‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 230 sur 348 · DIMANCHE DES RAMEAUX · texte numérisé non relu

DIMANCHE DES RAMEAUX

vous le toucliez : au milieu de vous se trouve celui paüon des saints mystères, la table de Jésus-Clirisl

i|iie vous ne voulez pas cuniiuilre , et dont nos pè- acroit abandonnée en ces jours saints , et nous verres alluieut cliercher si loin les précieux restes et rions nos autels déserts. Ce ne sont donc pas ici des

adorer les sacrés vestiges ! Venez à l’autel : ce ne pécheurs qui se repentent; ce sont des esclaves qui

sont pins des lieux consacrés autrefois par sa pré- craignent et qui obéissent : et j'ai eu raison de dire

sence : c’est lui-méme. Ici , vous dirons-nous, il a que la fête de Pâque ne bit presque point de conrcooncilié un enfant prodigue , il l’a fait asseoir i versions ; et que ces jours heureux voient plus de

sa table : ici il a guéri rinannilé d’une liémor- prohnateurs et de Judas, que de vériubles disci-

roisse, que toute la science humaine, et toutes pies qui fassent leur pâque avec Jésus-Christ:

les ressources du inonde , n’at oient pu tirer de sa discipulis tneis (acio l’ascÂa. (Mattii.,

langueur s ici , il a retiré unpuhlicaindesesiitjus- x.xvi ,18.)

lices, et a porté la paix dans la maison de son ame: Aussi, mes Frères , si l’Apâtre se plaignoit au-

ici : il rassasie tous les jours une multitude afl>~ Irefois que les maladies populaires, les morts soa-

niée d’un pain miraculeux, de peur qu'elle ne daines, les événements malheureux, n’étaknt

succombe daiis les voies pénibles de la vertu. Tous qu’une punition des communions indignes ; /dro

les lieux qui environnent ses autels sont marqués inter vos raulli injirmiet imbeeUles et dormivnt

par quelqu’un de ces prodiges. maiti (1,Con.,ll,30);s’ils’en plaignoit dans un

£t tous ces avantages n’enflammeroieni pas vos siècle où la divine Eucharistie faisoit des martyn,

désirs, mon cher Auditeur? et vous ne lui diriez et non pas des sacrilèges ; s’il s’en plaignoit â l’£-

pas dans ce moment avec saint Augustin : Eh I qni glise de Corinthe , toute composée presque de pro-

me donnera donc. Seigneur, que voua veniez dans phètes , de docteurs , de lidèles , qui avoient reçu

mon ame pour en prendre possession , pour y ré- les dons miraculeux , et qui abondoient en grâce

gner seul; pour m’y faire oublier mes peines, mes et en vertu de l’Esprit saint; si l’Apétre ne efaer-

malbeurs , mes foiblesses ; pour y établir une paix cbe point ailleurs que dans les communions indi-

solide? car jusques ici le monde et les créatures gnes, la souree des calamités publiques qui ami-

l’ont essayé en vain. Ah! peut-être. Seigneur, h geoient eette Eglise lloriasante : grand Dieu!

maison de mon ame n’est pas assez parée pour quelles marques terribles de votre colère ne doi-

vous recevoir; mais venez , vous en ferez vous- vent pas attirer sur nous tant de pécheurs , ou té-

méme tout l'ornement : peut-être quej’y nourris mMres, ou hypocrites; tant de minisü'es peut-

encore des ennemis secrets et invisibles ; mais n’è- être , ou mondains , ou corrompns , qui viennent

tes-vous pas pins fort que le fort armé ? votre seule se présenter tons les jours à l’autel , et y profaner

présence les dissipera ; et tout sera en paix, quand votre chair adorable ? Ah ! vous nous frappez aiusi

une fois vous en aurez pris possession : peut-être depuis long-temps , grand Dieu ! vous versez sur

a-t-elle encore des taches et des rides qni l’enlal- nos villes et sur nos provinces, la coupe de votre

dissent à vos yeux , car les anges eux-mêmes sont- fureur et de votre colère : nous voyons les rois ar-

ils purs devant vous et dignes de soutenir votre més contre les rois, et les peuples contre les peu-

présence? mais votre sang adorable les eRacen , pies ; toute l’Europe inooÂie de sang et de caret vous renouvellerez sa jeunesse et sa beauté, nage; la stérilité désoler nos campagnes; la mort

comme relie de l’aigle : venez , seulement , Sei- cruelle moissonner à nos yeux nos citoyens , et

gneur , et ue tardez pas ; on a tout , quand on vous changer nos villes en déserts : nous voyons tous les

possède; et au milieu même des plaisirs et des jours des pécheurs scandaleux, frappésd’une main

prospérités humaines , on est vide et on n’a rien , invisible, tomber à nos côtés : tant de morts im-

quand on ne vous a pas. prévues , tant d’accidents funestes , tant de sean-

Mals sont-ce lâ, mes Frères, les saints em- dates qni aflligent votre Église. Eh! d’où poor-

pressements qui vous couduisent la plupart 1 la roient partir , grand Dieu ! ces fléanx si longs et si

table du Seigneur? Cest ici une faveur dont il bot cruels? où auroient pu se former ces nuées de fu-

être touché, et vous regardez le devoir pascal reur et de vengeance, qui depuis si long-temps

comme une servitude pénible : c’est un festin de éclatent sur nos têtes , si ce n’est peut-être sur vos

tendresse et de familiarité , et vous en faites nn autels mêmes , oui , sur ces autels d’où ne de-

devoir de pure bienséance : c'est la table des en- voient couler que des sources de grâce sur les fidè-

fants, et vous y venez comme un esclave. Ab ! si les ? vous n’êtes peut-être armé que pour venger

la loi de r Eglise vous laissoit libre ; si elle te con- les sacrilèges et la probnation des mystères saints,

tentoit de vous exhorter senlement par le motif de Mais ce ne sont pas encore U , mes Frères, les

la sotennité et de vos propres besoins i la partici- suites les plus teiTiÛes des emnmonions indigoes.

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