‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 189 sur 348 · INJUSTICE DU · texte numérisé non relu

INJUSTICE DU

mêmes feintes^ ei de (aire sonner si haut leur dû* simulation et leur prétendue hypocrisie : quand TOUS n’aurez rien à vous reprodier là dessus, on écoutera la témérité de vos censures ; ou plutôt vous avez raison d’être jaloux de la gloire des artifices et des bassesses , et de trouver mauvais que les Justes veuillent se mêler d’un art qui vous appartient et qui vous est propre.

D'ailleurs , vous vous récriez si fort lorsque le monde , trop aiteiitif à vos démarches , interprète malignement certaines viriles marquées, certaines asriduités suspectes, certains regard affectés : vous dites ri liout alors , que si cela est ainsi , personne ne sera plus innoc^t; qu’il n’y aura plus de femme régulière dans le monde; que rien n’est ri aisé que de donner un air de crime aux choses les plus innocentes ; qu’il faut donc se bannir de la société, et s'interdire tout commerce avec le genre humain : vous déclamez alors si vivement contre la malignité des l>ommes, qui sur des démarches indÜférentes, vous prêtent des intentions criminelles! Mais les Justes donnent-ils plus de lieu à la temérilé des soupçons que vous funnez contre eux ? et s’il vous est permis d’aller chercl»ereii eux le crime sous les apparences mêmes de la vertu , pourquoi trouvez-vous si mauvais que le monde ose le supposer en vous , et vous croire criminel sur les apparences du crime même ?

Enfin , lorsque nous vous reprochons , femmes du monde , votre assiduité aux spectacles , et aux lieux où l’innocence court tant de risques; l’indécence et l’immodestie de vos parures ; vous nous répondez que vous n’avez point de mauvaises intentions , que vous n’en voulez à personne; vous voulez qu’on vous passe des mœurs indécentes et criminelles, sur la prétendue innocence de vos intentions que tout dément au dehors; et vous ne sauriez passer aux gens de bien des mœurs saintes et louables sur la droiture de leur cœur, dont tout paroil au dehors vous répondre : vous exigez qu’on juge vot intentions pures , lorsque vos œuvres ne le sont pas; et vous croyez avoir droit de vous persuader que les inlentioas des gens de bien ne sont pas innocentes, lorsque toutes leurs actions le parolssenl. Cessez do«ic, ou de nous faire l’apolt^ie de vos vices, ou la censure de leur vertu.

C*est aiiLsi, mes Frères, que tout s’empobionne entre nos mains, et que tout nous éloigne de Dieu : le spectacle même de la vertu , devient pour nous un prétexte de vice; et les exemples eux-mêmes de la piété, sont des écueils de notre innocence. 11 semble, ô mon Dieu ! que le monde ne nous fournit pas assez d’occasions de nous perdre; (jiic les exemples des pédicurs ne sufllseul pas pour au-

MONDE, üTC.

toriser nos égarements : nous allons leur chercher un appui jusque dans les vertus mêmes des Justes.

Mais vous nous direz que le nuHule n’a pas si grand tort de censurer ceux qui se donnent pour gens de bien ; qu’on en voit tons les jours qui sont plus vifs que les autres hommes sur la fortune, plus empressés pour le plaisir, plus délicats sur les injures, plus fiers dans l’élévation , plus attachés à leurs intérHs. C’e»t ici la secomle injustice du mtMide envers les gens de bien ; non-seiilement on interprète malignement leurs intentions, ce qni est une témérité; mais encore on examine leurs plus légères imperfections, et c’est une inhumanité.

DEUXIÈME P.\RTIE.

On peut dire que le monde est envers les Justes un censeur plus sévère que l’Evangile même; qu’il exige d’eux plus de perfection , et que leurs foiblesses trouvent devant le tribunal des hommes moins d’indulgence , qu’elles n’en trouveront un jour devant le tribunal de Dieu même.

Or, je dis que celte attention à exagérer les défauts les plus légers des gens de bien, seconde injustice où le monde tombe à leur égard , e»t une inbumanilé, par rapport à la foiblesse de l’homme, à la difficulté de la vertu, et enfin aux maximes du monde même. Ne vous lassez pas, mes Frères, de m’écouter.

Une inhumanité par rapport à la faiblesse de rbumme. Oui , mes Frères , c’est une illusion de croire qu’il y ait parmi les hommes des vertus parfaites : ce n’est pas la condition de celle vie mortelle : cliacun presque porte dans la piété ses défauts , ses humeurs et ses propres fuiblesscs : la grâce corrige la nature , mais ne la détruit pas : l’Esprit de D*ieu,quicréeen nous un homme nouveau, y laisse encore .bien des traits de l’ancien : la conversion finit nos vices , mais n’éteint pas nos passions : en un mot , elle forme en iio<is le chrétien , mais elle nous laisse encore l'homme. Les plus justes conservent donc encore bien des restes du pécheur : David , ce modèle de pénitence, niéloit encore à ses vertus trop d’indulgence pour ses enfants , et des regards de complaisance sur la multitude de son peuple et sur la prospérité de son règne ; la mère des enfants de '/ébédée. malgré U foi qui l’altachoit à Jésns-Christ, n’avoU rien {)crdu de sa vivacité pour l’élévation de ses enfants, et pour leur assurer les premières places dans un royaume terrestre : les ajKMres eux-mêmes dispntoient encore entre eux des rangs et des préséances : nous ne soron< parfailenienl délivrés de toutes ces misères , que lorsque nous tuerons déli-

