‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 190 sur 348 · SCR L.\ MORT · texte numérisé non relu

SCR L.\ MORT

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jénu ètml prea ik Ig isuie île b ville, il arriva qo'oo portolt CD terre un mort , qui étuit te lUv unique tIe u ukre.

(Lic.iT.l2-)

Jamais mort fut-elle accompagnée de circonstances plus touclianics ? c’est un fils unique , le seul successeur du nom, des titres, de la fortune de aes ancêtres, qne la mort enlève è une mère veuve et dcvolée : elle le lui ravit dans la fleur de l’âge, et è l’entrée presque de la vie; en un temps on ecliappé aux ai cideiits de l'eiiliince, et parvenu è ce premier degré de Ibtce et de raison, qui corn-

412 JEUDI D£ LA ÜUATRlEldE SEMAINE.

lueDce l’homme, il paroisaoU le moins exposé aux surprises de la mort, el laissoit enfin respirer la tendresse maternelle de toutes les frayeurs qui suivent les progrès incertains de rédncation. Les citoyens en foule accourent mêler leurs larmes 1 celles de cette mère désolée : assidus à ses cdtés, ils cherchent i diminuer sa douleur , par la consolation de ces discours vagues et communs , qu’une tristesse profonde n’écoute guère; ils entourent avec elle le triste cercueil; ils parent les obsèques de leur deuil et de leur présence : l’appareil de cette pompe funèbre est pour eux un spectacle ; mais est-il une insümction ? ils en sont frappés , attendris ; mais en sont-ils moins attachés à la vie P et le souvenir de cette mort ne va-t-il pas périr dans leur esprit , avec le bruit et la décoration des funérailles ?

A de semblables exemples , mes Frères, noos apportons tous les jours les mêmes dispositions. Les sentiments qu’une mort inopinée réveille dans nos cœurs, sont des sentimenLs d’une journée, comnte si la mort elle-même dcvoil être l’afSsire d’un jour. On s’épuise en vaines réflexions sur l’inconstance des choses humaines; mais l’olÿet qui noos frappoit , une fois disparu , le cœur redevenu tranquille se trouve le même. Nos projeu, nos soins, nos atuchemenu pour la terre, ne sont pas moins vifs , que si noos travaillions pour des années étemelles : et au sortir d’un spectacle lugubre , où l’on a vu quelquefois la naissance , la jeunesse, les titres, la réputation fondre tout d’un coup , et se perdre pour toujours dans le tombeau, on rentre dans le monde , plus occupé , plus empressé que jamais de tous ces vains objets dont oa vient de voir de ses propres yeux et toucher presque de ses mains le néant et U poussière.

Cherchons donc aujourd’hui les raisons d’un égarement si déplorable. D’où vient que les hommes s’occupent si peu de la mort, et que cette pensée fait sur eux des impressions si peu durablesPLe voici : l’incertitude de la mort noos amuse, et en éloigne le souvenir de notre esprit; la certitude delà mort noos effraie, et nous oblige à détounirr les yeux de cette triste image : ce qu’elle a d’incertain, nous endort et nous rassure; ce qu’elle a de terrible et de cerUin, nous en tait craindre la pensée. Or je veux aujourd’hui comhattre la dangereuse sécurité des premiers , et l’injuste frayeur des autres. La mort est inoertame ; TOUS êtes donc téméraire de ne pas vous en occuper, et de vous y laisser surprendre : la mort est certaine ; vous êtes donc insensé d’en craindre le souvenir , et vous ne devex jamais la perdre de vue. Pensez 4 la mort , parce que vous Dé »vez à quelle

heure elle arrivera ; pensez à la mort , parce qu’elle doit arriver; c’est le sujet de ce discours. Implorons,etc

Av» , Mario.

Le premier pas que l'homme bit dans la vie, est aussi le premier qui l’approche du tombeau : dès que ses yeux s’ouvrent 1 la lumière, l’atrèl de mort lui est prononré ; et comme si c’étoit pour lui un crime de vivre , il suffit qu’il vive , pour mériter de mourir. Ce n’étoit point là notre première destùiée : l’Auteur de notre être avoit d’abord animé notre boue d’un souffle d’immortalité ; il avoit mit en nous un germe de vie, que la révolution des temps et des armées n’auroit ni affoibli, ni éteint ; son ouvrage étoit concerté avec tant d’ordre , qu’il eût pu défier la durée des siècles, el que rien d'étranger n’en eût pu jamais dissoudre, ni altérer même l’harmonie. Le péché seul sécha ce germe divin , renversa cet ordre heureux , arma toutes les créatures contre l’homme; et Adam devint mortel , dès qn’il devint pécheur : C*etl pur le péché, dit l’Apétre , que le pécàé est entré dons le monde. ( Rom., v, 12. )

