SU DIMANCHE DE
la loi de Dieu est encore éridenle dans la simplicité de ses règles) et qu'ainsi les pécheurs <pit Tculent justiiler ainsi leurs Toies injustes , seront eonlbndiM nn jour, et par le téiiioigruige de leur propre cieur, et par révidence des règles saintes.
Oui, mes Frères, la lui de Dieu est lumineuse, dit le Prophète, et elle éclaire même les yeui de ceui qui voudroient se la disaiinulerà euï-mèmes: PrtreeplMm Domiiii Ineidum, lllaniiiianS oculos. (Ps., xvin , 9.) En effet , Jé us-Chrisi en veiant noos donner lui-mème une loi de rie et de vérité, poor régler nos moeurs et nos devoirs , et où l’évidence ne pouvoit être trop grande, n’aoroit pas voulu y laisser sans doute des oliscuriiés capables de nous hire prendre le cliange, et de favoriser des passions qu'il éloit venu combattre. Les lois humaines peuvent être sujettes à ces inconvénients : ennme l’esprit de l’homme qui les a inventées, n'a pu tout prévoir; il n’a pu prévenir aussi toutes les difficultés qui pouvoient naître un jotir dans l'esprit des autres hummes sur la force de ses expressions, et sur la nature même de ses règles. Mais l'Esprit de Dieu , auteur des règles saintes proposées dans l'Evangile , a prévu tous les doutes que l'esprit humain pouvoit opposer à sa loi ; il a lu dans le coeur de tous les hommes à venir les obscurités que leur curruption pouvoit répandre sur la nature de ses règles : aussi il les a enneertées d’une manière si di\ hie et si intelligible,
A simple et si sublime, que les plus ignorants, comme les plus habiles , ne peuvent y mécounullre ses volontés et les voies de la vie éternelle.
Il est vrai que des obscurités sacrées y caciieiit les mystères incompréhensibles de la fui ; mais les règles des mmurs y sont formelles et précises ; les devoirs y sont évidents ; et rien de plus clair et de moins équivoque que les préceptes de Jésus-Chr.st. Et certes il Itilloit bien qu’ils fussent clairs et intelligibles , puisqu’ils ne furent d’abord annoncés qn’è des disciples grossiers, et aux bourgades dé la Judée ; et que le sermon de la montagne, on toutes les règles des moeurs soift renfermées d’une manière si sublime et si céleste, n’eut pourtant pour auditeur que cette populace obscure qui avoit suivi Jésus-Christ au désert.
Ce n’est pas, mes Frères, qu’il ne puis.se survenir des doutes et des difficultés sur le détail des oMigatious, que l’assemblage de mille circonstances différentes ne puisse tellemenl obscurcir la règle , quelle n’échappe quelquefois même aux plus habiles; et que sur les devoirs inflnU des étals et des condii'ions , tout toit décidé de façon dans l’Évangile, qu’on ne puisse souvent a’y méprendre.
LA PASSION
Mais je dis (et je vous prie de snivre ces réflexions, qui me paroisseiil d’iine extrême conséquence, et renfei iiier tou es le.s règles des mmirs\ je dis premièrement, ipie .si sur le détail des devoirs , la lettre de la loi est (|uel(piefois douteuse, l'esprit ne l’est presque jamais; qu'on volt bien toujours de quel côté penche l’Évangile, et où nous conduit l’analogie et Tespril dominant de ses maximes : je dis qu'elles s'éclaircissent toutes les unes les autres ; <|u'elles tendent toutes au même but ; que ce sont comme autant de lumières , qui, se réunissant toutes au même point , fdrmeat un si grand éclat , qu’on ne peut plus les méconnoltre; qu’il y a des règles principales qui servent 4 résoudre toutes les difficultés particulières, et qu’eiUin , si la loi peut nous paroltre quelqiiefais équivoque, l’intenlion du législateur, par on on doit l’interpréter, ne laisse jamais de lien an doute et 4 la méprise.
