dlminntiun de ces premiers lidéles, comme parle l’Apolic, faisoil loiile la richesse (le leurs frères afliigès , et (pie nos profusions funtatijourd'liiil toute letir misère et Iruriudigcnce. Ce sont nos e.scèa , mes Fières , et notre dureté qui multiplient le nombre des mallieureut : n’excusez donc plus li-dessus le défaut de vos aumônes; ce seroil faire de votre péché même votre excuse. Ah ! TOUS TOUS plaignez que les pauvres vous accablent ; mais c’est de quoi ils auraient lieu de se plaindre un jour eux-mêinea ; ne leur faites donc pas un crime de votre insensibilité , et ne leur reprocliez pas ce qu’ils tous reprocheront sans doute un jour devant le tribunal de Jésus'-Christ.

Si chacun de vous, selon l’avis de l’ApÔlre, mettait à part une certaine portion de ses biens pour la subsistance des malheureux ; si, dans la supputation de vos dépenses et de vos revenus, cet article étoit toujours le plus sacré et le plus inviolable ; eh ! nous verrions bientdl diminuer parmi nous le nombre des afliigés ; nous verrions bientôt renaître dans l’Eglise la paix , l’allégresse , riieureuse égalité des premiers chrétiens ; nous n’y verrions plus avec douleur cette monstrueuse disproportion , qui élève les uns , et les place sur le faite de la prospérité et de l’opulence , tandis que les autres rampent sur la terre , et gémissent dans l’ablme de l’indigence et de l’afOiction ; il n’y auroit parmi nous de malheureux que les impies , point (le misères secrètes que celles que le péché opère dans les âmes ; point de larmes que des larmes de pénitence; point de soupirs que pour le ciel; point de pauvres que ces heureux disciples de l’Evangile, qui renoncent à tout pour suivre leur maître; nos villes seraient le séjour de l’innocence et de la miséricorde ; la religion , un commerce de charité ; la terre , l’Image du ciel , où , dans différentes mesures de gloire , chacun est également heureux ; et les eimemis de la foi seroient encore forcés , comme autrefois, de rendre gloire à Dieu , et de convenir qu’il y a quelque chose de divin dans une religion qui peut unir les hommes d’une manière si nouvelle.

Mais ce qui bit ici la méprise , c’est rpie dan^ la pratique personne ne regarde l’aumône comme une des plus essentielles obligatiotis du christianisme; ainsi on n’a rien de réglé sur ce point ; si Ton fait quelque largesse , c’est toujonrs d’une façon arbitraire; et qnelque légère qu’elle puisse être, on est content de soi-mènie, comme si on venoit de faire une œuvre de surcroît.

Car d’ailleurs , mes F rères , quand vous prétendez excuser la nuxlicité de vos aumônes , en disant que le nombre des pauvres est infini; que croyez-

vous dire par-là ? vous dites que vos obligatious à leur égard sont devennes plus iudispensables; que votre miséricorde doit croître à inesilre que les misères croissent, et que vous contractez de nouvelles dettes, en même temps qu’il s’élève de nouveaux malheureux sur la terre. C’est alors, mes Frères, c’est dans ces calamités publiques que vous devez vous retrancher même sur des dépeuses, qui hors de là vous seraient permises et peut-être nécessaires : c’est alors que vous ne devez plus vous regardée que comme le premier pauvTe,et prendre comme une aumône, tout ce que vous prenez pour vous-même ; c’est alors que vous n’êtes plus ni grand , ni homme en place , ni citoyen distingué, ni femme de naissance; vous êtes simplement fidèle, membre de Jésus-Christ, frère d’un chrétien affligé.

