‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 181 sur 348 · SU · texte numérisé non relu

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crédulité, et i\m en font une déplorable a'^tenlalion, il n’en est pas peut être tui mîuI sur le cn-ur duquel la fui ne conserve encore .ses droits , et qui ne craigne encore en secret le Dieu (ju’U fait semblant de ne vouloir pas coiinollre. Pour confondre nos prétendus incrédules , il n’est pas toujours nécessaire de les combattre ; souvent on ne combat que des fantômes : il faut seutenu nt les montrer tels qu’ils sont; l’affreuse décoration d’incrédulité dont ils SC parent, tombe bientôt; et il ne leur reste plus que leurs passions et leurs débauclKs.

Et voilà la première raison sur quoi j’ai élabU la ptopodiioii generale, que la plupart de ceux i]ui se vantent d’avoir lies doutes, ne doutent |niint en effet ; c’est que leurs doutes sont des doutes de dérèglement, et iK>n |)as d'inorédulUé. l^oiirquoi, me.i Frères? parce que c’est le dérèglement qui a foriné leurs doutes, et non pas leurs doutes le dérèglement ; parce qu’actuellemenl , c’est à leurs passions et non pas à leurs doutes qu'ils tieaneni; parce qu’enlin ils n’aitaquent d’ordinaire de la religion, (|uc les véritis incommode.'* aux passions. Voici des réllexions qui me paroU<;ent dignes de votre attcalion ; je vais vous les exposer sans ortiemeal, ctdtms le même ordre qu’elles se sont offertes à mon esprit.

Je dis eu premier lieu ; parce que c’est le dérèglement qui a formé leurs doutes, et non pas leur.>. doutes le dérèglement. Oui, mes Frères, on ii’:i |H)iiit encore vu de ces hommes, (|ui affectent de dire incréilulcs, cl tpü aient commencé par des doutes sur les vérités de la foi, et qui des doutes soient tornlHls dans la débauché : on commence pur les passions ; les doutes viennent ensuite : on s» laisse d’abord emporter aux égarements de l’ôge , et aux excès de la débauche ; et quand on y a fait un certain chemin , et qu’il ne paruit plus possible de retourner sur .ses pa.s , on se dit à soi-méme, pour se calmer, qu’il n’y a rien après cette vie ; on du nioin.s on est ravi de trouver des gens qui nous le disent. Ce n’esl donc pas le peu de certitude qu’on trouve dans la religion, qui fait conclure qu’il faut s’abandonner au plaisir, et qu’il est iuutile de se faire violence, pnlcque tout meurt avec nous ; c’est rabandonnemenlau plaisir qui jette dans rincerliuule sur la religion, et qui, nous rendant la violence comme impossible , nous fait conclure qu’aiissi bien elle est inutile. La foi ne devient donc suspecte que iorsqu’ellc onmmi'nce à devenir incommode : et jusqu’ici rincrédiilitc n’a (Hiint fait de voluptueux; mais la volupté a presi)ue fait tous les incrédules.

590 MARDI DE LA QUATRIEME SEMAINE

Et Dne prenve de ce que je dis , tous que ce discours reçanle , c'est que tandis que vous avez vécu avec pudeur et avec innocence, vous n’avez pas douté. Rappelez ces temps lieureui où les pasaions n'avoient pas encore gité votre cœur : la foi de vos pères ne vous oITroit rien que d’auguste et de respectable; la raison plioit sans peine sous le joug de l’aulorilé ; vous ne vous avisiez pas de vous fumier à vous-niéines des dirHcullés et des doutes : dès que les mœurs unt changé , les vues sur la religion n’onl pas été les niènies. Ce n’est donc pas la foi, qui a trouvé dans votre raison de nouvelles difficultés; c’est la pratique de vos devoirs qui a rencontré dans votre cœur de nouveaux obstacles. Et si vous nous dites que vos premières impressions, si &vorables à la foi , ne venoient que des préjugés de l’éducation et de l’enfance; nous vous répondrons que les secondes , si favorables è l’impiété , ne vous sont venues que des préjugés des passions et de la débauche ; et que préjugés pour préjugés, il nous semble qu’il vaut encore mieux s’en tenir à ceux qui sont formés dans l’innocence , et qui nous portent à la vertu , qu’è ceux qui sont nés dans l’infamie des passions , et qui ne prêchent que le libertinage et le crime.