Ainsi, vous votidriei savoir, vous qni vivez 4 U cour , où ramilition est comme la vertu des peraoiities de votre rang; voua voudriez savoir si c’est un crime desotiliaiter vivement les honneurs et les prospérités de la terre , de n’étre jama a content de son état , de vouloir avancer sans cesse , et de rapporter à ce seul désir loutes ses vues, tonies ses démarches , tous ses soins , tout le fond de sa vie. On vous y répond i|iie votre crenr doit être où est votre trésor , c’est-4-dire , dans le désir et dans l’espérance des biens éternels ; et que le chrétien n’est pas de ce monde. Décidez I44essus la difficulté vuiis-mènie.
Vons demandez si les jeux étemels , les amusemenls, les spectacles, et tant d’autres plaisirs si innocents aux yeux du monde, doivent être bannis de la vie clirétieiine. On vous y répond que bienheureux ceux qui pleurent ; et que malheur 4 ceux qui rient , et qui reçoivent leur consolation en ce monde. Suivez l'esprit de celle règle , et voyez où elle vou.s conduit.
Vous vous informez si ayant 4 vivre dans le monde , vous ne devez pas vivre comme le monde; si nous voudrions condainiier tous les hommes pre.s(|ue qni vivent comme vous ; el si pour servir Dieu il est nécessaire d'affecter des singularités qui vons donnent du ridicule aux yeux des autres hommes. On vous y répond qu’il ne faut pas se confomierà cesiècle corrompu; ipi’il n’est pas possible de plaire aux hommes, et d'étre serviteur de Jésus-Clirist ; et que la multitude est toujours le parti des réprouvés. C'e.st 4 vous 4 nous dire si la réponse n’est pas précise.
Vous doutez si ayant pardonné 4 votre ennemi , voua êtes encore obligé de le voir, de le servir , de
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EVIDENCE DE LA LGL m
Taider de vos bif*ns et de votre crédit; et hMI n*e<(t pas plus juste de re>erver vos grâces et vus {>ré' ferences |K>iir vos aitiüi. On vous r re[M)nd : Accablez de iMenfailsceiix qui ont voulu voteiuiiire; dite» du bien de ceux i|ui vous c<iliimnieiit; aimez ceux qui vous baissent. Entrez dans l'esprit de ce précepte» et dites-nous sM ne ré(>anil |*as une lumière sur voire doute , qui réclaircit à riiistiot et le dissipe.
Eiiiin, proposez-veiii lant de doutes qu'il voua plaira sur les devoirs » U vous sera aise de les décider par l'esprit de la loi , si la lettre n>n dit rien : car la lettre lue, dit l'Apdlre : c’esl-A-dire, s’en tenir là . ne tenir pour devoir que ce qui e»l iiuéralemeul marqué» s'arrêter à ces bornes grossières, et n'entrer |kis plus avant dans le l'untl et dans re»(»ri( qui vivilie; c’est être Juif, rt vouloir se tromper sui-iuéme. Ne nous dites donc plus, mes F rères , lorsque noiLs cundaiimons laiil d’abus que vous vous permettez sans scrupule : Mais l'Evangile n’en dit rien. Ah ! rÉvangde dit tout A qui veut Fenlendre : l’Evangile ne laisse rien d’indécis à qui aime la loi de Dieu: l'Evangile ré|xmd A tout, à qui n'y clierche qu'A s’instruire; et il va mémed’antant plus loin, et en dit ü’antanl plus, qne sans s’arrêter à regarder tm certain detail , il règle les passions tiiêines : que t>ai»s détailler toutes les actions, il va réprimer tes penciiauls qui eu sont les sources; et que sans se renfermer dans quelques circonstances extérieures des iiiu'urs, il ne iMus propose pour règles de devoir que le reiioiicemeni A nmis-uièines , la haine du m>>nde, l’araour des souffrances , le mépris de tout ce qui passe, et toute l’éten lue de ses maximes crticilianles : |>remière réflexion.