Et certes, dites-moi : tandis que les villes et les campagnes .sont frappées de calamités; que des hommes créés à l’image de Dieu, et rachetés de tout son sang, broutent l’herbe comme des animaux, et, dans leur nécessité extrême, vont chercher à travers les cliamps une nourriture que la terre n’a |ias faite pour l'homme, et qui devieni pour eux une nourriture de mort; auriez-vous la force d’y être le seul heureux ■ ? Tandis que la bee de tout un royaume est changée, et que tout retentit de cris et de gémissements autour de votre demeure superhe ; pourriez-vous conserver au-dedans le même air de joie, de pompe, de sérénité, d’opulence? et où seroil l’humanité , la raison , la religion ? Dans une république païenne, on vous regarderait comme un mauvais citoyen ; dans une société de sages et de mondains , comme une ante vile, sordide, sans noblesse, sans générosité, sans élévation; et dans l’Eglise de Jësus-Clirist, sur quel pied voulez-vous qu’on vous regarde ? eh ! comme un monstre indigne du nom de clirétien que vous portez , de la foi dont vous vous glorifiez, des sacrements dont vous appradiez, de l’entrée même de nos temples où vous venez, puisque ce sont là les symboles sacrés de l’union qui doit être parmi les fidèles.

Cependant la main du Seigneur est étendue sur I nos peuples dans les villes et dans les campagnes;

I vous le savez , et vous vous en plaignez : le ciel est ; d’airain pour ce royaume affligé; la misère, la pau- ' vrelé, la désolation, la mort, marchent partout devant vous. Or, vous écliappe-I-il de ces excès de cliarité, devenus maintenant une loi de discrétion et de justice ? prcnez-vo.ossur vous-même une partie des calamités de vos frères ? vous voit-on aeule-

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menl toucher à vos ptdfu'^ioiis et à vos voliiplés, criminellps en (ouïe soi le «le tem(i>s , mais l>arli.<res et piini-ssables mOnie par les loi» des hommes en celui-ci? Que dirai-je? ne mettez-vous pas peutêtre à prolil les misères puldiques? ne faites-vous pas peut être de l’indiffence comme une occasion barlKire de jrain ? irachevez-vous pas peut-être de dé|>ouilIer les mallieureuv , en affectant «le leur tendre une main secmirablePeî ne savez-vous pas Tari inhumain d*apprècier les larmes et les mkressilés de vos frères ? Entrailles cruelles! dit TE^prit de Dieu, qnami vous serez rassasié, vous vous sentirez déchiré : votre félicité fera elle-même votre supplice; et le Seigneur fera pleuvoir sur vous sa fureur et sa guerre.

Mes Frères , que In pr«‘sence des pauvres devant le irihunal de Jésus-Cl»risl sera terrible jKiur la plupart des riches du monde ! que e^ accusateurs seront puissants, et (|ii’U vous restera peu de chose â ré|>undre, quand ils vous reprocheront qu’il fdlloil si ik u de secours pour soulager leur indigence; qu’un seul jour relranclié de vos pmfusioiis auroil sufTi |K>ur renumieraux besoins d'une de leurs années; «jue c’est leur propre bien que vous leur refusiez, puiMjiie ce que vous aviez de trop leur apparlenoit ; qu’ainsi vous avez clé nonseulement cruels, mai» encore injustes en le leur refusant ; inaîsenlin que votre dureté n’a servi qu'à exercer leur patience, et lesEendre plus «lignes de l’immortalité, tandis «{uc vous alors, dépouillés pour toujours de ces mêmes biens que vous n'avez pas voulu mettre en siirelé «lans le sein des pauvres, n’àurez plus pour parlageqiie la malédiction prépaa^ à ceux qui auront vu Jésiis-Clirlsi souffrant la faim , la .soif, la nudité dans scs membres, et qui ne l’auront pas soulagé : JVudus eram , et non eooperuisiis me. (Matth., xxv, A3.) Telle est l’illusion des prétextes dont on se sert pour se dispenser du devoir de l'aumône ; éinblissons maintenant tes règles qu’il faut ot>sei'ver en l'accomplissant : et , après avoir défendu celte obligation contre toutes les vaines excuses de la cupidité, (àdiuns de la sauver aussi des défauts luêine de la charité.

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