DEUXIÈME PARTIE
Ne point sonner de la trompette pour s’attirer les regards publics dans les otlices de miséricorde que nous rendons à nos frères ; observer l'ordre de la justice même dans la cliaiüc, et ne pas préférer des besouis étrangers à ceux dont nous sommes cliarge«; patolire touchés de rinforlune, et savoir consoler les [wiivres |>ar notre affabilité autant que par nosdons;cufin ectairer même, par notre vigilance, le secret de leur houle : voilà les règles que nous
prescrit aujourd'hui l’exemple du Sauveur dans la prathpiede la miséricorde.
Piemièn menl, il s*en alla dans un lieu désert
et écarté, dit l’Evangile; il monta sur une montagne, oiii il s’assit avec ses disciples. Son dessein , selon les saints iiiierprètes, éloit de dérober aux yeux des villes voUines le prodige de la mulliplication de» pain» ; et de n’avoir pour témoins de sa miséricorde, «|ue ceux qui dévoient en ressentir les effets. Première instruction, et première règle: le secret de la charité.
Oui, me» Frères, que de fruits de la miséricorde, le vent brûlant de l’orgueil et la vaine compl.iisaiice , tU trit tous les jours aux yeux de Dieu ! que d’aumônes |>erdues pour r(‘lernité! que de trésors qu’on croyoit en sûreté dans le sein des pauvres, et qui paroitrout un jour corrompus par le ^ er et par la rouille !
A la vérité, il est peu de ces hypocrisies grossières et déclarées, qui publient sur les toits le mérite de leurs œuvres saintes; l’orgueil est plus Itabiie, et ne se démasque jamais tout-à-fait : mal» qu'il est « ncore moins de vérilaNes zèles de chanté, «{iii chcrclienl, comme Jé«iis-Clirtst, les lieux solitaiies et écartés, pour y caclier leurs .«maintes profusions! On ne voit {>res(|ue que de ces zèles fastueux, qui n'ont des yeux que pour des misères I d’éclat , et (]ui veulent pieusement mettre le public I dans la cunlidence de leurs largesses : on prendra ^ bien qiiehiuefois des mesures pour iescacher; mai»
I on n'est [lasfàcbé qu’une indiscrétion les lralü.sse :
I on ne cherchera pas les regaids publics; niais un j sera ravi «lue les regards publics nous surprennent ;
I et l'on regarde pres«|iic comme perdue» les libéra- ! lités qui soûl ignorées.
llelas! nos temples et nos autels n’éloiént-ilspas de toutes paris avec leur» dons, les noms et les marques de leur» bienfaiteurs, c’est-à-dire, les mo- ' numeni» publics de la vanité de nos pères cl de I la nôtre? Si l'on ne vouloil que l’œil invisible du I Père celesle pour témoin , à quoi bon celte vaine J osleniaihm?Cruiguez-vüu»queleSeigneur n’oublie vos offrandes? Faui-U ([uc, du fond du sanctuaire I où nous i'ailoron», il ue puisse jeter ses regards I sans en reirouver le souvenir? Si vous ne vous proposez que de lui plaire , pourquoi exposer vos iarges-e» à d’autres yeux qu’aux siens? {Kuirquoi ses ministres eux mêmes, dans les foncUons les plus redoutable» du saa’rdocc, paroUronl-ils à ! l’autel , ou il» ne devroienl porter que les pécliés J du peuple, diargés et revêtus des marques de , vi.lre vanité ? pourquoi ces titres et ces inscription» qui iimnorlaltsciU sur des murs sacrés vos dons cl voire orgueil ? N’étoil-ce pas assez que
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ces dons fussent écrits de la main do Seigneur dans le livre de vie? pourquoi graver, snr le maibre qui périra, le mérite d’une action (|ue la charité avoit pu rendre immortelle ?
