‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 188 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Rien n’est plus grand et plus digne de respect sur la terre , que la véritable vertu : le monde luimême est forcé d'en convenir. L’élévation des senliments, la noblesse des motifs, l'empire sur les passions, la patience dans les adversités, la dou-

ceur dans les injures , le mépris de soi-méme dans les louanges , le courage dans les difQcuUés , Tanstérilé dans les plaisirs, la fidélité dans les devoirs, l’égalité dans tous les événements de la vie ; en un mot , tout ce que la pliilosopbie a fait entrer dans l’idée de son sage , ne trouve sa réalité que dans le disciple de l’Evangile. Plus même nos mœurs sont corrompues, plus nos siècles sont dissolus , plus une ame juste , qui sait conserver au milieu de la corruption générale sa justice et son innocence, mérite l’admiration publique; et si les païens euxmêmes re^pecioient si fort les clu-ciiens dans un temps où tous les cliréliens éloîenl saints, à plus forte raison ceux des cliréliens, qui sont encore justes parmi nous, sont dignes de notre vénération et de nos hommages, aujourd’iiui où la sainteté est devenue si rare parmi les fidèles.

U est donc bien triste pour notre ministère , qoe la corruption de nos mœurs nous oblige à faire ici ' ce que les premiers défenseurs de la foi faisoient autrefois avec tint de dignité devant les tribunaux païens, c’est4-dire, l’apologie des serviteurs de Jésus-Christ ; et qu’il faille apprendre à des chrétiens à honorer ceux qui font profession de l'étre : cependant rien n’est plus nécessaire ; et ce qui pareil le plus dominer aujourd’hui dans le langage du inonde, ce sont les censures et les dirisions de 1a piété. J’avoue que le monde semble respecter la vertu en idée ; mais il méprise toujours ceux qui en font profession .* U convient que rien n’est plus estimable qu’une piété solide et sincère; mais il se plaint qu’on ne la trouve nulle part : et en séparant toujours la vertu de ceux qui la pratiquent, il ne fait semblant de respecter le fanldme de la sainteté et de la justice, que pour avoir plus de droit de mépriser et de censurer le Juste.

Or, le premier objet sur lequel tombent d'onlinaire les discours du monde contre la vertu , c’est sur la droiture des intentions des gens de bien. Comme ce qui parolt de leurs actions donne d’ordinaire peu de prise à la malignité et à la censure , on se relranclte sur leurs intentions : on prétend anjourd'hui |urtoul, où sous un prince aussi grand que religieux , la vertu autrefois étrangère et moquée à la cour, y est devenue la voie la plus sûre des grâces et des récompenses ; on prétend que c’est là où visent ceux qui en font une profession publique; qu’ils ne veulent qu’aller à leurs fins, et que ceux qui |«rois.sent les plu.s saints et le-t pins désintéressés, n’ont par-dessus les autres, que plus d'art et plus d’adresse : si on leur fait grâce sur la bassesse de ce motif, on leur en prêled’aulres aussi dignes de réJévalion , de la vertu et de la sincérité chrétienne. Ainsi , qu’une ame toucliée de ses

INJUSTICE DU MONDE, etc.

«^remenU revienne à Dieu; ce n*e$t pas Dieu qu'elle cherche, c'est le inonde par une voie plus fine et plus détournée : ce n’est pas la grâce qui a changé son Cffur , c'est Tâge qui commence k effacer ses traits, et qui ne la retire des plaisirs, que parce que les plaisirs commencent à la fuir euxmêmes. Si le zèle embrasse des œiures de miséricorde, ce n'est pas qu'on soit charitable; c'est qo'on vent devenir important : si Ton se renferme dans U prière et dans 1a retraite , ce n'est pas la piété qui craint les périls du monde; c'est nne singularité et une ostentation qui veut s'en attirer les suffrages : enfln , le mérite des plus saintes actiont est toujours déprisé dans la bouche des mondains, par les soupçons dont ils noircissent les intentions.

Or, je trouve dans celte témérité trois caractères odieux qui en font sentir tout te ridicule et toute rinjostice : c'est une témérité d’indiscrétion, puisque Tons jugez, vous décidez sur ce que vous ne pouvez connolire : c’est une témérité de corruption , puisque d’ordinaire on ne suppose dans les autres que ce qu’on sent en soi-même : enfin , une témérité de contradiction , puisque vous trouvez injustea et insensés k égard , les mêmes aoupçons qui vous paroissent si bien fondés contre votre frère. Ne perdez pas, je vous prie, la suite de ces vérités.

