PREMIÈRE PARTIE
Je remarque d’abi>rd trois circonstances principales dans le spectacle déplorable qu’offi e à nos yeux Lazare mort et enseveli. Premièrement, devenu déjà im amas de vers et de pourriture, il répand riiifeclioii et la puanteur : Jam fatet : et voilà la profonde corruption d’une ame dans le péché d'iiabiaide. Secouilemenl , un voile lugubre couvre ses yeux cl son visage : £t fades ejus j«dario erat Ufjata : et voilà l’aveuglement funeste d’iiue ame dans le pt chê d'habitude. Enfin, il paroil dans le tombeau les mains et les pieds lies t Liyatus pedes et utanus iuslilis: et voilà la triste
HOMELIE SUR LAZARE. m
8emtQ(ted*une ame dans le péché d’hal>i(ude. Or, c’esl celle corrupiion profonde, ce funesie aveuglement, celte tri.H(e servitude ligiirés par le spectacle de Lazare, mort el enseveli, qui forment précisément toute l'horreur et toute la rnisére d'une ame morte depuis long-temps aux yeux de Dieu.
Kn premier lieu , il u’est {>as d'image plus naturelle d‘une aine cpit croupit dans le désordre « que celle d'im cadavre déjà en proie aux vers et à U ponrriiure. Aussi les livres saints nous représen lent partout l’étal du péché sous l'idée d'une mort affreuse; el il seinhle que l'Esprit de Dieu n'a trouvé rien de plus propre que cette triste image, pour nous faire entrevoir du moins Utule la difformité d’une ame en qui le pixhé habite.
Or, la mort produit deux effets sur le corps où elle s’attache : elle le prive de la vie ; elle altère ensuite tous ses traits , et corrompt tous ses membres. Elle le prive de la vie, et c'est par là que le péché commence à défigurer la beauté de l'ame. Car, mes Frères, Dieu est la vie de nos âmes, la lumière de nos esprits, le mouvement, pour ainsi dire, de nos cœurs. Notre justice, notre sagesse, D dre vérité , ne sont que l'union d'un Dieu juste , sage, véritable, avec notre aine: toutes nos vertus ne sont que les différentes influences de son Esprit qui habile en nous : c'est lui qui excite nos bons désirs, qui forme nos saintes pensées, qui produit nos lumières pures, qui opère nos volontés justes; de sorte que toute la vie spirituelle el surnaturelle de notre ame, n’est que la vie de Dieu en nous, comme parle l’Apdlre.
Or, par un seul péché cette vie cesse , celte lumière s’éteint , cct Esprit se relire , tous ces mouvements sont suspendus. Ainsi l’arae sans Dieu est une ame sans vie, sans mouvement, sans lumière, sans vérité, sans justice, sans charité : ce n’est plus qu'un chaos, un cadavre : sa vie n’est plus qu’une vie imaginaire et fantastique ; et semb ahie à Cfs cadavres qu’un esprit étranger anime, elle piroît vivre et agir, mais elle demeure dans la mort : A'irens, mortim evf. (L Tni., v. 6.)
Voilà le premier degré de mort , que tout |KTÎié qui sépare une ame de Dieu introduit en elle : mais riiabiiiule du péché, qui est comme une mort invétérée, va plus loin. Aussi Lazare non seulement n’a plus de vie dans le tombeau ; mais , comme il est depuis quatre jmirs, la corruplinn de son cadavre commence à répandre l'infecliim : Jam /irtet, qurifridunuu.s est eniin. Car <]iioique le pieniter péché, qui nous fait perdre la grâce, nous laisse au.x yeux de Dieu , sans vie et s;rm mouvement ; on fient diie uéanmoius qu'il nous reste encore cet tamessemcLces de vie spirituelle.
certaines impressions de l'Esprit saint, certaines facilités à recouvrer la grâce penlue. La foi n’est fias riicore éteinte ; les senlimenls de vertu, pas encore effacés; la sensibilité aux vérités du salut, pas encore endurcie : c’est un cadavre, â la mérité ; mais qui depuis peu expiré, conserve encore je nes.'dsqiielU's impressions de chaleur rjui semblent partir d’un reste de vie. Mais à mesure que l’ame demeure dans la mort, el |>ersévère dans le crime, la grâce se relire; tout s'éleinl en elle, tout s’altère, tout se corminpt, el sa cornipiion devient universelle : Jam (in-tel, quatriduauus est cuim.
