FAUTES LÉGÈRES
n’est que riniqnité et le mensuii(^ qui se détrni* sent et se coolredûent eux-mémes.
Troisièmement, cet éUitd’infidélitéet de tièdeor conduit tôt ou tard à la mort, parce qu’ü fait pren* dre tous les jours de noutelles forces à la coocu* piscence: car 1 mesure que tous bvortaer Tainourpropre, en ne lui refusant aucun des adoucissements que vous pouvez lui permettre sans crime, vous raecoutoroez peuâ peu à ne pouvoir plusse passer de tout ce qui le flatte ; vous fortifiez tontes les iodinalioas ccHTonpoes de votre ame; vous mettez en vous de nouveaux obstacles à raccomplissemenl de tous les préceptes ; vous vous rendez la loi de Dieu plus pénible , non-seulenient parce qu’il faut Taccomplir et porter le joug sans celte onction qui l’a> doucil, et qui n’est la récompense que de la fidélité; mais encore parce que vous avez laissé croître { tons les penchants qui s’opposent en vous à la loi de Dieu : de sorte qu’accomplir le précepte dans la circonstance où la loi vous j oblige, est pour vous une montagne qu’il faut franchir; une eau rapide qu’il faut remonter malgré la pente qui vous rentrai oc ; un lion furieux qu’il faut apprivoiser toutà-coup lorsque sa proie est présente; en un mot, une entreprise à laquelle toutes vos inclinaüonsse refusent, et opposent de nonvelles difficultés. Ainsi tout ce que vous vous êtes permis de malignités enveloppées, de traits mordants, de censures, de railleries, de légers mépris, de fiers refroidissements contre votre frère, par les suites d’une antipathie naturelle que vous n’avez jamais pris soin de réprimer, s’il vient à vous faire nn affront éclatant , vous rendront la loi du pardon impossible. Ainsi cette vivacité sur votre gloire, ces empressements à être distingué du côté de TtsUme, ces soins à ménager U-dessus les jugements des hommes, remporteront sur la vérité et sur la justice dans une occasion où vous ne pourrez plua sauver votre réputation sans noircir celle de votre prochain. Ainsi cet usage de mensonge et de duplicité , dans les points indifférents , dès (;ue vous serez intéressé à n’étre pas KÎncère , ne > ous laissera pas presque la liberté de vous déclarer pour la vérité, et de lui sacrifier même vos intérêts. Ainsi CCS complaisaoces douteuses que vous avez pour celte personne , ces commcnceinciiis de passions que vous négligez , vous mettront hors d’état de résister lorsqu’il s’agira d’aller plus loin : la corruption, fortifiée par toute la suite de vos démarches passées , l'emportera sur vos réflexions; vous n’en serez plus mallre; votre copor se refusera à votre fierté, à votre gloire, à vous-même. Car, mes Frères, on n’est pas long-temps fidèle , dès qu’il en coûte tant pour l’être.
An lien que celni qui travaine sans cesse à afToi* blir les mouvements de la cupidité , souffre moins quand il faut la soumettre à la loi : il trouve un CŒur docOe, et une vokmlé déjà préparée par un long exercice de violence : tant de victoires légères dans des combats où il ne s’agissoit que de la gloire, lui facilitent cdles qu’il remporte lorsqu’il s’agit du salut : tous ces petits peuples, qu’il avoit domptés sur son chemin, l’avoient ri fort accoutumé à vaincre, qu’à sa seule approdie, Jéricho tombe sans qu’il lui en coûte ni peine, ni danger; et pour le dire sans figure, une longue pratique d’abnégation dans les plus légères occasions l’a si saintement familiarisé avec la violence chrétienne , que dans la circtmstance du précepte, ahî il lui en coûteroit presque f^us pour être infidèle; il faudroit plus prendre sur lui-même, que pour accomplir la loi.
