‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 213 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le caractère le plus essentiel de la loi de Jésns- ClirisL est de réunir sous les mêmes régies, leJuif et le gentil , le grec et le barbare , les grands et le peuple, le prince et les siijeis : en lui il n’y a plus d’acception de personne. La loide Mobe, du moins dans ses usages et dam ses cérémonies, n'etoU donnée qu’à un peuple seul : mais Jésus-Christ est un légblateur universel ; sa toi comme sa mort est pour tous les hommes. Il est venu de tous les peuples ne ftire qu’im peuple; de tous les états et de toutes les conditions ne former qu’un corps : c’est le même esprit qui l'anime , les mêmes lots qui le gouvernent : on peut y exercer des conditions diffo* rentes, y occuper des places plus ou moins honorables; mais c’est le même mouvement qui en régit tous les membres. Toutes ces distinctions Oïlieiises qui divisoienl autrefois les hommes, sont anéanties par l’Évangtle : celle loi sainte ne connoil plus ni pauvre, ni ridte, ni noble, ni roturier, ni maître, ni esclave; elle ne voit dam les iiommes que le litre de fidèle, qui lt*$ égale tous; elle ne les distingue point par leurs noms ei par leors places, mais par leurs vertus; et les us grands à ses yeux sont ceux qui sont les plus saints.

Cependant une seconde illusion assez ordinaire contre riminiiiabilité de la loi de Dieu , c’est de se persuader qu’elle cliange et s’adoucit en faveur du rang et de la naissance; que ses obligations sont moins austères pour les personnes nées dans t’éiévaüoo ; et que les obstacles que les grazKles places,

et les mflpitn attachées à la grandeur, mettent à l’observance des devoirs ^«^èrés de l’K^angile, et qui en rendent aux grarxis la pratique presque impossible , en rendent aussi la iransgiessHui plus innocente. On se figure que les abus permis de tout temps par l’usage aux grands, leur .sont accordés par la loi de Dieu , et qu’il y a une autre voie de salut pour eux que pour le peuple. De là toutes les lois de l’Eglise violées; les lemp.'« et les jours consacrés à l’absiinence, cuiifundus avec le reste des jours , sont regardés comme des|H iviléges refusés au vulgaire, et réservés au nom seul et à la naissance : de là ne vivre t|ue pour les sens, ii'éli'e attentif qu à les satisfaire , ne refuser rien au goiH , à U vanité, à la curiosité, à ruisiveié, à l’ambitioii , faire «ni Dieu de soi-même ; la même |>rospérité qui facilite tous ces excès , les excuse et les justifie-

Mais, mes Frères, je l'ai déjà dit, l’Évangile est ta loi de tous les hommes : grands, peuples, TOUS avez tous promis sur les font- sacrés de l’observer ! l’iiiglise, en vous recevant au nombre de ses enfants, n'a pas proposé aux grands d’autres vœux a faire, et d’autres règles à praliijuer qu'au simple peuple : tous y avez tous fait les mêmes promesses; tous jure, à bi face des autels, d’observer le même Evangile: l’Église ne vous a pas demandé alors, si, par votre naissance sehrn la dtair, vous étiez grand ou peuple; mais si, par votre renaissance en Jésti>-Chrisi , vous vouliez être fidèle, et vous engager à suivre sa loi : sur le serment que vous en avez fait , elle a mi^ l’Évangile sailli sur voire tête, pour marque que vous TOUS soumettiez à ce joug sacré.

Or, mes Frères , toits les devoirs de l’Évangile ae réduisent à deux points. Les uns sont pro; o-és pour combattre et afToiblir ce fonds de cumpi ion que nous portons en naissant , les autres pour (lerfectionner celte première grâce du dirilien que nous avons reçtie dans le baptênie : c’est à-dire, les uns pour détruire en noos le vieil Adatn; les autres pour y faire croître JéMis Christ. La violence, le reixincenient , la mortification, re;.Mrdeiil le premier; la pnère, la retraite, la vigilance, le mépris du monde, le désir îles biens invistliles, sont rinfermés dans le second : voilà tout l'Evangile. Or, je vous demande, (ju'y a-t-il dans ces deux sortes de devoirs, dotil le rang et la nai>sance puissent vous dispenser?

Devez-vous tnoins prier que les attires fidèles ? avez-vous moins de grâces à detiiander qu’eux, moins d’ulisiacles à vaincre, moins de pièges à éviter, moins de desirs à comliatlre? Hélas! plus vous êtes élevé j plus les périls augmenteot, plus

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/riiO DIMANCHE DE

les occasions de chute naissent sons vos pas , plos le monde vous devient aimable , plus tout fevorise vos passions, plus tout contredit vos bons désirs : est-ce dans une situation si terrible pour le salut, que vous trouvez des privilèges qui vous le rendent plus doux et plus commode ? Donc plus vous êtes élevé , plus la mortification vous devient nécessaire , parce que plus les plaiârs corrompent votre cœur; plus la vigilance est indispensable, parce que les périls sont plus fréquents ; plus la foi doit être vive, parce que tout ce qui vous environne rafToiblit et l’éteint ; plus la prière doilétre continuelle , parce que les grâces pour vous soutenir doivent être plus abondantes; la pauvreté de cœur plus héroïque, parce que les aitacbements aux choses d'ici-bassonl plus inévitables: enfin plus vous êtes élevé , plus le salut vous devient difficile; voilà le seul privilège que vous pouvez attendre de votre clcvalion. Aussi, grand Dieu! vous nous avertissez souvent que voire royaume n’est que pour les pauvres et les petits : vous ne pariez de la difficulté du salut pour les grands et les paissants, qu’en des termes qui senibleroient leur ôter tout espoir d’y prétendre, si nous ne savions que vous voulez le salut de tous les hommes , et que votre grâce est encore plus puissante pour nous sanctifier , que la prospérité pour nous corrompre.