Je dis universelle : oui, mes Frères, tout change, tout se corrompt dans une ame par la continuité du desordre : les dons de la nature, la douceur, la droiture, riuimanîtc, la pudeur, les talents même de l’esprit, les bienfaits de la grâce, les sentiments de la religion , les remords de la conscience , les terreurs de la foi , la foi elle-nièine ; la cornipiion entre daa< tout, altère tout, et change en pourriture et en spectacle d’iiorreur, el les dons du ciel, cl les bienfaits de la terre : rien ne dcnienre dans sa première situation : tes traits les plus beaux sont ceux qui deviennent les plus hideux el les plus méconnois-sahies ; les agn^ments de l'esprit deviennent l’assaisonnement des passions el de la débauche ; les sentiments de religion se changent en libertinage ; la supériorité des Inmières, en orgueil el en mie affreuse pldlosopliie; la iiob!es>>e des sentiments n’est plus qn'iine ambition >aas borne el sans mesure ; ta Ixmte et la tendresse du cœur, qu’un al»andonnemenl à des amours impures et profanes; tes principesde gloire et d'Iionneur, qui avoienl pi>sé eu nous avec le sang de nos ana'tres, qu’une ostentation de vanité, et la source de nos haines el de nos vengeances; noire rang, notre élévation ; l’occasion de nos envies, de nos basses jalousies; enfin nos biens cl notre prospérité, l'instrument funeste de lousnoscrimes: ynm/'nffl, quafridKniiuxc.sfeiifm.
’ Mais fa corruption ne se Immc pas au pécheur tout seul : un cadavre ne saiiroit être long-temps cachés saiistpi’ime ixleiir de mort se ré|»ande à l’entour : on ne peut croupir long temps dans le desonlre, sans que rôdeur d'une mauvaise vie se fasse sentir. Ou a licau cacher sous der< mesures fM'mihles l’ignominie d’une conduite désordonnée ; on a beau blanchir le «-pulcre p'ein <le }>uurriliirc et d’infection , la puanteur se refûn l ; le crime se trahit tôt ou lard lui-méme : une fumée noire et empestée sort toujoui's de ce fen profane qu’on raclioil avec tant de soin ; une vie déréglée st manifeste par mille endruU.s : le public desabu.se ouvre enliu les y eu.x ; et plus ou est découvert, et plus on
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SC décoarre ; on s’accoutume à son ignominie ; on se lasse de la gène el de la conirninte : le crime, qui cwiie ciicore des allditions ri des mesures, pamlt trop acheté : on se dêinas<iue ; on secoue ce reste de joug et de pudeur, qui nous fais<jil encore craindre les yeux des hommes; (m veut jouir du désordre, sans précaulioii et sans embarras : et alors des domestiques , des amis , des proches ; la cour, la ville, la province, tout se seul de l’infection de nos dérèglements et de nos exemples ; notre rang, notre élévation ne servent plus qu’à rendre plus éclatant el plus immortel , le scandale de nos dérèglements ; en mille lieux nos excès servent de ntodèle : le spectacle de nos mœurs rassure peut-être en secret des eonscienres que le crime troubloil encore : peul-êire même on nous cite : on se sert de notre exemple pour séduire l’innocence, el vaincre une puduir encore crninlive; et jus^in’après notre mort , le bruit de nos dissolut ions souillera encore la mémoire des hommes, embellira peut-être des histoires lascives; et longtemps après nous, et dans les ùgesqui nous suivront, le souvenir de nos crimes fera encore des coupables.
