DEUXIÈME PARTIE
Venez à moi , dit Jésus-Christ, voos qni êtes lassés dans les voies de l’iniquité •* venez éproorer les douceurs et les consolations de mon joug; et vous y trouverez la paix et le repos que vos âmes tyrannisées sous la servitude des passions, cherchent en vain depuis tant d’années ; et InreNietis refutem antmohus restris. (Matth.,xi, 29.)
Celte promesse adressée à toutes les âmes criminelles, toujours malheureuses dans le désordre, trouve aujourd’hui son acoomplissempnt dans la pécheresse de notre Évangile. En effet , tout ce qui avoit été pour rile un fonds inépuisable d’tnquiétade dans ses égarements, devient une source féconde de consolation dans sa pénitence, et rile est heureuse avec Jésiis-Clirîst par les mêmes endroits qui avoient fait tous ses mathears dans le crime.
Oui, mes Frères, un anuMir injuste avoit fait son premier crime, et la première source de tous ses mallieurs; la première consolation de sa pénitence , c’est une sainte düeciion pour Jésas- Christ.et la différence de cet amour divin et nouveau d’avec l’amour profane qui jusque-là avoit occupé sou cœur. Je dis la différence dans l’objet , dans les démarclies, dans la correspondance.
Dans l’objet : le dérèglement de son cœur l’a verit attachée à des hcMinnes corrompus, inconstants^
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perfides, plus dissulus qu'suiis vérilables, nioiiw atlcmifs i la rendre lienreuse, qu’à salisüiire leurs passions désordonnées; à des tioinnies qui joignent toujours la passion contentée au mépris; à des Aminons à qui l'objet infortuné de leur amour détient vil et nlieux , dés qu’ils en ont obtenu tout ce qu’ils désirent; à des lunimes dont elle copnoissoit les foiblesses , les artifices , les em|>ortemenls , les défouts , qu’elle senloit bien en secret n’étre pas dignes de son cœur, et auxquels elle ne tenoit que par la pente malheureuse de la passion, plus que par le choix libre de la raisou; enfin, à des hommes qui n’aroient pu encore fixer la l^rctc et les vicissitudes étemelles de son cœur. Sa pénitence rattache à Jésus-Christ, le modèle de toutes les vertus, la source de toutes les grâces , le principe de toutes les lumières; plas elle l’étudie, plus elle découvre en lui de grandeur et de sainteté : plus elle l’aime, plus elle le trouve digne d'être aimé : à Jésus-Christ l’ami fidèle , ininu)rtel , désintéressé de son ame , qui n’est touclié que de ses intérêts étemels ; qui n’est occupé que de ce qui peut la rendre lieureuse; qui est venu même sacrifier son repos, sa gloire , sa vie , pour lui assurer un bonheur immortel ; qui l’a distinguée de toutes les autres femmes dejuda par une abondance de miséricorde , lorsqu’elle s’en distinguoit le plus elle-même par l’excès de ses misères; qui n’altcnd rien d’elle , et qui veut lui doiuier plus qu’elle n’en saiiroit attendre elle-même : enfin, à Jésus-Clirùt <|ui a calmé son cœur en le purifiant; qui a fixé l’inconstance et la multiplicité de scs désirs ; qui a rem|ili toute l’étendue de son amour ; qui lui a rendu la paix que les créatures n’avuient jamais pu lui donner.
O mon ame ! jusiiues à (|uaud n’aiinerez-vous dans les créatures, (|uc vos inquiétudes et vos peines? Vous en eoêtcroit-il jilus de rompre vos liens , qu’il ne vous en coiltc de les porter ? la vertu et l’innocence vous seroient-elles plus pénibles, que les fiassions honteuses qui vous asservissent et vous déchirent ? Ah I tout vous sera plus siqqiortahle, que les tristes agitations qui vous rendent si malheureuse dans le crime. DifTéreuce ilans l’uhjet de son amour.
IJiiïérence dans les démarches. L’excès de la [lassion l’avoit engagée à mille démarches opposées à son goiU, à sa gloire, à sa raison ; à sacrifier aux hommes son repos, ses inclinations, son Iwnneur, sa liberté; à des complaisances honteuses; à des assujétisscraents désagréables; à des sacrifices éclatants, et dont sauvent, pour toute rccomioissance, ils ne prenaient que le droit d’en exiger de nouveaux : car telle est l’ingralilnde des hommes;
plus vous les rendez maîtres de votre cœur, plus ils s’en rendent les tyrans; l’excès de votre atlacliement pour eux, en diminue toujours dans leur esprit le mérite ; et ils vous punissent de la vivacité et de la honte de votre emportement, en prenant occasion de là même, de laisser affoUilir jusqu’à leur reconnaissance.