Et certes, mes Frères, si la grandeur et l’élé- TiUtHi rendoient noire condition plos henreuse et plus ftvorable par rapport au salut , en vain la doctrine de Jésus-Cluist nous apprendroit à craindre les grandeurs et les prospérités humaines : en vain on nous diroit , que bienheureux ceux qui pleurent et qui sont aHligés ici-bas ; que malheur à ceux qui se réjouissent et qui sont dans l’abondance : et qu’enfin recevoir sa récompense dans ce monde , par les biens et les honneurs passagers qu’on y reçoit, c’est un préjugé presque certain qn*on ne doit pas l’attendre dans l’autre. Âu contraire, la grandeur et la prospérité deviendroient on état digne d’envie, même selon les règles de la foi : il faudroit appeler heureux, contre la maxime de Jésus-Christ, ceux qui sont dans les plaisirs et dans l’opulence; pub;que, outre les douceurs d’une fortune riante, ils y trouveroient encore une voie de salut plus douce et plus aisée que dans un état plus obscur : ceux qui souffrent, et qui sont afOigés ici-bas, seroient donc les plus mallieureux de tous les hommes, puisqu’à toutes les amertumes de leur condition , il faudroit encore ajouter celles d’un Évangile plus rigoureux et plus austère pour eux que pour les personnes nées dans l’abondance. Quel nouvel Évangile Audmt-U vous aouoncer, mes Frères, si c’é-

LA PASSION

toient là les règles de la morale de Jésus-Clirist !

Mais je n’en dis pas assez. Quand la prospérité n’exigeroil pas des précautions plus sévères par les périls qui l’environnent, elle exigeroil du moins des réparations plos rigoureoses par les crimes et les excès qui en sont inséparables. Hélas ! mes Frères, n’est-ce pas parmi vous que les passions ne connoissent (dus de bornes; que les jalousies sont plus vives, les haines pins immortelles, les vengeances plus honorables, les médisances plus cruelles , l’ambition plus démesurée, les voluptés |du8 monstrueuses ? N’est-ce pas parmi les grands que la débauche plus affreuse raffine même sur les crimes communs; que les dissolutions deviennent un art; et que pour prévenir les dégotUs inséparables du dérèglement , on cherche dans le crime, des ressources contre le crime même ? Quelle indulgenoepoQvez-vousdonc vous promettre du côté de la religion? si les plus justes sont redevables de toute la loi, les plus grands pécheurs en seroientils décliargés ? ülesurez vos devoirs sur vos crimes, et non sur votre rang : jugez de vous-méroe par les outrages que vous avez faits à Dieu, et non par les vains hommages que les hommes vous rendent : comptez les jours et les années de vos crimes , qui seront les litres étemels de voire condamnation, et non pas les années et les siècles de l'aotiquilé de votre race, qui ne forment que de vains titres écrits sur la cendre de vos tombeaux : examinez ce que vous devez à Dieu , et non pas ce que les hommes vous doivent. Si le monde devoil vous juger , vous pourriez vous promettre des dislinctions et des préférences ; mais le monde sera lui-mème jugé , et celui qui le jugera et vous aussi , ne distinguera les hommes que par les vices ou les vertus. Il ne demandera pas les nonis , il ne demandera que les œuvres : mesurez là-dessus les disüncUoDS que vous devez atteadre.

Aussi , mes Frères , mms ne voyons pas que Jésus-Christ, dans l’Evangile, proposàlaux princes du peuple, et aux grands de Jérusalem , d'autres maximes qu’aux bourgades de la Judée , et à ses ^sdples, tous tirés de la lie du peuple : U parie dam la cap laie de la Judée , et devant ce que la Palestine avoil de plus illustre , comme il parle sur les bords de la mer ou sur la montagne, à cette populace obscure qui le suivoit ; ses maximes ne drangent point avec le rang de ceux qui l’écoutent. La croix , la violence , le mépris du monde , le re noncemeni à soi-méme , la séparation des plaisirs; voilà ce qu’il annonce à Jénisalem , le siège des rois, comme à Nazareth , le lieu le plus obscur de la Judée; à ce jeune homme qui possédoit de si grands bieus, comme aux eobnls de ^^ébédée, qui

IMMUTABILITÉ DE LA LOI

n’aToient que leurs fileU pour héritage; aux sœurs de Lazare, d’un rang dUUngué dans la Palestine , comme à la femme de Samarie , d’uoe oondiüoa plus obscure ; ses eimemU eux-mémes avoooient que c’étoit là son caractère propre, et étoienl for* césde lui rendre cette justice, qu’il eweignoit la voie de Dieu dans la vérité , et qu’il n’avoit égard ni au rang ni aux personnes. Scimus guia terox

es , et viam Dei tn veritale doces : non eiiim

respicis personam hominum. (Matth., xxii,16.)

