‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 187 sur 348 · LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA RELIGION

misi*rahle et ])uérile. D’ailleurs , parce que l’on a oui dire ipie certains grands boimuês, fameux et fort esiimt's dans leur siècle, ne croyoienl pas , et que le souvenir de leurs talents el de leurs grandes aclion.s, n’est venu JüS(|u’à nous qu’avec celui de leur irréligion ; on se fait honneur de ces grands exeinplftj , il (>aroll glorieux de ne rien croire d’aprè> de si illustres modèles ; on a sans cesse leurs noms dans la boudie : c’est un fau x relief qu’on se donne , où U entre moins d’incrédulité que de vanité risible et de petitesse d’esprit; puisque rien n’est St petit et si misérable, <{uc de se donner pour ce qu’on n’est pas , et se faire honneur du personnage d’un autre.

Troisièmement enfin, parce que c’est d’ordinaire one société de libertinage, qui nous fait parler le lainage de rhnpiéié; qu’on veut p.iroiire tel que ceux à qni les plaisirs et la débauche nous lient, et qu’il seroil honteux d’èire dissolu , et de paroltre croire encore , devant les témoins et les complices de nos désordres. Le parti <|’un débauché qui croit encore, est un parti foible et vulgaire; afin que la débauche soit de bon air, il faut y ajouter l’impiété el le libertinage; autrement ce seroil être üébauclié en novice , il faut l’être &ï impie et en scélérat ; on laisse à ceux qui ne sont point exercés dans le crime , à craindre encore un enfer et ses peines : ce reste de religion paroll sc sentir encore un peu trop de reiifance el du college. Alais quand un a fait un certain chemin dans la délxiiicbe, ah! il faut sc mettre au-dessus de ces foiblesses vulgaires r on a bien meilleure opinion de soi , quand on a pu {lersuader aux autres qu’on n’en est plus là ; on .sc iu(N|Ué même do ceux qui paroissent encore craindre : on leur dit d’un ton d’ironie et d’impiété , comme autrefois la femme de Jol) à cet homme juste : ^dhuc iupermânes i»i simplicHate tud? (Jou, II, 9.) Eli quoi ! vous en êtes encore là ? vous êtes a.sse^ simple pour croire tous cea contes dont on vous a fait peur (jiiand vous étiez encore au berceau ? voii.s ne voyez pas que ce sont là des visions d’esprits foibies , et que les plus habiles qui nous prêchent tant pour nous le prouver, n’en croient rien eux mêmes? ^dhuc lu permanes in simpUrilate turf ?

O mon Dieu! (|ue l’impie, qui semble vous mépriser avec tant de hauteur , est petit el méprisable lui-même ! C’est un lâclie , qui vous insulte tout liaut, et qui vous craint encore en secret; c'est un glorieux, qui se vante de ne rien craindre , et (|ui ne nous dit pas tout ce qui se pa.vse dans son cirtir; c’est un impostenr, (|ui vomlroit nous imposer, et qui ne peut réussir à se tromper lui-miiae ; c’est ub imenié qui proid sur lui tua*

m MARDI D6 LA QUATRIEME SEMAINE.

les les horreurs de rimpiéte » et qui ne peut par> venir à s’en faire une irisle ressource; c’est un furieux qui ne pouvant airi>erû l’irréligion, ni éteindre les terreurs de sa conscience , éteint en lui toute pudeur et toute décence , et tâche au moins de s’en faire un honneur impie devant les liommei ; que dirai-je enfin? c’est un homme ivre et emporté , qui sacrifie sa religion qu’il conserve encore, son Dieu qu’il craint, sa conscience qu’U sent, sou salut étemel qu'il espère, à la déplorable vanité de parultre incr^ule. Quel abandon de Dieu ! et quel abîme de fureur et d’extravagance!

