DOUTES SUA LA RËLIGIOA. A
de Dîea ; que cet Être si grand et $t nécessaire fût One chimère ; qu’üs fussent eux seuls les inailres de leur destinée ; qu’ils n'eussent à répondre qu’à eux-mémes des Iwrreurs de leur vie et de l’indignité de leurs passions ; que tout finit avec eux , et qu’il n’y eût point an-delà du tombeau de juge suprême et étemel, vengeur du vice , et rémuné* râleur de la vertu : ils le désirent , ils l’anéantissent autant qu’ils peuvent par les souliaits impies de leur cœur; mais ils ne peuvent effacer du fond de leur être , l’idée de sa puissance et la crainte de sa justice: DixiX intiptens <>i corde stio, A’on est DeyiS,
En effet , il seroil trop triste et trop vulgaire pour un homme tain, abîmé dans la débauciie, de se dire en secret à lui-méme : Je suis encore trop foLble et trop abandonné au plaisir, pour en sortir, et mener une vie plus régulière et plus chrétienne. Ce prétexte lui laisserolt encore tous scs remords : c’est bien plutôt fait de se dire à soi-même : Il est inutile de mieux vivre , parce qu’il n'y a rien après la vie. Ce prétexte est bien plus commode, parce qu’il finit tout : c’est le plus fiivorable à la paresse , parce qu’il nous éloigne des sacrements, et de tous les antres assujéUssements de la religion. Il est bien plus court de se dire à aoi-même qu’il n’y a rien , et de vivre comme si en effet on en étoit persuadé : c'est se délivrer tout d’un coup de tout joug et de toute contrainte : c’est finir toutes les mesures gênantes que les pécheurs d’un autre caractère gardent encore avec la religion et avec la conscience. Ce prétexte d’incrédulité, en nous persuadant que noos doutons en effet , noos laissa dans nu eertatn état d’indolence sur tout ce qui regarde le salut, qui nous empêclie de nous approfondir noos-mêmes , et de foire des réOexions trop tristes sur nos passions : nous nous laissons mollement entraîner au cours fatal qui nous emporte , sur le pr^ugé général , que nous ne croyons rien ; nous avons peu de remords , parce que nous nous supposons incrédules, et que cette supposition nous laisse presque la même sécurité que l’impiétc véritable : du moins c’est une diversion qui émousse et qui suspend la sensibilité de la conscience ; et en faisant que nous nous prenons tou- Jonrt ponr ce que nous ne sommes pas , elle foU que nous vivons comme si nous étions en effet ce que nous desirons d’être.
C’est-à-dire qu’il faut tarder le parti de la pinpart de ces prétendus esprits forts , et de ces incrédules de débauche et de libertinage , comme un parti (riiommes foihles , dissolus, tlissipés^ lesquels n’ayant pas la f'»rce de vivre diréticnnclucQt , ni la fermeté ffléme d’être impies , demeu-
rent dans cet éfàt d’éloignement de la religioa , comme le plus commode à la paresse; et comme ils ne font rien pour en sortir, \U croient y tenir en effet: c’est une espèce de neutralité entre la foi et l’irréligion , dont riodolence s’accommode; parce qu’il faut du mouvement pour prendre un parti , et que |)our demeurer neutre, il n’y a qu’à ne point penser, et vivre d’habitude : ainsi on ne s’approfundit et on ne se décide jamais soi-même. L’impiété ferme, déclarée, a je ne sais quoi qui fait horreur : la religion, d‘un autre côté, offre des objets qui alarment et (pii n’incommoilenl pas les passions. Que faire entre cesdeux extrémités, dont l'une révolte la raison, etl’aulre les sens? on demeure indécis et cliancclant ; on jouit, en ailcndanl, du calme que cet état d’indecision et d’indifférence nous laisse : ou vit sans vouloir savoir CO qu’on est : parce qu’il est plus commode de n’étre rien , et de vivre sans penser et sans se oonnoiti e. Non , mes Frères , je le répète ; ce ne sont pas ici des incrédules, ce sont des hommes lâclies qui n’oot pas la force de prendre un parti ; qui ne savent que vivrt voluptueusement, sans règle, sans morale , souvent sans bienséance ; et qui sans être impies, vivent pourtant sans religion, parce que U religion demande de la suite, de la raison, de l’élévation, de la fermeté, de grands sentiments , et qu’ils en sont incapables. Voilà pourtant les héros dont l’iinpiélc s’iioiiore; voilà les suffrages dont elle se fuit un rempart , et qu’elle oppose à la religion en nous insultant ; voüà les partisans avec lesquels elle se croit invincible : et il faut bien que ses ressources soient foibles et misérables, puisqu’elle est réduite à les chercher dans des hommes de ce caractère.
Première raison qui prouve que ce ne sont pas les doutes qui jettent dans le déréglement; mais le déréglement tout seul qui nous jette dans les doutes. La seconde raison n'est qu’une nouvelle preuve de la première : c’est qu’actiiellement si l’on ne clintige point de vie , ce n’est pas à ses doutes que l’on tient, c’est à ses seules passions.