Que dis-je! après sa mort même, l’Evangile ne parut une doctrine descendue du ciel, que parce que , annonçant aux grands et aux puissants des maximes tristes et crucifiantes , si incompati* blés en apparence avec leur état , ils ne laissèrent pas de se soumettre au joug de Jésus-Cbrisl, et d’embrasser une loi , qui , au milieu de leur pro- ^«rité et de leurabondance, neleurpennettoitpas plus de douceurs et de plaisirs ici-bas, qu’aux pauvres et au simple peuple. Et en effet, mes Frères, pourquoi les premiers défenseurs de la foi auroieni-ils regardé la conversion des Césars et des puissants du siècle , comme une preuve de la vérité et de la divinité de rÉvangile? Qu’y auroit-il de si surprenant , que les riches et ies puissants eussent embrassé une doctrine qui les distingueroit du peuple, par une plus grande indulgence; qui, tandis qu’elle prescriroit aux autres les larmes, les jeûnes , les croix , la violence , se relâcberoit en faveur des grands, et consentiroit que les profusions , les plaisirs, les sensualités, les jeux , les spectacles , si rigou reusement interdiu au commun des fidèles, devinssent une occupation innocente pour eux; et que ce <fui est une voie de perdition pour 1&S autres, fût pour eux seuls la voie du salut ? Ce scroit donc la sagesse du siècle qui auroit établi l’Evangile , et non pas la folie de La croix : ce seroieut les artifices et les égards humains, et non pas le bras du Tout-Puissant : ce seroit la diair et le sang, et non pas la vertu de Dieu ; et la conversion de l’univers n’auroit rien de plus merveilleux, que rétablissement des superstitions et des sectes.

Et au fond , mes Frères , de bonne foi , si l’Evangile avoit des distinctions à faire , et des complaisances à accorder; si la loi de Dieu pouvoit relâcher quelque chose de sa sévérité, seroit-ceen faveur de ceux qui naissent dans l’élévation et dans l’abondance ? Quoi! elle consen*eroit toute sa rigueur pour les pauvres et pour les inalbeoreuxP elle condamneroit aux larmes, aux jeûnes, à la pénitence, au dépouillement, ces infortunés dont les jours ne sont presque mêlés que de souffrance et d’amertume, et qui ne goûtent rien de plus

doux dans leur état que de manger avec sobriété on pain gagné à la sueur de leur front ? et elle déchaigeroit de ces devoirs rigoureux les grands de la terre? et elle n’exigeroil rien de pénible de ceux dont les Jours ne sont diversifiés que par la diversité des plaisirs? et elle réserveroit toute son indulgence pour ces âmes molles et voluptueuses qui ne vivent que pour les sens , qui ne croient être sur la terre que pour y jouir d’une injuste félicité , et qui ne connoiasent point d’autre Dieu qu’ellesmémes?

Grand Dieu ! c’est l’aveuglement que votre justice répand sur les prospérités humaines : après avoir corrompu le cœur, elles éteignent encore toutes les lumières de la foi. 11 est rare que les grands, si éclairés sur les intérêts de la terre, sur les vmes de la fortune et de la gloire, sur les ressorts secrets qui font mouvoir les cours et les empires , ne vivent dans une ignorance profonde des voies du salut ; le monde les a si fort accoutumés aux préférences, qu’ils se persuadent devoir en trouver aussi dans la religion. Parce que les hommes leur tiennent compte des plus légères démarciies qu’ils font en leur faveur, ils croient, 6 mon Dieu ! que vous les regardez des mêmes yeux que l’homme; et qu’en remplissant quelques fuibles devoirs de pieté, qu’en faisant quelques légères démarches pour vous, ils vont encore au-delà de ce qu’ils vous doivent ; comme si leurs moindres œuvres de religion trouvoient un nouveau mérite dans leur rang, au lieu qu’elles ne le trouvent à vos yeux que dans la foi et la diarité qui lesanime.

C’est ainsi, mes Frères, que la loi de Dieu, immuable dans son étendue, est la même pour tous les états, pour les grands et [»oui le peuple. Mats elle est encore immuable dans toutes les situations de la vie ; et il n’est ni conjoncture difficile , ni perplexité , ni péril apparent , ni prétexte du bien public, où la violer, et même l’adoucir, devienne un tempérament légitime et nécessaire ; ce devoit être ici ma dernière réQexion; mais j’abrège, et je poursuis.

Oui , mes Frères, tout nous devient raison et nécessité contre nos devoirs, c’est à-dire, contre la loi de Dieu ; les situations les moins périlleuses, les conjonctures les moins embarrassantes noos fournissent des prétextes pour la violer avec sécurité , et nous persuadent que la loi de Dieu seroit injuste, et exigeroil trop des hommes, si dans ces occasions elle n’usoit d’indulgence à notre égard.

Ainsi , la loi de Dieu nous ordonne de rendre à chacun ce qui leur appartient, de nous retrancher pour payer des dettes accumulées par nos excès, et de ne pas permettre quedes créanciers maihen-

Jm DIMANCHE DK

reux sonffrrnt de no« profusions insensées : cepM* danlf pn se persuade f|iie dans une jçrande place y il faut soutenir l'éclat li'une dtntiiité publiqaei que l'bonueiir du maître demande qu'on ne lalsae paS avilir |tar des deliots obscurs fi rampanis, leposie élevé qu'il nous a conlié ; qu'on est redevable ao prince, à l'éiai, â soi-mènie, avant que de l’éire aux pariiciiliers; et que la bienséance publique rein)mrie alors sur la règle particiiHère.