Voilà les ingratitudes que notre péclieresse avoit éprouvées dans les voies des passions. Mais dans sa pénitence tout lui est compté: les plus légères démarches qu’elle fait pour Jésus-Christ, sont remarquées, sont louées, sont défendues par Jésus- Christ même. En vain le pharisien lâche d’en diminuer le mérite (car le monde ne s’étudie qu’à rabaisser le prix des vertus du Juste), le Sauveur en prend la défense : Voyez-vous cette femnre ? lui dit-il : f'ida hauc mulierem? comme s’il voulait lui dire : Connoissez-vous bien tout le mérite des sacrifices qu’elle m’offre, et jusqu’où va la force et l’excès de son amour ? Elle u’a cessé d'arroser mes pieds de ses larmes, de les essayer arec ses cheveux, de les parfumer, de les baiser. U compte tout , il remarque tout, un soupir , une larme, un simple mouvement du cœur ; rien n’est perdu arec lui de tout ce qu’on fait pour lui; rien n’échappe à la fidélité de ses regards et à la tendresse de son cœur : on est bien assuré qu’on ne sert pas un ingrat ; il fait valoir même les plus légers sacrifices: è'Kfes hanc mulierem? Voyez-vous cette femme ? Il voudroil, ce semble, que tous les hommes la regardassent des mênms yeux que lui ; que tous les hommes fu.sscnt des estimateurs aussi équitables que lui de son amour et de ses lannes : Vides hanc mulierem? Il ne voit plus ses cgaiements, il oublie une vie entière de dissolution et de crime ; il ne voit que son repentir cl ses larmes.
Or quelle consolation pour une ame qui revient à Dieu, de |K>uvoir se dire à elle-niême: Je n’avois vécu jusques ici que pour le mensonge et pour la vanité : mes jours, mes années, mes soins, mes inquiétudes, mes peines, tout jusqu’ici est perdu , et ne subsiste plus même dans le souvenir des hommes, pour lesquels seuls j’ai vécu, pour lesquels seuls j’ai tout sacrifié : ma Iwnne foi, mes empressements, mes attentions n’ont jamais été payées que d’ingratitude ; mais désormais, tout ce que je vais faire pour Jésus-Christ sera compté : mes peines, mes violences, les plus légers sacrifices de mon cœur; mes soupirs, mes larmes, que j’avois versées tant de fois eu vain pour les créatures ; tout cela sera écrit en caractères immortels dans le livre de vie : tout cela subsistera éternellement dans le souvenir du maître fidèle que je sers : luiit cela, quelques défauts que ma faiblesse et n»
LA PKCIIEUF.SSE.
A PASSION
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cotTupUoa y môlcnl, sera excusé ^ ptii iné im'iiie par la grâce de nioa libérateur; et il couronnera ses dons en récompensant mes foibles mérites ; je ne vis plus que pour rétemité; je ne travaille plus en vain; mes jours sont réels, et ma vie n*est plus un songe. Oli! mes Frères, que la piété est un grand gain! et qu*iine ame qui revient à Je sus- Christ a bien de quoi se con.'‘oler avec lui , de la perte des créatures qu’elle lui sacrifie!
Enfin, différence dans la certitude de la correspondance. L’auiour de notre pécheresse pour les créatures avoit toujours éié suivi des plus cruelles încerliltMles : on doute toujours si Ton est aimé (x>mme l’on aime : on est ingénieux à sc rendre malheureux , et à se former à soi-mènic des craintes, des soupi;ons, des jalousies: plus on est de bonne foi, plus on soL*ffre ; on est le martyr de ses propres défiances. Vous le savez; et ce n’esi pas à moi à veuir vous ftarler ici le langage de vos passions insensées.
Mats quelle nouvelle destim^ dans le diangement de t-on amour! à peine a-t-elle commencé d’aimer Jésus-Christ, qu’elle est sûre d’en être aimée : elle entend sortir de sa bouche divine la sentence favorable qui , en lui remettant ses péchés, lui répond de la bonté et de ratnour de celui qui les remet : Acmiffunfiir et peerata mufta: non-seulement on oublie ses égarements ; mais on veut bien l’assurer elle-même qu’ils sont oubliés, pardoniiés, effacés : on va au <levanl de tontes ses alarmes ; on ne laisse plus de lieu aux défiances et aux incertitudes; et elle ne peut plus douter de l’aroour de Jésus- Christ, sans douter de la vérité de sa puissance, et de la fldélilé de ses promesses.
Tel est le sort d’une ame brisée de douleur, au sortir du Iribmial où Jésus-Christ, par le ministère du prêtre, vient de lui remettre des désordres , qu’elle a effacés par son amour et par ses larmes. Malgré l'incerlilude, si elle est digne d’amour ou de haine, inséparable de l’état présent de cette vie; une paix secrète lui rend témoignage au fond de son C(Piir, ({ue Jésus-Christ s’est rendu à elle : elle sent une douceur et une joie au fond de la conscience, qui ne peut éire que le fruit de l.i justice. Ce n’est pas que ses infidélités fiassées ne lui laissent encore des a|>préhensinns et des alarmes , et qu’en certains moments frappée plus vivement de l’horreur de ses égarements , et de la sévérité des jugements de Dieu, tout ne lui paroisse désespéré : mais Jésus-Christ qui excite lui-même ces orages au fond de son cœur, les a bientôt calmés; sa voix lui dit encore en secret, comme autrefois à un apiitre alarme sur les ondes : Ame de peu de foi , pourquoi doutez-vous!* fidei , quare diifd-
fusfi (Mattii., XIV, 3ty? ne vous ai-je pas donné assez de marques de ma protection et de ma bienveillance? Uappelez tout ce que j’ai fait pour vous retirer des voies de régarcmeiU ; je ne cherche pas avec tant de persévérance les brebis que je n’aime pas; je ne les ramène pas de si loin pour les laisser péi ir sous mes yeux : ne vous déliez dune plus de roa Umté; ne craignez que votre tiédeur ou votre inconstance. Première consolation de sa pénitence , la difféi'ence de son amour.