Je dis en second lieu, que ce n’est pas i'ubsciirité tie la loi, mais nos passions encore chères, (]iii forment tous nos doutes sur les devoirs; que les âmes mondaines sont celles qui trouvent pi s d'embairas et plus d'obscurités dans les règles des mœurs; que rien ne parolt clair à ceux qui vmidroienl que rien ne le fiU; quetoul pandl douteux A ceux qui ont intérêt que tout le soit : je dis avec saint Augustin, que c’est la iKume volonté toute seule, qui donne riutetligen<'e des prt‘ceptes; qu’on ne cnnnoit bien les règb-s et les devoirs que lors(|u*on les aime; qu'on n’entre dans la vétité que par la charité; et que le désir sincère du salut est le grand dénouement de toutes les diflicidlé-i : Je dis que les âmes fldèles et fervrnies n'un< presque jamais rien à opposer A la loi île Dieu; et ipie leurs doutes M>nt plutôt des alannes pieiises«ur des actions saintes, que des prétextes et des dirUcultés pour ea amoriicr Ua profaoes.
Les hommes n'ont appris à donter snr les règles des mœurs, que depuis qu'ils ont voulu les allier avec leurs passions injustes, lielas ! tout étoil presque décidti (M)ur les premiers fldèles : noas ne v oyons pas (pie dans et* siècles heiireui , les premiers pa>teurs de l'Eglise eussent beaucoup de A ré>oudre sur le détail des devoirs : ct$ volumes immen>es qui en décideul les doutes par des résolutions inûiiies ii'out paru qu'avec la corruption des mœurs : à mesure que les fldèlti ont eu plus de |kA<ioions A satisfaire , ils ont eu plus de doutes A proposer : il a fallu grossir des volumes pour résoudre des d>nicultés que la cupidité toute seule formoit; des diflicullés dcj.i toutes n-soluei dans l’Evangile, et sur Ies(]upiles les premiers Ages de la foi aiiroient été scandaii.sés «|u’on efli osé même se foniirr des doutes. Nos siècles, encore plus dissolus que ceux qui nous avoient précédés, ont vu encore croître et iiiulti|ilier A l’iidiiti res recueiU eiiuruies de cas et de résolutiiHts : toutes les règles les plus incontestables de la iiior.de de Jésus- Clii ist y sont pre«|ue devenues d< s |>n>blèmeit; U n'est (toini de devoir sur lequel la corruption n’ait eu (Us dinirultés A pro(ioMr, et au(|uel une fausse science n'ail trouvé des adoiici^setuenls : lotit y a éic agité, contesté, mis en doute : on y a vu l'esprit de l’homme se jouer de l'Esprit de Dieu; et substituer (les dortrim'.siuiiuainesA la doctrine i|ue Jesus-CluisI MOUS a a(>|M>rtée du ciel : et (|uüiqiie nous ne prétendions |ias blâmer ici universellement tous ces üüiniues pieux et liabiles, (|ai nous ont lai'i>e Ci*' aina» |>éuibles de decisions; il efll été A desirer <|iie l'EglUe se ffll pansée de ce secours; et nous ne pouvons nous empêcher de les regarder c mime des remèlen qui soin devenus eux-mémes des plaies , et comme les triste» fruits de lu iiécessilé des temps , de la dé|>ravalioii des mœurs , et de raffoiblisneiiieitt de la vérité paniii les hommes.