Ah! Salomon, a|très avoir élevé le temple le plus pompeux et le plus magniliqiie (|ni fiit jamais, n’y fil graver que le n'^m redoutalile du Seigneur, cl nVut garde de mêler les marques de la grandeur de sa race avec celles de la majesté éternelle du Roi des rois. On donne un nom de pUté A cet usage; on se persuade que ces monuments publics sollicitent les liliéralilcs «les fidèles. Mais le Seigneur a-t-il chargé voire vanité du sein d’attirer des largesses à ses autels? et vous a-t-il permis d’èlre moiits modestes, afin «{lie vos frères devinssent plus charitables? Ileias! les plus puiss^ints d’entre les premiers fidèles pnr- (oient simplement, comme les plus obscurs, leur patriiiioineaux pieds des apdires : ils vovoienl avec une sainte joie leurs noms et leurs biens confondus avec ceux de leurs frères qui avoient moins ofTert qu’eux : on ne les distinguoii pas alors dans l’assemblée des fidèles à proportion «le leurs largesses : les Ikonneurs et les prcséanccs n’y étoienl pas encore le prix des dons et des orfrandes; et l’on n’avoit gardede changer la récomjtense étemelle qu’un atlendoit du Seigneur, en celle gloire frivole, qn’on auroîl pu recevoir des hommes : et] aujourd'hui l'Kglisen'a [las assez de privilèges pour saihfaire la vanité de ses bienfaiteurs; leurs places y sont roanpn es dans le .sanctuaire; leurs tombeaux y paroissent jiiscpie sous l’autel, où ne devroieni reposer «pie les cendrcg des martyrs ; on leur rend même des linnneurs qui «ievroient être réservés h la gloire du sacerdoce; et s’ils ne (xirteiit pas la main à renceiiMur, ils veulent du moins partager avec le Seigneur l’encens qui brûle sur ses autels. L’usage autorise celabits, il est vrai ; mais l’usage ne Justifie jamais ce qu’il autorbe.
La charité , mes Frères, est cette bonne (Kleitr de Jésus-Christ qui s’évanouit et s'éteint du moment (pi’oii la découvre. Ce n’est pas qu'il faille s'abstenir des offices publics de miséricorde : nous (levous à nos frère» l’édification et l’exemple : il e.sl lK>n ipi'ils voient nos «envres, mais il ne faut (MS que nous le» voyions nons-nièmr's ; et notre gauche doit ignorer les dons que répand notre droite : les actions mêmes, que le devoir rend les pliKS éclatantes , doivent touj«mrs être secrètes dans la pré[>aration du cœur : nous devons entrer pour elles dans une manière de jaioti>ie contre les regards etrangers; ei ne croire leur iimi^nce en sûreté , que lorsqu’elles sont sous les yeux de
Dieu seul. Oui , mes Fj-ères, les aumônes , qui ont prcsijue toujours coulé en secret, arrivent bien pins puies dans le sein de Dieu même, que celles qui , exposées même malgré nous aux yeux des hommes , ont été roniine grossie» et troublées snr leur course par les complaisanct's inévitables de l’amotir-propre , et par les Imianges des s[>cclateurs ; semblables à ces fleuves <|iit ont presque toujours wiilé .sous la terre, et qui portent dans le .sein de la mer des eaux vives et pures; au lieu (jue ceux qui ont traverse à démiiverl les plaines et les campagnes, n’y portent d'ordinaire que des eaux botirlvcuses, rt entraineiU toujours apiès eux les débris, les cadavres, le limou qu’ils ont amassé sur leur route. Voilà donc la première règle de cbariié «jue nous prc-crit aujnuririiiii le Sauveur ; éviter le fa.ste cl l’ostentation dans le.s œuvres de miséricorde; ne vouloir y être remarqué, ni par le rang qii’on y lient, ni |iar la gbnre d’en être le principal auteur, ui par le bruit qu’elles j)euvent faire dans te momie ; et ne point perdre sur la terre ce que la charité n'avoit amassé que pour le ciel.
La seconde circonstance que je remarque dans notre Evangile , c’est (pie nul de toute cette imil- Utude qui s’offre à Jc^uis-Ciirist , ii’e.sl rejeté : tous iiidifTcremnifiit sont soulagés; et on ne lit j»3.s que le Sauveur ait u«* à leur egard de distinction et de préférence. Seconde ri gle ; la rharilé est univcrîdle : elle !»annil ces libéralité.^ de goût et de caprice, qui ne .semblent ouvrir le c(rur à certaines misères, (pie pour le fermer à tontes les autres. Vous trouvez des personnesdans le monde, qui, sous prétexte (ju’elle.s ont leurs aunu'ines règbVs et des lieux destinés pour les recevoir, sont insensililes à tons les nuire» besoins. En vain vous les avertiriez qu'nne famille va tomber faute d’un léger secours; qu’une jeune yiei sonne e>l sur le bord du précipice, si l’on ne se h.llc de lui tendre une main secourahie; qu'un établissement utile va manquer, s\ un renouvellement de cbariié ne le soutient : ce ne sont pa.s là des mbères de leur goût; et en plaçant ailleurs quel(|ues largesses, elles rroienl aclieler le droit de voir d’un œil sec , et d’un cœur indifférent, tontes le.s autres infortunes.