En(in(maisje n’oserois le dire ici) la comiplion que l’habitude du crime met dans tout l’inltTieiir du péclæur est si universelle , qu.elle infecte son corps même : la délkiuche laisse sur sa clwir des traces honteuses de ses désordres : l’iiifection de sou orne se répand souvent juscjuc sur un corps ({u’il a fait servir à l’ignominie. Il dit par avance à la pourriture, comme Job : ^ous Hes mon prre: et aux vers, C'est vou.s qui m'nvez foi mà (Job, XVII, 1E);ei la corruption de son corps est une image affreuse de celle de .son ame ; Jam frlet, quatriduanus est euiin.
Grand Dieu î puis- je donc me tlaller que vous voudrez encore jeter sur moi (]iid({ues regards de miséricorde? ne frémirez- vous pas encore à la > ue de cet amas de crimes et de pourriture, que mon ame offre à vos yeux, comme vous frémissez aujourd’hui sur le toinl>cau de Lazare? Ali ! détournez, Seigneur, vos yeux saints el terribles de ma profonde misère ; mais faites (jue je ne les en détourne plus luoi-mêine, cl que je ne me regarde plus ([u’avec toute l’iiorreur (jue mon étal mérite : (Hez le Iwndeau qui me cache mni-mêmcà moimême; mes maux seront à demi guéris, dès que je pourrai les voir cl (es o.imiollre.
El voilà la seconde circonstance de l’état déplorable de Lazare ; un voile lugubre convroii son visage : £t fades ejus xwdnrio rmt iiqata : c’est l’aveuglement profujul (|ui forme le second caractère de riiahitude criminelle.
J avoue que tout péché est une erreur qui nous
fait prendre les fôax biens pour le bien véritable; c’est un faux jugement qui nous fait cherclier dans la cn'ature le repos , la grandeur, l’indépendance, que nous ne pouvons trouver qu’en Dieu seul : c'est un nuage qui dérobe à nos yeux l’ordre, la vérité , la justice , et substitue à leur place de vains fanlémes. Cependant une première chute n’éteint pas loul-à'fait nos lumières : elle n’est pas toujours suivie d’une nuit profonde. A la vérité l’Esprit de Dieu , source de toute lumière , se relire , et n’habite plu.s e n nous; mais il reste encore dans l’ame des traces de clarté : ainsi lorsque le soleil ne fait que se dérolwr à notre tiémisphère, il demeure encore dans les airs certaines impressions de sa lumière , qui forment encore comme un jour inqwrfait ; ce n’est qu’à mesure qu’il sc relire , qu’arrive enfin la nuit profonde. De même à mesure (tue le péfhé dégénère en habitude, la lumière de Dieu se retiré*, les ténèbres croissent et augmentent , et arrive enfin la nuit profonde et l’aveiigiemeut entier : /:t faciès ejus sudario erat îiffala.
Et alors tout devient une oiîcasion d’erreur à l’ame criminelle ; tout change de face à ses yeux ; les passions les plus honteuses ne sont plus que des foiblesses ; les attachements les plus criminels , des sympathies (jue nous avons portées en naissant, et dont nous trouvons la destinée dans nos cœurs; les excès de la table, les plaisirs innocents de la société ; les vengeances, un juste ressentiment ; les discours de licence el de lil>erlinage, des saillies agréables et applaudies ; les médisances les plus affreuses, un langage usité, et dont il n’y a que les esprits foihles qui puissent se faire an scrupule ; les lois de l’Eglise , des usages surannés; le devoir du temps ftascal, une bienséance qo’on donne à la coutume, el non à la religion ; la sévérité des jugements de Dieu, des déclamatioos outrées, qui font tort à sa bonté cl à sa clémence; la mort dans le pt^lié, suite inévitable d’une vie criminelle , des prédictions où il entre plus de zèle que de vérité , et démenties par la confiance qui nous promet uii retour avant ce dernier moment ; enfin , le ciel , la terre , l’enfer, toutes les créatures , la religion , le monde, les crimes, les vertus, les biens elles maux, les choses présentes el les futures, tout change de face aux yeux d’une ame qui vil dans riiabitude du crime ; tout se montre à elle sous de fausses apparences ; toute sa vie n’est plus qu’un prestige el une méprise coniinuelle. Hélas! si vous pouviez détdiirer Je voile fatal qui couvre vos yeux comme iyüx de l.azarc , et vous voir comme lui enseveli dans les ténèbres, tout couvert de pourriture , el répandant au loin l’infeclioii el une odeur de inorl î 3Iais maintenant tout cela esl ca-
IIOMELIK SüK LAZ.VUt.