Les doutes sur les devoirs nalsseiii doue de la corruplioii de nos cœurs, bien | lus que de robaciirite (les règles. Lu lomière de la lui, dit saint AuguMin, rt'sseiiible à celle du soleil; mais elle a b< au luire , briller, éclater, un aieugle n'en est pas frappé: or, tout pécheur est cet aveugle; la lumièie est près de lui, l'environne, le (lénètre, entre de toutes {KirLs dans son ame; mais U est toujours lui-mëme loin de la lumière : Præxfnt est iUi. seti cum cæco prœsens est. Punfiez votre cœur, roiiiimie ce Fère, êiez-en le lundeau fatal des liassions; alors vous verrez clair dans vos devoirs, et tous vos doutes seront cclaircts : /iemoreantur iniquUates : saiœiur qwtd saudum est: letrtur pondus ah oculo: prœcepium Domint lacidum. Aussi nous voyous tous les jours qué lorf«
DIMANCHE DE LA PASSION
que, touchée de la grâce , une ame commence à prendre des mesures solides pour rétemilé , ses yeux s'ouvrent sur mille vérités qu’elle s'éloit jusque là dissimulées i elle-méroe à mesure que ses passions diminuent , ses lumières croissent , elle est surprise d’avoir pu s'aveugler si long-temps sur des devoirs qui lui paroUsent alors si évidents et si incontestables; et loin qu’un guide sacré ait besoin alors de «mlestcr et de soutenir contre elle les intérêts de la loi de Dieu , il faut que sa prudence cache, pour ainsi dire , à celte ame toucliée, toute l’étendue et les terreurs des vmtés saintes ; qu’elle la calme sur riiorrenr des désordres passés, et tempère les Trayeurs où la jettent la nouveauté et la surprise de ses lumières. Ce ne sont donc pas les règles qui alors s*éclairci.ssent ; c’est l’ame qui se dégage et sort de scs téaèlH’es : ce n'est point la loi de Dieu qui devient plus évidente ; ce sont les yeux du cœur qui s'ouvrent à sa clarté ; en un mol , ce n'est point l'Evangile qui change , c'est le pécheur.
El une nouvelle preuve de ce que j’avance , mes Frères , c’est que sur les points de la loi sur lesquels nulle passkm, nul intérêt particulier ne nous aveugle, nous sommes équitables et clairvoyants. Un avare qui se caclie à lui-mème les règles de la foi sur l’amour insatiable des richesses , voit clair dans les maximes qui condamnent l’ambition ou la volupté. Un voluptueux, qui tâclie de se justifier la foiblesse de ses penclianls , ne fait point de grâce aux iiiclinatloas basses et aux allacliemenls sordides de l’avarice. Un humme entêté de l’élévation et de 1a fortune, et qui regarde les mouvements éternels qu’il faut se donner pour parvenir, comme des soins sérieux cl solides , et seuls dignes de sa naissance et de son nom, voit toute l’indignité d’une vie «rainusenient et de plaisirs; et comprend clairement qu'un homme né avec un nom, se dégradé et se déshonore par l'oisiveté cl par l'indolence. Une femme saisie de la fureur du jeu , et d’ailleurs régulière, est impitoyable sur les fautes les plus légères, qui attaquent la conduite, et justifie élcmellenient riimocence d’un jeu outré, en l'opposant à des désordres d’une autre nature, dont elle se trouve exemple. Une autre , au contraire, enivrée de sa |Kfi sonne et de sa beauté, tout occupée de ses passions déplorables , regarde cet acliamement à un jeu étemel comme une espèce de maladie et de dérangement d’esprit ; et ne voit dans la Itonte de ses engagements qu’une foiblesse innocente, et des penchants involontaires donf nous trouvons la desiioée dans nos cœurs.
parcourez toutes les passions, et vous verrez qu’à mesure qu'on est exempt de quelqu'une, on la voit, on la condamne dans les autres; on coa-
noU les règles qui la défendent; on va même jusqu’à la rigueur envers autrui sur l'observance des devoirs qui ii’inléresscnt pas nos propres foiblesses, et on pousse la sévérité jusqu'au-delà même de la règle. Les pliarisiens, si éclairés et si sévères sur le crime de la femme adultère et sur les peines altacliees par la loi à l'horreur de cette inQdélilé , ne Toyoienl point leur orgueil, leur hypocrisie, leur haine implacable, et leur emie secrète etmtre Jésiis-Cbrist. Les ténèbres ne sont donc que dans notre propre cœur; et nous né commençons à douter de nos devoirs, que lorsque nous commençons à aimer les maximes qui les combattent. Seconde réflexion.
