‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 185 sur 348 · DOUTES SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

DOUTES SUR LA RELIGION

damne? et celle haine «t la seule science qui runiie leurs doiiles, et qui leur apprend k la combattre : t/alual «tscire , quia jani oderunl.

En elTel, quand je rois d'un coup d’iril tout ce <|ue les siècles chrétiens ont eu de plus grands linnmtes, de génies plus élevés, de savants plus prorunds et plus éclairés, lesquels , après une vie entière d'étude , et une application infatigable , se sont soumisavec une humble docilité aux mystères de la foi , ont trouvé les preuves de la religion si éclatantes, qu’il leur a paru que la raison la plus lière, et la plus indocile, ne pouvoit refuser de se rendre ; l'ont défendue contre les blasphèmes des païens; ont rendu mnette la vaine pliilosopliie des sages du siècle , et fait triompher la folie de la croix , de toute la sagesse et de toute l’énidilion de Home ou d'AÜtènes; il me semble que i»ur revenir k combattre des mystères depuis si long-temps et si universellement établis; que pour être, si j’ose m’exprimer ainsi, reçu appelant de la soumission de tant de siècles , des écrits de Unt de grands hommes , de tant de victoires que la foi a remportées, du consentement de l’univers , en un mot , d’une prescription si longue et si bien affermie; il laudroit, ou de nouvelles preuves qu’on n’eilt pas encore confondues, ou de nouvelles diflicnltés dont personne ne se fût encore avisé, ou de nouveaux moyens qui découvrissent dans la religion un foibic qu’on n’avoit pas encore découvert. Il me sendde que pour s’élever tout seul contre tant de témoignages, tant de piodiges. Uni de siècles, tant de monuments divins, tant de personnages fameux , Unt d’ouvrages que les tempe ont consacrés, que toutes les atuques de l’incrédulité ont rendus d’tge en ège plus triomphanU et plus immortels, en un mol. Uni d’événemenU étonnants, et jusque U inouïs, qui établissent la foi des chrétiens; il faudroit des raisons bien décisives et bien évidentes, des lumières iHen rares et bien nouvelles, pour enlrejHendre ou d’en douter, ou de la coinhaltre. Hors de lè on aura droit de nous reganler comme un insensé , qui viendroit tout seul défier de loin une armée entière , sndement pom faire ostenUtion de son vain défi , et se parer d’une fausse bravoure.

Cependant lorsque vous approfundissex la pinpart de ces hommes qui se disent incrédules , qui se récrient sans cesse contre les préjugés populaires , qui nous vantent leurs doutes , et nous délient d’y satisfaire et d’y répondre , vous Ironvex qu’ils n’ont pour toute science , que quelques doutes usés et vulgaires , qu’on a débités dans tous les temps, et qu’on débité encore tous les jours dans te monde ; qu'lia ne larem qu’un ceitaiu

jargon de liirertinage qtd (tasse de main en main , qu’ou reçoit sans l’examiner, et qu’on ré(iète sans l’entendre : vous trouves que toute leur ca|ucité et leur etude sur la religion , se réduit à certains discours de libertinage, qui courent les rues , s’il est permis de parler ainsi; à certaines maximes rebattues, et qui, i force d’ètre redites, commencent à tenir de la bassesse du proverbe. Vous n’y trouver nui fond, nul principe , nulle suite de doctrine, nulle connaissance de la religion qu’ils attaquent ; ce sont des liommes dissipés par les plaisirs , et qui seruient bien filchés d’avoir un moment de reste, pour examiner ennuyeti.semenl des vérités qu’ils ne se soucient pas de connolire; des hommes d’un caractère léger et superficiel , incapables d’attention et d’examen , et qui ne unroirnt soutenir un seul instant de sérieux et de mcdilatiun tranquille et rassise ; disons-le encore , des hommes noyés dans la volupté, et en qui la débauche a peut-être même abruti et éteint ce <|ue la nature pouvoit leur avoir donné de pénétration et de lumières.