ché à vos yeax, dit Jésas-ChriM : iVuiie autem hacttbteondUa sunt o6 oeuHtiuis (Li;c. , xrx, 42); TOUS ne voyez de vons-niéme qne les embellissements et les dehors pompeux du tombeau funeste où vous croupissez; votre rang, votre naissance, vos talents, vos dignité, vos titres ; c’est-à-dire, les trophées et les ornements que la vanité des hommes y a élevés; mais âtez la pierre qui couvre ce lieu d’horreur; regardez dedans ; ne jugez pas de vous par ces dehors pompeux qui ne font qu’embellir votre cadavre ; voyez ce qne vous êtes aux yeux de Dieu ; et si la corruption et Paveoglement profond de voire ame ne vous touche pas assez , que sa servitude du moins vous réveille, et vous rappelle à vous-méme.
Dernière circonstance de l’état de lauare mort et enseveli; il avoit les mains et les pieds liés : Ligatut pedes et maiius instilis : et voilà l’image de la triste servitude d’une ame, depuis long-temps assujétie au péché.
Oui, mes Frères, le monde a beau décrier la vie chrétienne comme une vie d’assujétisSement et de servitude; le règne de la justice est un règne de liberté ; l’ame fldèie et soumise à Dieu devient maîtresse de tontes les créatures; le Juste est audessus de tout, parce qu’il est détaclié de tout ; il esl maître du monde, parce qu’il méprise le monde; il ne dépend ni de ses maîtres , parce qu’il ne les sert qne pour Dieu; ni de ses amis , parce qu’il ne les aime qne dans l’ordre de la charité et de la justice; ni de ses inférieurs, parce qu’il n’en exige aucune complaisance injuste; ni de sa fortune, parce qu’il la craint ; nidesjugemenlsdes hommes , parce qu’il ne craint que ceux de Dieu ; ni des événements, parce qu’il les regarde tous dans l’ordre de la Providence; ni de ses passions mêmes, parce que la diarité qui est en lui en est la règle et la mesure. Le Juste seul jouit donc proprement d’une parfaite liberté : supérieur au monde, à loimème, à tontes les créatures , à tous les événements, il commence dès cette vie à régner avec Jésns-Clirist : tout lui est soumis , et il n’est luimême soumis qu’à Dieu seul.
Mais le pécheur , qui paraît vivre sans joug et sans règle, est pourtant un vil esclave : il dépend de tout , de son corps , de ses penchants , de ses caprices , de ses passions , de ses biens , de sa fortune, de ses maîtres, de set sujets, de ses amis, de ses ennemis, de ses protecteurs, de ses envieux , de toutes les créatures qui l’environnent ; autant de dieux auxquels , ou l’amour , ou la crainte l’a.ssujélit ; autant d’idoles qui multiplient sa servitude ; taudis qu’il se croit plus libre eu secouant l’obéissance qu’il doit à Dieu seul :
Qua est idolorum senitus ; (Galat. , v. 20) il multiplie ses maîtres en refusant de se soumettre à celui seul qui rend libres ceux qui le servent , et qui fait même de ses serviteurs les maîtres du monde , et de tout ce que le monde enferme.