Je dis d’abord une témérité d’indiscrétion. Car, mes Frères, à Dieu seul est réservé le jugement des intentions et des pensées : lui seul, qui voit le secret des cœurs , peut en juger : ils ne seront manifestés que dans ce jour redoutable où sa lumière luira dans les ténèbres. Un voile impénétrable est répandu ici-bas sur les profondeurs du cœur humain : il faut donc attendre que le voile soit déchiré; que les passions honteuses qui se cachent, comme parle l’Apéire, soient manifestées; et que le mystère d'iniquité , qui opère en secret , soit révélé ; jusque là , ce qui se passe dans le cœur des hommes, caché à notre connoissance, e.st interdit à la témérité de nos jugements : lors même que ce que nous voyons de la conduite de nos frères ne lenr est pas Ihvorable , la cliarité nous oblige de .supposer que ce que nous ne voyons pas le rectifie et le répare; et d’excuser les défauts des actions qui nous blessent , par l’innocence des intentions qui nous sont cachées. Or , si la religion doit nous rendre indulgents et favorables, même à leurs vices, souffriroit-elle que nous fussions cruels et inexorables, même à leurs vertus?

En effet , mes Frères, ce qui rend ici votre témérité plus injuste, plus noire, plus cruelle, c'est la nature de vos soupçons. Car si vous ne soupçonniez les gens de bien que de quelqu'une de ces foi-

I blesses inséparables de la condition humaine ; de I trop de sensibilité dans les injures, de trop d'attention à leurs intérêts, de trop d’inflexibilité dans leurs sentiments ; nous aurions droit de vous répondre , comme nous dirons dans la suite , que vous exigez des gens de bien une exemption de tout défaut, et un degré de perfection qui n'est pas de celle vie. Mais vous n'en demeurez pas là : vous attaquez leur probité et la droiture de leur cœur; vous le$soii|>çonnezde noirceur, de dissimulation, d’iiypocrisie ; de faire servir à leurs vues et à leurs passions , les choses les plus saintes; d'être des imposteurs publics, et de se jouer de Dieu et des hommes, et cela sur les seules apparences de la vertu. Quoi, mes Frères! vous n'useriez, après le crime le plus éclatani , porter d’un criminel cuii- I vaincu un Jugement si cruel et si odieux; vous regarderiez plutôt sa faute comme un de ces malheurs qui peuvent arriver à tous les hommes, et dont un méchant moment peut nous rendre capables; et vous le portez d'un homme de bien? et vous soupçonnez du Juste, sur une vie sainte et I louable, ce que des mœurs scandaleuses et crinünelles n’oseroient vous faire soupçonner d'un pé- I cbeur ? et vous regardez comme un bon mot con- I tre les serviteurs de Dieu, ce qni vous paroitroit ' nne barbarie contre nu homme flétri de mille crimes ? Fant-il donc que la vertu soit le seul crime qui ne mérite point d’indulgence; qu’il suffise de , servir Jésus-Christ pour être indigne de tout ménagement; et que les saintes pratiques de la piété ,

I qui nuroienl dû attirer du respect à votre frère,

' deviennent les seuls titres qui le confondent dans ’ votre esprit avec les scélérats et les impies ?

, Je conviens que l’iiypocriie est digne del’exé- ! cralion de Dieu et des hommes; que l’abus qu'il I bit de la religion est le plus grand de tous les crij mes; qoe les dérisions et les satires sont trop dou- I ces pour décrier an vice qui mérite l'horreur du I geore humain; et qu’au théâtre profane a eu tort I de ne donner qne du ridicule à un caractère abominable , si honteux et si affiigeant pour PÉglise ; et qui doit plutôt ezdter les larmes d Pindignalion , qne la risée des fidèles.