Voilà les ennemis redoutables que l'impiété oppose à la science de Dieu ; voilà les hommes frivoles , dissipés , ignorants , qui osent taxer de crédulité et d’ignorance, tout ce que les siècles chrétiens ont eu et ont encore de docteurs plus consommés , et de persounages plus habiles et (dus célèbres : ils ne savent que le langage des doutes ; mais ce sont des doutes ipi’iLs ont apiirls ; Ils ne les ont (tas formés; ils répètent ce qu’ils ont ouf ; c’est mie tradition d’ignorance et d’im|>iété qu’ils ont reçue : aussi ils ne doutent pas ; ils ne font que conserver à ceux qui les suivront , le langage de l’irréligion et des doutes : ils ne sont (las merédules; ils ne sont que les échos de l’incrédulité ; en un mol, ils savent ce qu’il feul dire pour douter, mais ils n’en savent pas assez pour douter euxmèmes.

Et une preuve de ce que j’avance , est que dans tous les autres doutes , on ne doute que (tour s'éclaircir ; on cherche tout ce qui (seul conduire à la vérité , qu’on ne voit encore qu’à demi. Mais ici on ne doute que pour douter : preuve que le doute ne nous intéresse (las (dns que la vérité qu’il nous cache i on seroil hien fiché qu’il fallill se donner la peine d’éclaircir le vrai ou le faux des incertitudes qu’on prétend avoir sur nos mystères. Oui , mes Frères , si la peine de ceux qui doutent émit une oldigalion indispensable de clierelier la vérité, nul ne dontevoit; nul ne voudroit aclnier à ce prix le (daisir de se dire inerédnte ; nul peul-elre même n’en seroil ca^- Ue ; preuve décisive qu’ou ne doute point ; qu’on

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3UÜ MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE

n’est pas plos attaché à ses doutas qu’à la religion ( car on n’est guère plus instruit sur l’un que sur Tauire) , mais seuleiiieni qn’on a perdu ces premiers senliinents de retenue et de foi , qui nous iaissoient encore un reste de respect pour la religion de nos pères. Ainsi on fait ^en de l’honneur à des liommes si dignes en même temps, et de pitié et de mépris , île croire qu'ils ont pris un parti , qu’ils ont embrasse un système : on leur fait bien de rhonueur de les ranger parmi les impies sectateurs d’un Socin , de les qualifier des titres affreux de déistes ou d'atliées ; hélas ! ils ne sont rien , ils ne tiennent à rien ; du moins ils ne savent euxmêmes ce qu’ils sont ; ils ne sauroieni nous le dire ; et ce qu’il y a ici de iléptorable , c’est qu’ils ont trouvé le secret de se former un état plus méprisable, plus baSf plus indigne de la raison , que celui de l’impiété; et que c’est les honorer, de leur donner le titre odieux d’incrédule, qui avoit été jusqu’ici la honte de l’humanité , et le plus grand opprobre de l’iiomme.

Et |K)ur finir cet article par une réflexion qui confirme la même vérité, et qui est bien humiliante pour nos prétendu<i incr^ules, c’est qu’eux qui nous traitent si fort d’esprits foibles et crédules; eux qui vantent tant la raison , qui nous accusent sans cesse de nous faire une religion des préjugés populaires , et de ne croire que parce que ceux qui nous ont précédés ont ern ; eux , dis-je , Us ne sont incrédules et ne doutent , que sur l’autorité déplorable d’un libertin à qui ils ont oui dite souvent , que tout ce qu’on leur prêche d’un avenir n’est qu’un épouvantail pour alarmer les enfants et le peuple : voilà tonte leur science, et tout l’usage qu’ils ont fait de la raison. Ils sont impies, sans examen et par crédulité , comme Us nous accusent d’être fidèles ; mais par une crédulité qui ne peut trouver d’excuse que dans la fureur et dans l’extravagance : c’est l’autorité d’un seul discours impie , prononcé d’un ton ferme et décisif, qui a subjugué leur raison, et qui les a nngés du côté de l’impiéié. Ils nous trouvent trop crédules de nous rendre à l'autorité des prophètes, des a|Hitres, des Itommes inspirés de Dieo, des prodiges éclatants opérés pour établir la Térité de nos mystères , et à celle tiadilion vénérable de saints pasteurs qni nous ont transmis d’elge eu âge le dépôt de la doctrine et de la vérité, c’està-dire, à la plus grande autorité qui ail jamais paru sur la terre ; et ils se croient moins crédules, et il leur semble plus digne de r»ûion , de déférer àl'aulorilé d’un impie, qui dans un moment de débauche, prononce d’un Ion ferme qu’il n’y a point de Dieu, et ne k croil pas peut-être lui-