4ü(i MERCKEDt DK LA QUATR1E51E SEMAINE.

vrés de ce corps de mort <)ni en est la source. La vertu la plus éclatante a donc toujours ici-bas ses taches et ses difTotmiU^s, qu’il ne Taut pas regarder de trop près; et il y a toujours dans les plus justes des endroits par où ils ressemblent au reste des hommes. Tout ce qu’on peut dune exiger de la fuiblesse humaine , c’est que les vertus l’eiuiiortent sur les vices, le hun sur le luauvais; c’est que l’essentiel soit réglé , et qu’on travaille sans cesse à rt'gler le reste.

Et certes, mes F rèrcs, pleins de passioits comme nous sommes, dans la condition misérable de cette vie ; cliargés d’un coiq» de péché qui appesantit notre ame; esclaves de nos sens et de la chair; portant au dedans de nous une conirad cüon éternelle à la loi de Dieu ; en proie à mille désirs qui combattent contre notre ame ; les jouets étemels de notre inconstance et de l’instabilité de notre cœur ; ne trouvant rien en nous qui favorise nos devoirs; vifs pour tout ce qui nous eluigue de Dieu, dégoûtés de tout ce qui nous eu approche ; u’aiinant que ce qui nous perd , ne liaüsant que ce qui nous sauve ; foibles pour le bien , toujours prêts pour le mal ; et en un mot , trouvant dans la vertu l’écueil de la vertu même; doit-il vous paruitre étrange , que des liommes environnés , pétris de taut de misères , en latsseut eiicore paroilre quelques unes ; que des bonunes si corrompus ne soient pas toujours également saints? et si vous aviez de l’équité , ne les trouveriez-vous pas plus dignes d’admiration d’avoir encore quelques vertus, que dignes de censure pour conserver encore quelques vices?

D’aillenrs, Dieu a ses raisons en laissant encore aox plus gens de bien certaines foiblesses sensibles, qui vous frappent et qui vous révoltent. Premièrement, il veut par là les humilier, et mettre leur vertu plus en sûreté en la leur cacliant à eux-mêmes. Secondement, il veut ranimer leur vigilance; car il ne laisse des .êmorrhéens dans la terre de Cbanaan , c’est-à-dire , des passions dans le cœur de ses serviteurs, que de peur que, délivrés de tous ennemis, ils ne s’endorment dans l’uisivelé, et dans une dangereuse contiance. Troisièmement , il veut exciter en eux un des r continuel de la (latrie etemelle, et leur rendre l’exil de celle vie plus amer , (lar le senliment des misères dont ils ne sauroieni obtenir ici-bas une entière délivrance. Quatrièmement , (leut-être aussi pour ne pas décourager les pécheurs p r le sjiecUicle d’une vertu trop (larfaite, et à lai|uelle ils cruiroient ne pouvoir jamais atteindre. Ciuquièuiemcul, c’est |m)ui- ménager aux J usies une matière continuelle de prière et de pénitence , en leur laissant une source con-

tinuelle de péclié. Sixièmement, pour préventr tes honneurs excessifs que le monde pourroit rendre à leur vertu, si elle étoit si pure et si éclatante, et de peur qu’elle ne trouvât sa récompense ou son écueil, dans Us vaines louanges des hommes. Que dirai-je enfin ? c’est peut-être encore pour acliever d’endurcir et d’aveugler les ennemis de la piété; vous cuiilirmer, vous qui m’écoutez , par les foiblesses des gens de bien, dans l’opinion insensée qu’il n’y a point de véritable vertu snr la terre ; vous autoriser dans vos désordres, en leur en supposant de semblables; et vous rendre inutile tout exemple de la piété des Justes. Vous triomphez des faiblesses des gens de bien; et leurs foiblesses sont peut-être des punitions de Dieu snr vous , et des moyens dont sa justice se sert pour nourrir vos préventions injustes contre la vertu , et acliever .de vous endurcir dans le crime. Dieu est terrible dans ses jugements ; et la consommation de l’iniquité est d’ordinaire la suite de l’iniquité même.

Mais en second lien , quand la faiblesse de l’homme ne rendroit pas barbares et inhumaines vos censures sur les défauts qui peuvent rester encore aux gens de bien , elles le seraient par rapport à la difficulté toute seule de la vertu.