En effet, je vous dis en troisième lieu ; Vous croyez que l'Evangile n’est pas si formel que nous le prétendons sur la plupart des règles que nous voulons vous prescrire; qne nous outrons sa sévérité , et que nous lui faisons dire ce qu’il nous plaît. Ëcoutez-le donc lui-mème, mes Frères: nous consentons que de tous les devoirs qu'il vous prescrit vous ne vous croyiez obligés d’observer que ceux qui y sont marqués en termes si clairs et si précis qu'on ne sanroit s'y méprendre , et les méconnoilre : on ne vous en demande pas davantage, et nous vous quittons de tout le reste. £coulez-le donc : CWiii qui ne poiir pas sa ero\x ràogur jour, ei qui ve me suif pas , ne sauroif être mon disciple. (Ltc, XIV, 27.) Quiconque ne renonce pas de cœur à (ouf ce qu'il possède, et ne se renonce pas sans cesse lui-même ^ ne doit rien prétendre à mes promesses. (Ibid., 33.) £e rot/aume des deux souffre riolence. et il n'y a que ceux quiee la foiif qui en jouiront un jour. (Matt., xi, 12.) Si vous ne /‘ailes pénitence, vous périrez fous. (Lee, XIII , 5. ) U nVsl pas possible de servir Dieu et le monde. (Mattii., vi, 2i.) Malheur à ceux qui sonf dans la joie et dans ra6ondance ; et èicn/icureux ceux qui pleurent et qui souffrent icibas! (Luc, VI, 25.) Celui qui aime son père, sa femme « ses enfants , ses biens, son corps , son ame plus que moi, n'est pas digne de moi. (Ibid., xiv, 26.) Le monde se réjouira; mais vous, mes disciples, tous y serez toujours dans la irislesie de la foi , et dans les larmes de la péniiettee. ( Jean, XVI, 20.)
Est-ce moi qui parle id , mes Frères ? viens-je vous tromper par un excès de sévérité , ajouter à l'Evangile, et vous porter mes propres pensées? Foible comme je suis, j’ai moi-même besoin d’indulgence ; et si je prenois dans la foiblesse de mon cœur la doctrine que je vous annonce , héias ! je ne vous parlerois que le laugage de riiomme ; je vous dirois que Dieu est trop bon pour punir des pen-
KVIDEWCE DE LA LUI
chants qui naissent, oe semble, avec nous; qu’ü n’est pas nécessaire , pour aimer Dieu , d’étre Ten* Demi de soi-même; qoe lorsqu’on a du bien, il 6ut en jouir, et oe se rien refuser. Voilà le langage que je tiendrois ( car rtiomme livré à luimême ne peut parler que ce langage de cliair et de sang). Mais me croiriez- vous, mes Frères, je vous Fai déjà demandé? respecteriez-vous mon ministère? me regarderiez-vous comme un ange du ciel qui viendroil vous annoncer un nouvel Evangile?
Celui de Jésus-Christ vient de vous tenir un autre langage : je ne vous ai rapporté qne ses di- Tines paroles mêmes ; ce sont les devoirs qu’il vous prescrit en termes clairs et précis. On consent que vous borniez là toute votre piété , et qne tous Ûssiez tout le reste comme douteux , ou du moins ordonné en termes moins clairs, et plus susceptibles d’interprétations favorables. Ne comptez , parmi vos devoirs, que cesxègles saintes et incontestables ; nous n’exigeons rien de plus : bomez-Tous à laire ce qu’elles vous prescrivent; et vous verrez qne vous en ferez encore plus qne oous.ne demandons; et que les maximes les plus communes et les plus fomilières de l’Évaugile vont infiniment plus loin que tous nos discours. Troisième réflexiou.
Aussi je vous dis , en quatrième lieu , que si tout est presque contesté dans le monde sur les devoirs les ^us inconteslables de la piété chrétienne , c’est que FÉvangile est un livre inconnu à la plupart des (klèles; c’est que, par dh abus déplorable, on passe toute la vie à acquérir des connoissances vaines , frivoles , inutiles à l’homme , à son bonheur , à s<m éternité, et on ne lit pas le livre de la loi où est renfermée la science du salut , la vérité qui doit nous délivrer , la lumière qui doit noos conduire , les titres de notre espérance, les gages de notre immortalité, les consolations de notre exil , et le secours de notre pèlerinage : c’est qu’entrant dans le monde on a soin de nous présenter les livres qui ex|diqueni les règles de la profession à laquelle on nous destine; et que le livre où les règles de la profession du chrétien sont renfermées ; cette profession, qui survivra à toutes les autres, seule nécessaire , et la seule qui noos suivra dans l'étemiié; ce livre , d^je, est laissé dans l’oubli , et n’enlre pas dans le plan des études qui doivent occuper nos premières années ; c’est enün, que des histoires iubuleases et lascives amusent puérilement notre loisir; et que l’histoire des merveilles de Dieu et de ses miséricordes sur les hommes , remplie d’événements si grands, si sérieux, si intéressants, (|ui devroit faire toute l’occupation et toute la consolation de notre vie , ne nous paroU pas même digne de notre curiosité.