La seconde, c’est le sacrifice de .ses passions. Elle met aux pieds de Jésus-Christ ses parfums, ses cheveux, tous les attachements de son ctpur, tous les instruments déplorables de ses vanités et de ses crimes; et ne croyez pas qu’en cela elle sacrifie ses plaisirs, elle ne sacrifie que ses inquiétudes et ses peines.
On a beau dire que les soins des passions font la félicité de ceux qui en sont épris : c’est un langage dont le monde se fait honneur, et que l’expérience dément. Quel supplice pour une aine mondaine qui veut plaire, que les soins étemels d’une beauté qui s’efface et s’éteint tous les jours ! quelles attentions! quelle gêne ! fi faut prendre sur soi, sur ses inclinations, sur ses plaisirs, sur son indolence : quel secret dépit quand ces soins ont été inutiles et qu’il s’est trouvé des attraits plus heureux, et sur qui tous les regards ont tourné! quelle tyrannie que celle des usages! il faut pourtant s’y assiijétir, malgré des affaires qui demandent qu’on se retranche , un époux qui éclate , le marcliand qui murmure, et qui ;ieul-êire fait acheter bien cher les retardemenls et les délais. Je ne dis rien des soins de ramhiiion : quelle vie que celle qui .se passe toute en des mesures , des projets, des craintes, des espérances, doaJamies, des jalousies, des assiijéiis<emenis , des bassesses ! Je ne parle pas d’un engagement de passion : quelles frayeurs que le mystère n’éclate! que de mesures à garder du côté de la bienséance et de la gloire! que d’yeux à éviter! que de surveillants à tromper! que de retours à craindre sur la fidélilédeceux qu’on a choids pour les ministres et les confidents de sa passion ! <{uels rebnUs à essuyer de celui peut-être à qui on a sacrifié son honneur et sa liberté, et dont on n’oseroit se plaindre! à tout cela , ajoutez ces moments cruels où la passion moins vive nous laisse le loisir de retomber sur nous-mêmes, et de sentir tonte l’indignité de notre étal : ces moments où le cœur, né pour des plaisirs plus solides, sc las.se de ses propres id«»les, et trouve son supplice dans .ses dégoûts et dans sa (>ropre inconstance. Monde profane* si c’est là cette félicité rpie tu nous vanUs tant, favo-
LA l'KCULKLSSE.
rise-s-en tes adorateurs; et pnnis-les, en les rendant ainsi lieiireiix, de la foi qu'ils ont ajoutée si légèrement à tes promesses.
Voilà ce que noire péclieresse met aux pieds de Jésus-Christ, ses liens, ses troubles, sa servitude, les instruments de ses plaisirs en apparence, la source de toutes ses peines dans la vérité. Or , quand la vertu n'aiiroit ptiint d’antre consolation ; n’en est-ce (tas une assez grande i|iie tl'élre délivré des inquiétudes les plus vives des passions ; de ne faire plus dépendre son bonheur de rinconstance, de la perfidie, de l’injustice des créatures; de s’être rendu siipérieiiraux événements; de trouver dans son propre cœur tout ce qu’il faut pour être heureux , et de .se suffire , pour ainsi dire, à soimême ? que perd-on en sacrifiant des soucis sombres et cruels, pour trouver la paix et la joie ? et n’esl-ce pas tout gagner , comme dit l’Apôtre, que de tout perdre pour Jésus-Clirist? Votre foi vous a sauvée, dit le Seigneur à la pécheres.se : allez en paix ; Vade in pace. Voilà le trésor qu’on lui rend pour les passions qu’elle sacrifie; voilà la récompense et la consolation des larmes et du repentir : la paix du cœur, qu’elle n’avoit pu encore trouver et que le monde n’a jamais donnée. Insensés! dit un prophète ; malheur à vous donc qui traînez le poiils de vos passions, comme le birnf traîne en labourant les liens du joug qui l’accable, et qui vous peidez par la voie même des peines, des assujetissemenls, et des contraintes? y<r qui trahilis iniqiiilalrm in funiculis raiiilatis, et quasi vinctilum plausiri peccatum ! (Is., v, 18. )
Enfin , son péché l’avoit avilie aux yeux des hommes : on ne regardoit plus qu’avec mépris l'indignité de l’opprobre de sa conduite : elle vivoit dégradée de tous les droits que donne une bonne réputation et une vie exempte de blâme ; et le pharisien est surpris que Jésus-Cbrist veuille même la souffrir à ses pieds.
Car le monde, qui autorise tout ce qui conduit au déréglemeDt, couvre toujours de honte le déréglement lui-même ; il approuve, il justifie les maximes, les usages, les plaisirs qui corrompent le cœur; et il veut pourtant qu’on allie l'innocence et la régularité des mœurs , avec la corruption du cœur ; il inspire toutes les [tassions , et il en blâme toujours les suites : il veut qu’on s’étudie à plaire, et il vous méprise dès que vous y avez réussi ; ses théâtres lascifs retenli.-s>cnt des eloges insen.sés de l’amour profane, et ses entretiens ne .'ontqnedes satires sanglantes de celles qui se livrent à ce penchant inrorluné; il lune le; grâces, les attraits, les talents niall.enreuxqui alluinent des flammes impures, et il vous couvre d'une confusion éternelle
sut
dès que vous en paraissez embrasé. Or, qu’il est désagréable de traîner dans un monde qu’on aime encore , et dont on ne peut se passer , les tristes débris d’une répulal ion ou perdue, ou mal assurée; et de réveiller partout avec soin le souvenir ou le soup<;on de ses crimes !