Car, de bonne fui, mes Frères, vous parolt-il si aisé de vivre selon Dieu , et de marcher dans les voies étroites du salut, que vous deviez être si impitoyables envers les Justes, dès qu’ils s’en écartent un seul moment? Ëst-il si naturel de se renoncer sans cesse soi-même , d’être toujours en garde contre son propre coeur , d'en vaincre les antipathies , d’en réprimer les penebants , d’en abattre la fierté, d’en Axer f’inconstance ? Est-il si facile de retenir les saillies de l’esprit , d’en modérer les jugements , d’en désavouer les soupçons , d’en adoucir l'aigreur, d’en étouffer la maÛ^té? Est-ce uue allaire si aisée d’être l’etmemi étemel de son pro(>re corps, d’en vaincre la parrs.v, d’en moriilier les goûts, d’en crucifier les désirs? Estil Si naturel de pardonner les itijiires , de souffrir les mépris , d’aitiier et de combler de biens ceux qui nous font du mal, de sacrifier sa fortune pour ne (>as manquer à sa coiisoience, de s’intenlire des plaisirs où tous nos penchaiils nous enlraiiienl, de rcsisterauxeiemples, de soutenir tout seul le parti de la vertu contre la multitude qui le condamne ? Tout cela vous paralt-il si aisé, que ceux qui s’en écartent d’uii seul («oint, ne vous seublent dignes d'aucune indulgence? i|Ue nous dites-vous vousmêmes tous les jours sur les diflic liés d’une vie clirélienne. lur.->que nous vous proposons ces règles saintes? est-il si ctuiinaiit qu’un homme qui marche depuis loDg-temps par des chemins rudes et

INJUSTICE DU MONDE, ktc. W7

Cicarpés , chancelle ou tombe même quelquefois de lassitude ou de fuiblesse ?

Barbares que nous sommes! et cependant la pins légère imperiéclion dans les gens de bien , anéantit dans notre esprit tontes leurs qualités les plus estimables ; et ce|iendant , loin de faire grâce i leurs foiblesses en faveur de leur vertu , c'est leur vertu elle-niénie qui nous rend plus cruels et plus inexorables envers leurs foiblesses : il suflit . ce semble, d’élre Juste pour ne mériter pins d’indulgence ; nous avons des yeux pour leurs vices; nous n'en avons plus pour leurs vertus : un moment de fuiblesse efface <le notre souvenir une vie entière de lidelité et d’innocence.

Jlais en quoi , mes Frères, votre injustice envers les gens de bien est plus cruelle , c’est que ce sont vos exemples , vos désordres , vos censures elles-mêmes qui les ébranlent , qui le.s affoiblissent , qui les forcent quelquefois de vous imiter ; c’est la corruption de vus mœurs, qui devient tous les jours le piège le |ilus dangereux de leur innocence; ce sont les dérisions bisenséesquc vous faites sans cesse de la vertu, qui les obligent souvent pour les éviter de se couvrir des apparences du vice. Et comment voulez-vous que la piété des plus Justes se conserve toujours pure au milieu des mœurs d’aujourd’hui ; dans un monde pen ers , où les usages sont des abus , où les bienséanres sont des criuies , où les passions sont les seids liens de la société , et où les plus sages et les plus vertueux soûl ceux qui ne retranchent du crime que le scandale i Comment voulez-vous que parmi ces dérisions étemeiles , qui jettent un ridicule sur les gens de bien , qui leur font honte de la vertu , qui les forcent souvent de contrefaire le vice ; comment voulez-vous qu’au milieu de tant de désordres, autorisés par les mœurs publiijucs , par des applaudissements insensés, par des exemples que le rang et les dignités rendent re.spectables, par le ridicule dont on couvre ceux i|ui osent en faire scrupule, et enfin, par la faiblesse même de leur cœur; conimenl voulez-vous que les Justes résistent toujours à ce torrent fatal, et qu'obligés de se ruidir sans ces.se contre ce cours rapide et impétueu.x , qui entraîne tout le reste des hommes , la force ou rattention leur manquant un instant, iis ne s’y laissent pas quelquefois aller eux mêmes ? Vous êtes leurs srdncteurs; et vous trouvez mauvais qu'ils se laissent séduire? Ne leur reprodiez donc plus vus .scandales qui affuiblLs.sent leur foi , et qu’ils vous reprocheront dé'ant le tribunal de Jésus Christ; et ne triomphez plus de leurs foiblesses qui sont votre ouvrage, et dont ils demanderont un jour vengeatice contre vous-mêmes.

