‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 206 sur 348 · FAUTES LEGERES · texte numérisé non relu

FAUTES LEGERES

I^m(<ralrrmenl au r<ril, aur une huase eonfianceen la proteclkm du Seigneur : arant que d’oser lui l'ropoaer de ae pmsienier devant lui et de l’àdurer.

Ce aeroil effaroucher sa proie ; il connoU trop les roules par où il peut entrer dans le cteur humain; il sait qu'il faut rassurer peu à peu la conscience timide amlre l'horreur de l'iniqiiild, et ne proposer d’ahord que des llna hoiui^tes , et certaines iH>rnes dans le plaisir ; il n'attaque pas d’aliord en lion ; c'est un serpent : il ne vous mCne pas droit an vice ; il vous y conduit par des détours.

Grand Dieu ! vous i|ui viles dans leur nakaance les déregleiiicnls des pécheurs qui m'ccoutenl , et qui depuis en avez remarqué Itms les progrès, vous savez que la honte de celle fille chrétienne ii'a commence que par de légères complaisances et de vains projets d'une lionnéle amitié ; que les iiilidélilés de cette personne engagée dans un lien lionorahle , n’éloieni d'abord que de petits empressements pour plaire, et une secrète Joie d'y avoir réussi : vous savez qu'une vaine démangeaison de tout savoir , et de décider sur tout ; des lectures pernicieuses à la fui , pas assez redoutées ; et une secréte envie de se distinguer du côté de i'espril , ont coïKluil peu à peu cet incrédule au libertinage et i l’irréligion ; vous savez que cet homme n'est dans le foml de la déliauche et de rendurcissement , que pour avoir étouffé d'abord mille remords sur certaines actions douteuses, et s'étre fait de fausses maximes pour se calmer ; vous savez enfin , que cette ame infidèle, après une erniversion d'éclat , n'a rendu sa p emière foi vaine, et n'est revenue è son vomissement, que pour avoir mêlé quelques I adoiicLssements i sa ferveur, manqué aux précautions qu'elle s’éloil prescrites , et moins craint des occasions dont votre esprit l'avoit loul-è-eoup éloignée.

Non , mon iiher Auditeur, les crimes ne sont jamais les coupa d'e-ssai du creur. David fut indiscret et oiseux avant que d’èire adultère : Salomon | se lais,«a amollir par les délices de la royauté .avant que de paraître sur les liauLs lieux au milieu des femmes étrangères: Judas aima l'argent avant que de mettre i prix son Maître :Pierre présuma avant que de le renoncer : Magj^eleine, sans doute, voulut plaire avant que d'être la péchere-se de Jérusalem : et pour né pas sortir de notre Evangile,

1 jzare fut languissant avant ipie d'exhaler l'infection et la puanteur dans le tumiteau. Le vice a ses progrès comme la vertu : comme le jour instruit iejour, ainsi, dit le Propiièie, la nuit donne de funestes le{ons à la nuit; et il n’y a pas loin entre les infidélités qui suspendent la grâce, qui fortifient les passions, qui nom rendent inutUes lot»

les æconrs de la piété, et celles qni nous la liant tunl-t fait perdre. Or, encore une fuis , tout ce ipii peut conduire au péché et i la mort ; que dis-je ? tout ce qui y mène infailliblement , peut -il passer pour léger dans l'esiirit d’un chrétien encore touehé du soin de son salut?

