MOUT
ici-bas comme des branches séparées de leur cep; comme des ruisseaux éloignés de leur source; comme des étrangers errants loin de leur patrie; comme des captifs enchaînés dans une prison, qui attendent leur délivrance ; comme (ies enfaiiLs bannis pour quelque temps de l'héritage et de la maison paternelle; en un mot, comme des membres séparésde leur corps. Depuis que Jésus-Chrisi notre chef est monté au ciel, ce n'est plus ici le lieu de notre demeure; nous attendons la bienlieurpusc espérance, et l'avénemenl du Seigneur; ce désir fait toute notre piété et notre consolation : et ne pas desirer cet heureux moment pour un chrétien, et le craindre, et le regarder même comme le plus grand des malheurs, c'est dire anallièine à Jésus- Christ ; c'est ne vouloir avoir aucune part avec lui ; c'est renoncer aux promesses de la foi , et au litre glorieux de citoyen du ciel; c’est chercher notre bonheur sur la terre, dotiter d'un avenir, regarder la religion comme un songe, et croire que tout doit finir avec nous.
Non, mes Frères, la mort n’a rien que de doux et de desiraUe pour une ame juste : arrivée à cet heureux moment , elle voit sans regret périr un monde , qui ne lui avoil jamais paru qu’un amas de fumée , et quelle n’avoit jamais aimé : ses yeux se ferment avec plaisir à tous ces vains spectacles qu’offre 1a terre; qu’elle avoil toujours regardés comme une décoration d’un moment, et dont elle n’avoit pas laissé de craindre les dangereuses illusions : elle sent sans inquiétude , que dis-je ? avec plaisir, ce corps mortel qni avoit été la matière de toutes ses tentations, et la source fatale de toutes ses foiblesses , se revêtir de rimmortalité : elle ne regrette rien sur la terre, où elle ne laisse rien, et d’où son cœur s'envole comme son ame ; elle ne se plaint pas même d'élre enlevée au milieu de sa course, et de finir ses jours en un âge encore floi rissant; au contraire, elle remercie son Lilx'rateur I d’avoir abrégé scs peines avec ses annee'^ , de n'avoir exigé d'elle que la moitié de sa dette {K>ur le { prix de son ctemito, et d’avoir consommé dans peu j son sacrifice, de peur qu’un plus long séjour dans I un monde corrompu ne pervertît son cmiir. Ses [ violences , ses aiislérités , <jui avoienl tant coûté à la folblesse de sa chair, font alors la plus diHice de I ses |>cnsées : elle voit que tout s'évanouit, liors ce ' qu'elle a failpoiir Dieu ; que tout rahandoiine, ses biens , ses proches , ses amis, ses dignilés, hormLs ■ ses œuvres ; et elle est transportée de joie de n'avoir : |tas mis sa confiance dans la faveur des princes , dans les enfants des hommes, dans les vaines es- ; pérance.s de la fortune , dans tout ce qui va périr;
I mais dans le Seigneur tout seul, (|ut demeni c (Uer-
4ti VENDREDI DE LA üLATRIÈME SEMAINE.
nelleinent, et dans le sein duquel elle va trouver la paix Cl la Micilé que les créatures ne donnent point. Ainsi, tranquille sur le passé, méprisant le présent , transportée de toucher enfin à cel avenir, le seul ohjeldeses désirs; voyant déjà le sein d’Abraham ouveit pour la recevoir, cl le Fils de l’Honime assis à la droite du Père , tenant en ses mains la couronne d’immortalité, elle s’endort dans le Seij^eur; elle est portée par les esprits bienheureux dans la demeure des Saints, et s’en retourne dans le lieu d’oii elle étoit sonie. Puissiezvous, mes Frères, voir ainsi terminer votre course! c’est ce que je vous souhaite.
^insi 5oit-i7.
SERMON
POCIt LE VENDREDI DE LA QUATRIÉHE SEMAINE DE CARÊME.