Aussi j’ai dit en dernier lieu , que par rapport à vus maximes mêmes, vtJlre injustice envers les gens de bien ne sauroit être excusée de dureté ou d’extravagance ; jugez-eii vous-mêmes. Vous dites tous les jours qu’un tel avec sa dévption ne laisse pas d’aller 1 ses lins ; qu'un autre est fort exact à faire sa cour; qu’un autre encore a une vertu si semsible et si délicate , qu’une piqûre le blesse et le révolte ; que celui-ci ne pardonne point; que celle- lè n’est pas fècbée encore de plaire ; qu’une autre a une vertu fort commode, et mène une vie douce et agréable ; qu’une autre etiliii est toute pétrie d’humeur et de caprice, et que dans l’enceinte de sa maison, personne ne peut compatir avec elle : que sais-je ? car les discours et les satires ne Qnissent pas sur cet article; et là-dessus vous décidez fièrement qu’une dévotion mêlée de tant de défauts ne sauroit jamais en faire des Saints , et les conduire au salut ; voilà vos maximes. Et cependant lorsque nous venons nous-mêmes vous annoncer iei que la vie mondaine , oiseuse , sensuelle, dissipée, et presque toute pro&ne que vous menez , ne sauroit être une voie de salut , vous nous soutenez que vous n’y voyez point de mal : vous nous accusez de dureté , et d’outrer les règles et les devoirs de votre état ; vous ne croyez pas qu’il en faille davantage pour se sauver. Mais, mesFrères, de quel coté est ici la dureté et l’injustice? vous damnez les gens de bien , parce qu’ils ajoutent à leur piété quelques endroits qui vous ressemblent; parce qu’ils mêlent quelques uns de vos défauts à une infinité de vertus et de bonnes œuvres, qui les réparent ; et vous vous croyez dans la voie du salut, vous qui n’avez que ces défauts , sans la pieté elle-même qui les purifie ? O homme ! qui êtesvous donc pour sauver ceux que le Seigneur condanme , et pour condamner ceux qu’il jiistilie?

Ce n’est pas assez, et vous allez voir encore combien peu , sur ce point , vous ,vous accordez arec vous-même. En effet , lorsque les gens de bien vivent dans une retraite entière ; qu’ils ne gardent plus de mesures avec le inuiule; qu'ils se caclienl pour tntijoiirs aux yeux du public ; qu’ils quittent même certaines places de faveur et de distinction; tpi’ils se déjiouillent de leurs charges et de leurs dignités , pour vaquer uniquement à leur salut ; qu’ils mènent une vie de lannt'S , de prière, de murtifii'aiion, de silence ( et ces exemples, notre siècle a été assez heureux pour vous en fournir) ; qn’avez-vons dit alors ? qu’ils ponssoient les choses trop luin; qu’on Icurdonnoil des conseils violents; que leur zèle n’etoit pas selon la science; que si tout le monde les imiluil, lés devoirs publics seroient négligés ; que persuimc ne reudroit

Digiti;--<1 by Ci ■"T'glé

m MEUCHKDl DE LA ODATIUEME SEMAINE.

pins à la patrie et à fÉtat, les services dont il ne peut se passer J qu’il ne faut point tant de sin^Iarité ; et que la véritable dévotion» c’est de vivre uniment » et de remplir les devoirs de l’état où Dieu noos a placés : voilà vos maximes. Mais d’un antre côté y lorsque les pens de bien accordent avec la piété les devoirs de leur état » et les intérêts innocents de leur fortune; qu’ils gardent encore certaines mesures de bienséance et de société avec le monde ; qu’ils paroissent aiix Houx d’où leur rang ne leur permet pas de se bannir; qu’ils participent encore à certains plaisirs publics que la situation où ils se trouvent leur rend inévitables ; en un mot, qu’ils sont prudents dans le bien , et simples dans le mal : ab ! vous dites alors qu’ils sont faits comme les autres lK)mmes; qu'à ce prix-là, il vous parolt fort aise de servir Dieu ; qu’il n’y a rien dans leur dévotion qui vous fosse peur; et que vous seriez bientôt un grand Sgint , s’il n’en folloit pas davantage. La vertu a l)eau paroltre sons diiïérentes faces , il suflil qu’elle soit vertu , pour vous déplaire et mériter vos censures. Accordez-vous donc avec vous-méme : vons vouiez que les gens de bien soient faits comme vous ; et vons les condamnez dès qu’ils vons ressemblent.

Vous renouvelez l'injustice et la dureté des Juifs de notre Evangile. Lorsque Jean-Raptiste parut dans le désert, revêtu de poil de cliameau, ne mangeant ni ne buvant , et donnant à la Judée le spectacle d’une vertu plus austère que celle de tous les Justes et de tous les propliètes qui l'avoient précédé; Us regarcloient , dit Jésus-Christ , l’austérité de ses nimtirs comme l’illusion d’uu esprit imposteur, qui le séduboit, et ne le poussoit à ces excès , que pour lut faire trouver dans la vanité le dédotnmagement de sa pénitence. Le Fils de rilonime, an contraire, vint ensuite, continue le Sauveur , mangeant et buvant ; leur proposant dans sa conduite le modèle d’une vie plus à portée de la foiblesae humaine; et pour servir d’exemple à tons, menant une vie simple et commune que tous pussent imiter : est-U plus à couvert de leurs censures ? ah ! ils le font passer pour an homme de plaisir et de bonne chère , et la condescendance de sa vertu n’est plus dans leur esprit , (|u*un relâcliement qui la flétrit et la déshonore. Les vertus les plus dissemblables ne réiis.*<Lssent qu’à s’attirer les mêmes reproches. Ah ! mes Frères, que les gens de bien scroient à plaimlrc , s’ils avoienl à être jugé.s devant le tribunal des hmnnies ! mais ils savent que le mcmde qui les juge , est déjà luimême jugé.