Je ne suis pas surpris après cela si nous avons besoin tous les jours de faire l’apologie de l’Évangile , contre les abus et les préjugés du monde; si l’on nous écoute avec la même surprise lorsque non* ann«>iiron< les vérités les p!iis l’ommtmes de la morale rhréiiennc, que si nous atmoncions la croyance et les mystères de ces ficuples sauvages et éloignés, iloui les terres et les niu'ius nous sont à peine connues; et si la iloclriuc rie Jésus-Christ trouve aujourd’hui la même coniradiction dans les esprits, qirel'c trouva à la naissance de la foi : c’est qu’il est des chrétiens à qui le livre de l’Evangile est presque ausd inconnu qu’il l’éloit alors aux païens; qui savent à peine si Jésus-Christ est venu porter des lois aux hommes; et qui ne peuvent soutenir un seul moment , sans ennui , la lecture de ce livre divin , dont les règles sont si sublimes , les promesses si consolantes , et dont les païens eux-mêmes, qui emhrassoieni la foi, admiroient si fort la beauté et la divine philosophie. Ainsi, mes Frères , lisez les livres saiols , et lisezles avec cet esprit de fol, de soumission, de dépendance, que i’EgUse exige; et vous en saurez bientôt autant sur vos devoirs , et sur les règles des mœurs , que les docteurs eax-mêiii& qui vous enseignent : Super omnes docentes me iiifri/ext ; gula tesfimoiiio fua medifafio mea est. ( Ts , cxviii, 99.)
Et certes , mes Frères , d’où vient , je vous prie , que les premiers fidèles poussèrent si loin la pureté des mœurs et la sainteté du christianisme? Leur annonça-t-ond’autresmaximesqtieceiles que nous vous annonçons ? leur |Mêchoi(‘on un autre Evangile pins clair et plus précis que celui que nous vous prêchons? C’étoient cependant des nations idolâtres et dissolues , qui avoient porté aux vérités de la loi les préjugé des superstitions et des plus infâmes voluptés autorisées par le culte même. Si l’Evangile renfermoil les moindres obscurités favorables aux passions, c’étoient sans doute ces premiers disciples de la foi , qui dévoient y prendre le change. D’on vient cependant qu’ils ne propœoient pas aux apôtres et à leurs successeurs , les mêmes diflicultés que vous nous opposez sans cesse pour soutenir les abus du monde et les intérêts des passions? d’où vient qu’avec plus de penchants et plus de préjuges que nous pour les plaisirs , ces heureux lidèl^ comprirent d’abord jusf|u’où, pour obéir à l’Évangile, U fdlloit se les interdire? ,
Ah! c’est qu'ils avoient nuit et jour le livre de la loi entre les mains : c’est que la piticnce et la consolation des Ecrilures étoient la plus douce occupation de leur foi : c’est que les lettres des saints
DIMANCHE DE LA PASSION
«pâtre*, et te récit de la vieet des maximes de Jé< MiS'Cliri»!, rioieiil le Keul lit-n.et IViitreiien jour* n<ilier de ces EgÜsni neiviaultii : c’est (|ii’eii un mol . pour qui lu l'Evaiiffile , tout ce qui regarde U s devoirs est liieiildi déridé. Quatiième retlexioii.