Telles avoient été les amertumes et les opprobres qui avoient accompagné les passions et les désordres de notre [lécberesse ; mais sa pénitence lui rend encore plus d’honneur et de gloire, que ses crimes ne lui en avoient ôté. Celte pécheresse méprisée dans le monde, trouve en Jésus-Christ un apologiste et un admirateur ; celte péclieresse, dont on ne parlait qu’en rougissant , est louée par les endroits même les plus glorieux selon le monde, la bonté du cœur, la générosité des sentiments, la fidélité d’un saint amour : celle pécheresse qu’on n’osoit comparer qu’à elle-même , et dont le scandale n’avoil point d’exemple dans la cité , est élevée au-dessus du pliarisien ; la vérité , la sincérité de sa foi , de sa componction , de son amour, mérite d’abord la préférence sur une vertu superficielle et phari-salque ; enfin , celle pécheresse dont on tait le nom , comme indigne d'être prononcé , et qui n’est nommée que par ses crimes , est devenue la gloire de Jésœv-Christ , la louange de la grâce , l’honneur de l'Évangile. O admirable pouvoir de la vertu !
Oui, mes Frères, elle nous rend un spectacle digne de Oieii , des anges et des hommes : elle réiahlit une réputation perdue : elle nous fait rentrer ici-bas même , dans des droits et dans des honneurs dont nous étions déclius ; elle efface des taches que la malignité des hommes eôt rendues immortelles : elle nous réunit aux serviteurs de Jésus-Christ et à la société des Justes, dont nous n’étions pas autrefois dignes : elle bit même apercevoir en nous mille qualités louables , que le dérangement des passions avoit comme étouffées : enfin , elle nous attire plus de gloire que nos mœurs passés ne nous avoient attiré de honte et de mépris. Tandis que Jouas est infidèle , il est ranathéine du ciel et de la terre; des idolâtres mêmes sont obligés de le séparer de leur société, et de le rejeter comme nu enfant de honte et de maledicliun , et il n’est que le sein d’un monstre qui puisse lui servir d'asile , et cacher sa confusion et son opprobre. Mais à peine, touché de repentir, a-t-il imploré les miséricordes éternelles du Dieu de ses pères, qu'il devient l’admiration de la superbe Muive; que les grands et le peuple lui rendent des honneurs jusque-là inouis ; et que le P ince lui même, plein de respect pour sa vertu, descend du trône , et se couvre de cendre et de
DIMANCHF, ȣS RAMKAUX.
cilice , puur ubtîr à i'Iioimnn de Dieu. T.e.s passions que le monde loue cl inspire, nous en avoient auiré le mépris; la Tcrtuque le monde censure et combat , nous en attire les hommages.
A quoi tient-il donc, mon cher Auditeur, que vous ne Unissiez votre honte et vos inquiéuirles avec vos crimes? Sont-ce les réparations de la péuitence qui vous alarment ? mais plus vous difTérez, plus elles grossissent ; plus vous contractez de dettes , piits vous préparez de rigueurs à votre folblesse. AIi ! si les réparations vous découragent aujourd’hui , (|ue sera-ce un jour, où vos crimes multipliés à l’infini ne trouveront presque plus de peine assez grande qui paisse les expier ? elles vous Jetteront alors dans le désespoir : vous prendrez le parti affreux de secouer tout joug , et de ne plus compter sur \*olre salut : vous vous ferez des maximes, pour vous calmer dans le libertinage ; vous regarderez comme inutile une pénitence qui vous paroUra alors impossible. Quand les eml>aiTas de la conscience sont venus â un certain point , on aime à se persuader qu’il n’y a plus de ressource : on se calme sur le fond des vérités , quand on se voit si éloigné de ce qu’elles nous prescrivent : on cherche un remède dans l’incrédulité , dès qu’on croit n*en pouvoir plus trouver dans la foi; et on a bientôt conclu que tout est incertain , dès que le chaos est devenu comme inexplicable. Et d’atllenrs que peuvent avoir de si triste et de si rigoureux , des réparations dont l’amour doit faire tout le mérite ?
Ame infidèle ! vous craignez de ne pouvoir soutenir la sainte tristesse de la pénitence ; et vous avez pu soutenir jusqu’ici la tristesse secrète du crime : la vertu vous parolt d’un ennui difficile à porter ; et il y a si long-temps que vous dévorez i’ennoi d'une conscience déchirée, et que nul plaisir ne sauroit égayer. Ah! puisque vous avez pu porter jusqu’à ce jour les troubles secrets, les amertumes, les dégoûts, les tristes agitations du désordre, ne craignez plus celles de la vertu : vous avez fait dans les peines et les violences inséparables du crime, l'apprentissage de celles qui peuvent être attachées à la piété ; et d’autant plus que la grâce adoucit et rend aimables les violences de la piété , et que celles du crime n’ont point d’autre adoucissement que l’amertume du crime même.
Mon Dieu ! j’aurois pu en effet depuis tant d’années eirer dans des voies tristes et [>éiiibles sous la tyrannie du monde et des passions ; et je ne pomrois pas vivre avec vous sous la tendre'^se de vos regards, sous les ailes de voire miséricorde, sous la protection de votre bras? seriez-vous donc
im maille si cruel? Le monde qui ne vous connoU pas, croit que vous rendez malheureux ceux qui vous servent : mais pour nous, Seigneur, nous savons que vous êtes le meilleur de tous les maîtres , le plus tendre de tous les pères , le plus fidèle de tous les amis, le plus magnifique de tous les bienfaiteurs; et que vous prévenez par mille consolations secrètes, dont vous favorisez ici-bas voe serviteurs, la félicité étemelle que vous leur avez préparée. AttiritoiM/.