Et ce qu’il y a ici de plus déplorable, mes Frères , dans la sévérité avec laquelle vous condamnez

les plus légères imperfections des gens de bien , c’est que si un pécheur célèbre et scandaleux, après une vie entière de crime et d’excès, donne seulement au ht de la mort quelques foibles marques de repentir ; s’il prononce seulement le nom d’un Dieu qu’il n’a jamais connu, et qu’il a toujours blaspiiémé ; s’il consent enfin , après bien des délais et des répugnances, à recevoir les grâces et les derniers remèdes de l’Église, qu’on n’osoit même lui proposer ; ah ! vous le rangez parmi les Saints : vous dites qu’il a fait une mort chrétienne, qu’il s’est reconnu, qu’il a demandé pardon à Dieu ; et là-dessus vons espérez tout de son salut , et vous ne douiez plus que le Seigneur ne loi ait fait mbéricorde? Quelques marques forcées de religion qu’on lui a arrachées , suflisent, selon vons, pour lui assurer le royaume de Dieu , oii rien de souillé n’entrera ; sufBsent , dis-je , malgré les désordres et les abominations de toute sa vie ; et une vie entière de vertu ne soflit pas dans votre esprit pour l’assurer à une ame fidèle , dès qu’elle y mêle les plus petites infidélités ; vous nnvez l’impie sur les ngnes les plus frivoles et les plus équivoques de la piété ; et vous damnez le Juste sur les marques les plus légères et les plus excusables de l’humanité et de la foiblesse.

Je pourrois ajouter, mes Frères , qu’à ne consulter même que vos propres intérêts , les imperfections des gens de bien devroient vous trouver plus indulgents et plus favorables. Car, mes Frères , eux seuls vous épargnent , cachent vos vices , adoucissent vos défauts , excusent vos foules, relèvent ce qu’il y a de louable dans vos vertus. Tandis que le monde, que vos égaux , que vos envieux , que vos concurrents, que vos amis prétendus peul être diminuent vos talents et vos services, parlent avec mépris de vos bonnes qualités , donnent du ridicule à vos défauts , comptent vos malheurs parmi vos fautes, exagèrent vos fautes mêmes, empoisonnent vos discours et vos démarches les plus innocentes; les gens de bien tout seuls vous excusent , vous justifient, sont les apologistes de vos vertus , ou les sages dissimalateurs de vos vices ; eux seuls rompent les entretiens , où volrt gloire et votre réputation sont attaquées ; eux seuls ne se joignent point au public contre vons ; et Us sont les seuls pour qui vous manquez d’humanité, et à qui vous ne pardonnez pas même les vertus qui les rendent estimables. Ah ! mes Frères, rendez-leur dn moins ce qu’ils vous prêtent ; épargnez vos protecteurs et vos apo]<^gles , et n’infinnez pas, en les décriant , les seuls témoignages fovorables qui vous restent parmi les bororoes.

Mais je n’cu dis pas assez : oon-seulemenl les

INJUSTICE DU MONDE, etc.

gpnt de bien ne k joignent point à la malignité da public contre vont, mais eux senis sont tm amis Téritables, enx seuls sont tondiés de vos maux, sensiblesàTOs égarements, occupés de votre salut; ils vous portent dans le cœur; en excusant vos passions et vos désordres devant les hommes, ils en gémissent tous les jonrs devant Dieu ; ils lèvent les mains au ciel pour vous; ils sollkilent votre conversion ; iis demandent grâce pour vos crimes ; et vous ne sauriez rendre justice i leur vertu et à leur innocence? ali ! ils peuvent faire an Seigneur contre vous les mêmes plaintes que lui faisoit autrefois le propliète Jérémie contre les Juifs de son temps, censeurs injustes de sa piété et de sa conduite. Seigneur, disoit cet liomme de Dieu, écoutez les discours et les censures que les ennemis de votre nom répandent contre moi : Altnde, Do- | mine, ad me, el audi vorem adversarionm mro- I rum. (Jereh., xriii, 19. ) Est-ce ainsi, A mon | Dieu ! qu'ils me rendent le malpour le bien ; qu’ils i paient d’ingratitude et d’inhumanité la sineérité i de ma tendresse pour eux, et que les pièges qu'ils me tendent tous les jours , sont le seul prix de mon zèle pour leur salut? JVumqnid reddilvr pro dono malum,quia jbdemnl j'oream animre metr? (Ibid., 20.) Vous m’étes témoin. Seigneur, que je ne parois en votre présence que pour vous parler en leur faveur : vous savez que mes larmes ne coulent devant vous que pour effacer leurs cri- I mes ; que mes prières ne montent jusqn’A votre < tidne que pour attirer sur eux vos miséricordes | éternelles : vous vous souvenez, Dieu de nos pères, de tous les soupirs que j’ai répandus à vos pieds pour détourner votre colère prèle à éclater sur leurs tètes ; avec quelle douleur je les ai rns courir J leur perte , et combien leurs prévarications m’ont toujours trouvé plus sensible que leur mépris et leurs dérisioas injustes ; Herordare qvod stelerim ia eonspechi iuo, ut loqoerer pro ris bonum, eiaterlerem iodignatioHem fuam ab ris. (Ibid.)

