‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 183 sur 348 · DOCTES SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

DOCTES SUR LA RELIGION

ineltez qoeltfoelbls que Hinpie lueure dans son impiété. Mais «^exemples soûl rares; el vous savez vous-mêmes, mes Frères , qu’un siècle entier fournit à peine un de ces affreux spectacles : mais voyes dans ce dernier ntoment tous les autres, qui s’étoient fait iionneur de leur incrédulité dans Fopinion publique ; voyez au lit de la mort un pécheur, qui jusque là avoil paru le plus ferme dans l’impicté, el le plus déteminé à ne rien croire ; il devance lui-même la ppopoûiion qu’on alloil lai faire de recourir aux remèdes de TEglise ; il lève les mains au ciel; il donne des marques éclatantes, sincères d’une religion qui ne s’étoit jamais effacée du fond de son cœur; il ne rejette plus, comme des terreurs puériles, les menaces et les châtiments de la vie future ; que dis-je ? ce pécheur autrefois si ferme , si fier dans sa prétendue incrédulité , si fort an-dessus des frayeurs vulgaires , devient alors plasfoible, plus timide, plus crédule, quel’amela plus populaire; ses craintes sont plus exce^ves, sa religion même plus superstitieuse , ses pratiques de culte plus simples, pins vulgaires, plus outrées que celles du simple peuple; et comme on excès n’est jamais loin de l’excès qui lui est opposé , on le voit passer en un moment , de l’iropiété, à la superstition; de la fermeté du philosophe, à la foiblessede l’igiioraot et du simple.

Et c’est ici où je voudrois en appeler , avec Tertollien , à ce péclieur mourant , et le faire parler ici à ma place contre l'incrédulité : c’est ici où , à l’honneur de la religion de nos pères > je ne voudrois pas d’autre témoin de la foiblesse etde 1a mauvaise foi de l’impie, que celle ame qui expire, et qui ne peut plus parler que le langage de la vérité : c’est ici où je voudrois assembler tons les incrédules autour du lit de sa mort; et, pour les confondre par un témoignage qui ne sauroil leur être suspect , lui dire avec Tertullien : O ame l avant que vous sortiez de ce corps terrestre , dont ▼008 allez vous détacher, souffrez que je voua appelle id en témoignage : CoNSirie i» medio, ONtma : (TEniuLL.) parlez daas ce dernier moment où vous ne donnez rien à la vanité , et où vous devez tout a la Tériié ; diies-uous si vous regardez le Dieu terrible, entre les mains duquel vous allez tomber , comme un être chimérique dont on fait penr aux esprits (bibles et crédules ? dites-nous si tout disparolssant à vos yeux , si toutes les créatures retombant pour vous dans le néant, Dieu Kul ne vou.s parolt pas immortel, immuable, l’Klre de tous les siècles el de l’éternilc , et qui reniplit le ciel el la terre ? Nous consentons maintenant, nous que vous avez toujours regardés comme des esprits supersUtieax et vul-

gaires , noos consentons qae vous soyez le juge entre nous el l'incrédulité , à laquelle vous avez toujours paru si favorable : te testimoiiium /laqitant c/trisliani, ab extraned witertùs iuos» Quoique vous ayez été jus(|u’ici étrangère par rap> port à la fui , et ennemie de la religion , la religion s’en rapporte à vous contre ceux que le lien affreux de l'impiété voasavoil si étroitement unls^ A te (estimontuin (lagitant ehristiant y ab ex- (raned adversüs (uos. Si tout meurt avec votiS| pourquoi la mort votis parolt-elle si fortàcraindre ? Cur ifi (oftim limes morlem , si tiihil est tibi (Iineiidwm posi mortem ? Pourquoi ces mains suppliantes vers le ciel , s’il u’y a point de Dieu qui puisse se laisser toucher à vos gémissements et écouler vos prières? St vous ii’éles rien vous-même, pourquoi démentez-vous donc le néant de votre être , et tremblez-vous sur les suites de votre destinée? tS*! nIAifes ipsa, cur wealtris in te? D’où vous viennent dans ce dernier moment, ces sentiments de crainte, de respect pour l'Etre suprême ? n’est-ce pas parce que vous les aviez toujours eus, que TOUS aviez imposé au public par une fausse ostentation d’impiété , et que la mort ne fait que développer les dispositions de foi et de relitrion , que vous aviez toujours consen'ées pendant votre vie? le leslimoiiium /faqilanl c/irisflani, ab extraned adversùs Imos.

Oui, mes Frères, si nous pouvions détruire les passions, nous aurions bientôt ramené tous les incrédules; et une dernière raison qui acliève de le démontrer, c’est que s’ils parois.>enl se révolter contre l’incompréhensibilité de nos mystères , ce n’est que pour en venir au point qui le.s touche , et pour attaquer les vérités qui inléres'-ent les passions; c’esi-à-dire, la vérité d’un avenir , el l’ctemité des peines futures; c’est toujours là le fruit et la conclusion favorite de leurs doutes.