Ainsi, la loi de Dieu nous enjoint d’arracher l'cril qui scaruUlise. H de le jeter bien loin de nous; de nous sf'parer d’un objet quia été de tout temps réciieil de notre innocence, et auprès duquel nous ne saurions être en sAreié : cependant , Të* fiai <|iie feroit une niplure, les soupçons qu'elle pou roit réveiller dans l’esprit du pulriie, les liens de société, de parenté, d'amitié, qui semblent rendre la séparation impossible sans éclat , nous ' persiiadcut qu’elle n’est pas alors ordonnée, et qu'un péril devenu comme nécessaire, devient pour nous une sûreté.

Ainsi , la lui de Dieu nous commande de rendre gl iif à la vérité, de ne pas irakirnotreconsciènee en la retenant dans l'injustice; c’est-à-dire, de ne pas dissimuler par des intérêts humains à ceux à qui notre devoir notis oblige de l’annoncef : ce> pendant, on sc persuade que des vérités qui ieroicnl utiles , doivent être supprimées; et qu’une liberté dont tout la fruit seroii d’exposer notre for> tune, et de nous rendre odieux sans rendre meU* leurs ceux i qui nous devons la vérité , seroil plu* tôt une iiidisci'étioii qu'une k>i de charité et de jmtice.

Ainsi , la loi de Dieu nous prescrit de ne chercher dant les Mùiis publics ({lie l'utilité des peuples, pour qui seuls Kniiioriié nous est condée ; de nous ~ regarder comme chargés des intérêts de la muiti* luite , comme les vengeurs de l’Injustice, les asiles de l'oppre sion et de la misère : cependant , on croit se trouver dans des conjonctures oit il faut Ibrmer les yeux à riiiiquité , .soutenir des abus que 1*00 conmiU iusou<en^bles, sacrilier sa conscience et son devoir à 1a nécessité des temps, et violer sans siTiipule règles les p' us claires , parce que les iiicoinénienisqiniiatiroieut de leur observance, semblent en rendre la transgression necessaire. Enlin . les prétextes, les intérêts, les incotivénients iiuinains fout toujours peivctier la baaiicede leur côté; et le devoir, et la oi de Dieu cede toujours à la nécessite des temps et des conjonctures.

Or, mes Trères , je ne vous dis pas, premièrement, que i'iiiiérét du salut est le plus grand detouslesiiuérêu; quels vie. la fortune, la répiitaiioa , runivers eoUer luà-mèiiK mil ea partUête

LA PASSION

avec notre ame, ne doit être Compté pour rien ; et que quand te ciel et la (erre cluingeroient de face , que le inonde entier détroit |>enr. et tous les maux fondre sur notre tête, ces inoonveuiems seroieiit toujours iiiKnimini moiiidres que U iransgressiOD de la loi de Dieu.

Je ne vous dis pas , aecondement , que la loi i toujours) dp moins, la sûreté pour elle c titre lé prétexte, parce que l'obligation de la loi est claire et précise, au lieu que la justice du prétexte qui introduit l'exeeptlon , est toujours douteuse ; et qu’ainsi , préférer le prétexte à la loi , c’est Uii-ser une voie sûre, et en choisir une autre dont per* tonne ne peut répoiulre.

Enfin, je ne vous dU pas que l'Evangile ne nous ayant été donné que pour nous détacher du ii o ide éi de nous-mêmes, et nous faire mourir à tontes nos afTecUonS terrestres, c’e-t s’abuser de reganler comme des inconvénients certaines suites de cette loi divine , funestes ou i notre fortune , ou à notre gloire , ou à notre repos, et nous persuader qu’alors il nous est pe rmis de recourirà desexpéd enis qi i l’adouei)e>enl , et (|ui en concilient la sêverilé avé! b*8 intérêts de n tre i nour-pmpre. Jésos- Christ n'a pas prétendu nous prescrire des devoirs belles, commodes, et qui ne prissent rien sur nos passions : il est venu porter le g'aive et la séparalion dans les cœurs ; séparer l’homme de ses prodies, de ses amis, de lui-même ; nous montrer une voie rude et malaisée à tenir. Aimti, ce que nousappelonsinconvénieiils, etextrémités inouïes, ne sont an fond que Pespril de la loi, les conséquences les plus naturelles des règles , et U fin que Jésus-Christ s’étoit proposée en noos les prescrivant.

O jeune homme de l’Évangile, regardoit comme un inconvénient de ne pouvoir aller rendre les derniers devoirs à »m père , et recueillir .«a succession , s'il siiiviiU Jé.sus-Chrisl; et c'e^t précisément ce sacrifice, que Jésus Christ exis^oit de lui. Ces hummés appelés au festin reganloient comme un inconvénient; l'un, d’abanduimer sa iiiaisun des clumps; l'autre, sou commerce; le dernier, enfin, de suspendre la solennité de ses noces; et c’éioit pour rompre tous ces liens qui les attaclioient encore trop i la terre, que le père de f mille les invite de venir s'asseoir au fistin. Eslber regardoit d’abord comme un iiiconvénieiit d’aller paroltre devant Assuérus contre la loi de l'empire, eide se déclarer fille d'Abraham, et protectrice des enfants ü'Lsraél; et ce()endant, comme lui représente le sage M inJochée, le Seigneur ne l’avoit élevée à ce point de gloire et de prospérité qué pour oetlé occaiiou hoportaaié.

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Toot ce qui noos nons paroU nne raison Conire la lot; et nous prenons pour des infon^é* nients les obli^tions mêmes.