Ce que je souhailerois , mes Frères , vous qui conservez encore du respect pour la religion de nos pères (et c’est ici le fruit de tout ce discours), ce que je souliaiterois , c’est que vous sentissiez combien tous ces hommes , qui se donnent pour esprits forts , et que vous estimez tant quelquefois, sont méprisables; c'est que vous comprissiez enfin , que la profession d’incrédulité, qui est presque devenue un bon air parmi nous, est de tous les caractères le plus frivole , le plus lâche , le plus digne de risée; ^est que vous pussiez connoître ce que celle ostentation d’impiété, que la corruption de nos mmurs a rendue si commune aujourd’lmi même aux deux sexes, cache de tout ce qu’il y a de plus bas et de plus honteux, selon le monde même.

Premièrement , de déréglement. On n’en vient là que lorsque le cœur est profondément corrompu; qu’on vit actuellement en secret dans la plus lionteose débauche ; et que si l’on éloit connu pour ce qu’on est, on seroit à jamais déslionoré, même devant les hommes.

Secondement , la bassesse. On bit le philosophe et fespril /ort, et on est en secret le pécheur le plus rampant, le plus dissolu, le plus foible, le plus abandonné, le plus esclave de toutes les passions indignes de la pudeur et de la raison même.

Troisièmement, de mauvaise foi et d’imposture. On joue un personnage emprunté; on $e donne pour ce qu’on n'est point; et tandis qu’on déclame si fort contre les gens de bien , et qu’on les traite d’hypocrites et d’imposteurs , on est soi-même le fourbe qu’on décrie, et l’hypocrite de l’impiété et du libertinage.

Quatrièmement, d’ostentation et de mauvaise vanité. On fait le brave, et on tremble en secret; et au premier signal de la mort , on se trouve plus lâche et plus timide que le simple peuple; on fait semblant d’insulter tout liaut un Dieu que l’oo craint encore en secret, et qu'on espère de se ren* dre UD jour bvorabie ; earaciire puéril et babrooi

et que le monde lui-même a toujours regardé comme le dernier , le plus vil et le plus risible de tous les caractères.

Cinquièmement, de témérité. On ose sans science, sans doctrine , biie l’habile sur ce qu’on n’eolend pas; condamner tont ce qui a paru de plus grands hommes dans diaque siècle ; et décider sur des points importants auxquels on n’a jamais donné, et on n’est pas même capalée de don* ner un seul moment d’attention sérieuse : caractère indécent, et qui ne convient qu’à des hommes qui du côté de l’honneur n’ont plus rien à perdre.

Sixièmement, d’extravagance. On se bit une gloire de paroltre sans religion; c’est-à-dire, sans caractère , sans mœurs , sans probité , sans crainte de Dieu et des hommes ; cafiable de tout , excepté de vertu et d’innocence.

Septièmement, de superstition. Nous avons vu ces prétendus esprits forts, qui refusent de consulter les oracles des saints prophètes, consulter des devins, accorder aux hommes la science de l’avenir, qu’ils refusent à Dieu ; donner dans des crédulités puériles, tandis qu’ils se révoltât contre la majesté de la foi; attendre leur élévation et leur fortune d’un oracle imposteur, et ne vouloir pas espérer leur salut des oracles de nos livres saints ; et en un mot , croire rkliculenient aux démons, tandis qu’ils se font un honneur de ne pas croire en Dieu.

Enfin , ce qu’il y a ici de plus déplorable , c’est que tous ces caractères forment un état où il n’y a presque plus de ressource de salut. Car un impie de boime foi, s’il en est quelqu'un de ce caractère, peot être tout d’un coup frappé de Dieu , et être comme accablé sous le poids de la gloire et de la majesté qu’U blasphcmoit sans la connoître : le Seigneur, dans sa miséricorde, peut encore ouvrir les yeux à cet infortuné; faire luire la lumière dans ses ténèbres, et lui découvrir la vérité qu’il ne combat , que parce qu’U l'ignore : il y a encore en lui des ressources , de la droiture, de la suite, des principes , d'erreur et d’illusion , je l’avoue ; mais du moins des principes; U sera de bonne foi à Dieu, dès qu’U le oonnollra, comme U a été son ennemi avant de le connoître. Mais les incrédules dont nous parlons, n'ont presque plus de voie pour revenir à Dieu; iis insultent le Seigneur qu’ils connoissent ; ils blasphèment la religion qu’ils conservent encore dans le cœur; Us résistent à la conscience qui prend en secret le parti de la foi contre eux-mêmes : la lumière de Dieu a beau luire dans ^ur cœur ; elle ne sert qu’à rendre la mauvaise ft>î de leur impiété plus inexcusable. S’ils étoieul ablolmnent aveugles , ils seroiou digues de pitié , et

