‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 229 sur 348 · SUR LA COMMUNION · texte numérisé non relu

SUR LA COMMUNION

Voilà pourquoi, mes Frères, rÊ^lise a touIu que ces qtiaraïUe joiii's de {>énilence précédassent U comniuiiion pascale. Elle nous irislruil par là que les grands pécheurs ont besoin d’un temps d’épreuve et de roortifîcation , pour pleurer leurs crimes ; pour se purifier par le jeûne et par-la prière, et se disposer ainsi à la participation des mystères saints : elle leur apprend qu’ils doivent mettre un intervalle de pénitence entre leurs désordres et la table du Seigneur; et que les foire passer du crime à l’autel ce seroit, dit saint Bernard, consommer leur iniquité, et non pas les conduire à la source des grâces.

Je sais que cette maxime peut avoir ses exceptions; que la prudence doit ici, comme partout ailleurs, appliquer et conduire la règle; que la componction est quelqncfms si vive dans un pécheur, les larmes si abondantes, la conversion si soudaine, si entière , si marquée, qu’on doit abréger le temps des épreuves, et se hâter de consoler sa douleur par l’usage de cette nourriture céleste; et qu’il est encore quelquefois d’autres prodigues pénitents, si touchés de leurs désordres, si brisés de douleur, qu’à peine ont-ils dit au père de fomille : J’ai péché contre le ciel et devant tous ( Li c , XV, 18), qu’on peut les faire asseoir comme lui à la table sainte, et les rétablir dans tous les droits dont Us étoient déchus par leurs crimes.

Je sais qu’il se trouve même assez souvent des âmes sincèrement touchées, et toutes résolues de renoncer à leurs passions, et de servir Dieu; mais avec cela si foibles, si inconstantes, si peu à l’épreuve des occasions, que si vous ne vous hâtez de les soutenir , de fixer pour ainsi dire leur légèreté par la grâce des saints mysières; si vous les laissez trop long-temps à elles-mêmes , loin de se purifier par la pénitence elles s’afToibliront par le dégoût ; et la vivacité de leur componction, loin de se rallumer par le délai, se ralentira par leur propre inconstance. Je sais que les lors de rÉglise sont pleines de sagesse, de charité et de condescendance ; que le saint des pécheurs étant la seule fin qu’elle s’y propose, tout ce qui y conduit plus sûrement devient plus conforme à son esprit ; qu’il faut souvent relâcher de ses règles , pour mieux entrer dans ses intentions, et savoir être foible avec les foibles, pour les sauver tous. Mais je dis que la règle ordinaire, c’est que la communion , pour nn grand pécheur, doit être encore aojounTliui le fruit et le prix, et non la première démarche de sa pénitence : qu'elle doit enfin couronner et récompenser ses lamies, et non pas succéder à sea crimes : et qui peut en douter, s’il croit encore que nos mystères sont saints et terribles ? Cest la

règle de l’Église; c*esl la pratique de tons les siècles; c’est la doctrine des saints; et c'est ce que l’Apûtre voiiloit dire en recommandant aux fidèles de s’éprouver , avant de venir manger de ce pain céleste : Protêt autem se ipsum homo , et sic de pane iUo edat.

Mais la loi de l’Église presse, et ne laisse pas de lieu, dites-vous, au délai et aux longues épreuves. Mais croyez- vous de bonne fol, mes F rères, que l’Église regarde vos communions indi^rnes comme raccomplissement do devoir pascal? croyez-vous qu’on satisfasse à scs lois saintes par des sacrilèges? croyez-vous qu’elle mette une grande différence entre les profanateurs et les relielles, etque fouler aux pieds les mystères terribles soit lui donner une grande marque de respect et d’obéissance? Vous évitez ses censures, parce qu’elle ne juge que de ce qui paroU; qu’elle ne punit que les désobéissances ouvertes , et le mépris dt^laré de ses lois : mais évitez-vous les anathèmes du ciel, qui juge des profanations secrètes? Eli ! qu’auroit-elle prétendu en vous faUanl une loi de la participation au corps du Seigneur ? vous présenter un remède , on un poison ; un pain de vie, ou une nourriture de mort; le gage de votre immortalité, ou le sceau de votre réprobation ; autoriser la témérité et les profanations des pécheurs, ou récompenser les larmes des pénitents, et soutenir l’innocence des fidèles ?