Quatrièmement , non-seulement le précepte devient pins difficile à l’ame tiède et infidèle ; mais encore le crime s*a;4anit, et elle n’y trouve pas plus de difficulté , qu’à une simple infidélité : noovelle raison qui prouve toujours que cet état ne tarde pas de conduire an péché, qui toe l’ame. En effet, le cceur par ces offenses légères multipliées, arrivant enfin comme par autant de démarches insensibles jusqu’à ces bornes périlleuses qui ne séparent plus que d’un point la vie et la mort, franciiit ce dernier pas sans presque s’en apercevoir : comme il lui restoil peu de ^emin à faire, et qu’il n’a pas eu besoin, pour ainsi dire, d’on nouvel effort , U croit n’avoir pas été plus loin que les autres fois : U avoit mis au dedans de lui des dispositions si voisines du crime, qn’il enfante le pé<^ sans douleur, sans peine, sans aucun mouvement marqué, sans connollre lui-même le fruit de rourt qu’il produit. Et voilà ce qui rend , nies Frères , l’état dont je parle encore plus terrible , c’est que d’ordinaire, on y meurt à la grâce sans le savoir; on devient ennemi de Dien, qu’on vit encore avec lui comme un ami et un enfant ; on est dans le commerce des clioses saintes , et on a perdu cette foi qui les rend utiles; on se lave sans cesse dans le bain de la pénitence , et on s’y salit de plus ! en plus : on se présente encore à la table du Père céleste ; on use encore de tous les privilèges des Justes, et on n’est plus qu’un téméraire profanateur , et il nous a depuis long-temps rejetés de sa boudie, comme une boisson tiède et d^ûlanle. Grand Dieu! aussi que de faux Justes seront surpris , lorsque vous viendrez manifester les secrets des cffurs et les conseils des consciences ! que de brebis étrangères qui vivoient en sûreté dans votre bercail, et qui se nourrissoient de vos pâturages, seront rang^ parmi les boucs ! et que les ténèbres
m VENDREDI DE LA QUATRIEME SEMAINE.
qui nous cachent icMus l'état de notre ane de- Troienl hirn alaniier notre foi et ranimer notre vi> gilance! que noua devons craindre de n’élre aemblatde. à l'inroi liiné Aman , lr(|url n'étant point informé de sa disgrâce, i inl liardinient le préaenler i la table du pi inre , et voulut user de tous les droits d'un favori, lui dont le supplice é< oit déjà conclu!
En cinquième lien, mes Frères, pour achever de vwis convaincre que cet état , où l'on ne se propose que de ne pas Iransirresser inortellement les préce|itn>, condoit infolliblrment au crime ; remarqiiea , s'il vous plaii , que la nature du ccriir humain ol telle i|ii'il re-te toujours au- Irssouade ce qu'il se propose; fiarce que l'esprit qui pruniet est prompt , et que la cliair qui e.vrcule rst fuible. Le Juste preml son essi»r pour arriver à la plus baille |ierfeciinn , et il dciiiriire dans un drgrc inferieur: nous-méines. mille fois dans des moments de rèlc et de ferveur, nous avons piis des résolutions vives de retraite, de délacliemenis , de pénitence ; et l'exécutHin a toujours diminué beaucoup l'ardeur des |H'ujel8 : il faut beaucoup eiilrc|irendre pour exécuter peu ; se promettre à soi-méme de gran les clioses pour eu venir aux médiocres, et viser bien liant pour atteindre du moins au niilien. Or, vous ne vous proposer que d'éviter les ci iines, vous visez précisément à ce point aii-desuins duquel est la mort et la prévarication ; vous resterez au-dessous; vous ne viendrez jamais â bout d'observer 1rs commanilrnients : il Iblloil vous proposer quelque rlwse de plus elevé pour en venir U. L'ex|iérience U-ilessus est décisive, et la raison n’en est pas difficile ; c'est que nos résolut ions dans la préparation du creiir et dans la pratique ne se ressemident pas ; tandis qu'elles sont enrvire dans la préparation do creiir, qui se le- propose, rien ne les contredit , rien ne les arrête ; elles ne lionvent point d’obstacles 1 combattre , point de dilBciiltée à surmonter, et là, elles ne perdent rien de leur ferveur et de leur perfrciioii ; mais dès qu’il s'airit d’execiiter, et qu'elles |iaroissrnl au dehors, ah! les mcliuaiioiis de la chair les raleid sseiil ; les ennemis de notre salut les Iravei'sen' ; les lH>muies,ou leselrraulenl (lar leursi-ductmii, ou les fonl ecliouer par leur malice; < n un mot, elles perdent toujours sur le chemin la moiiie de leur force, et on e-l heureux quand il en ichappe encore quelque ciMise, et qu'à travers Inii' ces périls . mi peut du moins sauver quelques débris du iiaiifiage.