INJUSTICE DU MONDE, etc.

leur péché seniit moindre, dit Jésns-Christ : maii maintenant ils voient; et c’est ce qui fait que le crime de lenr irréligion n'est plus qu’un blasphème contre l’Esprit saint, qui demeure i jamais sur leur tête.

Réparons donc, mes Frères, par notre respect pour la religion de nos pètes, par une reconnoissance coatinuelle envers le Seigneur qni nous a fait naître dans la voie du salut, dans laquelle tant dépeuples et de nations n’ont pas encore été jugés dignes d’entrer : réparons, disje, le scandale de rincrédulité si commun dans ce siècle, si autorisé parmi nous, et qui, devenu plus hardi par le grand nombre et la qualité de ses partisans , ne se ren- { terme plus dans ces ténèbres obscures où la crainte > le retenait, et ose se montrer presque t visage découvert, bravant en quelque sorte la religion du prince et le lèle des pasteurs. Ayons horreur de CCS hommes impies et méprisables , qui mettent lenr gloire à toumeè en risée la majesté de la religion qu’ils professent ; fuyons-les comme des monstres indignes de vivre, non-seulement parmi des fidèles, mais encore parmi des Itommes que l’bon- . nenr , la probité et la raison lient ensemble : loin I d’applaudir 1 leurs discours impies , convrons-les ' de oonfusion par le mépris dont ils sont dignes. Il est si bas et si lèche , selon le monde même , de déshonorer la religion dans laquelle on vit ; il est si beau , et il y a tant de dignité è se faire on honneur de la respecter et de la défendre même avec an air d’autorité et d’indignation , contre les disconrs insensés qni l’attaquent ! Otons i l’incrédulité , en la méprisant , la gloire déplorable qu’elle efaerche : les incrédides seront rares parmi nous dès qu’ils seront méprisés ; et la même vanité qui forme leurs doutes , les aura bientôt anéantis oa cachés , dès qne ce sera parmi nous un opprobre de paroltre impie , et une gloire d’étre fidèle. C’est ainsi que nous verrons finir ce scandale, et que nous gioriflerons tous ensemble le Seigneur dans la même foi, et dans Fattente des promesses éternelles.

Ainsi soit-il.

SERMON

POUR LE UËRCREDl DB LA QUATRIÈHB SEMAIMB DK CARÉUK.

SUR LINJÜSTICE Dü MONDE ENVERS LES GENS DE BIEN.

Va çioriam Deo; «uu «rtmiw quia hit homo feecator esL

Rendes gloire i IHen; noos savons que cet homme est un pédieur. (JBAN. IX , 24.)

Que peut se promettre U vertu la plus pure et U plus irrépréhensible de Tinjustiee du moude, puis> qu*il a pu trouver autrefois daoi la sainteté même de Jésus-Christ , des sujets de scandale et de cen« sure? S’il opère aux yeux des Juifs des prodiges éclatants , s’il rend aujourd’hui la vue à un aveu* gle-né, ils l’accusent d’étre violateur du sabbat ;d’(^ pérer ces miracles au nom de Belzébuth , pluldt qu’au nom du 'Seigneur ; et de ne vouloir par ces prestiges qu’anéantir et détruire la loi de Moïse : Aon est hic homo à Deo , qui xabhaium non eut» todit ( JoAN*, iXf i6); c’est-à-<Ure » qu’ils attaquent ses intenticwis , pour rendre ses œuvres suspectes et criminelles.