AVIS
Ou UC trouvera point ici de nnuoD pour le vendredi de cette semaine. MasiMoo, dans son manuscrit, met pour ce jour-là un Sernioo sur le Mystèrt de rinrarvia> (îoii : nous avoua jugé plus à propos de placer ce Sermon dans les Myslèrcs.
Apr^s le sornion que l’on va lire, oo trouvera na point de sermon qui traite de rénormité des romntttnmns inrfiç^es. Massillon en avoit fait d'aliord sou preiDior point; mais ensnilcle second point, où il s'agissoit des dispositions nécessaires pour communier dignement, lui ayant paru detnander d'étre traité plus au long, Il en fit on Sermon entier, et laissa ce qu’il avoit écrit sur rêMormité des cotmnuRMms indignes. Le poUic, aprn avoir lu ce morreau, jugera que nous lui aurions fait tort , si nous l'avions supprimé; mais il scroU à propos de le lire avant le Sermon suivant.
SERMON
POUR LE DMAXCRE DES RAIEAUX.
SUR LA COMUIUNION.
THHU. fitiee 5ion ; Ecet Rex tuus venit iibi mansuetus. Dites à U fille de Sioa : Voici votre Roi qui rient à voua plein de douceur. (lUrra.. ai , 5.)
Les oracles des prophètes, les tnaDifestations da Seigneur aux patriarches , les sacrifices el les oblations de la loi , scs signes et ses figures annonçijient depuis plusieurs siècles à riiifidele Jérusalem , (|ue son Libérateur el son Roi ne larderoil pas de la visiter, et de paroilre au milieu d'elle. Le précurseur lui-mème, cet auge du désert prédit dans Malachie, avoit enfin paru sur les bords du Jourdain, pour préparer les voies au Roi de gloire, el dire i son peuple : Le voici; el Jérusalem n’avoil plus d'excuse, si elle venoil à le méconnoltre , el à le recevoir indignement dans son propre royaume.
Cependant cet avènement si heureux , qne tant de Justes avoieiit demandé, que tant de siècles avoient attendu , que tant de préparatifs avoieut
züu üy vjOOi^Ic
su K l.A COMMUINR». • .(fi
annoncé, et qui annonçoit lui-même des biens si mai^nitiques aux hommes; loin de faire renallre la joie an milieu de cette ville infçrate, et de lui rappeler ses anciens jours de gloire et de magnificence, la jette dans un trouble niiiversel et dans des alarmes publiques : Commola esl unirersa dïitos. (Matth., XXI, 10.) Tout est ému dans Jérusalem, lorsqu’on y voit entrer aujourd’hui en triomphe le Fils de David. Les préires, les pharisiens, témoins des acclamations et des chants d’allégresse d’une populace obscure , et de quelques Juib spirituels et fidèles, se trouvent agités de mille mouvements divers de frayeur, d'inquiétude, de jalousie , de tristesse : une terreur universelle se répand parmi eux : il semble que c’est un tyran qui vient porter dans les mors de Jérusalem l’effroi et le carnage , et enimenuer , comme autrebis, ses citoyens en servitude', plutôt qu’un roi pacifique qui vient la délivrer par sa présence, et la purifier par l’effusion de son sang. Il n’est que ce petit nombre d’ames simples et iimocentes, qui vont au-devant de Ini hors des portes de la ville ; et qui lui font un innocent triomplie de leurs cris de joie, et des branches d’arbres dont cHes couvrent et ornent sa route.
Voilà, mes Frères , ce qui se passe encore aujourd’hui parmi nous. Depuis le commencement de cette sainte carrière , l’Eglise n’a cessé de noos annoncer que le Roi de gloire apprdcholt , et qu’il venoit se donner à noos pour être notre pàqoe ; ses prières , ses purifications , ses cérémonies , ont été comme autant de voix qui nous ont avertis de sa venue : ces jours mêmes de pénitence qui vont finir, elle ne les avoit établis que pour nons préparer à le recevoir par la communion aux jours solennels où nous allons entrer. Aujourd’hui , comme ponr réveiller nos désirs et notre attente , elle nous annonce qu’enfin il est proche, et sur le point de se donner à nons : Dicite fiUæ Sion : Ecce Rtx tuvs cnil (idi mnnsnetus. Or, quelle impression fait sur vous, mes Frères, celte heureuse nouvelle ? nne impression de trouble , de frayeur , de tristesse , en sentant approcher le devoir pascal : cliacnn retombe sur sa propre conscience et , n’y trouvant que des babitndes criminelles, des plaies envieillies et honteuses, frémit dans la seule pensée qu’il but se mettre en état de recevoir le Roi de gloire : ou diroit qu’il vient à nons armé de terreur et d’indignation, pour nous juger et pour nous perdre; et non accompagné de sa seule douceur , pour nous sauver , et pour nons servir de nourriture ; Ecce Rex luus eniif flfii manstiefus. Il n’est qu’un petit nombre d’anies fidèles qui vont au-devant de lui par leurs désirs , et qui le voient
arriver avec une sainte allégresse. Et ce qu’il y a de plus aftiigeant c’est que , malgré cette frayeur, celte tristesse , ces alarmes d’une conscience troublée , il y en aura peu d’entre vous qui ne se présentent à Jésus-Christ pour le recevoir , et qui ne croient avoir satisfait à la loi de l’Eglise; après l’avoir ret;u avec des dispositions si opposées à celles qu’il exige de nous. Insensés , qui ne pensent pas que recevoir Jésus -Christ dans ces dispositions, ce n’est plus manger la cène du Seiguein- , c’est manger et boire sa propre condamnation !