Mais je dis qne ce déchaînement étemel contre ' la vertu ; que ces soupçons (cméraires qni confondent toujours fliomme de bien avec l’hypocrite ;

I que cette malignité , qui , en faisant des éloges I pompeux delà justice, ne trouve presque aucun ' Juste qai les mérite : je dis que ce langage , dont ! on fait si peu de scrupule dans le monde , anéantit ' la religion , et tend à rendre toute vertu suspecte : ; je dis que |>ar là vous fournissez des armes aux im- 1 pies, dans un siècle où tant d'autres scandales n'au-

402 MERCnEDI DF, LA QUATRIEME SEUAINE

lotirent (]tie tnip l'impiélé. Vous leur aidez i miire ii'y a plus de Justes sur la terre; (]ue les .Saints mi'mrs qui ont aiitrefuis édifie rKglLse, et iloul nous lumorons la mémoire , n’oiil donné aux hommes (pie le spcelaele d’une fausse vérin, dont ils n’avoient que le raiilôine et les apparences; et que l'Evangile n’a jamais Turmé que des pharisiens et des hypocrites. Comprenez-vous , mes Frères, tout le crime de ces dérisions iiLsensées? vous croyez rire de la fausse vertu , et vous blasphémez contre la religion. Je le répète, en vous déliant de la sincérité des J Ustes que vous voyez , l’impie conclut que ceux qui le sont précédés, et ipie nous ne voyons pas, leur étoient semlilables; que les martyrs eux-mèmes, ipii cournient i la mort avec tant de fermeté , et qui rendoienl à la vérité le témoignage le plus éclatant et le moins suspect que l'homme puisse lui rendre, n’étoient que des furieux qui cherchoienl une gloire humaine par une vaine ostentation de courage et d’héroïsme; et qii'enlln, la tradition vénérable de tant de Saints , qui de siècle en siècle ont honoré et édifié l’Eglise, n’est qu’une tradition de fourberie et d’artifice. Et pifit à Dieu que ce ne ffit ici qtt’un emportement de zèle et d’exagération ! ces blasphèmes, qcd font horreur , et qui auroient dil être ensevelis avec le pagani'.me, nous avons encore la douleur de les entendre parmi noas. Et vous-mêmes, tpii en frémissez , vous les mettez pourtant , sans le vouloir, dans la bouche de l’impie ; ce sont vos ccasures étemelles de la pi(dé , qui ont rendu en nos jours l'impiété si commune et si impunie.

Je n’ajoute pas tpie par U tout devient dnutenx et incertain dans la société. II n’y a donc plus , ni bonne foi , ni droiture , ni fidélité parmi les hommes. Car s’il ne faut plus compter sur la sincérité et Sur la vertu des Justes; si leur piété n’est que le masque de leurs passions , nous ne compterons pas sans doute plus sur la probité des pécheurs et des mondaias ; tous les hommes ne seront donc plus que des fourbes et des scélérats dont il fhudr.i se défiér , et ne vivre avec eux que comme avec des ennemis d’autant plus à craiwlre, qu’ils cachent .sous les dehors de l’amitié et de l’humanité, le dessein , ou de nous tromper , ou de nous perdre. Il n’y a qu’un cn>ur profondément mauvais et corrompu, qui puisse supposer tant de noirceur et de ootTuplion dans les autres.

Et YoUà le second caractère de cetle témérité dont nous parlons. Oui , mes Frères, ce fonds de malignité, qui voit le crime à travers même les ap|iarenlKs de la vertu, et qui attribue à des o-uvres saintes des intentions criminelles , ne peut partir que d’nne ame noire et corrompue. Comme

les passions vous ont gJté le ctrtlr, t voftli (Itie ce discours regarde; que vous êtes capable de toute dupliciiéet de toute basses.se; que vous n’avez rien de droit, rien de noble, rien de sincère : vous soupçonnez aisément vos frères d’être ce que vous êtes : vous ne sauriez vous persuader qu’il y ait encore des cœurs simples, sincères et généreux sur la terre : vous croyez voir partout ce que vous sentez en vous-même : vous ne pouvez comprendre que riiunueur, la fidélité, la sincérité, et tant d’autres vertus toujours fausses dans votre coeur , aient quelque chose de plus vrai et de plus réel, dans le cœur des personnes même les plus respectablesparleurélévationouparleur caractère ; vous ressemblez aux courtisans du roi des Ammonites; comme ils n’avoient point d’autre occupation que d’être sans cesse attenüEi à se supplanter les uns les antres , et A se dresser mutuellement des pièges, ils n’eurent pas de peine è croire que David ri’alloit pas de meilleure foi avec leur maître. Vous croyez, disoient-ils à ce prince , que David pense A honorer la mémoire de votre père , en vous envoyant des députés qui viennent vous consoler sur sa mort : Pulas quM propter honorem palris lui miserit JJorirf od le roii.volo((>re.s ?(3. /îej., x,3.) ce ne sont pas des consolateurs qu’il vous envoie , ce sont des espions; c’est un fourlw, qui sous les dehors pompeux d’une ambassade honorable et pleine d’amitié, vient faire examiner les endroits foibles de votre royaume , et prendre des mesures pour vous surprendre : El non ideè uf inresUgaret et eiplorarel riritairm. (Ibid. ) C’est le malheur des cours surtout : comme on y est né et qu’on y vit dans le faux, on croit le voir dans la vertu atissi bien que dans le vice : comme c'est une scène où chacun jonc un personnage emprunté, on croit que l'homme de bien ne fait qu’y jouer le personnage de la vertu : la sincérité rare on inutile , y paroll toujours impossible.