Je sais qne la charité a son or«hc cl sa me.snre ; qii'eilc doit user de discernement; f tipiela ju>ticc veut que certains be.soins soient préférés : mais je ne voiidrois pas cette charité méiliiidique , s'il est pcrmi.s de parler ainsi, qui sait précisément à <pioi s’en tenir; quia ses jours, ses lieux, ses [lersonnes, ses bornes; qui hors de là est barbare, et qui peut convenir avec cllc-tnème de n’êlre tou-
374 QCATiUtME DIMANCHE DE CARÊME.
ch^ qn*en certain temps, et à lYgard de certains besoins. Ah ! est-on ainsi maître de son cœur, quand on aime véritablement ses frères ? Peut-on à son gré se maMiuer à soi-iuème les moments d’ardeur et d’indifTérence ? cliariié, ce saint amour, estil si régulier quand il embrasse véritablement le cœur? n’a-t-il pas, si je l’ose dire, scs saillies et ses excès? et ne se trouve-t-il pas des occasions si toucliantes, où quand vous n’auriez qu’une étincelle de cliarité dans le cœur, elle sc fait sentir, et ouvre à l’instant vos entrailles et vos richesses à votre frère?
Je ne Toudrois pas cette cbarité durement circonspecte, qui n’a jamais assez examiné, et qui se déOe toujours de la vérité des besoius qu’on lui expose. Voyez si, dans celle mnltitude que Jésus- Christ rassasie aujourd’lmi, il s’atladie à discerner ceux que la paresse et l’espérance toute seule d’une nourriture corporelle , avoieiil pu attirer au désert, et qui auroient eu encore assez de force pour aller clierclier à manger dans les villes voisines : nul ii’est excepté de ses divins bienfaits. N’est-ce pas déjà une assez grande misère , que d’étre réduit à feindre même qn’on est malheureux? Ne vaut-il pas mieux encore donner à de faux besoins , que courir risque de refuser à des besoins vérilabk'S? Quand un imposteur séduiroit votre charité; qu’en seroil-il ? n’est-ce pas toujours Jésus-Christ qui la reçoit de votre main? et votre récompense est- elle attachée à l’abus qu’on peut faire de votre aumùne, ou à riutentioo ellemême qui l’offre?
De cette règle il en naît une troisième, marquée encore dans l’histoire de notre Évangile : c’est que non-seulement la cliarité doit être universelle , mais douce, affable, compatissante. Jésui-Cbrist voyant ce peuple errant et dépourvu au pied de 1a montagne, est louché de piété : tntse/his est eis ( Mattii., XIV, H.); ce spectacle l’attendrit; la misère de celle muUiUide réveille sa compassion et sa tendresse. Troisième règle : la douceur de la cliarité.
On accompagne souvent la miséricorde de tant de dureté envers les malheureux ; en leur lendaol une main seoourable, on leur montre un visage si dur et si sévère , qu’un simple refus eût été moins accablaut pour eux, qu’une charité si sèche et si farouche : car la piété qui paroit touchée de leurs maux , les console presque autant que la libéralité qui les soulage. On leur reproche leur force , leur paresse, leurs mœurs errantes et ^agabomles : on s’en prend à eux de leur indigence et de leiir misère ; et en les secourant , ou acliète le droit de les iosulter. Mais s'il cloit permis i ce maUiqureux
que vous outragez, de vous répondre; si l’abjection de son état n’avoit pas mis le frein de la honte et du respect sur ta langue : Que me reprochez-vous , vous diroil-il? Une vie oiseuse, et des mœurs inutiles et errantes? mais quels sont les soins qui vous occupent dans votre opulence? les soucis de l'ambition, les inquiétudes de la fortune, les mouvements des passions, les ralhnemeuts de la volupté : je puis être un serviteur inutile; mais n’éles-vous pas vous-méme un serviteur infidèle ? Ah ! si les plus coupables étoient les plus pauvres et les plus malheureux ici-bas , votre destinée auroil-elle quelque cliose au-dessus de 1a mienne ? vous me reprodiez des forces dont je ne me sers pas; mais quel usage faites-vous des vélres ? je ne devrois pas manger, parce que je ne travaille point; mais êtes-vous dispensé vous-méme de cette loi ? u’ètes-vous riclie que pour vivre une indigne mollesse? ah! le Seigneur juger^ Cotre vous et moi ; et devant son tribunal redoutable, on verra si vos voluptés et vos profusions vous étoient plus permises, que l’innocent artifice dont je me sers, pour trouver du soulagement à mes peines.