Il importe donc de vous marquer les préparations qui doivent vous conduire à celte action redoutable ; de peur que Jésus-Clirist ne vienne vous visiter, comme il visita autrefois Jérusalem , pour votre condamnation et pour votre perte. Quelles sont les dispositions qui doivent nous préparer au devoir pascal? Je vais en mari|ucr trois principales, et ce sera le sujet de cette instruction. Implorons, etc. Ave, Maria.
PREMIÈRE RÉFLEXION
Lorsque j’ai assuré que le plus grand nombre de ceux qui recevront Jésus-Christ en ces jours saints , n’apporteront pas à cette grande action les dispositions néces.saires, et se rendront peut-être coupables do corps et du sang du Seigneur , je n’ai pas prétendu parler de ces âmes noires qui, de sangfroid et le sachant, viennent , yiar une hypocrisie détestable, fouler aux pieds le sang de l’alliance, et peuvent se familiariser avec le sacrilège : je n’ai pas voulu parler de ces monstres , qui, portant le mystère de b foi dans une con.science corrompue et peu sincère, viennent an pied de l’autel cacher sous la plus sainte et la plus terrible de toutes les actions , les horreurs d’une ame impure ; et aiment encore mieux être impies, que passer ponr moins religieux. Ah! il feiidroil des foudres , et non pas des discours à des âmes de ce caractère ; ou ne leur parler que comme parla autrefois Pierre à Ananie et à Sapilire. J’ai cette confiance , à mon Dieu ! et c’est vous qui me la donnez , que [larmi les fidèles que la parole de votre Évangile assemble en ce lien saint , votre tril n’y di.sceme aucun de ces enfants de malédiction ; qu’il n’y a pas ici , comme autrefois sous les tentes d’Israël , un autre .àchan caché dans la foule, ni un anathème parmi les fidèles.
Je ne parle donc que de ces âmes mondaines , lesquelles, après une année entière de plaisirs et de dissolution, se présenteroiil au tribunal avant de venir à l'autel ; à (|ui la conseieiicc ne reprochera, ni dissimulation, ni feinte, et qui se ren-
ÜIMAiNCHt DLS RAAlhAlIX.
dronr ru'annioinâ coupables du corps du Seigneur; paice (|ii'enps fKirlemnl encore à l'aiitd tuiiles leurs passions iterc;;ices , el une conscience (jiie le bain de la pénilence aura achevé de souiller, loin de l’avoir purifiée.
Pour connohre donc, mes Frères, si vous n*a* vfz rien à craindre sur la prufanalion des satnUi my'lèie< auxquels vous allez parlicipiT, ii n'y a qu'à ébahir i|iiHicss(MU les dispa^i(ions t’S'eiiûelles à une conitniinion >ainie ; et cliacnn en s’appliquant ces règles, qiieJesus-Chrisl a laissées à son Eglise, pourra se juger soi-iiiétne, el décider s’il peut, avec celte confiance que donne une conscience pure, venir se présenter à I autel.
Or toutes le:; dispositions qui doivent nous pré* parer à celte action sainte , sont n nrerno e<i dans cet avis de TApdlre ; Que riiomme s’eprouve soimême, avant que de manger de ce pain de vie : Profref aufem se ipsum homo, et sic de pane illo edat. (1 .Cor.,xi,28). Jesais que l’esprit de i'Iiomme ne connoU pas toujours ce (|ui se [tasse dans l'homme; et que s'éprouver soi*mèuie n'est souvent que s'afTennir soi -même daus ses erreurs , et acliever de se mécoiinoltre. Mais l'epreuve qu’on demande ici n'est pas si difticile à faire ; el la méprise n'est à craindre que pour ceux qui veolenl se trom|)cr. Car il s'agit de savoir (M'emièrcnient , si vous êtes entièrement changé; secondement, si vos anciennes passions non-seulement ne subsistent plus dans vos penchants déréglés , mais si vous avez commencé du moins à les expier par les lar- Btes el les rigueurs de la {ténitence ; enfin , si vous ajoutez à ces précautions un désir sincère et ardent de vous unir à Jé>us-Ciirist : c’est-à-dire qu’on exige de vous , et de tous ceux qui vous ressemblent et qui vivent dans des habitudes criminelles, mie épreuve de cliangeinml, une épreuve de |iénitence , et une épreuvede Ai reiir : Probei autein se ipsum /lomo, et sir de pane »llo edat.
Je dis premièrement , une epreitve de changement. Ainsi si vous n'avez pas recouvré [>ar un sincère re|>vntir la grâce de la sainteté et de la justice (|ue vous avi. z perdite par vos crimes ; si vous êtes encore dans la mûri et dans le pt'Ché , la table de Jésns-Chri«l vous est irfteriliie . car c'est ici un pain (le vie; il faut être vivant aux yeux de Dieu pour s'en nounir : c'est la table deN enraiits; les ennemis en sunl in>iigm s : c’est la pierre precieuse de l'Evangtie; on ne la Jette pas devant des animaux imninmles. Or porlercz-vons à raulel une coiLscieiice véritahleinenl punliee, un cirur pénitent el changé , el voire comersion ‘era-i elle sincère? Pour en juger, penneliez-moi d en examiner toutes les démarches.