Car je ne vous demaude ici que de la bonne foi , à vous qui nous alléguez saits cesse vus doutes sur nos mystères. Lorsque vous pensez quelquefois à sortir de cet abîme de vice et de dékiiiche où vous vivez, et que les passions plus tranquilles vous peimettent quelque retour sur vous-mêii>e; vous opposez-vous alors vos incertiliides sur la religion ? vous dites-vous à vons-tnènie : Mais si Je reviens , il famlr.T croire des choses (]ui paroissent inrnnables? Est-ce là la grande difliculié? Ah! vous vtHis dites en secret à vous-même : Mais si je reviens , U faudra fiuir ce commerce , m’iiilaUirc
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ees excès f rompre ces sociétés , éviter ces Ueax , | en venir à des démarches que je ne soutiendrai jamais, et prendre un genre de vie auquel toutes i mes inclinations répugnent. Voilà à quoi tous te> I nez; voilà le mur de séparation qui vous éloigne de Dieu. Vous parlez tant aux autres de vos doutes; d’où vient que vous ne vous en parlez point à Tuus-même? ce n’est donc pas ici une aflaire de j raison et de croyance, c'est uite afTaire de cœur et | de déréglement , et le delai de votre conversion ne I prend pas sa source dans vos incertitudes sur la , foi, mais dans le doute seul où vous laisse la vio* j lence et l’empire de vos passions, de pouvoir ja* | mais vous affranchir de leur servitude et de leur ' infamie. Voilà, mes Frères, les dialnes véritables '' qui lient noe prétendus incrédules à leurs propres misères.
Et ce qui confirme encore cette vérité, c’est que la plupart de ces hommes qui se donnent pour iocroules , vivent pourtant dans des variations perpétuelles sur le point même de l’incrédulité. En certains moments les vérités de la religion les touchent; ils se sentent agités de vifs remords; ils cherchent même des hommes Itabiles et renommés, des serviteurs de Dieu, pour s’entn tenir avec eux et s’instruire : en d’autres , ils sc moquent de ces vérités ; ils traitent les sen iteurs de Dieu avec dérision, et la piété elle-même de dtimère ; il D*est guère de ces pécheurs , de ceux même qui font le pins d’ostentation de leur incrédulité , que le spectacle d’une mort inopinée, qu’un accident funeste , qu’une perte douloureuse , qu’un renversement de fortune, qu’une disgrâce éclatante, n’ait quelquefois jetés dans des réflexions irisfes sur leur état, et dans des désirs d’une vie plus dtrélienne; il n’en est guère qui , dans ers situations affligeantes, ne cherchent de la consolation auprtedes gens de bien , ne fassent quelque démarche qui laisse espérer une sorte d’amendeincnl. Ce o’ett pas à leurs compagnons d’impiété et de libertinage , qu’ils ont recours alors pour se consoler ; ce n’est pas dans ces railleries impies de nos mystères et dans cette philosophie affreuse, qu’ils cherchent un adoucissement à leurs peines : ce sont là les discours de In joie et de la débauché , et non pas de l’aflliction et de la douleur : c’est la religion de la table , des plaisin , des excès ; ce n’est pas celle du sérieux , des contre-temps et de la tris* tesse : le goût de l’impiété loinl>e pour eux avec celui des plaisirs. Or, si leur incrédulité avoilsbn fondement dans les inccrtiiiidos réelles sur la religion, tant que oes incortitudea snbsisieroienl , l’incrédulité seroit toujours la même ; mais comme , leurs doutes ne naissent que de leurs passions, et
que leurs passions ne sont pas toujours les mêmes, ni également vives et maîtresses de leur cœur, leurs doutes cliangeiit sans cesse comme leurs passions; ils croissent, iis diminuent, ils s'éclipsent, ils reparoissent , Us sont dans la même volubilité et toujours dans le même degré de leurs passions; en un mot , ils suivent la destinée des pasidons , parce qu’ils ne sont que les passions elles-mêmes.
En effet , mes Frères , pour ne laisser plus rien à dire sur ce sujet , et achever de vous faire sentir combien celte profession d’iitcrédulité, dont on s’honore, est méprisable; c’est que répondez à toutes les difliculiés d’un pécheur qui se vante d’être incrédule ; réduisez-le à n’avoir plus rien à vous répliquer, il ne se rend pas encore ; vous ne l’avez pas encore pour cela gagné, il se renferme en lui-même , comme s’il avoii encore des raisons plus accablfnles qu’il ne daigne pas mettre en avant : il lient bon , et oppose un air mystérieux et décidé, à toutes les preuves qu’il ne peut résoudre. Vous avez pitié alors de sa fureur et de son entêtement : vous vous trompez ; ne soyez touché que de sa vie libertine et de sa mauvaise foi : car qu’une maladie mortelle le fiappeau sortir de là ; coiœez autour du lit de sa douleur ; ah ! vous trouvez ce prcicndu incrédule convaincu ; ses doutes cessent , ses incertitudes fmissenl , tout cet appareil déplorable d’incrédulité s’évanouit et se déconcerte; il n’en est plus même question ; U a recours au Dieu de ses pères; il redoute sesjugements qu’il faisoit semblant de ne pas croire. Le ministre de Jésus-Christ appelé n’a pas besoin d’entrer en contestation pour le détromper de son impiété : le pécheur mourant prévient là-dessus ses soins et son ministère : il a honte de ses blasphèmes pass<b; il s’en repent; il eti avoue le faux et la mauvaise fui; il en fait une réparation publique à la majesté et à la vérité de la religion : il ne demande plus des preuves; il ne demande que des consolations. Cependant celte maladie ne lui a pas donné de nouvelles lumières sur la fin; le coup, qui frappe sa chair, n’a pas éclairci les doutes de son .esprit : ah ! c’est qu’il touche son cœur ; c’est qu’il finit ses déréglenœots ; c’est, en un mot, que ses doutes étoient dans ses passions , et que tout ce qui va éteindre ses passions, éteint en même temps ses doutes.
Il peut arriver , je ravoiic , qu’il se trouve qurfqnefois des pecheurs, qui poussent jusqu’à ce dernier moment leur fureur et leur impiété ; et qui nicurent en vomissant, avec leur amc impie , des hlasphèmt's contre le Dieu qui va les juger, et qu’ils ne veulent pas coiiiiuUre. Car , ô mon Dieu ! vous êtes terrible dans vos jugements, et vous per-
Cliiogle