L’Eglise vous ordonne de participer aux saints mystères en ces jours solennels; parce qu’elle supposeque vous en approcherez avec une conscience pare , et des dispositions dignes de ce sacrement adorable : et n’a-t-elle pas raison de le supposer? tlélis! les premiers fidèles en approchoient tous les jdurs; ils venoient tous participer aux choses saintes avec le prêtre qui les offruil : ils ne formoient avec lui qu’un môme prêtre, pour ainsi dire, comme Us ne fomioient entre eux qu’un emur et qu’une ame : aussi cha<|ue jour voyoit croître leur foi, et fortifier leur charité et leur couraga. Et comment voulez-vous que l’Elglise, ne vous ordonnant plus d’en approcher qu’une fois dans l’année, puisse encore supposer que vous ne serez pas en état de vous y présenter ; elle qui a vu la divine Eucliarislie être le pain de tous les jours de ses enfouis; faire toute leur consolation dans les exils, dans les prisons, dans les calamités les plus accablantes? pmirroit-elle croire qu’une année entière de préparation ne siifliroil pas pour vous disposer à vous nourrir au moins une fois de ce pain céleste? et quelle différence ineUroii elle donc entre ses enfants et les infidèles, qui n’ont point de part à ses promesses, et riu’clle ue nourrit pas

UIMAiSCHE ÜtS KAMhAlX.

de sa foi, de ses sacremenls et de ses mystères? C'e^t déjà une nécessité bien triste pour elle , que le relâchement de iiw iiimirs l'ait réduite à nous déterminer un temps pour nous nourrir de Jésus- Christ : hélas ! notre fui , notre pieté, notre utilité toute seule auroit dû nous tenir lieu là-dessus de loi et de précepte.

Mais d'ailleurs l't'^Ue, qui vous ordonne d*approcher, vous ordonne en même lemps de différer , si TOUS n'étes pas en étal : elle veut que ses ministres remettent |K)ur vous la grâce de la résurrection : elle consent qu'ils vou> marquent un autre tem[)s que le sien ; et qu'ils prolongent le devoir pascal au-delà des bornes qu'elle avoit prescrites aux autres fidèles. Ab' votre pàque véritable, mou cher Auditeur, sera le jour où vous communierez dignement; le jour heureux uii Jésus-Cbiist entrera dans votre cœur comme un libérateur, et non pas comme un juge; pour achever de le purifier, et non pas fwur y être souillé lui-inéme : votre («âque véritable sera ce grand Jour, ce jour désirable ou voii.s vous convertirez au Seigneur, où vous renoncerez à vos pas.Hons déréglées, où vous deviendrez nn azyme pur ; votre p.1(]iie véritable sera le jour fortuné où vous ressusciterez avec JésU'-Christ, et où vous fiasserej: de la mort du péelté à la vie de la grâce. L'Eglise n'en connoU point d'autre; et le fruit de ce sacrement n'est pas al acliéaux jours et auv lemps, mais à l'iimocence et à la jrieté de ceux qui y participent.

Il est rapporté au livre d»*s Nombres, que certains Juifs ayant touché iin corps mort au temps de la paqiie, et (>ar conséquent coniranté une souillure qui demindoii le remède des purifications, et qui par ordounanoe de la loi har interdisoii la manducation de l’Agneau pascal : Çiiidum im* maudi super ouima Iwiniuis , qui uck poferaiit farere phase in die ifh (Num., IX. 6); vinrent se plaindre à Mobe et à Aaron de la dureté de cette ordonnance, qui les empéeboit de célébrer la pàque avec leurs frères : Pourquoi sommes-nous privés, leur direut-iLs, de la célébration de la pâque? ^are fraudnmur uf mm rnfeamus oè/aftouéiu offerre Domina iu frmporé .viio inter filios Istaelf ( Ibid., v. 7. ) AU»‘ii(lez, leur répondit Moïse, et je consulterai le Seigneur : State ut coiisufam /Pominum. ( Ibid. , v. 1Q, 11.) Dites aux enfants d'Israèi , ré{>ondil le Seigneur ; Tout bomme (pii se tnmvera immonde au temps de la pàque, ne pourra la célébrer que le second mois: Loquere ptiis Israël : Homo qui funit immunétts . facial phase Domino tri mcn.se secundo. Voilà la réponse du Seigneur, mon cher Auditeur; voilà votre règle, vous qui venez porter A