Vous allez confesser vos iniquités aux pieds do prêtre ; je n'exaiiune pas si le cltoix même que vous faites du confesseur n'est pas une preuve certaine que vous ne voulez pas vous convertir : je n’examine pas si vous cherchez non pas le plus sévère, car cette ostentation dç sévérité ne convieot pas à un ministre de charité, et le plus sévère n’est pas toujours le plus saint ni le plus instruit; mais si vous ciierchez le plus lioinme de bien , le plus éclaire, le plus habile à ramener le péclieur; un de ces hoiiiiiies des mains duquel une ame écliappe dinicileraent , pour aiiLsi dire, et an vquels l’on ne s’adresse que lorsqu’on veut sincèrement renoncer au noe el .servir Dieu ; un de ces hommes enlin qui en viendroil aux remèdes , aux expédients, au détail de vos mœurs et de vos besoins; (}ui ne lai.'v'ieruil plus rien de douteux dans voire conduite; et des pû*ds duquel vous ne sortiriez plus avec Ces incertitudes secrètes qui suivent toutes vos confessions, el qui sont toujours les tristes fruits d'une conscience embarrassée , et qu’on n’éclaircii jamais qu’à demi : je n'examine pas eiigore si daiu la discussion de votre conscience , vous serez un juge éclairé et sévère envers vous-même ; si vous ne vou-v ferez pas grâce sur mille transgre^ sions [KHir lesquelles vous êtes déjà jugé devant Dieu; si, les lumières de la foi, ou les préjugés do monde et de vac passions, seront les ré^es consultées dans votre examen el dans vos redierdies; el si les soias pour aitpiofondir les abîmes de votre coii>ci(‘iice , ré|»oii(lruiii à la durée , à l’embarras et à la multitude de vus crimes. Laissons là ces abus plus sensibles et plus marqués, et sur lesquels U est malaisé de s’abuser soi-même.
Mais souffrez que je vous demande: Vous venez mettre vos péci>é.s aux pieds du prêtre, mais venezvous y laisser > os passions ? vous soi lez du Iribunal absous, mais en sortez-vous juslilié? y portez-vous cette vivacité de componction , celte abondance de douleur, ce de^r sincère de réparer le passé, ces vues, ces projets, ces résolutions réelles et effectives d'une nouvelle vie ? prenez-vous tout de bon des mesures pour commencer ? clierohez-vous des expédients pour rompre vos engagements profanes, [M)ur vous retirer sans délai des occasion.s? arrangez-vous dija par avance dans votre esprit vos devoirs , vos m^copaiiims , vos liaisons, vos dépenses, tout le détail de vos mœurs, jus(|ues ici si derangtrs; et si pleines, ou dépassions, ou d’inutiiin.'s? Voilà les soins et les inquiétudes quioccupenl line ante tonchée sur le point d'une sincère Conversion; c’est par-là que vous connolirez si vous êtes revenu de bonne fi)i de cet aUacbement depuis si long-iero|« fatal à votre innocence, si
SUR LA COMMUMON.
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SAorent confessé , jamais coirigé; de celte haine sur laquelle vous ne sauriez vous vaincre; de cette fureur de jeu qui vous tyrannise, qui trouble la paix domestique, qui dérange vos affaires, et à laquelle mille événemetiis niallieoreitx n’ont pu encore vous obliger de remincer : en un nxrt , si vous êtes une nouvelle créature; si vous ne portez pas le nom de vivant étant encore mort en effet ; et si Jésus*Christ, enârant {>ar la communion dans la maison de votre ame, pourra dire, comme lorsqu'il entra dans la mab«n de Z>acliée : C’est aujourd’hui un jour de salut pour celte maison : Nodié stUus domui ftuic forts est. (l.iic., xix, 9.)
Quoi, mon citer Auditeur ! vous avez prolongé vos criines jusqu’au jour de votre pénitence; à peine avez-vous mis entre vos ilesordres et votre confession, l’intervalle d’un léger examen ; au sortir de l’autel, et la solennité passée, tout ira encore même train ; on ne verra pas plus de précsuliiNi qij’au|tai avant contre des périls éprouvés; tes commerces recommenceront ; les liaisons se reiioueroni; les passions se réveilleroni ; vous vous retrouverez encore le même? Ce n’est pas ici une prédiclitm en l’air; c’est ce que vous avez toujours éprouvé après la solennité de Pâques : et vous cruir.ezque le court intervalle qui s’est passé entre vus crin>es et votre recliute, a été précLsément le moment de votre justUication, et que vous êtes venu porter à l'autel ce cœur pénitent, celte pureté d’ame nécessaire pour manger 1a cliair de l’Agneau ?