Vous sentez sans doute lè-dessus , mes Frères , toute l’injustice de votre conduite : mais que seroit-ee, si en adievant ce que je m’étois d’abord proposé, je vous montmbque non-seulement vous donnez aux bonnes œuvres des gens de bien, des motifs corrompus; ce qui est une témérité : nonseulement vous exagérez leurs plus légères foiblesses ; ce qui est une inhumanité ; mais encore quand vous n’avez rien à dire contre la droiture de leurs intentions , et que leurs défauts ne donnent point de prise i vos censures, vous vous retranchez i donner du ridicule même i la vertu ; ce qui est une impiété.

Oui, mes Frères, une impiété. Vous laites de la '

religion un jen , une scène comiqne ; voos la Induisez encore, comme autrefois les païens, sur un tliéètre infâme; et lè, voos exposez A la risée des spectatenrs ses mystères saints , et ce que la terre a de plus sacré et de plus respectable. Voos pouvez excuser vos pa.ssions sur la foiblesse du tempénment , el sur la fragilité humaine : mais vos dérisions de la vertu ne sanroient trouver d’excuse que dans un mépris impie de la vertu même : cependant ce langage)d’irréligion et de blasphème, si autorisé dans le ntonde, n’est plus qu’un enjouement, un jeu d’esprit, un langage dont la vanité ellemême s’honore.

.Mais, mes Frères, par U vous persécutez la vertn , et vous voos la rendez inutile à vous-mêmes ; voos déslxxiorez la vertn , et vous la rendez inutile aux antres ; vous tentez la vertu , et vous la rendez insoutenable à elle-même.

Voos persécutez la vertu , et vous voos la rendez inutile è vous-mêmes. Oni, mon cher Auditeur, l’exemple des gens de bien éloit un moyen de salut que la bonté de Dieu vous avoit préparé : or sajusiiee, indignée des dérisions que voosfoites de ses miséricordes sur ses serviteurs, les relire è jamais de voos; et il voos punit du mépris que votisfailes de la piété, en voos refusant le don de la piété même. Les rois de la terre vengent avec éclat les injures qu’on fait è leurs statues, parce que ce sont des monuments publics et sacrés qui les représentent , et qui expriment au naturel la majesté de leurs traits et de leur visage. Mais les Justes sont ici-bas les statues vivantes du grand Roi, les images véritables d’un Dieu saint; c’est en eux qu’il peint la majesté de ses traits les plus purs et les plus brillants; et il frappe toojoursd’un anathème étemel les sacrilèges qui osent en faire le sujet de leurs dérisions et de leurs outrages.

D’ailleurs, quand même le Seigneur, pour pir nir vos dérisions de la piété, ne vous refuseroit pas le don inestimablede la piété même, elles vous forment un respect humain invincible, qui ne voos pennellia jamais d’en prendre le parti. Car , je vous prie ; si jamais lassé du inonde, de vos (lésordres, de vous-mêmes, vous voulez revenir à Dieu , et sauver votre ame que vous perdez, comiiienl oserez-vous voos déclarer pour la piété, vous qui en avez fait si souvent des plaisanteries publiques et profones ? comment pourrez-vous vous faire une gloire des devoirs de la religion, voos à qui on entend dire tous les jours, ipi’on perd resprit dès qu’on devient dévot ; tpi’un tel et une telleavoient mille bonnes qualités , qui les falsoient souhaiter p.irtout; mais que la dévotion les a gâtés â un (loint qu’ils sont devenus insupportables ; qu’ils af-

410 MERCREDI DE LA QUATRIEME SEMAINE

fecteot (le donner du ridicule ; qu’il senilde qu’il laui renoncer au sens coiimuiii dè» qu’un a levé releiidard de la pU lé; que le Seigneur vous pré* serve de celle manie } que vous lâclie/ d’éire bon* uêle Ituiume ; mais que , I>itu merci , vous n’étes (US dévol. Quel langage! c'est-à-dire, <|ue, Dieu merci, vuu^ êtes marque d’avance du caractère des réprouves; <)ue vous pouvez bien vous réftoïKlre que vous nectiangerez point, et que vous mourrez tel que vuuséies. Quelle impiété ! et c’est parmi des cliretiens, qu'on tient tous les jours cet dis* cours a\ ec <*lenlatiun et avec complaisance l