cette sainte solennité des souillares anciennes, dont la loi de Dieu vous ordonnoil de vous |Kiriiier, durant ces jours de salut, par les larmes d’une véritable pénitence: éprouvez-vous, puriliez-voiis, et attendez, avec l'avis d'un guide éclaiié , le second mois pour célébrer la pâ(|ue : Homo quifuerif tmmundus. facial phase Domino tn tneiise secundo. A'ous n'aurez pas, il est vrai, la Joie sainte de venir environner l’autei au milieu de vos frères , pour solenniser avec eux le Jour du Seigneur, et vous nourrir de l'Agneau sans tache. Mais n'esl-il pas jiMeque vous puniez la peine et la confusion due à votre persévérance bonUu^ dans le crime, et que vous soyez prive d’une cunsolalioii qui est le prix des lanm^s ou de l’innocence : Homo quifueril iminumfus, facial phase Domino in mense secundo.

Ail! il auroit fallu, pendant cette sainte carrière, commencer une vie plus cbréi ieiiiie ; vous disposer par ramendemeiil à l'absolution de vos crimes , et à la cdebralion de la pàque; entrer avec l'Eglise dans un esprit de componction et de pcniteiice; ajouter à la loi commune de ralbtmence , trop douce pour un pécheur aussi déploré que vous l'avez été, des rigueurs de surcroît ; el non pas , ou vous en dispenser toul-à-fait, ou y mêler des adoiicissemenU qui en ont anéanti tout le fruit ; et TOUS en uni rendu transgresseur aux yeux de Dieu. Telle avoit été riiiieiition de l’Église en faisant précéder la solennité de la pàque , par ces Jours de douleur el de pénitence : on vou.s avoit averti à l'entrée de la carrière; el vous ne devez vous en prendre qu'à vous-mème , si la sévérité des règles saintes vous rejette aujoiird'liui el vous éloigne de l’autel , (Ximme un animal iromonde revenu cent fois à son vomissement; et qui n'y portez pmr toute disposition , que vos crimes, el la lémériié d’oser en approcher.

TROISIÈME RÉFLEXION

Encore, m^n cher Auditeur, si une abondance de com(‘onctimi, comme nons l'avons déjà dit. el un désir ardent et sim^ère de vous nourrir de Jésus-Christ, vous cumUiisoil à l’aulel , la «ivacUé de l'amour pourruit peut-être excuser rindiscréiitm de la promptitude; mais c'est ici la dernière épreuve , et le dernier préjugé que la piupaii des pécheurs dont je parle viennent manger et Uure leur cuiidanmaiioii : une «preuve de ferveur; car. Je vous prie, mes Frères, quel est le motif qui vous conduit la plupart à la table sainte en cts Jours solennels ? est-ce un proforid sentiment de votre foiblesM, une ardeur sincère de recourir au

SIR l.A COMMUNION.

woours destiné à voas forlifier, et nne sainte fiiiin de JeMis-Clihüt? hctas ! la plupart voient appro> dier avec un cltagrin secret la suleimilé sainte : les mystères chrétiens, ces jours si heureux pour l'Église , ces jo«irs de joie et d’allégresse , vous les craignez comme des mystères lugubres et des jours de deuil et de malheur : vous êtes tristes et inquiets à rapproche de la |>At|ue , comme ce jeune homme de l’Evangile à qui Jésus-Christ avnit ordonné de renoncer à tout et de le suivre : cette seule pensée trouble, empoisonne un mois d’avance tous vos plaisirs : on voit ces âmes inRdèles dont je parle , sur la tin de cette sainte carrière, traîner le |K)ids d’une conscience irrésolue, balancer long-temps entre le devoir et les passions; reculer , différer , et, enfin, après bien desagitaiions et des remises, adoucir par le choix d’un confesseur indulgent et pea liabile l’amertume de cette démarclie ; encore a-i-il fallu attendre le moment où l'Eglise tonne, foudroie; et Ton n’est entré dans la salle du festin , que comme ces aveugles et ces iKiiteiix de l’Evangile, qu’il fallut arracher comme par force des places publiques ; c’est-àdire des plaisirs et des passicuis du monde , et les traîner malgré eux au festin du père de bmille.