D*ailîeiirs. mes Frères, n’esl-il pas certain que le principal mérite de nos devoirs, se lire îles obstacles qui ne manquent jamais d’en contredire la praiiijne; que le caractère le plus essentiel de la loi de Jésus Christ , est de soulever contre elle toutes les raisons de la chair et du san?; et que te vertu ressembleroitau vice, si elle ne Irouvoit au dehors et au detlaas de nous , que des fdcilités et des convenances 7 Les Justes, mes Frères, n’ont Jamais été paisibles obsenateurs des règles sain* les : Abel trouva des inconvénients dans la jalousie de son propre frère; Noé, dans rinciednliié de ses citoyens; Abraham, dans les dtspuie-i de ses serviteurs; Joseph, dans les périls où l’exposüit l’amour de la pudeur, et la fureur d’une femme infidèie; Daniel, dans les n<ages d'une cour profane; le pieux Cstlras, dans les mœurs de son siècle; le généreux Éléazar, dans les piéçes d’un tempérament spécieux : enlin, suivez l'hte* toire des Justes, et vous verrez que dans tous les siècles , tous ceux qui ont marché dans les préceptes et dans les ordonnances tie la loi , ont trouvé des inconvénient s mi la justice elle-niême sembla It autoriser la transgression des r^les ; ont rencontré en leur chemin des obstacles , où les himièrrs d’une raison humaine sembloienl décider en faveur du prétexte contre la loi ; en un mot, oii la vertu sembloit conilamncr la vertu même ; et qu’ainsi U n’est ;ias nouveau à la loi de Dieu de trotiver des obstacles; mais qu'il nouveau de préiemlrc trouver dans ces obstacles des excuses légitimes, qui notts dispensent de la loi de Dieu.

Et la raÎM)n décisive qui confirme celte vérité , c’est que nos passions seules forment les inronvé* nienls qui mtus autorisent A chercher des (empé* raments à nos devoirs et A la loi de Dieu ; et que des vues de fortune , de gloire , de faveur , ne nous engagent à certaines démarches, ne les Jiistineiit à nos yeux , malgré l’évidence des règles qui les condamnent , que parce que nous aimons plus notre gloire et notre fortune que les règles mêmes.

Mourons au monde et A nous , mes Frères ; rendons A notre cœur les sentiments d’amour et de préférence qu'il doit A son Seigneur : alors tout nous paruilra possilde; les difficidlés s’aplaniront en im instanl; et ce que nous appelons inconvénients , ou ne sera plus compté pour rien , ou noua le regarderons comme les épreuves inséparables de la vertu , et non pas comme les exciisi's du vice. Qu’il est aisé de trouver des prétextes cjuand on les aime ! Les raisons ne manquent Jamais aux

passions : ramour-propre est liabîle à metirp toujotjrs du moins les apparences de son cété ; il change toujotirs nos foible^ses c»i devoirs , et nos penrlianls devlt^nnent lùenlét des tiires iegiiinuMi: et ce qii’d y a ici de plus déplorable, dit 'ami Augustin , c’est que nous apjielons te religion même au secours de no» paa.sions ; que nous prenons dans la piété des niotitH jiour violer les règles de la pidc njême; et que nmis recourons A des prétextes sainU , pour anioriser des cupidités injiisies; El mufti SHiit talM qui eliam putfHt ad mulupfi^ eauda dfleriamentn Utrena, refigioneiu tufjiaga i dfbere rhri$Uanam. (S. Atc.)

Cesl ainsi , d mon Dieu ! que nous passons presque toute la vie A nous séduire noiis-niémes: que iKMiH n’employons les lumières de notre raison . qu’à ob.-eiireir celles de la foi ; que nous ne consumons le ;»eu de jours que lions avons A passer sur la terre, rpi'A chercher des au o- liés à nos passions, qu’à imaginer des siloations où nous croyons pouvoir vous désobéir inqmnéinent : c’est A-dire, que tous mis soins, tontes nos réflexions , tonte la supériorité de nos vues , de ni'S lumières, de nos talents , tonie la .‘ajevse de nus mesiirt s et de nos conseils . se Ixirne à nous perdre , et à nous d< giiiser à nous-tnèiiies notre perle éternelle.

Evitons ce malheur, mes Frèrc' ; ne comptons de voie sùrc pour nous, (|iie celle des lègles et de la loi; et souvenons-nuus qu'il y aura (dus de (>échein-s condamnés par les prétextes qui scmb’eut autoriser les iransgresslww de la loi , (pie fwr les Crimes déclarés (pd la violent. Cesl ainsi que la loi (le Dieu , ap> ès avoir été la règle de mis mœurs sur la terre , en sera la coasoLilioii cicriielle dans le ciel.

.JiHîi îoiMf.

SERMON

POIR LE l.l’NDI DE LA SEMAISF. DE LA PASSIOX.

SUR L’EMPLOI Dü TEMPS.

Adhuc modicum tfmpus tubiacNm «um.

Je »uij encore avec vous un | ea de temps. (Jxuv. vu. SS.)

I.a source de tous les déi-ordres qui régnent parmi les hommes , c'tsi l'usage in U'ir du trm(>s. Les uns itassenl toute la vie dans l’oisivtté il dans la paresse, iimiiles à la (lairie , à leurs ciiOieD'i, A eux-mêmes : les antres , dans le liiinulle des affaires et des occupations huiuaiues. Les ons ne

LUNDI DE LA PASSION

semblent être sur la terre , que pour y jouir d’un iiiiligne repos , et se dérober par la diversité des plaisirs à l’ennui qui les suit partout , à mesure qu'ils le fuient : les autres n’y sont que pour cberclier sans cesse dans tes soins d’ici-bas des agitations qui les dérobent i eux-mêmes. Il semble que le temps soit un ennemi commun contre lequel tous les hommes sont convenus à conjurer : toute leur vie n’est qu’une attention déplorable i s’en défaire ; les plus heureux sont ceux qui réussissent le mieux à ne pas sentir le poids de sa durée ; et ce qu’on trouve de plus doux , ou dans les plaisirs frivoles, ou dans les occupations sérieuses ,, c’est qu’elles abrègent la longueur des jours et des moments , et nous en débarrassent , sans que nous nous apercevions presque qu’ils ont passé.