Un bon cœur, un cœur droit, simple et sincère, ne peut presque comprendre qu’il y ait des impostenrs sur la terre : il trouve dans son propre fonds l’apologie de tous les antres hommes, et mesure, parce qui Itii en coilteroit A lui-même pour n’êire pas de bonne foi , ce qu’il en doit coûter aux autres. Atissi, mes Frères, examinez ceux qui forment ces soupçons affreux et téméraires contre les gens de bien ; vous trouverez que ce sont d’ordinaire des hommes déréglés et corrompus , qui cherclient même A se calmer dans leurs dissolutions , en supposant que leurs foiblesses sont des foiblesses de tous les hommes; que ceux qui paroissent les plus vertueux, n’ont par-dessus eux que plus d’habileté pour les cacher; et qu’au fond ,

IXiUSTICK DU

si on le< voyoit de prè« , on tron^-eroit qn’ils isnnt faits comme les autres liuiiimcs ; ils fuiii de cette pensée injuste une ressource affreuse à leurs débaiiclies. Ils s’affermissent dans le désonire , en y associant lous cens que la crédulité des peuples appelle gens de bien : ils se font nne idée affreuse du genre humain, pour être moins effrayés de celle qu’ils sont obligés d’aroir d'eux-mémes ; et léclient de se persuader qu'il n’y a plus de rertu , afin que le vice plus commun leur paroisse plus excusable ; comme si , d mon Dieu ! la miilliiuile des crimbiels ponvoitéter à votre justice le droit de punir le crime.

Mais on a vu tant d’hypocrites , dites- vnns, qui ont abusés! long-temps le monde , qu’on regardoit comme des Saints et des amis de Dieu, et qui cependant n’étoient qne des hommes pervers et corrompus!

Je l’avoue avec douleur, mes Frères ; mais que voulei-vons conclure de là ? que tbns les gens de bien leur ressemblent ? la conséquence est affreuse : et on en seroit le genre humain , si vous raisonniez ainsi sur tout le reste des hommes ? On a vu tant d’épouses infidèles : n’y a-t-il donc plus de pudeur et de fidelité dans le lien sacré du mariage ? tant de magistrats ont vendu leur honneur et leur ministère : la justice et l’inlégrilé sont-elles donc bannies de tous les tribunaux? les histoires nons ont conservé le souvenir de tant de princes peiRdes, dissimulés, sans fbi, sans honneur; également infidèles à leurs ennemis, à leurs alliés, à leurs sujets : la droiture, la vérité, la religion n’environnent-ellra donc pins le trône? lÆvez les yeux, et regardez le prince grand et respectable, qui l’honore et qui le remplit : les siècles passés ont vu tant de sujets distingués par leurs noms , par leurs charges , par les bienbits de leur souverain, trahir le prince et la patrie , et entretenir avec l’ennemi des intelligences criminelles : trouveriez - vous le maître qne vous servez avec tant de zèle et de valeur, équitable, si là-dessus la fidélilé d’on chacun de vous lui devenoil suspecte? l’onrqnoi donc un soupçon qui fait horreur envers tous les antres hommes , ne sera-t-il supportable qne contre les gens de bien ? pourquoi une cotiséqnence ridicule partout ailleurs , ne seroit-elle sensée qne contre la vertu? la perfidie d'im seni Judas vous fait-elle conclure que tous les antres disciples fussent des traîtres et des infidèles ? l'hypocrisie de Simon le magicien prouve-t-elle qne la conversion de tons les antres disciples qui embrassaient la foi , ne Kit qu’un artifice pour arriver à leurs fins ; et qu’ils ne marchassent pas droit , comme lui , dans la voie tde Dieu? Quoi de (dus injuste et de plus insensé,