Ab! mes Frères, permellez ici une reÜexion i ma douleur. Les palriurclies, cesliouimes si vénérablis, si puissauls, même selon le monde, ne se faisoienl coiiitoUre au\ rois et aux peuples desdif- Ttrenlspays uù l'ordre du iveigneiu' les cuoduisoU, que par ces termes religieux : Je crains le Seigneur : T'imeo Deum. Ils ne se reuominuieni pas par la grandeur de leur race , dont rorigine louchoit encore à (^lie de l’univeis ; par la gloire de leurs ancêtres; par réclat du sang d’Abraliani, de cet lioimiie le vainqueur de» rois , le modèle de tous les sages de la lerre, et le seul béi'O!» dpnl. le monde pouvüil alors sc gluriller. ^ous ciaigiions le Seigneur; c’éiuit U leur litre le plus pompeux , leur noblesse la plus auguste , le seul caractère par où ils vouloieut être distingués de tous les autres bomniesÿ e’éiuii k signe magiiUique qui paroissoil à la tête de leurs leniea el de leurs troupeaux , qui Lrillüll dans leurs étendards, el qui portoit partout avec eux 1a gloire de leur nom, et celte du Dieu de leurs pères. Et nous, mes Frères, nous nous défendons de la réputation d’hommes justes et craignant Dieu , comme d’un titre de lioule el d'inbimitf ; nous étalons avec orgueil les vaines dUUoctioui du rang etdela naissance ; les marques frivoles de nos noms et de nos dignités nous précèdent, nous amionceiii partout; et nous cachons le signe glorieux du Dieu de nus pères, et nous nous glorilious même de n'ôire pas du nombre de ceux <jui le craixneut el qui l'ad^Teut. O Dieu ! lal<«M*zdonc à ces bumines iiu^ iL^és une glûrr si uffreuse : cunfondez leur exliavaganre el leur impiété, en permeilaiit qu’ils se gloiilienl jusqu’à la lin de leur .Conlusioii el de leur iguoiiiiiue.

Ce (l'est piS tout, mes Frères : non-seulement par cet d«n>ionH deploiuble» vous vous rendez la veitii inutile à vou>-mémes, vous la rendez encore oiin*Ui>e et inuiile aux antres; c’i'St-à .dire , mmseulement vou$ \mis fermez à vous-niénies biuiet les voies de votre retour à Dieu , vuu» le* kriuiz encore à une inlinile d’aniesipie lag<ace pas c en iwcrel de «ortir de Icun crime» el de vivre clu:4-

Uennement ; qui n'osent se déclarer, de peur de s’exposer à vos railleries profanes; qui ne craignent dans une nouvelle vie que le ridicule que vous donnez à la vertu ; qui n'opposent en secret que ce seul obstacle à la voix du ciel qui les appelle ; et balancent dans 1a grande affaire de l’étemiié, entre les jugements de Dieu et vos dérisions insensées.

C’est-à-dire, que par-là vous anéantissez le fruit de l’Evangile que nous annonçons, et rendez notre ministère inutile : vous ôtez à la religion sa terreur et sa majesté, et répandez sur tout l’extérieur de la pieté , un ridicule qui retOQÜ>e sur la religion fuême : vous perpétuez dans le monde les préjugés contre U vertu, ei mainlenez parmi les Iwmmes rillusion la plus universelle dont le démon se sert pour les séduire , qui est de traiter la pieté de travers el de folie ; vous autorisez les blasphèmes des libertins et des impies : vous accoutumez les pécheurs à se faire du vice et du dér< glemrnt> un sujet d'ostentation et de gloire; et à regarder la débauebe comme un bon air , en l’opposant au ridicule de U vertu. Que dirai je enfiu ? par vous la piété devient la fable du monde , le jouet des impies, la iionte des peclieurs, le scandale des Ibibles, recueil même des Jusies : par vous (e vice est] en honneur, la vertu est avilie, les vérités s’affoiblisseui, la lui s’éteint, 1a religion s’anéantit, la corruplioa gagne ; et, comme le Prophète l’avoit - prédit , la di^UUoo persévère jusqu'à la coosoenmaiion el la ûn.

Ajoutons encore : Par voua la vertu devient insouteuable à eile-mènie : vos dérisions deviennent l’écueü de la piété même des Justes; vous ébranlez leur fui , vous découragez leur zèle; vous suspendez leuri bons désirs; vous étouffez dans leur cœur les plus vives impressions de la grâce; vous les arrêtez sur mille démarches de ferveur et de vertn , qu’ils n’osent exposer à l’impiété de vos censures; vous les obligez malgré eux de se conformer encore à vos usages él à vos maximes qu’ils détestent, à rabattre de leur retraite , de leurs au>téritcs , de leurs prières ; el à ne consacrer à oes devoirs que des mumenis denibes qui puissent échapper à vos regards el à vos railleries; et par là , vous privez l'EgUsede i’édi(icalkin de leurs exemples; les fothles, du secours qu’ils y irouveroient ; les pécheurs, de la confusion qui leur en revieiulroii ; les J (Mes, (l’une consolation qui les soutiendroU; et la religion , d’un spectacle qui i'iMmore.

ilcUs, me* Frères! les tyrans ne faisoient autrefois des derisionH |>ublii|(ie8 des clirélietis, qu’en leur rciirocliant leurs superstitions prétendues .* Us se tn<>(|uoient des Itotuieiirs publics qu’ils leurs voyoient rendre à Jésua-Cbrist , à tu crucifié, cl

INJUSTICE OU MONDE, etu.