S’il bonore de sa présence la table des pharisiens» pour prendre de là occasion de les rappeler et de les instruire , ils le regardent conjme un pécheur» et comme un homme de bonne chère : Jicce homo torax, et potator vini (Mattii., xi , 1 9) c’est-àdire, qu’ils lui font un crime de ses œuvres, lorsqu’il leur importe de ne pas examiner la droiture de ses intentions.

Enfin, s’il parolt dans le temple armé de zèle et de sévérité, pour venger les profanations qui déshonorent ce lieu saint , le zèle de la gloire de son Père qui le dévore, n’est plus dans leur bouche qu’une usurpation injuste d’une autorité qni ne lui appartient pas, c’est-à-dire, qu’ils se jettent sur des re[M‘odies vagues et sans fondement , quand ils n’ont rien à dire contre ses inteotions et contre ses œuvres.

Je le dis en gémissant , mes Frères, la piété des gens de bien ne trouve pas aujourd’hui plus d’indulgence parmi nous , que la sainteté de Jésus- Christ en trouva autreÂMS dans la Judée. Les Justes sont devenus l’objet des dérisions et de la censure publique; et dans un siècle ou les désordres sont si communs , où les excès et les scandales fournissent tant de matière à la malignité des discours et des censures , on fait grâce à tout , exce^ à U vertu et à l’inDocence.

400 MEUCREDi DE KA ÜUATRIEME SEMAINE.

Oui, mes Frères , si ce qui parolt de la conduite des gens de bien est irréprochable , et ne donne point de prise à la censure; vous vous retranchiez sur leurs intentions, qui ne |iaroissenl point; vous les accusez d aller à leurs tins, et d’avoir leurs desseins et leurs vues : Non est hic homo à Deo.

Si leur vertu semble se rapprocher de nous quelquefois, et rabattre de sa sévérité pour nous attirer à Dieu, en se conrurmanl à nos ma'urs et à nos manières ; sans vous mettre en peine de leurs intentions, vous leur faites un crime des conipUü* sauces les plus iimcKcules , et des relâchements les plus dignes d’indulgence : Ecce homo vorax et pointer vint.

F.nlln , si leur vertu , embrasée d’un feu divin, ne garde plus de mesures avec le monde , et ne laisse rien à dire, ni contre leurs intentions, ni contre leurs œuvres ; vous vous répandez en discours vagues, en reproclies sans fondement, contre leur zèle et leur piété même.

Or, souffrez, mes Frères, que je m’élève une fdls ici contre un abus si honteux à la religion, si injurieux à l'Blsprii <|ui forme les Saints, si scandaleux {>arnii des chrétiens, si capable d’attirer sur nous ces malédictions éternelles, qui changèrent autrefois l'héritage du Seigneur en une terre déserte et abandonnée, et si digne du zèle de notre ministère.

Vous attaquez les intentions des gens de bien, quand vous n'avez rien à dire contre leurs œuvres; et c’est une témérité. V’ous exagérez leurs foiblesses ; et Vous leur laites des crimes des imperfections les plus légères ; cl c'est une iolmmanité. Vous tournez même en ridicule leur fen'eur et leur zèle; et c'est une impiété. Et voilà, mes Frères, les trois caractèces de l’injustice du monde envers les gens de bien. Une injustice de témérité qui soupv^mne toujours leurs intentions. Une injustice d’inliumauite qui ne fait point de grâce à leurs plus légères imperfections. Une injustice d'impiété , <pii fait de leur zèle et de leur saiotélé, un sujet de mépris et de dérision. J^ûssent ces vérités, ô mon Dieu ! rendre à la vertu I’Immineur et la gloire qui lui sont dus, et forcer le momie lui-mènie à respecter des Justes qu’il n’est pas digne de posséder! Ave» Maria,

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