MONDE, KTr. m

que de faire à tons un crime de ta fante d’nn seul ? Il est dilficile. je l’avoue, que le vice ne se pare quclt|nefnis des apparences de la vertu ; qne l’ange de ténèbres ne se transfigure quelquefois en ange de lumière; et que les passions , qui mettent tout en œuvre pour réussir, ne s’avisent pasqnelqnefius d’appeler à leur secours les apparences mêmes de la piété , sons un règne surtout où la piété honorée , est presque le chemin de la fortune et des grâces. Mais c’est une extravagance de faire retomlter sur toute celle vertu l’usage impie qne quelques uns peuvent ftiire de la vertu même ; et de croire qne quelques abus découverts dans une profession sainte et vénérable , déshonorent généralement tous eeox qui l’ont embrassée. C’est, mes Frères, qiie'noM baissons lous les hommes qui ne nous ressemblent |ias ; et que nous sommes ravis de pouvoir condamner la vertu , parce que la vertu elle-même nons condamne.

Mais on y a été si souvent trompé ! dites-vons. Je le veux : mais je vous réponds : Quand même vous vous troînperiez , en ne voulant pas soupçonner vos frères , et eu i-endanl à une fausse vertu l’estime et l’iioimeiir qui ne sont dus qn’à la vertu véritible, qu’en seroil-il ? que vous arriveroit-il de si triste, de si honteux, de votre crédulité? vous auriez jugé selon les règles de la charité , qui ne croit pas facilement le mal , et qui se réjouit même des apparences du bien ; selon les règles de la justice , qui n’est pas capable envers les autres d’une malignité dont elle ne voudroit pas qu’on usât à son égard ; selon les règles de la prudence , qui ne juge qne snr ce qu’elle voit, et laisse au Seigneur le jugement des intentions et des pensées ; enfin , selon les règles de la bonté et de l’humanité, qui présume toujours en faveur de ses frères. Et qn’y anroit-il dans celte méprise qui dût tant vous alarmer? il est si beau de se tromper par un motif d’humanité et d’indulgence ! ces erreurs font tant d’honnenr à un bon cœur ! il n’y a qne des liommes vrais et vertueux qui en soient capables ; mais comme vous ne l’êtes pas, vous aimez encore mieux vous tromper, en dégradant l’homme de bien de ühonneur qui lui est dû, qn’en conrant risque de ne pas couvrir l’hypocrite de la confusion qu’il mérite.

Mais d’aillenrs, d’où vans vient ce zèle et ce déchaînement contre l’abus que l’hypocrile fait de la vertu véritable ? prenez-vous si fort à cœur les intérêts de la gloire de Dieu , que vous veuillez le venger de ces imposteurs qui le déshonorent ? qne vous imparte que le Seigneur soit servi avec un cœur double ou sincère , vous qni ne le servez et qui ne le connoissez même pas ? qn’y a-t-il qui vtms

Wi MKUClUvDI bK LA UbATRlEME SEMAINE.

iiiléresse si fort dans la droiture on dans l’IiYpocrisie (le ses adorateurs , vous qui ne savez pas même comment ou l'adore ? A h ! s'il éloit le Dieu de votre coeur, si vous l’aimiez comme votre Seigneur et votre Père , si sa gloire vous éloit dière , on pardonneroit du moins ê un excès de zèle, l’audace avec laquelle vous vous élevez contre l’outrage que fait à Dieu et à son culte , la vertu simulée de l’hypocrite. Les Justes qui l’aiment et qui le servent , aiiroienl , ce semble , plus de droit d’éclater contre un abus si injurieux à la piété sincère. Mais vous qui vivez comme les païens qui n’ont point d’espérance , abîmé dans le désordre , et dont toute la vie n’est (|u’un crime continuel; ah! ce n’est [tas à vous à prendre les intérêts de la gloire de Dieu contre les fausses venus qui font tant de tort et tant de peine i l'ÉglLse : qu’il soit servi de bonne foi , ou i>ar pure grimace, ce n’est pas une affaire qui vous regarde. D’où vient donc un zèle si déplacé ? Voulez-vous le savoir ? Ce n'est pas le Seigneur que vous voulez venger, ce n’est pas sa gloire qui vous intéresse , c’est celle des gens de bien , que vous cherchez à flétrir : ce n’est pas l'hj pocri.sic qui vous blesse , c’est la piété qui vous déplaît : vous n’èles pas le censeur du vice ; vous n’èles que l’ennemi de la vertu : en un mot , vous ne haïssez dans l’hypocrite, que la ressemblance de rhonune de liien.