Je sais que la passion dans les commencements, ménage encore, pour ainsi dire, la liberté du cn-ur : elle nous laisse croire quelque temps que nous sommes maîtres de nos penchants et de notre destinée : elle nous amuse d’un vain espoir de rompre, quand il nous, plaira, nos dutlnes : elle lâche le frein par lequel elle noos tient , de peur que nous noos apercevions trop tùl de notre servitude : mais quand une fois ebe se sent maltresse, et qu’elle ne craint plus nos retours et nos inconstances; ah! c’est alors qu’elle nous fait sentir tout le poids , et toute l’amertume de notre servitude ; £igalus pedes et manvs instilis.
Servitude honteuse par l’assojétissement de l’ame déréglée aux sens ; sa raison , sa flerlé , sa gloire, ses réRexions , tout cède au charme impérieux qui rentraine : honteuse par l’indignité des dânarefaes que la force de la passion obtient d’elle, le rang, le sexe, le devoir, tout est oublié; on dévote les rebuts les plus outrageants ; on fait les avances les plus humiliantes; on laisse entrevoir les emportements les plus indignes et les plus méprisables : honteuse par les devoirs les plus importants , et les intérêts les plus sérieux de la fortune sacrifiés à la passion injuste ; honteuse par l’avilissement et le mépris public qu’attire toujours une vie déréglée : honteuse enfin par les mœurs désordonnées continuées quelquefois jusque dans une vieillesse avancée; l’àge augmente la fragilité ; la raison , afToiblie par les anciens désordres, n’offre plus de résistance; le corps, usé par ses dérèglements, s’y laisse comme aller de luimême , et supplée par les égarements d’une imagination corrompue, ce qui manque à la vivacité de ses plaisirs : Ligatus pedes et manus insiitis.
Je ne parle pas desobstacles qui traversent toujours la passion ; des intérêts et des devoirs, qui la combattent ; des mesures et des ménagements, qui la gênent ; des contre-temps , qui la découvrent ; des situations et des dégoûts , qui l’emiioisonnent. On voudrait rompre ses clialnes, et on retombe à l’instant sous leurpropre poid.s;ct dans le crime même , insensible au plaisir devenu dégoûtant, on ne sent plus que ladure servitude qui l’a rendu aécesaire: Ligatuspedes et moiiiu instilis.
Vous vous plaignez quelquefois des rigueurs de la vertu, mon cher Auditeur; vous craignez la vie chrétienne , comme une vie d’assnjt tissement et de trktesse : mais qu’y trouveriez-vous de si
VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE
tri.ste , qu€ ce que vous éprouvez dans le désor* dre? Ah ! si vous usiez vous plaindre de l’amer* tume et de la lyraimie de vu» [tassions; si vous adez avouer les lioiibles, les dégoûts, les fureurs, les agitations de votre aine ; si vous étiez de L>unne foi sur ce qui se |)üsse de triste dans votre cœur : il n’est point de destinée qui ne vous parût piTfe* rable à la vôtre : mais vous dissimulez les inquié* tudesdu crime que vous sentez, et vous exagérez les rigueurs delà vertu, que vous ii’avez jamais connue. Mais, pour tendre la main à votre foi* blesse , continuons l'iûstoire de notre Evangile , et voyons dans la résurrection de Lazare , quels sont les moyens que la boute de Dieu vous offte pour sortir de cet état déplorable.
DELXIÊME PARTIE.
La force de 1a vertu de Dieu, dit TApôtre, ne paroit pas moins dans la conversion des peclieuis, que daus la tesurrectioii des morts : et la môme vertu suréiiiineiite, qui opéra sur Jésus-Cluist pour le délivrer du tombeau , doit opérer sur Tame depuis lung'tenips morte daus le pcclié, pour la rappeler à la vie delà grâce. J ‘y trouve seulement cette différence, que la voix toute puissante de Dieu, ii'épiouvc aucune résistance dans le cadavre qu’il ranime et qu’il iap{»elle à la vie ; an lieu que l’aine morte et corrotupue , (KHir ainsi diie , par la viei.lessedu crime, ne semble conserver encore un reste de force et de mouvement, que pour s'opposer à celte voix de vertu qui se fait eniendre dans l’abime où elle est ensevelie, et qui veut lui rendre la vie et la lumière. Cependant, (|uelque diflicile que suit la conversion d’une anie de ce caractère, et quelque rares qu’en soient les exemples, l’Esprit de Dieu, pour noiisapprendrcà ne jamais dcsespéier de la miséricorde divine, lors(]ue nous voulons sincèrement sortir du crime , nous eu propose aujourd'hui les moyens dans la résurrection de Lazare.