G'^nd Dieti ! qu’il faille à des chrétiens des foudres et des aiiaihètnespour les conduire à nos autels ! que la corruption de nos siècles, et l’afToiblisscmenlde la fui, ait contraint votre Eglise de leur ordonner, sous peine de mort, la participatioD à votre corps et à votre sang ! La ferveur des premiers temps auroit-elle pu comprendre que l'EglLse eût dû faire un jour cet usage de son autorité? et ses menaces étoient-elles destinées à mener par force ses enfants à l’aolel , on à séparer de f«s mystères ses ennemis et les indignes !

I Mais diles-moi , mes Frères : U privation du corps de Jésiis-Glirisln’esl-elle pas la plus terril>le peine dont l’Eglise puis.<^ frapper icêbas les fidèles? 1^ vie seroit-eile supportable à un chrétien, san« la divine Eucharistie? Faiidroit-il même que nous eussions besoin de vous eximrter à l’usage frétpienl de ce sacrement adorable ? eh ! qu’a ta religion de (dus consolant, et la vertu de plus désirable et de plug utile ? C'est le plus tendre adoudssemenl de nos peines; e'est la seule consolation de notre exil ; c’est le remède journalier de nos fuiblesses; c’est la ressource universelle de tous nos besoins.

Mais il faut, dites-vous , des dispositions si parfaites pour en approcher : il est vrai , mais ces dispitsitions, c’e>t l’usage lui-méine de la divine Ëuchari tie qui , les trouvant ebaiirhées, les perfectionnera dans votre cœur; c’est en vous nonr-

rissant de Jésus-Christ, qae vous apprendrez, comme il nous en assure lui-mèiiie, à ne vivre plus que pour lui : El qui mauditcat me , et ipse rivet propter me ( Joan., vi,5d);à vous détacher de plus en plus du monde , à mépriser tout ce qui doit périr , à détruire eu vous tout ce qui n’est pas digue de lui : c’est en appruciianl souvent de la table sainte, que vous sentirez un nouveau goût pour la prière , pour la retraite , pour tous les devoirs de la vie chrétienne :c’esi au pied de l’autel , et dans l’usage de cette imurriiure céU'sie, que vous trouverez des forces pour roisier aux [lerils, pour fuir le> occ. sions, pour vous défendre contre vous-mêmes. En un mot, c’est l’usage lui inéine de la divine Em IiariMie qui nuits met en état d’en approclier dignement , et une coiniiiunioii doit noos servir de préparation à une autre. Plus vous vous en éloignez, plus la tiédeur augmetite ; plus les passions croissent, plus Jesus-Christ uiminue dans votre cœur, plus l’homme dépêché augmente et se foitilia t aussi lescoiuinuiiiunsau temps pascal sont-elles iiuiiihsà ces antes mondaines qui n’approchent de l’autel i{ireii ces jours solennels, qui allendenl la loi de l’ÉgUse pour s'y résoudre; et plût à Dieu , que n’en retirant aucun avantage , elles n’y irouvasseoi pas leur propre eondaninalion !

Helàs ! nos pères s'éloignoient autrefois de leur patrie et de leurs enfants : nos roU et nos ntalires, à la tète de leurs anm^ et de leurs plus vailiauls sujets , armés du signe sacré de la croix , s’arradioient aux délices de leur cour, et, |H)ussés par la simplicité d'un saint zèle et par l'ardeur d’une foi vive , ils traversoient les mers ; ils alloitnl dans nne terre sainte, con.«acrée par les mysiëresdii Sauveur, adorer les traces de ses pieds. Ici , leur disoit-on, il guérissoii un paralytique de irenleboil ans : ici il ressusciloil l.azare : ici il mardioil sur les ondes et comm.mdnii aux vents et à la mer : ici il reçut le baptême des mains du Précurseur , et sanctifia les eaux du Jourdain : ici, U parut transfiguré sur la montagne sainte : ici , il réconcilia la pécheresse de ta cité : ici il chasssa les profanateurs de la maison de son père. A ces paroles, ces hommes pleio-; de foi , versoient sur celte terre heureuse, des larmes de tendresse et de religion; et ne pouvoient se résoudre à quitter des Heiix qui leur rappeluienl les actions, les mystères, les prodiges d'un si bon maître. Ah! mes Frères, il n’est plus necessaire de traverser les mers, disoU autrefois saint Chn>'sostôme à son peuple : vous dites, cuniinue ce Père * Heureux ceux qui le virent, et qui purent seulement toucher le bord de ses véleiuenU ! .Mais vous le voyez ,

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