Aussi , rien n’est plus humiliant pour l’incrédulité , que de la rappeler à son orighie : elle porte nn faux nom de science et de lumière ; et c’est un enfant de crime et de ténèbres. Ce n’est donc pas la force de la raison qui a mené là nos prétendus incrédules ; c’est la foiblesse d’un cœur corrompu qui n’a pu surmonter ses pencliants les plus honteux; c’est même une lâcheté de courage , qui ne pouvant soutenir et regarder d’un œil feraie les terreurs et les menaces de la religion , tâche de s’étourdir , en redisant sans cesse que ce sont des frayeurs puériles ; c’est un homme qui a peur la nuit , et qui citante en marcliant tout seul dans les ténèbres, pour se rassurer lui-même : la débauche nous rend toujours lâclies et craintifs; et ce n’est qu’un excès de peur des peines étenielles, qui fait qu’im libertin nous prêche et nous chante sang cesse qu’elles sont douteuses ; il tremble , et il veut se rassurer contre lui-même ; il ne peut pas soutenir en même temps la vue de ses crimes, et celle du supplice qui les attend : cette foi si vénérable , et dont il parle avec tant de mé|>ris , l'cffrme pourtant , le trouble encore plus que les autres pécheurs, qui sans douter de ses châtiments, ne laissent pas souvent d’être infidèles à ses préceptes ; c’est un lâche qui cache sa |>eur sous une fausse ostentation de lii-avoiite. Non , mes Frires, nos prétendus esi>rils furis se domieiit pour des hoitunes fermes et courageux : suivez-les de près;

ce sont les plus foibles et les pins lâches de tons les liommes.

D’ailleurs , il n’est pas étonnant que le dérèglement nous mène à d« doutes sur la religion : il fout appeler l’incrédulité au secours des passions ; car elles sont trop foibles et trop injustes pour se soutenir toutes seules. Nos lumières , nos sentiments , notre conscieuce , tout les combat au dedans de nous : il faut donc leur chercher un appui , et les défendre contre nous-mêmes ( car on est bien aise de se justifier à soi-même tout ce qui plaît ). On ne veut pas que des passions qui nous sont clières soient criminelles , ni avoir à soutenir sans cesse les intérêts de ses plaisirs contre ceux de sa conscience : un vent jouir tranquillement de ses crimes , et se délivrer de ce censeur importun , qui prend sans cesse au dedans de nous le parti de la vertu contre nous-mêmes. Ce n’est jouir qu’à demi de ses passions , tandis que les remords noua en disputent le plaisir ; c’est acheter trop chèrement le erime, que de l'acheter au prix même du repos qu’on y cherche : il faut , ou finir set débauclies, ou tâcher de t’y calmer; et comme il en coùleroit trop de les finir , et qu’on ne sauroit t’y calmer qu’en doutant des vérités qui nous troublent , on se les dorme à soi-même comme douteuses ; et pour parvenir à être tranquille , on s’efforce de se persuader qu’on est incr^ule.

C’est-à-dire, que le grand effort du déréglement est de nous conduire au désir de l’incrédulité ; on voudroit pouvoir arriver à l’affreuse sécurité de l'incrédulité ; on regarde cet état d’endurcissement entier comme un état heureux ; on se sait mauvais gré d’être né avec une conscience plut foible et plus craintive; on envie la destinée de ceux qu’on croit fermes et inébranlables dans l’impiété , lesquels peut-être à leur tour , livrés en secret aux remords les plus tristes, et se faisant honneur d’une fermeté qu’ils n’ont point , regardent notre sort avec envie, parce que, ne jugeant de nous que par les discours de liliertinage que nous tenons, ils nous prennent pour ce qu’ils paroissent eux-mêmes être à nos yeux , c’est-à-dire, pour ce ipie nous ne sommes pas , et pour ce que et eux et nous voudrions être. Et c’est ainsi , ô mon Dieu ! que ces faux héros de l’impiété vivent dans une illusion perpétuelle , se donnent sans cesse le change à eux-mêmes , et ne paroissent ce qu’ils ne sont pas , que parce qu’ils souhaitent de l’être : ils voudroient bien que la religion frit un songe; ils disent dans leur cœur qu’il n’y a point de Dieu ; />i.rti in.Çîpiens tu corde sifO, iVou est Deus ( Ps. 13, t ), c’est-à-dire, ce langage impie est le désir de leur cœur : ils desireroieut qu’il n’y eût point

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