En effet , si vos censures panoient d’un fonds de religion et de zèle véritable, ah! vous ne rappelleriez qu’avec douleur Thistoire de ces imposteurs qui ont pu quelquefois réussir à tromper le monde ; que dis -je? loin de nous alléguer ces ('.xemples avec un air triompliant , voas gémiriez du .scandale dont iLs ont affligé l’Egli.se ; loin de vous applaudir lorsque vous nous en rappelez le souvenir, vous souhaiteriez que ces tristes événements fussent effacés de la mémoire des hommes. 1.a loi maudLs.soit celui qui déconrroit la honte et la turpitude de ceux i|ui lui avaient donné la vie ; mais c'est la honte et le déshonnenr de l'Eglise votre mère , que vous exposez avec plaisir à la dérision puldiquc. Prenez-vous soin de rappeler certaines circonstances humiliantes pour votre maison , et qui ont déshonoré autrefois le nom et la vie de quelqu’un de vos ancêtres ? ne voudriezvous pas effacer ces traits odieux des histoires qui les ont conservés à la postérité ? ne r^ardez-vous pas , comme tes ennemis de votre nom , ceux qui vont foiiilter dans les siècles passés , pour y déterrer ces endroits odieux, et les faire revivre dans la mémoire des hommes ? n’opposez-vous pas ê leur malignité celte maxime d’équité , que les fautes sont iiersotmeUes ; et qu’il est injuste de faire re-

tomber sur tons ceux qui ont porté votre nom , la mauvaise conduite d’un seul qui l’a désiionoré?

Appliquez-vous la règle à vous-même : rÉgliae est votre maison ; les J ustes seuls sont vos proches, vos frères , vos prédécesseurs , vos ancêtres ; eux seuls composent cette famille des premiers nés, à laquelle vous devez être éternellement réuni. Les impies seront un jour comme s’ils n’avoient jamais été ; les liens du sang, de la nature, de la société qui vous unissent à enx , périront ; un chaos immense et étemel les séparera des enbnts de Dieu ; ils ne seront plus , ni vos frères , ni vos aïeux , ni vos proches; ils .seront rejetés , oubliés, efTacés de la terre des vivants , inutiles aux desseins de Dieu , retranchés pour toujours de ton royaume, et ne tenant plus par aucun lien 1 la société des Justes, qui seront alors seuls vos frères , vos ancêtres , votre peuple, votre tribu. Que fiites-vons donc en découvrant avec compbisanoe l’ignominie de quelques faux J ustès qui déshonorent leur histoire ? c’est votre maison , votre nom , vos proches , vos ancêtres que vous déshonorez ; vous venez flétrir l’éclat de tant d’actions glorieuaet qui ont rendu leur mémoire immortelle dans tous les siècles, par l’infidélité d’un seul, qui portoit le même nom qu’eux , l’avilit par des nupurs et une conduite fort dissemblable : ofest donc sur v<xis-méme que retombe cet opprobre ; à moins que vous n’ayez déjà renonoé à la société des Saints, et que vous n’aimiez mieux choisir votre partage étemel avec les impies et les inüdèles.

Mais ce qu’il y a ici de plus bizarre dans cette témérité <pii veut toujours juger et noircir les intentions secrètes des gens de bien , c’est qu’m cela vous tombez en contradiction avec vous-mêmes : dernier caractère de cette témérité.

Oui, mes Frères, vous les accusez d’aller i leurs fins, d’avoir leurs vues dans les actions les plus saintes , et de ne jouer que le personnage de la vertu. Mais vous sied-il , à vous qui vivez à la cour, de leur foire ce reprodie ? toute votre vie est une feinte étemelle ; vous jouez partout un rêle qui n’est pas le vêtre ; vous flattez ceux que vous n'aimez pas ; vous rampez devant d’autres que voua méprisez ; vous faites l’empressé auprès de ceux de qui vous attendez des grâces , quoiqu’au fond vous regardiez leur faveur avec envie , et que vous les croyiez indignes de leur élévation ; en un mot, tonte votre vie est un personnage continuel. Partout votre c<eur dément votre conduite; partout votre visage est la contradiction de vos sentiments ; vous êtes les hypocrites du monde , de l’ambition , de la faveur, de la fortnne ; et il vous appartient bien après cela de venir accuser les Justes des

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