Oui, mes Frères, offrons du moins aux malbeureux des cœurs sensibles à leurs misères ; adonci&'ions du moins par notre huinanilc le joug de l’indigence, si la médiocrité de notre fortune ne nous permet pas d’en soulager toul-à*(ait nos frères. Hélas ! on danoe dans un spectacle profiuie» comme autrefois Aogusiio dans ses égarements , des larmes aux aventures chimériques d’un personnage de théâtre ; onpionore des malheurs feints, d’une véritable sensibilité; on sort d’une représentation, le cœur encore tout ému du récit de l’inlûrtune d’un héros fabuleux : et un membre de Jésus-Christ , et un héritier du ciel , et votre frère que vous rencontrez au sortir de U couvert de plaies , et qui veut vous entretenir de l'excès de ses peines , vous trouve insensible ? et vous dâournez vos yeux de ce spectacle de religion ? et vous ne daignez pas l’entendre ? et vous l’cluignez même rudement, et achevez de lui seiTer le cœur de tristesse? Ame inhumaine ! avez-vous donc laissé toute votre sensibilité sur un üiéâtre infâme? le spectacle de Jésus-Christ souffrant dans un de ses membres , n'offie-t-il rien qui soit digne de votre pitié ? et faut-U faire rerivre, pour vous toacher, l'ambîlioD , la vengeance , la volupté , et tontes les horreurs des siècles païens ?
Alais ce o’est pa.s encore assez d’offrir des cœurs sensibles aux misères qui s’offrent â nous; la charité va plus loin : elle n’atlciul pas que le hasard lui ménage des occasions de misérijCOfde ; elle sa
SUR L AÜMONfc.
les diercber et les préreoir elie*mteie. Dernière rè^ : la vigilance delà charité. Jésas*Christ D'alto pas qne ce peuple indigent s’adresse à lui, et vicsme lai eiposer ses besoins ; il les découvre le premier : Càm s^levasset oculos Jesut, ri ridisset; ( JoAit., VI , 5. ) à peine les a-t-il découverts, qu’il commence è cberdier avec Philippe les laoyei» d’y remédier. La charité qui n’est pas vigilaiile, inquiète sm* les oslimhés qu’elle ignore , ingénieuse à dé:»uvrir celles qui se cachent, qai a besoin d’être sollicitée , pressée , importunée , ne resscflibte point à la eliarité de Jésus-Christ : il Aiut veiller, et percer les ténèbres que la honte oppose à BU largesses : ce n’est pas id un simple conseil; c^ une suite du précepte de fanmône. Lee pasteurs , qui sont les pères des peuples, selon ht fw , sont obligés de veiller sur leurs besoins spirituels; et c’est là une des plus essentielles fonctions de leur ministère ; les riches et putssanis sont établis de Dieu les pères et les pasteurs des pauvres , srioo le corps ; ils doivent donc avoir les yeux ouverts sur leurs misères : si faute de veiller, elles leur échappent, ils sont coupables devant Dieu de toutes les suites qu’un secours offert à fM'opM auroit prévenues.
Ce n’est pas qu’on veuille exiger que voua découvriez tous les besoins secrets d’une ville; mais on exige des soins et des attentions : on exige que vous, qui, dans un quartier, tenez le premier rang, ou par vos biens, ou par votre naissance, ne soyez pas environné à votre insu de mille malheureux qui gémissent en secret , dont les yeux sont tous les jours blessés de la pompe de vos équipages; et qui , outre leur misère , souffrent encore , pour ainsi dire , de toute votre prospérité : on exige que vous , qui au milieti des plaisirs de la cour, ou de ht viHe , voyez eonler dans vos mains les fruits de la sueur et des travaux de tant d’tnfortnnés qui habiteot vos terres et vos campagnes ; on exige que vous cooneisstez ceux que les fatigues de l’âge et de leurs labeurs ont épuisés, et qui traînent au fond des champs les restes de leur caducité et de leur intUgence; ceux qu’une santé infirme rend tnliabiles au travail , la setde ressource de leur misère; ceux que leur sexe et l’âge exposent à la séduction, et dont vous pourriez préserver l’innocence. Voilà ce qu’on ex%e , et ee qu’on a droit d’exiger de VOUS; voilà les ptutvres dont Dieu vous a chargé, et dont vous lui répondrez ; les pauvres qu’il ne laisse sur la terre que pour vous, et auxquels .sa providence n’a assigné d'autres res.sources que vos biens et vos largesses.
