‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 207 sur 348 · SUR L'ÉVIDENCE DE LA LOI DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR L'ÉVIDENCE DE LA LOI DE DIEU

Si vrrilaUm dite vobU , quare rum creditU tniMi ?

Si Je vous dis U vérité . pourquoi ne me croyez* vous pai?

(JXAS.VUI.SS.)

Jusques ici Jésus-Chrisl avoit confondu l’incrédulilé des J uib par ses œuvres et par ses prodiges; aujourd’hui U les rappelle au jugement de leur pi opre conscience , et 1 l’évidence de la vérité , laquelle, malgré eux, rendait témoignage à sa doctrine et i son ministère. Cependant comme Us s’aveugloient sur l’évidence de ses prodiges , en l’ac:usant de les opérer par le ministère des démons ; ils s’aveogloient ansai sur l’évidence de sa doctrine et de samitsioD, si daitement prédite dans

LA PASSiOJN.

les Lcritores, en y Ironvant des obscurités qui la leur rendoient encore douteuse et suspecte.

Car , mes Frères, quelque évidente que soit la vérité , c’est-è.dire , la loi de Dieu , soit dans notre cœur , où elle est écrite en caractères éclatants et inelIaçaUes, soit dans les règles qne Jésus-Christ noué a laissées; noos voulons toujours, ou que notre conscience n’y voie que ce que nos passions y veulent voir , on que ces règles oe soient pas si claires , qu’on n’y paisse trouver des adoocissements, et des inlctprétalions qui nous soient favorables.

En effet , on appose d’ordinaire dans le monde deux prétextes i l’évidence des vérités les plus terribles de la k>i de Dieu. Premièrement , pour se calmer sur mille abus que le monde autorise , on nous dit qu’on se croit en sûreté dans cet état ; que la conscience n’y reproche rien ; et qne si l’on était persuadé qu’il y eût du mal , on en sortiroit i l’instant. Premier prétexte qu’on oppose i l’évidence de la loi de Dieu ; la bonne foi, et la tranquillité de la conscience.

On nous oppose en second lieu , que l'Évangile n'est pas si clair et si précis sur certains points , que nous le disons ; qne cliacun l'interprète à sa manière , et lui fait dire ce qu’il veut ; et que ce qui parolt si positif à noos, ne parott pas tel à tout le monde. Second prétexte ; l’obscnrité et riocertitude des règles.

Or, je dis que la loi de Dieu a un doublecanctére d’évidence, qui conroodra ces deux prétextes , et condamnera tontes les vaines excuses des pécheurs, au jour des vengeances du Seignenr.

Premièrement, elle est évidente dans la conscience du péebenr ; première réflexion. Secondement , elle est évidente dans la simplicité de ses règles ; seconde réflexion. L'évidence de la loi de Dieu daiulaconscieuce des hommes ; premier caractère de la loi de Dieu , qui jugera la fausse sécurité, et la prétendue bonne foi des âmes mondaines. L’évidence de la loi de Dieu dans la simplicité de ses règles : second caractère de la loi de Dieu , qui jugera les incertitudes affectées et les bosses interprétations des pécheurs. Et c’est ainsi , dmooDieu, qne votre loi sainte jugera le monde; et que la conscience criminelle sera un jour confonÂie devant votre tribunal , et par les lumières de son propre cœur, et parla clarté de vos célestes maximes.

Ave , Maria.

PRE»nÈRE P.4RTIE.

U est assez surprenant qne la plupart des âmes moodaiiKs noue allèguent la bonne foi et U tran-

ÉVIDENCE DE LA LOI

qDilliU de lenrcooecieDce, poor jmtilier lei abos du monde, et le danger de aea maiimes. Outre que la paix et la aécurité dana des roies rauaaes et injustes, en est plutM la punition que l’excuse ; et que quand il seroit rrai, que la eooscienoe ne reprocheroit rien dana des mœun réglées seulement selon les taux jugements du monde, cet dut ne seroit que pire et plus désespéré pour le salut ; il semble que la propre conscience est le tribunal auquel une ame infidèle devroit le mnns en appeler; et que rien n'est moins foTorable aux égarements du pécheur, que le pécheur loi-même.

Je sais qu’il est des âmes endurcies, à qui nul rayon de grâce et de lumière ne bit presque jamais ouvrir les yeux; qui vivent sans remords et sans inquiétude dans les borrents d’un libertinage affreux; en qui toute conscience parott éteiote, et qui poussent l’excès de leur aveuglement, dit saint Augustin, jusqu’à se (aire bonoenr de leur aveuglement même : ZJscarciluteipsdploriaalimi. Mais ce sont là de ces exemples rares et terribles de la justice de Dieu sur les hommes ; et s’il y en a eu sur la terre, ils prouvent seulement jnaqu’où peut aller quelquefois son abûulon et la puissanoe de sa colère.

