‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 209 sur 348 · DIMANCHE DE · texte numérisé non relu

DIMANCHE DE

iliiile , vous qui n’avez pour la justiner que les abus du monde tout seul , et le danger de ses usages ? Croyez-vous donc que la voie du salut soit plus austère pour ceux qui funt profession de piété que pour vous? que le monde ait U-dessus <les privilèges qu’on penle dès qu’on veut servir Dieu ? Accordez-vous donc avec vous-méme : et, ou ne condamnez plus une vertu mondaine , ou ne noua justidez plus le monde lui-mème : puisque tout ce que vous bldmez daas la vertu , ce n’est que ce que le monde y met encore du sien.

Ivt pour vous (aire encore mieux .sentir combien peu là-dessus vous êtes de boiin: fui : sous vous faites honneur de redire sans cesse que nous désespérons de la foiblesse humaine; que pour s’en tenir à tout ce que nous disons dans ces chaires chrétiennes, il làudroit se retirer dans des déserts, ou'étre des anges plutdt (|ue des hommes ; cependant, rendez gloire à la force de la vérité : si un ministre de l’Kvangile venuit vous porter ici une doctrine tout opposée à celle que nous vous enseignons ; s’il venuit vous annoncer ici les mêmes maximes que vous débitez tous les jours dans le monde ; s’il venoit vous prêcher, dans celieu de la vérité, que l’Evangile n’est pas si sévère qu’on le publie ; qu’on peut aimer le monde et servir Dieu ; qu’il n’y a de mal dans les jeux , dans les plaisirs, dans les spectacles, que celui qu’on y met; qu'il faut vivre comme le monde, quand on vil dans le monde; que tout ce langage de croix , de pénitence , de mortification , de renoncement à soi-même , est pliLS fait pour les cloîtres, que pour la cour et pour les personnes d’uii certain rang : et qu’enfin,iDieu est trop bon pour nous faire un crime de mille clioses qui ont passé en usage , et dont noos voulons TOUS faire un scrupule : s’il venoil, dis-je, vous prêclier ces maximes dans ce lieu saint, qu’en penseriez-vous ? que diriez-vous de sa nouvelle doctrine ? quelle idée auriez-vous de ce nouvel apdtre ? Le regarderiez-vous comme un liomme descendu du ciel pour vous annoncer un nouvel Evangile ? le croiriez-vous mieux instruit que nous sur les vérités saintes du salut , et sur les règles de la vie chrétienne ? Vous ririez de son ignorance ou de sa folie : vous auriez peut-être liorreur de la profanation qu’il feroit de son ministère.

Eh quoi , mes Frères , ces maximes annoncées à la face des anlels vous paroltroient des blasphèmes ou des extravagances; et, débitées tous les jours dans vos entretiens , elles deviendraient des règles de raison et de sagesse ? dans la bouche d’un ministre de l’Evangile vous les regarderiez comme les discours d’un insensé; et dans votre bouche elles vous paroilroient plus solides et plus

LA PASSION

st'rieuses? vous ririez, on plutAt, vous auriez horreur d'un prédicateur qui vous les annoncerait ; et vous voulez nous persuader que vous parlez sérieusement , et que vous êtes d’accord avec vousmêmes , lorsque vous venez nous les débiter avec tant de confiance !

Ah! mes Frères, que nous sommes de mauvaise foi avec Dieu ! et qu’il sera terrible, lorsqu’il viendra venger sur les lumières de notre propre cœur l'honnenr de sa loi sainte ! Notre entêtement apparent pour les abus du monde , dont nous soutenons l’innocence , est une persuasion secrète que le monde et ses abus sont une voie de perditioa : nous justifions tout liant ce que nous condamnoas en secret : nous sommes les hypocrites du monde et de ses plaisirs ; et par une destinée bien déplorable , notre vie se passe à nous contrefaire , et 1 vouloir périr malgré nous-mêmes. Et certes, dit un apôtre , si notre cœur , malgré toute notre complaisance et tout notre aveuglement pour nousmêmes , ne peut s’empêcher de nous condamner déjà en secret, attendons-nous plus d'indulgence du Juge souverain et terrible des cœurs que de notre cœur même ? Quoiiim» si repreheiiderit ms cor nottrum ; ntrijor est Drus corde nostro , et novit omnio. (t Ep. Jua.v, lit , 'JO.)