Or, concluez île là , mon cher Auditeur, ce que vous devez vous promettre, vous qui ne vous proposez que de ne ;his transgresser ouvertement les préeepics, et qui ne vouiez (sis monter plus haut : vous n'arriverez jamais à ce point; vous succom-
berez dans toute* les ocoasinn* ; von* veos tfonvce rez toujours fort au-dessous de vos pnqeta. Aspirez à la fidélité, à la ferveur, à la vigilance, à la perfection de votre étal : Jésus-Christ ne vous a point laissé d'autres moyens ponr accomplir les commandements ; et vouloir Irsubserver sans cela, c’est entreprendre d’aller à la fin, sans passer par la voie qui seule peut j conduire.
Mais à quoi bon tant de raisons? Qu'opposereavons à l’expérienee de tous les siècles , A la vAtm même , mon cher Auditeur? faut-il tant de preuves, où vos propres msllieurs vous ont si tristement instruit? Sourenez-vous d’où vous êtes K«ibé , comme le disoit autrefois l'Esprit de Dira â cet évéque de l’Apocalypse : Utmor isto undé treiderit ; (Aroc.. il, S ) remontez à la première origine de vos désordres, voos la trouverez dans les infldélilés les pins légères : un sentiment de plaisir négligemment rejeté ; une occasion de péril trop fiéquentée; une liberté douteuse trop souvent prise; des pratiques de piéé omnes ; ta source en est presque imperceptible; le fleuve, qui en est sorti, a inondé toute la terre de votre cunir : ce lût d'abord ce petit nuage que vit Elie , et qui depuis a couvert tout le ciel de votre ame : ce fut cette pierre légère que Daniel vit dmeendre de la montagne , et qui, devenue ensuite une masse énorme, a renversé et brisé l’image de Dieu en voos ; Céloit on petit grain de sénevé , qui depuis a crd comme un grand arbre , et poussé tant de fruits de mort ; ce fut on peu de levain , qui depuis a aigri toute la pâte : JMemor ssfo undé exfûeris.
Vous n’auriez jamais cru en venir ou vous en êtes : vous regardiez tout ce qu’on disoit là-dessus , dan- la chaire chrétienne, comme des prédictions qui ne dévoient pas tomber sur voos ; vous auriez répondu de vous-méme |icur de certaine* actions sur lesquelles aujourd'hui vous ne tentez presque plut de remords : Mem»r esta «ndèexet rris. Souvenez-vous d’où vont êtes tombé : levez la léte, et considérez la proèindeur de cet abîme ; ce sont des infidélités légères qui vous y ont conduit , comme par degrés ; des démarche* insensibles qui vous ont mené si loin : souvenezvtKis d’iiù vous êtes tombé, encore nne bis; et n'appelez plus léger ce qui a pu vous conduire au fond du précipice.
C'est l'artifice du démon, mon cher Auditeur; il ne pmpoee jamais le crime du premier coup. Voyez comme il s'y prend quand il vent tenter le Sauveur du iirande; il commence par lui pnqwser de changer les pierres en pain ; c’est-à-dire, de relàrlier un peu de l’austérité de son jrilne ; de se jeter du haut du temple, c’csl-à-dira de s’exposer