Nous la portons donc tous, en naissant , dans le sein : il semble que nous avons sucé dans les entrailles de nos mères , un poison lent, avec lequel nous venons au monde , qui nous bit languir ici-bas, les uns plus, lès autres moins; mais qui finit toujours par le trépas : nousmouroru tous les jours; cluqoe insbnl notis dérobe une portion de notre vie , el nous avance d’un pas vers le tombeau t le corps dépérit, la santé s’ose, tout ce qui nous environne nous détruit ; les aliments noas'eatrompent , les remèdes nous affoiblisseni; ce feu spirituel qui nous anime au dedans, nousoonsume, et toute notre vie n’est qu’une longueet pénible agonie. Or , dans celte situation , quelle image devroit être plus bmilière à l’iionune , que celle de la mort? Un criminel condamné à mourir, quelque part qn’il jette les yeux, que peut-il voir que ce triste objet ? el le plus ou le moins que nous avoi» à vivre, fait-il une dilTérence assez grande pour nous regarder comme immortels sur b terre ?

Il est vrai que b mesure de nos destinées n’est pas égale : les uns voient croître en paix jusqii’à l’àge le plus reculé, le nombre de leurs années, el, héritiers des bénédictions de l’ancien tem|>s , iU meurent pleins de jours, au milieu d’une nombreuse postérité; les autres, arrêtés dès le milieu de leur course, voient comme le roi Ezéebias, les portes du tombeau s’ouvrir en un âge encore florissant, el cherchant en rai», comme lui, le reste

SUR LA

i» Inn aimM; (Is. , xxxvni, 10.) fmfln , Il «n est qui ne font quesemonlrertUi terre, qui Rni*- •ent du matin an soir, 'et qui, aembiablea i U fleur des champs, ne mettent presque point d’intenralle entre l'instant qui les roit éclore , et celui qui les voit sécher et disparoltre. Le moment Eatal marqué i chacun est un secret écrit dans le livre étemel qœ l’Agneau seul a droit d’ouvrir. Nous vivons donc tous, incertains de la durée de nos jonn; et cette incertitude , si capable toute seule de nous tendre attentib 1 cette dernière heure , endort eUe-m£me notre vigilance. Nous ne songeons point à la mort , parce qne nous ne savons on la placer dans les diiforents âges de notre vie. Noua ne regardons pas même la vieillease comme leterme du moins sâr et inévitable : ledontesil’on y parviendra , qui devroit , ce semble , borner en-de(â nos erpérances , fait qne nous les étendons même andelâ de cet âge. Notre crainte ue pouvant poser sur rien de certain , n’est plus qu'un senüroent vagne et confus , qui ne porte sur rien du tont; de sorte que IWertitude qui ne devroit tomber que sur le plus ou le moins, noos rend tranquilles sur le fonds même.

Orje dis d’abord, mes Frères, qne de toutes les dépositions , c’est ici la plus téméraire et U moins sensée; j’en appelle â vous-mêmes. Un malheur qui peut arriver chaque jour, est-il pins â mépriser qu’un autre qui iw vous menaceroit qu’au bout d’un certain nombre d’années ? Quoi ! parce qu’on peut vous redemander votre ame â chaque instant , vous la posséderiea en paix , comme si vous ne deviez jamais la perdre ? parce que le péril est toujours présent , l’attention serait moins nécessaire ? et dans quelle autre affaire que celle du salut , rincertitnde devient-elle une raison de sécurité et de négligence ? La conduite de oe serviteur de l’Evangile , qui sous prétexte qne son maître birdoit de venir , et qu’il ignorait i’Iieore

de son arrivée , usoit de ses biens , comme n’en devant plus tendre compte , vous parait-elle fort prudente? De quels autres motifs Jésus-Christ s’est-il servi pour nous exhorta- â veilla sans cesse ? et qu’y a-t-il dans la religion de plus propre â réveilla notre vigilance , qne l’incettitude de ce daniajoor?

Ab ! mes Frères , si l'heure éioit naarquée â chacun de nous ; si le royaume de Dieu venoit avec observation ; si en naissant noos portions écrit sur notre front , le nombre de nos armées et le jour fatal qui les verra finir, ce pohit de rue fixe et catain, quelque éloigné qu’il pût être, nons occuperait, nous troublerait , ne nous laiaseroit pas un moment tranquilles : noos trouverions toqjosn

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