EiiOti, je dis eu detnier Jieu : Quand même il 8*y Iroiiveroit encore quelque chose d’oliscur; la lui de Dieu ne retrouve- t elle pas luiile son évidence dans l'insiruclioii et dans le minislère? Lrs chaires chiéiiennes vous aniionceiil tous 1rs jours la pureté des maxinies saintes; les |>asteiirs les paèchrnt sur les toits; les guides sacrés des cnu'^cien* ces (es coiifieut à roreiile ; des hommes pleins de zèle et de lumières les roui passer i la pasiérilé, dans des ouvrages «lignes de* meilleurs leiiips de rÉglisc ; jamais la piété des fidèles nVut plus de secours, jamais rignorance ireut moins d’excuse, jamais siècle ne fut plus éclairé, et ne connut mieux l’esprit de la foi, et Imiie l’etendue des de* voirs. Nous ne vivons plus dans ces siècles d’iguo* rance, où les règles ne snhdsioienl que dans les abus qui les avoieiit altérées, ou le miriis ère étoil smivenl pour les fidèles une occasion d'erreur et dé scandale, et où le prêtre passoit pour éclairé dés qu'il ( toit plus superstitieux que son peuple.
Il semblé, d mon Dieu f que pour nous rendre plus inexcusables, à mesure que la malice des hommes cn)ll d’un côté, la coimoissanceile la vérité, qui doit les condamner, augmente de l’aiiiret à Dieaiire que les mœurs se corrompent , les règles se développent : A mesure que la fui s’alTuiblit et s’éteint, elle s’éclaircit et se purilie; semblable à ces feux, qui en expirant jettent une plus grande clarté, et ne font jamais mieux sentir leur force et lenr éclat, que lorsqu’ils sont sur le point de s’éteindre.
Ce n'est pas qu'il u’y ait encore parmi nous des guides aveugles, et des profilièles qui annoncent Icirrs propres songes. Mais le piège n%*sl à crain- I dre que pour ceux qui veuletii bien y être tmm- { pés : quand on veut aller de i>mine foi â Dieu , on ' a bieiddt trouvé la main qui sait nous y conduire : | ce ne sont dtmc |>as proprement les faux guides | qtii nous égarent; c'est notis qui h^s cherclnm.s, ! parce qtie tious voulons nous égarer avec eux; ils \ ne sont pas les premiers au teins de notre perte, ' ils n'en simt que les npprolialeurs: ils ne nous mènent pas dans la voie de la |>erdiiii>n, ils ne font (|ue nous y laisser; et nous sommes dtja tout r(‘solus de périr dès que nous venons chercher leur j suffragr. Eu effet, on sent hieii soiuiênie le danger et l'imprudence du choix (|ue l’on fait ; plus même l’oracle est coniphiisaitl , pi «son se délie <Ie ses lumières; plus U rcsin.-cte nos passious, moins
on respecte son mmlsfère; on en ftiU même souvent le sujet de ses dérisions; on tourne eu Kdicuie une indulgence qu'on a recherdiée; on se vante d’avoir trouvé un protecteur commode des faiblesses humaines; et |»ar un aveiigietnent dont 00 ne peut parler qu’avec des larmes, on confie ton aroe et son salut éternel à un homme qu'on ne croit |»at même digne, non-seulement de respect. mais mêfiied’atietilkm et de ménagement: semblables à ces Israélites , qui un moment après avoir fledii le genou devant le veau d'or, et attendu de lui leur salut et leur ilélivranre, le l>riaèretit avec outrage, et le réduisirent en cemires.
Mats, après tout, quand l’ignorance ou rafToiblisteinetu des ministres pourroii être une oc> ca>iün d'erreur, les exemples des Saints vous détrompent. Vous voyez quelle a été dès le conimencemeiit la roule de ceux qui ont obtenu les proineMes, et dont nous lionoroiis sur la terre la mémoire et les Saints travaux : vous vo)ez que nui d’entre eux ne s'est sauvé par la voie que le monde vous vante comme si sîlre et si innocente : vous voyez que tous les saints ont fait pénitence, crucifié leur chair, méprise le monde avec ses plaisirs et ses maximes : vou.x voyez qne les ^^èeh•s . si dif* férenis entre eux pour les usages et pour les mœurs, n'um jamais rien changé aux mœurs desJgsies; qne les Saints des premiers temps éloieni faits comme ceux des derniers; (|ue les pays même les plus dissemltialdes pour nmineur et pour les manières, ont produit des Saintsqui ae smit tons re>semblés ; qne ceux des climats les plus éloignés et les plus différent'i du nôtre, ressembloient à ceux de notre nation; que dans toute langue et dans toute tribu , ils ont tous été les mêmes : qu’enflo leurs situations ont été différentes; que les uns se sont sauvés dans rubseuriié, les autres dans l’éfévalioii; les uns dans la pauvreté, les autres dans l’abondance; les uns dans la diasîpation des dignités et des soins publics, les autres dans le stience et ilans le re(ios de la solilitde : en un mot , les uns sur le fumier, les autres sur le trône ; mais <|ue la croix, la violence, le rrnoucenurnl a etc laviùe commune à tous.