Ue h préCércnoc qu’ib lui doniioient (ur Jupiter et tur les dieux de l’eiuiMre , dunt U punipe et U ni.i.i;iiilicence des temples et des autels, rancienneti des luis , et la Césars , reiidoieut le

culte respectable; du reste, ils donnoient des eloges publics à leurs UKeurs , ils adniiroient leur modestie , leur frugalité , leur cliarité , leur patience, leur Tie iquocente et mortifiée , leur éloignement des cirques et des plaisirs publics ; ils ne pouvoient s'empéclier de regarder avec vénération les mœurs sages, retirées, pudiques, douces, bienlaisantes de ces bommes simples et fidèles. Vous au contraire, plus utseiiaes, vous ue trouvez pas mauvais qu'ils adorent Jésus-Cbrist , et qu’ils mettent dans le mystère de 1a crois leur confiance et leur salut ; mais vous trouves ridicule qu’ils s’interdisent les plaisirs pu))lics, qu’ils vivent dans la pratique de la retraite , de la mortificatiuu , de la prière ; mais vous les trouvez dignes de vos dérisions et de vos ceicaires, parce qu’ils sont humbles, simples, chastes et modestes ; et la vie clirétienne, qui a pu trouver des adudrateurs jusque parmi les tyraru , ue trouve auprès de vous que des traits moqueurs et des railleries probnes.

Quelle folie, mes Frères! de ne trouver dignes de risée daus un monde, qui n'est lui-nième tout entier qu’un amas de niaiseries et d’extravagances; de n’y trouver digues de risée que ceux qui eu coniMiiasrnt le frivole, et qui ne pansent qu’i se mettre à couvert de U colère à venir ! quelle folie de ne mépriser dans les liotumcs que les seules qualités qui les rendent agréables 4 Diou , resr pectables aux anges , utiles à leurs frères 1 quelle iolie de croire qu’uu bonheur ou un malheur étemel nous attend , et de trouver ridioulas aeux qu’un si grand intérêt occupe I

Respectons la vertu, mes Frètes; elle seule sur la terre mérite notre admiration et nos hommages. Si nous sommes encore trop bibles pour en remplir les devoirs , soyons assez équitablef pour en estimer l’édat rt l'innocenoe; si nous ne pouvons (lat vivre comme les Justes , ro diaitons de le devenir, envions leur destinée; si nous ne pouvons ;>ss encore imiter leurs exemples , regardons les dérisions de la vertu , non-seulement comme des bla«plièmes contre l’Esprit saint, nuis comme des outrages faits è l’Immanité, que la vertu toute seule lionare; reproclions-nous les vices qui ne nous i>ermettent (vas de ressembler aux gens de bien , loin <le leur reprocher les vertus qui nous les rendent dissemblables; et en un mot, par notre respect véritable pour la piété, méritons d’obtenir un jour le don de la piété même.

Et vous , mes Frères , qui servez le Seigneur,

souvenez- vous qne les intérêts de la vertn sont entre vos maüis ; que les fuildesses , que les taches que vous y mêlez , deviennent , |N)iir ainsi dire, les taches de la religion même ; con)prenrz tout ce que le monde attend de vous , et quels engagements vous contractez envers le public, iorsque vous VOU.S déclarez pour le parti de la piété, et avec qnelie dignité, quelle fidélité, quelle élévation vous devez soutenir le caractère et le personnage de serviteur de Jésiu -Christ. Oui, mes Frères, soutenons svec majesté les iiiléréta de la vertu, et les regards de ceux qui la méprisent ; achetons le dioit d’être insensibles à leurs censures, en n'y donnant point de lieu ; èirçons le monde de respecter os qu’il ne sauroit aimer ; ne hisons pas de la profession sainte de la pieté, tin gain sordide , un vil intérêt , une rie d’humeur et de caprice, un titre de mollesse et d’oisiveté, une singularité qui nous lionore , un eiilêtemrnt qui nous Datte , un esprit de division qui nous sépare ; faisons-en le prix de l’étemite, la voie du ciel, la règle de nos devoirs , la ré|iaralion de nos crimes, un esprit de modestie qui nous cache , une componction qui tious liumilie, une douceur qui nous rapproche dg nos frères, une cliarité qui les souffre, une indulgence qui les attire, un es|iril de paix qui nous les lie ; et enfin , nne union de cœurs, de désirs, d’affectious, de biens et de maux sur la terre, qui sera l’image et l’es|iérance de cette union étemelle, que la cliarité doit consommer dans le ciel.

Ainsi soil-tl.

POUR LE JEl'DI DE LA QUATRlfeUE SEUAirtE DE CARERE.

Page 1