Ainsi , mes Frères , éludiez la loi de Dieu dans votre propre conscience, et vous verrez qu’elle n’est pas plus favorable que nous à vos pa«inn« .consultez les lumières de votre cœur, et vous sentirez qu’elles s’accordent paifaitement avec nos maximes ; écoutez la voix de la vérité qui s’élève au dedans de vous, et vous conviendrez que nous ne faisons que vous redire ce qu’elle crie sans cesse aux oreilles de votre cœur. Vous n’avez pas besoin pour vous éclaircir sur la plupart de vos doutes, dit saint Augustin, de consulter des iiommes habiles : ne chercliez point hors de vous des éclaircissements et des réponses : ne sortez pas de x ousmême pour savoir ce que vous avez à faire : écoutez les décisions de votre cœur; suivez te premier mouvement de votre conscience; et vous vous déterminerez toujours pour le parti le plus conforme A la loi de Dieu : la première impression du cœur est toujours pour la sévérité de la règle contre l’adoucissement de l’amour-propre : votre conscience ira toujours plus loin , et sera toujours plus sévère que nous-mêmes ; et si vous avez besoin de nos décisions , ce sera plutôt pour en modérer la sévérité , que pour en détromper la fausse indulgence : iVoli (brut ire : in te ipsum redi ; in interiore homine habitat veritas. (S. At;c.)

Voilà, mes Frères, la premièie manière dont la loi de Dieu nous jugera un jour : cette loi ma-

ÉVIDENCE DE LA LOI

nifestëe dans la conscience du pécheur, et comme née avec lui, s’élèvera contre lui : notre cœur, man]ué du sceau de la vérité, sera le témoin qui déposera pour notre condamuatioii : on opposera nos lumières à nos actions, nos remords à nos mœurs , nos discours à nos pensées , nos sentiments secrets à nus démarches publiques , nousmêmes i noos-mêmes. Ainsi , nous portons cliacun notre condamnation dans notre propre cœur : le Seigneur ne prendra pas liors de tious les titres et les mémoires qui instruiront la décision de notre réprobation étemelle ; et l’ame devant le tribunal de Dieu , dit Tertullien , sera en même temps , et le criminel condamné , et le témoin qui déposera contre ses crimes : lUerilù igilur umiiis anima slahit aidé aulas Dei , et rea et iestis: iu tantum et rea erroris , in quantum est testés reritatés. (Tehteu..) Elle n’aura plus rien ù répondre, continue ce Père : Ai/iil hqbens dieere. Vous connoéssiez la vérité , lui dira-t-on , et vous la reteniez dans l'injustice ; vous conveniez du bonheur des âmes qui ne cherclient plus que Dieu, et vous ne le clierchiez pas vous-inéine : Deum pradirabtts , et non requirebas. Vous faisiez des peintures affreuses du monde , de ses ennuis , de ses perlidies et de ses itijustices; et vous en étiez toujours l’esclave e{ l’adorateur insensé : Diemonia abominabaris , et ilia adorabas. Vous respectiez au fond la religion de vos |iêres ; et vous vtms faisiez une glaire déplorable de l’impiété ; vous craigniez en secret les Jugements de Dien, et vous affectiez de ne point croire en lui : Judicium Dei appellabtts, ner esse credehas. Vous rendiez Justice au fond du cœur  la piété des gens de bien ; vous vous proposiez de leur ressembler un Jour ; et vous les déchiriez , et vous les [lersécuticz par vos ilérisiotis et par vos censures ; C/iristianum uomen sapiebas , et cliristianum persequebnris. En un mot, vos lumières ont toujours été pour Dieu , et vos actions pour le monde.

O mon Dieu ! Jusqu’où les hommes ne poussent-ils pas l’ingratitude et la folie? Vous avez mis en nous des lumières inséparables de notre être, qui , en troublant la fausse paix de nos passions et de nos erreurs, nous rappellent continuellement à l’ordre et à la vérité; et, par une imposture de vanité, nous nous faisons hoimeur d’être Irantpiilles dans nos égareiuetits ; tious nous glorifions d’une paix que votre miséricorde veut bien troubler encore; et loin de publier les richesses de votre grâce sur notre ame , qui nous laisse encore .sensibles à la vérité , nous nous vantons d’un eiidiircissemetit et d’uti aveuglemetit qui tut ou tard deviendra réel, et sera enfin la Juste peine d’une

ingratitude et d’une feinte si injurieuse à votre grâce. Premier caractère de l’évidence de la loi de Dieu ; elle est évidetite dans la conscience du pécheur, mais elle l’est encore dans la simplicité de ses règles.

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