Âh! TOUS vous trompez, mon cher Auditeur, qui que vous soyez; vous venez manger et boire votre condamnatiuii : ces retours prompts et (oujoors certains au premier vomissement ; ce cours de passions et de crimes qui n'est interrompu que par l’instant de la solennité et de la participation à la table du Seigneur ; ce mélange monstrueux de saint et de profane; grand Dieu ! qnel état pour approcher des mystères saints ! Ce u’esi pas qu’on prétende que la divine Eucharistie doive vous établir dans un état immuable de justice; an tel état est le privilège non de la terre, mais du ciel où Dieu se découvrant à l’anie comme son bien souverain, la péiiélranl des plus vives anleurs de son amour, la mettra dans une Iteureuse impuissance de roffenser. Eh ! qui ne sait qti'ici-bas la vie de rboinme est une tentation conlimielle ; que les plus justes mêmes afHigent quelquefois l'Église par des diuies éclaianies, et que celui qui est delràut doit louiotirs craindre de loml>er? IViais on voudroit du moins qu’aprês le remède, vihis ne panissiez pas atteint des mêmes maux qu’aiq»aravant ; que ai vous n’étes pas parfaitement guéri, votre
état fdt comme ces convalescences avancées qu ne diffèrent de la parfaite guérison que par un reste de foiblesse : on voudroit que la juste crainte d’une rechute rendit les précaitiions [dus exactes; on voudroit, dit saint Chrysoslême, qu’au sortir de l’autel vous offrissiez aux séductions des sens plus de force; aux périls, plus de vigilance; aux objets qui ont séduit votre cceur, plus d’eloignement, plus d’amour pour le devoir et pour la vertu : on voudroit, continue ce Père, que le sang de Jésus-Christ, auquel vous venez de partici(»er, transmit avec lui dans votre cœur, les sentiments et les inclinations de Jésus-Clirist; et que comme le sang des rois et des césars, en coulant dans les veines de leurs augustes enfants, y fait passer avec lui le courage et la magnaniuiité de leurs ancêtres, et des sentiments dignes de leur naissance; on vomiroit que le sang de Jésus Christ, en coulant dans vos veines au pied de l’autel, vous rendit les images vivantes de Jesiis-Christ , et vous inspirât des sentiments dignes d’iint' »i haute origine; <>n voudroit en un mot, qu’une communion ne fût pav l’afTaire d’une journée.
En effet, relui qui mange tna cAalr, et qui èoit UIOM sang , dit Jésus-Christ, demeure eu mot , e< je demeure eu fut. (Jüa.n,, vi, 57.) Jésus-Christ ne dit pas : Il s’unit à moi ; mais, Il y demeure; In me maiiet : il ne dit pas : Je m'unis à lui ; mais, Je demeure en fui: j’établis dans son emur nue demeure fixe, solide, durable : jé fais avec lui une alliance ferme et constante : lu me maneU et ego tu tf/o. Donc, conclut saint Aiigiisiin, celui qui se contente de recevoir Jésus-Chrl>^t. et qui ne le conserve pas, et qui ne demeure [tas en lui, et qui le chasse d’abord de son cœur, il ne l'a pas reçu spirituellement : il a mangé et bu sa condamnation.
Oui, mes Frères, désabusoas-noiis; une communion sainie remplit l’ame de tant de grâces, Fanit à Jésus-CbrUt d'une manières! intime et si ineffable, lui donne tant de force et de courage, augmente si sensiblement sa foi , que cette ame marche long- temps, comme le prophète, dans la force et dans le secours de cette viande sainte : ^ntf>i(farit in fortiludine ribi if/rus (3. Reg., XIX, 8) ; et qu’on ne la voit |>a.s pausser en un instant du remède le pliH puissant de la religion, aux faiblesses les plus indignes d'une ame chrétienne.
Ainsi, voulez-vous savoir si vas conimimions, en ces jours solennels, sont des profanations ou des grâces : voyez quel en est le fruit; <piel cliangement elles ojièrent en vous ; quelle vie vous menez au sortir des mystères redoutables : la règle
DIMANCHK DES RAHEAI X.
es\ sûre. Des coinmmâom saüUes et utiles ne sauroient subsister avec îles mœurs toujours égale* ment mondaines et profanes : et tandis que vous vivrez dans les nn''iucs passions et les mêmes en* gagements, et qu'au sot tir de Tautel saint tous vous retrouverez un moment après encore le mémef craignez que vos communions ne soient peut-être devant Dieu vos plus grands crimes.
Donc, mes i'rères, tous que ce discours regarde, et qui vivez dans des liabitudcs de crime que le devoir pascal n’a fait jusqu’ici que suspen* dre pour un moment; donc se confesser simple* ment n’est pas s’éprouver, n’est pas cette épreuve de changement que l’Eglise exige. Le ministre qui vous absout témérairement, ne vous délie pas devant le Seigneur ; parce qu'il ne peut délier sur la terre que les cœurs changés par un sincère repentir, que le Seigneur délie dans le ciel ; la sentence qu’il pmnoDce , est pour vous une sentence de mort : il met sur votre tête le sang innocent, il est vrai; mais ce sang devient votre crime, an lieu qu’il auroit dû être votre remède ; et vous périssez sous la main destinée à vous rendre la vie. Ne devoit-il pas demander du temps pour examiner si vos tiabilndes sont eiiHn éteintes ; si cette démarche de pénitence sera plus heureuse que les autres jusqu’ici inutiles ; si vos |Kt>messes seront plus sincères ; si vous n’irez pas demain rentrer dans vos premières voies ; et si vous ne vous présentez pas au tribnnal pour satisfaire an devoir extérieur que l’Eglise vous prescrit, plutôt qu’au cliangement intérieur que Dieu vous demande? ne devoii-il pas exiger de vous des preuves de la sincérité de vos protest tions, avant d’exposer la grâce du sacrement; l’éloignement des occasions; un divorce entier et sans retour avec les objets de vos (tassions; une cessation du crime; et enfin, un commencement du moins d’expiation des souillures dont vous vous êtes présenté encore tont couvert au irilninal ?