Oui, mes Frères, soit que noos afCections de nous révolter tout bant et à découvert contre l’autorité de la loi , comme les impies et les libertins; soit que nous tâchions de l’adoucir, et de la réconcilier artificieusement avec nos passions , par des interprétations bvorables, comme la plupart des âmes mondaines et des pécheurs ordinaiires; notre conscience rend en nous un double témoignage à cette loi divine : un témoignage de vérité à l’équité età la nécessite de ses maximes; et on témoignage de sévérité à l'exactitude de ses règles.

Je dis premièrement, un témoignage de vérité à l’équité de ses maximes. Car, mes Frètes , Dieu est trop sage pour ne pas aimer l’ordre; et il est trop bon en même temps pour ne pas vouloir notre bien. Il but donc que sa loi porte ces deux caractères; un caractère d’équité et un caractère de bonté : un caractère d’équité, qui règle tous les devoirs; un caractère de bonté qui nous bsse trouver ici-bas notre repos et notre bonheur dans le devoir et dans h rè^

Aussi noos sentons an tond de nos cours, que ces règles sont justes et raisonnables; que la laide Dieu n’ordonne rien qui ne soit conforme aux véritables intérêts de l’Iiomme ; que rien ne convient mieux à b créature raisonnable que la doocenr , rhumanité , la tempérance , la pudeur , et toutes les vertus recommandées dans l’Évangile ; que les pasaions interdites par la loi, sont la seule souroe

de tous nos troubles ; que plus nous nous éloignons de la règle et de te loi , plus nous nous éloignons de la paix et du repos du cour; et que le Seigneur, en nous défendant de noos livrer aux psssions vives et injustes, noos a défendu seulement de noos livrer à nos propres tyrans, et n’a voulu que nous rendre heureux en noos rendant fidèles.

Voilà un témoignage que la loi de Dieu trouve au Ibnd de nos cceors. En vain, emportés par le charme des sens, secouons-nons le joug des règles saintes ; noos ne pouvons réussir à nous justifier à nous-mêmes nos propres désordres ; nous prenons toujours en secret les intérêts de la loi contre nous- BBèmes : nous Uoovons toujours au dedans de nous l’apologie des règles contre les passions. Noos ne saurions corrompre ce témoin intérieur de b vérité, qui plaide au dedans de nous pour Ja vertu; noos sentons toujours une mésintelligence secrète entre nos penchants et nos lumières ; la loi de Dieu née dans notre ccur, s'y élève toujouis contre la loi de la chair étrangère à l’homme; elle y maintient malgré noos sa vérité, si elle ne peut y maintenir son antorité; elle nous sert de eenseur, si elle ne peni nous servir de règle ; en on mot , elle nous rend malheureux, si elle ne peut nous rendre fidèles.

Ainsi , en vain nous livrons-nous quelquefois à toute l’amertume de la haine et de la vengeance .nous sentons bientêt que ce plaisir cruel n’est pas bit poor le eœor de l'bomme; que c’est ae punir soi-même que de bair ; et en revenant à nous-mêmes après les emportements de te passion , nous retrouvons an dedans de nous un fonds d’humanité qui en désavoue te violeoee, qui nous fait comprendre que b douceur et te bonté étoient nos premiers penchants ; et qu’en noos ordonnant d’aimer nos frères , te loi de Dieu n’a fait que consulter les senliments les plus droits et 1rs plus raisonnaUès de notre ccrur, et noos réconcilier avec nous-mêmes. Vous êtes plus juste que moi, disoit Safil à David , au plus fort de sa haine coutre lui ; jMstior t» «s quàm ego. (I . Reg., xxiv, t P.) La bonté , née dans le ccsur de tous les hommes, loi arracfaoit cet aveu , et désavouait en secret l’injustice et te dureté de sa vengeance.

En vain nous plongeons-nous dans les voluptés brutales et sensuelles , et chercfaous-nous avec fureur tout ce qui peut satisfaire des penchants insatiables de plaisir : nous sentons Uentêt que le déréglement nous mène trop loin pour être conforme à la nature ; que tout ce qui nonsassqjétitet nous tyrannise renverse l’ordre de notre première institution; et que l’Évangile, en noos interdisant les psosians voiiiptueuies, n’a bit que pourvoir à

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