Ainsi se sont sanctifié.^ dans tous les siècles et dans tons les pays 1rs princes religieux, hs saints compiér ints , les courtisans qtii ont craint le Seigneur, les magistrats clirtHlens, les vierges retirées, les femmes partageas entre JiSus-Cl»risl et les soins du mariage, les solitaires p«'niienLs, les prêtres appliqués à l’aniel saint , les lualties et les esclaves, et joiiiK»ent aujourd'hui de la bienlieureuse imnjoriiditc.
Qui êtes-vous donc pour prétendre arriver aa
DiyiiUeu • ;
TÉ du; LA LOI. 4A6
SECOND SERMON
POÜft LE OIMAOiCaB 0£ LA PASSION.
IMMLTAfiiLl eiel par d'aolres roat«s « et vous flatter qoe dans celle foule de serviieurs illustres du Dieu vivant, vous serez seul pri vilégié ? Mon Dieu ! de quel éclat n’avez-vous pas environné la vërilé pour rendre rhorame inescusable! Sa conscience la lui montre : votre loi sainte la lui conserve: 1a voii de l'Église la feii retentir à ses oreilles : l’exemple de vos Saints la lui met sans cesse devant les yeux : tout s’arme oooire ses crimes : tout prend les intérêts de votre loi contre sa fausse paix : de toutes parts sortent des traits de Imnière, qui vota porter la vérité jusqu'au fond de son ame ; nul lieu , nulle situation ne peut le mettre à couvert de œs étincelles divines sorties de votre sein , qui le pourw suivent partout, et qui en l’éciairant, le déchirent : la vérité qui devroil le délivrer, le rend malheureux ; et ne voulant pas en aimer 1a lumière, il est forcé d’en sentir par avance la juste sévérité.
A quoi tient-il donc, mon cher Auditeur, que la vérité ne triomplie dans votre cœur ? Pourquoi dtangez-vous en une source intarissable de remords cruels , des lumières qui devroivnt être au dedans de vous toute la consolation de vos («ines? Puisque, par une suite des richesses de la miséricorde de Dieu sur votre ame , vous ne pouvez réussir, omune tant d'impies et d’endurcis, à etouffer cette vérité intérieure, qui vous rappelle saas cesse à l’ordre et au devoir, pourquoi vous rr>idissez-vous contre le bonheur de votre desi iiiée ? pmirquoi tant d’effurU pour vous défendre contre vous-même? tant de diversions et de Alites pour vous éviter? Réconciliez enfin votre cœur avec vos lumières, votre conscience avec vos mœurs, vonsméme avec la loi de Dieu ; voilà le seul secret pour arriver à cette paix du cœur que vous dierdiez. Tournez-vous de tous les côtés , il fiandra toujours en venir là. L'observance de la loi est le véritable bonheur de l'homme : c'est se tromper, de la regarder comme un jong; elle seule met le cœur en lil>erté. Tout ce qui favorise nos passions aigrit nos maux , augmente nos trouNes , miilli|>lie nos liens, aggrave notre servitude; la loi de Dieu toute seule , en les réptimanl , nom met dans l'ordre, nous calme, nous guérit , nous délivre. Telle est la destinée de l’homme péctieur, de ne pouvoir être heureux Ici-bas qu'en combattant ses passions; de n'aller que par la violence aux plaisirs véritables du cœur, et ensuite i cette paix étemelle préparée à ceux qui auront aimé la loi do Seigneur.
ifiusi soif-if.