même. Ah! mes Frères, que l’homme s’avilit et se rend méprisable, quand il se fait une fausse gloire de n’êlre plus s^mmis à Dieu !

Aussi , mes Frères , pourquoi croyez-vous que les prétendus incrédules , dont nous parions , souhaitent si fort de voir des impies véritables , fermes et intrépides dans l’impiété ; qu’ils en cherchent , qu’ils en attirent même des pays étrangers, comme un Spinosa, si le fait est vrai qu’on l’appela en France pour le consulter et pour l’entendre ? c’est que nos incrédules ne sont point fermes dans t’incrédiiliié , jie trouvent {>ersonne qui le soit, et voudroienl, pour se rassurer, rencontrer quelqu’un rpii leur pariU véritablement afTermi dans ce parti affreux ; ils dierclienl dans l’autorité des ressources et des défenses contre leur propre coascience; et n’osant devenir tout seuls impies , ils attendent d’un exemple ce que leur raison et leur cœur même leur refuse; et par là ils retombent dans une crédulité bien plus puérile et plus insensée, que celle qu’ils reprochent aux fidèles. Un Spinosa, ce monstre, qui, après avoir embrassé différentes religions, finit par ii’en avoir aucune , ii’étuii pas empresse de clierclier quelque impie déclaré (p<l rurfei mll dans le parti de l’irréligion et de l’atheisme : il s'éloit formé à lui-même ce chaos impénétrable d'impiété, cet ouvrage de confusion et de ténèbres, où le seul désir de ne pas croire en Dieu peut soutenir l’ennni et le dégodt de ceux qui le lisent; où hors l’imptélé tout est inintelligible ; et qtii, à la honte de riiuinanité, scroil tombée en naissant dans un oubli éternt ) , et n’auruit jamais trouvé de lecteiu*, s’il n’eût attaqué l'Etre suprême : cet impie, dis- je, vivoil caché , retiré , tranquille ; il faisoit son unique occupaUon de j»roductÛHis ténébicnses, et n’avoit besoin pour se r.i.'v-îuer qu« de lul-inême. Mais ceux qui Kî clicrchoicnt avec laii t d’eiiqircssemeni , qui voulidenl le voir, IVnleiKlre, k coii'idter; ces hommes frivoles et dlvsidus, c’étoicut desiiisenséi , qui souhaiiukut de de\ enir impies ; et qui ne trouvant pas dans le leniokimgo de tous les siècles, de toutes 1rs nations, et de tou< les grantls liommes que la religion a eus, assez d'autori é pour demeurer fidèles , rherchoient dans le témoignage seul d’un homme olwcur, d’un transfuge de tontes les religions, d’un monstre obligé de se cacher aux yeux de tous les hoiumes, une autorité déplorable et monstrueuse qui les nrfertnil dans rimpiélé, et qui les défendit contre leur pi-opre conscience. Grand Dieu ! que les impies ^e cachent Ici de honte et de cojjfiislon ; qu'ils rcs sent de faire ostentation d’une incréiinlilé qui est le fruit de leur dérèglement et de leur ignorance ,

DiqiîizrH ;

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