‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 23 sur 348 · DE LA THÉS 8A1.VTE VIERGE · texte numérisé non relu

DE LA THÉS 8A1.VTE VIERGE

ymi^m,etvidtbo visionetn h/tnc magnam.

J'irai , et Je verrai celle grande nierreUle.

(EZOD., UI. 3.)

Sire,

Le prodige qui parut aux yeux de MoLse sur le mont Sinaf avoit de quoi le surprendre : mi buisson que les llainmes enveloppent de toutes parts et qu’elles ne consmnenl pas î Qn'esl-cc donc qui suspend l’activiic du feu à son égard? Pourquoi cet élément, qui dévore par son ardeur tout ce qu'il ■‘encontre, semble l-il respecter ce buisson niiracuieux? Qui n’eilt dit comme Moïse : J'irai, «je verrai celte grande merveille : f'odom, et videbo risiouem honc tnagnam.

Le prodige que l'Église présente aiijonrd'lmi A la piété des fidèles est encore plus étonnant. C’est une pure créature , une fille d'Adam , une portion de la masse corrompue du genre humain, qui, malgré la source souillée de laquelle elle lire sou origine, malgré la dépravation du siècle au milieu diKpiei elle luibite, malgré l'air empesté tiu’elle y respire, conserve toute la pureté de son aine sainte, et demeure incorruptible au milieu delà pliisgrande comiption. O Dieu! qui esl semblable à vous? Vous êtes le Dieu qui opérez des merveilles.

Les Justes môme du pi'emirr onlre, malgré leurs craintes et leur vigilance, lualgré les secoui-s de la giâce qui Us soutient , font plus d’une fois chaque jour la triste épreuve de leur fuiblesse. Un seul instant de la vieofi ils prélendroieiil être sam

péché, ils mentiroient au Saint-Esprit et contre eux-mémes. El Marie, depuis le premier moment auquel Dieu a ré|Mudu dans son anie la Justice et la sainteté, jus<iii'au moment auquel elle esl entrée dans réteniiié bienheureuse, Marie a toujours Iriomphv du péciié, du monde et de tout ce qu'il a de séduisant ; du monde et de ses fausses maximes, par lestpielles il fait entrer tant d'ames dans la voie de perdition; du monde et de toutes les conira<lirtions qu’il suscite A la vertu , et par Icsijuelles tant de ces Justes que l’Évangile appelle temporels sont malheureusement renversés. Le feu du pédic l'environne de tous les côtés; mais il ne saiiroil lui faire sentir son ardeur criminelle. Quel |>rodige inouï! quelle gloire! quel privilège singulier accordé A Marie ! J'irai, et je verrai cette grande merveille : A^adam, et videbo visiouem hanc tmiqaain.

Cependant, néeavecim privilège si suhiiroe, et qui inettoit entre elle et le péché un intervalle presque infini , Marie ne crut pouvoir s'y soutenir que |Kir la fidélité et par la vigilance. même plénitude de grâce, qui la meltoil si fort au-dessus de tous les périls, les lui rendit, ce me semble, plus formidables. Ne portant point en elle ce fonds de foiblcsse et de comiption qui nous fait un danger de tout, et qui change en pièges nos vertus mêmes, les précautions les plus rigoureuses lui parurent le seul asile et toute la sûreté de son innocence : la retraite, la prière, la fuite du monde, l’abnégation d’eiie-mème , furent les règles constantes de ses mœurs; ci (pioique tant de faveurs reçues du ciel lui donnassent une confiance si ferme, si bien fondée, que la grâce ne l’alundonneroil pas, elle vécut comme si elle avoit toujours craint de la perdre. Quelle instniction et quel exemple! Si Marie, délivrée de ce fonds de corru{)tion qui nous rend les chutes si faciles et presipie inévitables, fuit le nninde, vil dans le recueillement et dans la prière , nous flattons-nous de pouvoir conserver , au milieu de ses plaisirs et de ses périls, une iunoccucc qui trouve déjà audedans de nous des ennemis si terribles A oomliattrc ? C'est la réflexion la plus naturelle où nous conduit ce mystère.

Or, je trouve dans Marie, dont je veux aujoiird’Iiui proposer la fidélité pour modèle aux aines toucliées de Dieu, et que la grâce a retirées du vice, j’y trouve, dis-je, une double fidcliicAla grâce reçue : une fidelilc de précaution et une fidélité de corropondance; une fidélité de précaution, qui lui fait toujours craindre les nioimlres périU; une fidélité de correspondance , qui la rend attentive jiiscjirà la fin à faire de nouveaux pro-

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