I.e temps , ce dépôt précieux que le Seigneur nous a confié , est donc devenu pour nous un fardeau qui nous pèse et nous fatigue : nous craignons comme le dernier des malheurs , qu’on ne noiLs en prive pour toujours ; et nous craignons presque comme un malheur égal d’en porter l’ennui et la durée : c’est un trésor que nous voudrions pouvoir éternellement retenir , et que nous ne pouvons souffrir entre nos mains.

Cependant , ce temps dont nous paraissons taire si peu de cas , est le sent moyen de notre salut éternel. Nous le perdons sans regret , et c’est un crime ; nous ne l’employons que pour les choses d’ici-bas, et c’est une folie. Employons le temps que Dieu nous donne , parce qu’il est court ; ne l’employons que pour travailler à notre salut , parce qu’il ne nous est donné que pour nous sauver. C’est-à-dire, connoissons tout le prix du temps, et nous ne le perdrons pas; connoussonsen l'usage , et nous ne l’emploierons que pour la fin pour lai|uelle il nous est donné. Par là , nous éviterons et les périls de la vie oiseuse , et les inconvénients de la vie occupée ; c’est le sujet de cette instruction. Implorons, etc. Ave, Maria.

Trois circonstances décident d’ordinaire du prix des choses parmi les hommes ; les grands avantages qui peuvent nous en revenir ; le peu que nous avons à les posséder ; et enfin , tout espoir de retour ôté , si nous venons à les perdre. Or , voilà, mes Frères , les trois principaux motifs qui doivent rendre à tout homme sage le temps précieux etesliinable : premièrement, il est le prix de rétemilé ; secondement , il est court , et l’on ne peut trop se liâter de le mettre à profit ; enfin , il

est irréparable , et ce que nous en avons nne fois perdu , est perdu sans ressource. Il est le prix de l’éternité ; oui , mes Frères , l’bonune condamné à la mort par le crime de sa nais.sance , ne devrait recevoir la vie que pour la perdre à l'instant même qu’il l’a reçue. Le sang de Jésus-Christ tout seul a effacé cet arrêt de mort et de condamnation prononcé contre tous les Immmes en la personne du premier pécheur ; nous virons , quoique enfants d’un père condamné à la mort , et héritiers nousmêmes de sa peine , parce que le Rédempteur est mort à notre place : la mort de Jésus-Christ est donc la source et le seul titrç du droit que nous avons à la vie ; nos jours . nos moments sont donc les premiers bienfaits qui nous sont découlés de sa croix ; et le temps que nous perdons si vainement, est cependant le prix de son sang , le fruit de sa mort , et le mérite de son sacrifice.

Non-seulement comme enfants d’Adam , nous ne méritons plus de vivre ; mais tous les crimes même que nous avons ajoutés à celui de notre naissance , sont devenus pour nous de nouveaux arrêts de mort : autant de fuis que nous avons violé la loi de l’Auteur de la vie , autant de fois nous avons dû dans le moment même la perdre : tout pécheur est donc un enfant de mort et de olère ; et toutes les fois que la miséricorde de Dieu , après cliacun de nos crimes , a suspendu l’arrêt de notre condamnation et de notre mort , c’est comme une nouvelle vie qu'elle a bien voulu nous accorder , pour nous laisser le temps de réparer l’usage criminel que nous avions fait jusque là de la nôtre.

Je ne parle pas même des maladies , des accidents , des périls innombrables qui ont tant de fois menacé notre vie , qui ont vu finir celle de nos amis et de nos proclies , et dont sa bonté nous a toujours délivré. lai vie dont nous jouissons est donc comme un miracle perpétuel de la miséricorde divine : le temps qui nous est laissé est donc la suite d’une infinité de grâces , qui composent le fil et comme tout le cours de notre vie : cliaque moment que nous respirons est comme un nouveau bienfait que nous recevons de Dieu; et passer ce temps et ces moments en une inutilité déplorable , c’est outrager la bonté infinie qui nous les accorde , prodiguer nne grâce inestimable qui ne nous e.st point due , et livrer au hasard le prix de notre éternité. Voilà , mes Frères , le premier crime attaché à la perte du temps : c’est un bien précieux qu’on noos laisse , quoique nous n’y ayons plus de droit ; qu’on ne nous lai.sse que pour acheter le royaume du ciel ; et que nous dissipons comme la chose la plus vile , et dont on ne sait quel usage faire.