Or, les connoissez-vous seulement ? chargezvous leurs pasteurs de vous les faire coonoltre ?
sont-ce là les soins qui vous occupent, quand vons paroUsez au milieu de vos terres et de vos possessions ? Ah ? c’est pour exiger de ces mallieureiix vos droits avec barbarie ; c’est pour arracher de leurs entrailles le prix innocent de leurs travaux, san.s avoir égard à leur misère, au mallieur des temps que vous nous alléguez , à leurs larmes souvent et à leur désespoir; que dirai-je? c’est peutêtre pour opprimer leur faiblesse, pour être leur tyran . et non pas leur seigneur et leur père. O Dieu ! ne maudissez-vous pas ces races cruelles , et ces richesses d’inhpiités ? ne leur imprinier-vous pas des caractères de malheur et de désolation , qui vont tarir la source des familles ; qui font séd)cr la racine d’une orgueilleuse postérité ; qui amènent les divisions domestiques , les dUgraces éclatantes, la décadence et rexlinciion entière des maisons? Hélas! on est surpris quelquefois de voir les fortunes les mieux établies s’écrouler tout d’un coup; ces nom.n antiques et autrefois si illustres, tombés dans l’obscurilé, ne traîner plus à nos yeux que les tristes débris de leur ancienne splendeur; et leurs terres devenues U possession da leurs concurrents ou de leurs esclaves. Ah ! si Ton poovoit suivre la trace de leurs malheurs; si leurs cendres , et les débris pompeux qui nous restent de leur gloire dans l’orgueil de leurs mausolées, poovoient parler : Voyez-vous , nous diroienl-ils, ces marques lugubres de notre grandeur? ce sont les larmes du pauvre que nous négligions, que nous opprimions, qui les ont minées peu à peu, et enfin entièrement renversées : leurs clameurs ont attiré sur DOS palais la foudre du ciel : le Seigneur a soufflé sur oes superbes édifices et sur notre fortune, et Pa dissipa comme de la poussière : que le nom des pauvres soit honorable à vos yeux, si vous voulez que vos noms ne périssent jamais de la mémoire des hommes : que la miséricorde soutienne vos maisons, si vous voulez que votre postérité ne soit point ensevelie sous leurs ruines; devenez sages à DOS dépens, et que nos malheurs, en vous instruisant de nos fautes , voas apprennent à les éviter.
Et voilà, mes Frères (potir en dire quelque chose av'ant de finir ), le premier avantage de l’aumône clirétienne : des bénédictions même temporelles. Le pain que Jésus-Christ bénit se multiplie entre les mains des disciples qui le distribuent ; cinq mille hommes en sont rassasiés, et douzeoorbeilles peuvent à peine contenir les restes qu’on enlève; c’est-à-dire, que les largesses de la charité sont des biens de bénédiciion , qui se multiplient à mesure qu’on les distribue, et qui portent avec eux dans nos maisons une source de bonheur
57Ü UÜAIKILMK DIMANCHE DE CAUKME.
et d’abondance , c’esl-i-dire , que c’esl ici ce levain de charité caché dans trois sacs de farine, qui étend, grossit, et augmente toute la f»âle. Oui, mes Frères, l’aumône est un gain, c’est une usure sainte , c’est un bien qui rapporte ici-bas même au centuple. Vous vous plaignez qucltiuefois du contre-temps de vos affaires ; rien ne vous réussit, les hommes vous trompent, vos concurrents ^ou9 supplantent, vas maîtres vous oublient , les éléments vous contrarient , les nicsun s les mieux concertées échouent : associez-vous les pauvres; partagez avec eux l’accroissement de votre fortune, augmentez vos lai^^esses à mesure que votre prospérité augmente, croissez pour eux comme pour vous ; alors le succè.s de ^ os entreprises sera l’affaire de Dieu même; vous aurez tn)uvé le secret de l’intéresser dan* votre fortune, et il préservera, que dis je? illnmira, il multipliera des biens où il verra mêlee la portion de ses membres afUigés.