Mais après tout, mon cher Auditeur, quand même on vous aoconleruit que ces inOdélik^ sont légères ; qu'auriez-vous avancé pour votre justification ? ah ! c'est pour ceia même que vous êtes moins pardonnable, lorsque vous vous les permettez de projKM délibéré : plus elles sont légères, moins il doit vous en c>‘Ater pour les éviter. Ah ! ai l’on vous drmandoit des actions héroïques, il hudroit prendre sur vuus-uiéme, et vaincre ou périr : que pmtvez-vous donc alléguer ici pour vous défendre de la fidélité à vos plus légères obligationa? ne vous comlamnez vous ;ns vous-nième par votre propre bonciie? Lorsque Naanian, indigné de ce que le prophèle ne lui ordonnoit, psuir guérir de sa lèpre , que de s'aller liaigner dans les eaux du Jourdain , se retirait plein de mépris pour riiontme de Dieu , comme si sa guérison n'eAl pu être le firuit d'un remèrle si facile; ceux de sa suite le firent revenir de son coiirronx , en lui disant : Mais, Seigneur, si l'Immme de Dieu vnusavolt ordonné des dioses dIlUciles , vous auriez dA lui obéir: et pourquoi refuseriez-vous de vous soumettre à ses ordres, parce qu'il n'exige de vous pour votre guérison , qu'une démarche au.ssi aisée que celle de vous aller baigner dans les eaux du Jourdain ?£t si ram jranrlem dijiuft tibi propheta, rerti fartrt debueras ; quanlà mugis quia «une dixit tibi : Lavare, et mundaberU. (4. Reg., V, 13. } Vous avez abanilonné votre patrie, vos lUenx , vos enfanta; vous vous êtes exposé aux périls d'un long voyage; vonsen avez soutenu toutes les incommodités pour retrouver la santé que vous avez perdue; et pourquoi après tant de démarclies pénibles refuseriez vous de tenter utt expédient aussi aisé que celui que vous propose le profibète?

El voilé, mon cher Auditeur, ce que je vous dis en finissant ce discours : Viuis avez abandonne le monde, et les idoles que vous adoriez autrefois : vous êtes revenu de si loin dans la voie de Dieu et dans le goAt de la piété ; vous avez rompu tous les engagements des passions les plus criminelles: vous avez soutenu les peines, iesdégoAt.s, les travaux , les violences d'une conversion d'éclat, il ne vous reste plus qu'un ftas à faire ; on ne vous demande plus qu'une légère allention sur vousnième : si les premiers .sacrifices de vos passions criminellès n’étoientpas encore faits, et qu'on les

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exigeât de voos, vous oe belanceriex point y rotu tes feriez, quoiqu’il dût vous en coûter : Et si rem qramUnt tibi dixisset propheta , eerii faeere dehueras. Et maintenant qu’on oe vous demande que des sacrifices l<^gers, que de simples purifica^ lions ; qu’on ne vous demande presque que les mêmes choses que vous faites , mais pratiquées avec plus de ferveur, plusdefui, plus de vigilance^ êtes- vous excusable de vous en dispenser? Quanfd üiagir^ttio dixit tibi: LavarSy et mundaberis. Pourquoi rendriez^vons tous vos premiers efTorts inutiles par ces légères infidélités ? pourquoi auriez* vous renoncé au monde et aux plaisirs criminels , pour trouver dans la piété le même écneil qne vous aviez cru éviter en sortant des voies de riniquité ? et ne seriez-vous pas â plaindre , après avoir sacrifié à Dieu le principal , de vous perdre pour lui disputer encore mille petits sacrifices moins pénibles au cteor et à la nature : Quaitfô magit quia dixit fi&i : Lavare , et mundaberis. Aclievez , Seigneur, en nous ce que votre grâce y a commencé; triomphez de notre langueur et de nos foibtesses , après avoir triomphé de nos crimes; donnez-nous un cœur fervent et fidèle, puisque vous nous avez ûlé un cœur criminel et dissolu ; inspirez-nous cette bonne volonté qui fait les Justes , puisque vous avez éteint en nous cette volonté rebelle qui a fait les grands pécheurs; ne laissez pas votre ouvrage imparfait ; et reodez-nous dignes de la récompense et de la vie immortelle qui n’est promise qu’à ceux qui auront été fidèles dans les petites choses comme dans tes grandes.

^irisi soif-if.

SERMON '

POUR LE DIUA^(:HE DE LA PASSlO'.

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