Le premier, c’est la confiance en Jésus-Christ. Si 1*0(1» aines clé id, dit une des »œursde Lazare au Sauveur , mou ft cre »e »eru»/ pus moi i, mais je suis que tout ce que vous dcuumUertz à Dieu , Dieu TOUS i acandei'u. Je soi» moi-méme la résmrertioii et la rie, lui rei>ond Jésus-Christ; le cruqez-ruus ? Oui, Seifjneur ^ dit-elle, y ai foujour* rrH que VOUS étiez le Christ, fils du Dieu vivant. C’est par où commence le iiiiiacle de la rcsurrecûun de Lazare, par une conliaricc entière que J l'SM» Christ est assez puissant pour le délivrer de la uior» et de la corrupUoii.
Car, UK'b El ères, ruiusion dont le démon se
sert tous les joiire pour rendre’ inutiles nos desin de conversion, et en arrêter lesdémarclies, c’est de lions jeter dans la défiance et dans le découragement : il retrace vivement à notre imagination les horreurs d’une vie entière de crime : il nous dit en secret ce que les sœurs de Lazare disent à JcRus-Cbrist, mais dans un sens bien différent: qu’il auroit fallu s’y prendre plus tôt , qu’on ne revient pas de St loin , qu’il n’est plus temps d’essayer d’un changement, et que U vieillesse et riiifeciion de nos plaies ne pareil plus laisser de ressource : Jam fatet , quattiduauus est enim. El là-dessus , on s’alandonne à la paresse et i l’indolence; et après avoir irrité 1a justice de Dieu par nos égarements, nous outrageons sa miséricorde par l’excès de notre déliance.
J’avoue , mes Frères, qu’il en coûte à uneame depuis long-temps rnorle dans le péché, pour revenir à Dieu; qu’il est difficile, après tant d’années de désordre, de se (aire un cœur nouveau et de nouvelles inclinations , et qu’il est mènie à propos que les obstacles, les peines, lesdifücultés, qui accom()agiienl toujours la conversion des âmes de ce caractère, fassent sentir aux grands pécheurs combien U est terrible d’avoir été presque une vie entière éloigné de Dieu.
Mais je dis , que dès qu’une ame toaebée de ses crimes veut sincèrement revenir à lui , ses plaies, quelles q u’en puissent être riafeciioa et la vieillesse, ne doivent plus alarmer sa confiance : je dis que ses misères doivent augmenter sa componction , mais non pas son découragement ; je dis que la première démarche de sa pénitence doit être d’adorer Jésus-Christ comme (a résurredion el la vie ; une confiance secrète , que nos misères sont toujours nuiindres que ses miséricordes; une persuasion intime, que le sang de Jésus-Cluist est plus puissant pour laver nos souillures que notre corruption ne sauroit l’être pour en contracter : je dis que moins famé criminelle trouve en elle de ressources pour la vertu, plus elle doit en attendre de celui qui se plaît à édifier l’ouvrage de la grâce sur le ueanl de la nature ; et que plus elle furiJie d’opposition au bien, plus elle offre en un sens de di>|io»ilion à la puissance et à la miséricorde divine, qui veut que tout bien paioisse venir d'en-haul, el que riionime ne s’aLrihue rien à lui-même.
El en effet, mon cher Auditeur, quelle que piibse être l’horreur de vos crimes {tassés, le Seigneur ii’est pas bien éloigné de vous faire grâce , (lès (|ii’il vous inspire le désir et lu rcsolulion de la demander. 11 est écrit dans l'bis oire des Juges, que le père de Samson, effraye de l’apiKiriiiou de