C’est une vérité confirmée par rexpéricnce de tous les siècles : on voit tous les jours prospérer des familles charitables : une Providence attentive préside à leurs affaires : où les autres se ruinent, elles s'enrichissent : on les voit croître , et l’on ne voit pas le canal secret qui porte chez elles l’accroissement ; ce sont de ces toisons de Gédéon, toutes couvertes de la ros^^ du ciel , tandis que tout ce qui les environne n’est que stérilité et sécheresse. Vous-même qui m'écoutez, peut-être que les grands biens dont vous faites aujourd’hui un usage si peu chrétien; peut-être que les titres et les dignités, dont vous avez hérité en naissant , sont les fruits de la charité de vosancêin^s ; peutêtre vons recueillez les IxMK^liclions pi-omises à la misériconle, et vous moissonnez ce qu'ils ontsenH*; peut-être qne les lar:;esses de la charité ont jeté les premiers fundeineiits de votre grandeur 5eluii le monde, et roiimiencé votre généalogie; peutêtre c’est elles du moins qui ont fait pa'-.fer jn8<)u*à nous les litres de votre origine.
Car, je vous prie, mes Frères, (pii a conservé à la postérité la d&'cendancc de laot de noms illustres que nous respectons aujourd'hui, si ce n'est les lil)éralilés qne leurs ancêtres firent autrefois à nos églii*es ? C’est dans les actes de ces pieuses donations, dont nos tentples ont été de;iositaires, et que la reconnoLssaiice seule (le l'Eglise, cl non la vanité des fundaieurs a conservés , qu'on va cherrher tous les jours les plus anciens et les plus assurés monuments de leur antiquité : tous les antres litres ont |K*ri; tout ce que la vanité seule «voit élevé a pn Mjue tout été detrtiil ; les révolutions des lenqis et de» maisons ont aueanii ces annales domestiques, où étoit marquée la suite
de leurs aieux , et la gloire de lean atltaoces ; et vous avez permis, ô onm Dieu! que les monuments de la miséricorde subsistassent ; que ce que la charité avoil écrit ne fût jamais effacé, et que les largesses saintes fussent les seuls titres qui nous restent de leur ancienneté et de leur grandeur devant les hommes.
Tel est le premier avantage de la miséricorde. Je ne dis rien du plai^r même qu’on doit sentir à soulager ceux qui souffrent, à faire des heureux, à régner sur les ctpurs, à s’attirer l’innocent tribut de leurs acclamations et de leurs actions de grâces. Eh ! quand il ne nous reviendroit que le seul plaisir de n(»s largesses , ne seroienl-elles pas assez payées pour un bon cœur ? et qu’a de plus délicieux la majesté même du trône, que le pouvoir de faire des grâces ? les princes seroi«il-iU fort touchés de leur grandeur et de leur puissance, s’ils étoienl condamnés à en jouir tout seuls? Non, mes Frères; faites senir tant qu’il vous plaira vos biens à vos plaisirs, à vos profusions, à vos caprices, vous n’en ferez jamais d’usage, qui vous latsie une jute plus pure et plus digne du cœur, qu’en soulageant les malheureux.
Quoi (le plus doux en effet, que de |M>uvoir compter qu’il n’est pas un moment dans la Journée, où des aines afiligi^ ne lèvent pour nous les maimau ciel, et ne itéiiissenl le jour qui nous vil naître? Écoulez celle nmllilude que Jésus-Christ vient de rasÿa'ier; les airs retentissent de leurs bénédictions et de leurs actions de grâces; ils s’écrient ({lie c’est un prophète; ils veulent l’établir roi sur eux. Ah I si les hommes se donnoieiil des maîtres , ce ne seroient ni lis plus nobles, ni les plus valllanLs qu’ils choisiroient ; ce seroient les plus iiiÎMirhordiciix, les plus liumaiiis, les plus bienfaisants, les plus tendres; des maîtres qui fussent en inêmr temps leurs pères.
Enfin, je n’ajoute pas que l’aumône chrétienne aide à expier les crimes de l'abondance; et que c’est presque l’uniqtie voie de salut que la Providence vous ait mmagée. à vous qui êtes nés dans la {irospériié. Si l'aumône ne pouvoil pas servir é racheter nos offenses, nous nous en plaindrions , dit saint ChrysosU'mie; nous trouveriotLs mauvais (jue Dieu eiU ôté aux hommes im moyen si facile de salut : du inuins dii itiDs-noos : Si à force d’argent on jiouvoit se faire ouvrir les portes du ciel, et acIieU r de tout son bien la gloire des Saints, on seroil licureux. lié bien, mon Frère, continue saint Clirys‘>st(Jroe , profilez de ce privilège, puisqu'on vous racfonie; liàlez-vous , avant que vos richesses vous échappent, de les loetlreen dépôt dons le sein des pau>res , comme le prix du