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EMPLÜI DL TEMPS. 4<jü

Nous regarderions comme un insensé dans le monde, un homme lequel héritier d'un trésor immense, le laisseroit dissiper faute de soins et d’attentions, et n’en feroit aucun usage, nu pour s’iHever à des places et à des dignités qui le tireroient de l’obscurité, ou pour s'assurer une fortune solide, et qui le mit pour l’avenir dans une situation à ne plus craindre aucun revers. Mais , mes Frères, le temps est ce trésor précieux dont nous avons hérité en naissant , et que 1e Seigneur nous laisse par pure miséricorde; il est entre nos mains, et c’est i nous d’en faire usage. Ce n’est pas pour nous élever ki-bas i des dignités frivoles , et à des grandeurs humaines; hélas! tout ce qui passe est trop vil pour être le prix d’un temps qui est lui-mèincle prix de l'étemité : c’est pour être placé au plus liant des cieux i côté de Jésus-Clirist ; c’est pour nous démêler de la foule des enfants d’Adam , au-dessus même des Césars et des rois de la terre, dans cette société immortelle de bienheureux , qui seront tous rois, et dont le règne n’aura (loint d’autres bornes que celles de tous les siècles.

Quelle folie donc , de ne faire aucun usage d'un trésor si inestimable ; de prodiguer en amusements IKvolcs un temps qui peut être le prix de notre salut étemel ; et de laisser aller en fumée l’espérance de notre immortalité ! Oui , mes Frères , il n'est point de jour , d’heure , de moment , lequel mis à profit, ne puisse nous mériter le ciel. Unseuljour perdu devroit donc nous laisser des tirets mille fois plus vifs et plus cuisants qu’une grande fortune manquée ; et cependant , ce temps si précieux nous est à charge; toute notre vie n’est qu’un art continuel de le penlre ; et malgré toutes nos attentions à le dissiper , il nous en reste toujours assez pour ne savoir encore tpi’en faire ; et ce|iendant , la chose dont nous faisons le moins de cas sur la terre , c’est de notre temps ; nos oflices . nous les réservons |»ur nos amis ; nos bienfaits , pour nos créatures ; nos biens , pour nos proches et pour nus enfants; notre crédit et notre faveur , pour nousmêmes ; nos louanges , pour ceux qui nous en paroissent dignes : notre temps , nous le donnons û tout le monde; nous l’expusoiLs, pour ainsi dire , en proie à tous les hommes ; on nous fait même plaisir de nous en décharger : c’e^t comme un poids que nous portons au milieu du monde , cherchant sans cesse quelqu’un qui nous en soulage. Ainsi le temps , ce don de Dieu , ce bienfait le plus précieux de sa clémence , et qui doit être le prix de notre éternité, fait tout rembarras , tout l’ennui, et le fardeau le plus pesant de notre vie.

Mais une seconde raison <pii nous fait encore mieux sentir combien nous sommes insensés de

I faire si peu de cas du temps que Dieu nous laisse, c’est que non-seulement il est le prix de notre éternité; mais de plus, il est court, et on ne peut trop se hâter de le mettre â prolit. Car, mes Frères , si nous avions â vivre une langue suite de siècles sur la terre, ce temps, il est vrai, seroit encore trop court pour être employé à mériter un bonheur immortel ; mais du moins, nous pourrions regagner sur la longueur ces perles passagères; du moins, les jours et les moments perdus ne formemient que, comme un point imperceptible dans cette longue suite de siècles que nous aurions à passer ici-bas. Mais, bêlas ! toute notre vie n’est elle-niênicqu’un()oint imperceptible : la pluslon- ^ gue dure si peu ; nos jours et nos années ont été 1 renfermés dans des bornes si étroites , qu’on ne voit pas ce que nous pouvons encore en perdre dans un esjiace si court et si rapide. Nous ne sommes, pour ainsi dire, qu’un instant sur la terre ; semblables â ces feux errants qu’on voit dans les airs au milieu d’une nuit obscure, nous ne paroissons i|ue pour disparoitre en un clin d’mil, et nous replonger pour toujours dans des ténèbres éternelles : le spectacle que nous donnons au monde n’est qu’un éclair qui s’éteint en naissant ; nous le disons tous les jours nous-même.s. Ilélas ! où prendre des jours et des moments de reste dans une vie qui n’est qu’un moment elle-même ? Et en- I core, si vous retranchez de ce moment ce que vous êtes obligés d’accorder aux besoins indispensables du corps , aux devoirs de votre état , aux événements imprévus, aux bienséances inévitables de la ' société ; que reste-t-il pour vous, giour Dieu, poml’éternilé ? et ne sommes-nous pas dignes de pitié de ne savoir encore quel u.sage faire de ce peu qui nous reste, et «le recourir à mille artifices qui ^ nous aident â n'en p.is sentir la longueur et la durée?

Au peu de temps que nous avons à vivre sur la terre, ajoutez, mes Frères, le nombre de nos crimes passés, que nous avons â expier dans ce court intervalle. Que d’iniquités se sont assemblées sur notre tête depuis nos premiers ans ! hélas ! dix vies comme la nôtre sufliroient à peine pour en expier une partie : le temps seroit encore trop court; et il faudrait que la bonté de Dieu suppléât à la durée de notre pénitence. Grand Dieu ! que peut-il donc me rester pour les plaisirs et pour ^ l’inutilité, dans une vie aussi courte et aussi rrimiiielle que la mienne? Grand Dieu, quelle place ' peuvent iloiic trouver les jeux et les amusements frivoles dans un intervalle si rapide , et qui ne suf- ' firoit lias tout entier pour expier un seul de mes I crimes ?

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KUNDl DE LA PASSIO>.