En effet , si la religion ne pro()osoit que des mystères qui passent la raison , sans y ajouter des maximes et des vérités qui gênent les passions , nous pouvons assurer hardiment que les incrédules seroienl rares ; les vérités ou les erreurs abstraites, qu’il est indifférent de croire ou de nier , n’intéressent presque personne. Vou.s trouverez peu de ces hommes épris de la seule vérité , qui deviennent partisans et défenseurs zélés de certains points de pure spéculation , cl qui n’ont rapp<irt à rien , seulement parce (|u’ils les croient vrais. Les vérités abstraites des maihémaliqiies ont trouvé en nos Jours qticliiues sectateurs zélés el estimables, qui se sont dévoués à développer ce qu’il y a de plus impc^nétrable dan.s les secrets infinis et dans les abimes profonds de ccUe science | mais ces sec-

S94 MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE

tatenrs ont <Ké quelque* hommes rates et aniqnes ; la conlaition n’étoit pas è craindre; aussi n’a-t-elle pas gagtié ; on les admire , mais on seroit bien fitclié de les imiter. Si la relipon ne proposoit que des vériK's aussi abstraites , aussi indifférentes à la félicité des sens , aussi peu intéressantes pour les passions et pour l’amour-propre , les impies senient encore plus rares que les malbémaliciens. On en veut aux Térités de la religion , parce qu’elles nous menacent : on ne s’élire point contre les antres , parce que leur vérité , ou leur fausseté, ne décide de rien pour nous.

Et ne nous dites pas que ce n’est pas par intérêt propre , mais par amour tout seul de la vérité, que l’incrédule ne se rend point A des mystères que la religion rejette. Je sais bien que le prétendu incrédule s’en vante, et vondroit nous le fUre accroire ; mais qu’importe la vérité A des liommes qui ne la clierdieiit pas , qui ne l’aiment pas , qui ne la connaissent pas , qui ne veulent pas même la connotire , et qui ne désirent que de se la cacher à eux-mêmes 7 que leur importe une vérité qui les passe , A laquelle ils n’ont jamais donné un seul Aïoment sérieux ; et qui n’ayant rien qui flatte les passions, ne sauroit intéresser ces hommes de chair et de sang , et plongés dans une vie voluptueuse ? il leur importe de vivre au gré de leurs désirs déréglés , et cependant de n’avoir rien A craindre après cette rie ; voilA la seule vérité qui les intéresse : passez-leur ce point; l’obscurité de tous les autres mystères ne les occupera pas seulement ; ils conviendront de tout , pourvu qu’on les lakse jouir tranqullleroent de leurs crimes.

Aussi la plupart des impies qui noos ont laissé par écrit les tristes fruits de leur impiété , se sont atUcbé.s A prouver qu’il n’y avoil rien au-dessus de nous ; que tout mouroit avec le corps, et que les peines on les récompenses futures , étoient des bbles. Il falloit commencer par mettre les passioas dans leurs intérêts , pour se faire des sectateurs. S’ils ont attaqué les antres points de la foi , ce n’a été que pour en venir IA ; pour conclure qu’il n’y avoit rien après celte vie ; que les vices , ou les vertus, étoient des noms que la politique avoil inventés pour contenir les peuples ; et que les passions n’etoicnt que des penchants naturels et innocents, que cÂicnn pouvoit suivre, parce que chacun les trouvoit en soi.

VoilA pourquoi les impies, dans la Sagesse, et les sadducéens eux-mêmes, dans l’Évangile, qu’on peut regarder comme les pères et les prédécesseurs de nos incrédules , ne s’amiisoienl point A réfuter la vérité des miracles rapportes dans les livres de Moïse , et qup Dieu opéra autrefois en faveur de

son peupde; ni la promesse do Médiateur faite A leurs pères : ils n’allaquoieut que la résarrecüon des morts et l’immortalité des âmes : ce point décidait de tout pour eux. L’homme meurt comme la bête , disoient-ila dans la Sagesse ; nous ignorons si leur nature est différente ; mais toujours leur fin et leur destinée est égale : ne nous inquiétons donc point de Paveoir qui n'est point ; jouissons de la vie ; ne nous refusons aucun plaisir ; le temps est court ; hâtons-iKws de vivre, parce que nous mootTons demain , et que tout mourra avec nous. Non, mes Frères , les posAkins ont toujours été le seul berceau de l’incrédulité : on ne secoue le joug de la fui, que pour secouer le joug des devoirs; et 1a religion n’auroit jamais eu d’ennemis , si elle n’avoit été Fennemie du déréglement et du vice.

Mais si les doutes de nos incrédules ne sont pas réels, parce que c’est le déréglement seul qui les forme; ils sont encore faux, parce qué c’est l’ignorance qui les adapte sam les comprendre, et la vanité qui s’en fait lionneur, sans pouvoir s’en fldre une ressource : c’est ce qui nous teste à développer.

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