Ah! mes Frères, y pensons-nous? un criminel i condamné à mort, et à qui on ne laisseroit qu’un | jour pour oblenir ?a j?raee, y Irouveroît-i! encore I (les heures cl des njoments à perdre? se plaindroit-il de In longueur et de la durée du temps que la bonté du Juge lui auroil accordé? en sero:t-il j enabarrassé? cherdieruil-it des amusements fri- { Toles, pour l'aider i passer ces moments précieax I qu’on lui laisse pour mériter son pardon et sa délivrance? ne metlroit-il pas à profit un intervalle I si décisif pour sa destinée? ne reniplaceroil-il pas ! par le sérieux , par 1a vivacité, par la continuité I des soins , ce qui manqueroit à la brièveté du temps qu’on lui auroit accordé ? Insensés que nous sommes! notre arrêt est prononcé; nos crimes rendent notre condamnation certaine : on nous I laisse encore un jour pour éviter ce malheur, et I changer la rigueur de notre sentence éternelle; et ce jour uni(|ue, et ce jour rapide, nous le passons indolemment en des occupations vaines, oiseuses, i puériles; et ce jour précieux n< us est à charge, nous ennuie; nous cherchons comment ral>réger, à peine trouvons-nous assez d’amusements pour en remplir le vide : nous arrivons au soir sans avoir fait d’antre usage du jour qu’on nous laisse, que de nous être rendus encore plus dignes de la condamnation que nous avions déjà méritée.

El encore, mes Frères, que savons-nous «i Tabna que nous faisons du jour que la bonté tie D ieu nous laisse , n^obligera pas sa justice de l'abréger, et tfen retranclier une partie? Que d’accidents imprévus peuvent nous arrêter au milieu de cette course si limitée, et moissonner dans nos plus beaux ans l’espérance d’une plus longue vie! que de morts soudaines et étonnantes, et toujours la juste peine de l’usage indigne qu’on faLsoit de la ^ vie ! Quel siècle, quel règne vit jamais tant de ces | tristes exemples? C’étoicnl autrefois des acciilenta rarex et singuliers; ce sont aujourd’hui des événementsde tous les jours : soit <|ue tios crimes nous attirent ce cliâtimenl; soit que nos excès, incon- , nus à nos pères, nous y conduisent ; ce sont au- { jourd'liui les morts les plus communes et les plus | fréquentes. Complez, si vous le p«)iivcz, ceux de vos procJies, de vos amis, de vas maîtres, que | la mort terrible a surpris tout d’un coup sans préparation, sans repentir, sans avoir eu un insbmt, sans penser à eiix-inémes, an Dieu qti’ils avoient outragé, à leurs crimes qu’ils n’ont pas eu loisir de coniioitre, loin de les détester; sans le .secours des derniers remèdes de l’Eglise, qu’on a été obligé de hasarder sur leur cadavre, et à qui le temps a | été refusé à la mort , parce qu’ils en avoient tou - \ joorsabusé pendant leur vie. |

Venez nous dire après cela , qn’îl y a bien des moinfnu vides daa< la journée ; qu’il faut savoir s’amuser cl passer le temps à quelque chose.

Il y .1 bien des moments vides d.nns la journée ? mais c’est là votre crime de les laisser dans ce vide affreux; les jours du Juste sont toujours pleins. Des moments vides dans la journée ? mais tous vos devoirs .sont-ils remplis? vos maisons sont-elles réglées, vos enfants instruits, les affligés secoums, les pauvres vUités , les soins de vos places et de vos dignités .icqniilés, les cruvres de la piété accomplies, les prières terminées , les lectures saintes Allies? Le temps est si court, vos obligations si infinies; et vous pouvez encore trouver tant de moments vides dans la journée? Mon Dieu ! que de saints solitaires se plaignoient que les jours passoient trop rapidement : ils reprenoienlsur la nuit ce que la brièv eté du jour avuit été à leurs travaux et à leur zèle : ils truuvoienl mauvais que l’aurure vint interrompre la ferveur de leurs oraisons et de leurs cantiques; il ne leur resUht pas assez de temps dans le calme et le loisir de leur solitiide pour publier vos tuuaugeset vos niiscricitrdes élern?lles : et nous, chargés d’une multiplicité pénible de soins; et nous, au milieu des sollicitudes et des engagemeiK.s du siècle, qui absorbent pres(|ue tous nos jours et nos moments; et nous, redevables à nos proches, à nos enfants, à nos amis, à nos inferieurs, à nos malires, à nos places, à la patrie, d'une infinité de devoirs; nousiruuvousencoredu vide dans notre vie, et le |ieu qui nous en reste nous parolt trop long, pour être employé à vous servir et à bénir votre saint nom !

Mais on c.si trop heureux, dites-vous, de savoir .s’amuser innoceniment, et pas>er le temps à quelque chose; mais que .savez-vous si tout votre temps n’est pas déjà passé , et si vous ne loucliez point au moment fatal où rêternité commence ? mais votre temps vous appartient-il, pour en disfioser à voire gré ? mais le temps pa>$e lui-même si rapidement ; et faut-il tatit d’amusement pour l’aider â passer encore plus vite ? Mais le tem|ts ne vous c.si-il donne p(»ur rien de sérieux, rien de grand, rien d’ete: nel, rien de digne de i’elevaiiun et de la destinée de riionime? Et le chrétien et riutilier du ciel n’est il sur la terre que |H)ur s’amuser?

Mais n’y a-t-il pas, ajoutez-vous , des délassements innocents dans la vie? Il y en a, j’en convien.s : mais le.s délassements supposent les peines et les .soins qui les ont préctklés ; et toute votre vie n’csl qu’un detassenienl perfKÎuel : mais le> délas.sements sont fiermis à ceux qui, après avoir rempli tous les devoirs, soûl obligés d’accorder quelques moments de retâclie à la foiblesse bu-

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