‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 231 sur 348 · SUR LA COMMUNION · texte numérisé non relu

SUR LA COMMUNION

Comme U religion ne connoU pei de crime plos ëimrme , il n*en e^t point aussi dont la punition ioU pins effroyable pour le pécheur qui s’en rend coupable : ('fiai ^ui mange et qui boit indigné- ; ment, dit KApdtre, mange et boit ta propre con~ | damnation, (i . CoR., u> 29.) On ne voos dit pas, il est condamné ; mais, if mange et 6oit sa propre \ condamnation ; c^est4>dire , le pain de rie qn'il ^ reçoit est un poison , une sentence de mort , qu’il i s’incorpore avec loi<méme, qui devient sa propre < substance ; de sorte qn’on ne peut plus l’en déroé* ! 1er , pour ainsi dire , ni séparer l’anathème qui est devenu comme le fonds de sonètre, et une partie j de lni*méme : c’est-à-dire qne les sacrements ' profknés ne laissent presque plus d’espérance de retour ; c’est ce fond de l’ablme , d’où Ton ne re- i vient guère : l’impiété , rincrédoiilé , l’endurcisse- | ment, en sont presque toujours les tristes suites. l’Eglise de Corioüie ne tarda pas de voir un incestueux dans l’assemblée sainte , dès qu’elle eut des fidèles qui ne discemoienl plos le corps dn Seigneur : les autres Eglises virent bientôt de ces ministres , dont parle an Apôtre , qui soivoieot les routes de Balaam , qui corrompment toutes leurs voies , qui déshonoroient l’Evangile par le scandale d’une vie dissolue H d’une doctrine abominable , dès qu’ils eurent participé à la table de Satan et à relie du Seigneur : l’autel terrible fut le lieu où se | forma leur endurdssement , et ou leur impiété se consomma ; les excès les plus affreux ne coiitent | plus rien au sortir des mystères profanés : il n’est plus rien de si noir, qu’on ne doive attettdre d’une ame familiarisée avec le sacrilège. Un prêtre corrompu ne l’est jamais à demi ; voilà pourquoi les plaies du sanctuaire sont toujours les plus désespérées ; voilà pourquoi le sacerdoce dans une ame souillée, est la consommation de toute iniquité. Grand Dien ! suscitez donc à votre Église des ministres fldèles : secondez le zèle des pasteurs attentifs à ne choisir que ceux que vous avez vonsinême s^rés pour le saint ministère : faites croître de plus en plus cet esprit de renouvellement et de discipline, que vous avez ressuscité dans notre siècle ; et sauvez votre peuple , en lai donnant des ministres qui ne soient ta||chés que de son salut.

Oui, mes Frères, il y a nne malédiction attachée au crime de la communion indigne , qui ne s’ef&ce presque plus de dessus le front de l’aroc criminelle : (fest un Gain qui a répandu le sang innocent. Celle ame pourra flaire peut-être quelques efforts pour se relever; mais ces retours n’aoront pas de suite, et elle retombera : elle sortira peut être des déréglemènu grossiers; mais sa pénitence sera défectueuse , et elle en demeurera

à des meeurs lièdes et lâches , où elle se peniro. 11 n’est presque pt)iiU de pénitMice pour la pt ofaiia- Üon de l'Eucharistie : ce n’est |kis que les larmes ne putsseni ex{)ter ce crime ; mais c’est qu’elles sont rarement accordées: ce n’est pas que l’Église ne paisse le remettre, mais c’est qu’elle ne trouve point de pécheur qui s’en repente.

Aussi parmi les bourreaux sur le Calvaire, il s’en trouva à qui le sang même qu’ils venoient de répandre mérita la grâce de la pénitence. Mais le seul profanateur de l’EuciiarUtie , dont U est fait mention dans l’Évangile , meurt comme un nx>nstre et comme un désespéré : ce disciple perflde se recociDoU , et il ne se repent pas : il crie, J'ai péché ; et son péché ne lui est pas remis : il meurt désolé , et ü meurt réprouvé : Satan entre dans son corps en même temps que la viande sainte; il prend possession de cet homme de perdition: i’off èiicreffam iNf/otvfl in eumi9afanas ( Joan., viii , 27 ) ; et sa mort est la plus affreuse et la plus déplorable dont il soit parlé dans les livres saints.

Le châtiment que le Seigneur exerce sur les imitateurs de son crime est d’autant plu^ terrible , qu’il est plus secret : il ne cliange pas le pain de vie en un fiel d’aspic , selon l’expression de Job, pour déchirer dans le moment les entrailles de j’ame sacrilège ; mais il la frappe d’un anatl>ème invisible , et la marque par avance d’un caractère de réprobation. Et voilà pourquoi toutes ces âmes mondaines dont je parle , lesquelles , après des mœurs licenciciLses, n’apportent en ces jours saints point d’autre préparation à la table du Seigneur qu’une confession précipitée, tombent après la solennité , dans des égarements encore plus déplorables que les passés : leur dernier état devient pire que le premier : elles sentent leurs passions croître , et prévaloir avec encore plus d’empire et de tyrannie qu’aupnravanl : moins de retenue dans le crime ; moins de pudeur d.ins leur confusion. Il restoit encore auparavant quelques désirs de conversion et de pénitence, réveillés et excités par l’approche et la sainte terreur de la solennité : mats le devoir pascal infidèlement accompli; mais la viande sainte reçue indignement , et leurs jours solennels finis, tout est assoupi ; la conscience se calme; les inquiétudes cessent; les remords scrnC apaisés : c’est (x qu’on éprouve tous les jours en ce temps saint. On pensoit à changer de vie aux apfHXtches de la pdque ; les sacrements une fois reçus, on n’y pense plus : la communion a répandu de nouvelles ténèbres sur le cœur : le pain du ciel n’a fait que fortifier en nous le goût du monde et de la terre : les mystères terribles ont calmé toutes les terreurs de la foi ; c est-à-dire que leur profo-

r;i2 DIMAIVCHE DES RAMEAUX.

nation a été suivie du châtiment le plus formida* bl** doni Dieu punisse ici-bas le crime , je veux dire la |>aix dans le péché.

Ecuuiez coiniiie le Seigneur s'en plaint lui* même dans son pro,>hèie : lŸe me parler plus , lui dit-il t <ifs solennités de Juda: elles me sont insupportables : voyez-vous tout ce people , qui en ces jours solennels vient au pied de mon autel participer aux offrandes saintes! vous croyez qu'ils vieniient sanctifier la gloire de mon nom, que je me plais au milieu de leurs encensements et de leurs sactflices; et que ces nouveaux hommages vont me faire oublier leurs iiiiipiilés ? vous vous lroiu|tez : ab ! les tables saintes de mon autel ne sont remplies que de vomissements et de smiil* lures : Omiies meixiF repletie suiif romifu sordiuimjuf (Is.,x\viii. 8); ce sont des profanes qui neineUdU aucune diflérence entre l'impur et le sailli : Inter sanctum et prof inum m>n habuerunt dt.'<f(nirifmi(EzK(:ii , xxii ,26); et loin d'être glorifié , je suis souillé et dé-lionoré an milieu d’eux : £t cüinquinabar in medio eorum (Ibid. ) : les adultères, les fornicalions, les liaines, les injustices , les rapines, les calomnies y paroissent avec conliance dans le lieu saint : les mains que vous voyez levées vers moi sont encore pleines de sang et d'abomination ; et leurs sacrifices sont détestables à la sainteté même de mes regards qu'ils souillent : Et coinquinabar tu niedio eorum.

Evitez ce malheur, mes Trères; éprouvez-vous avant de vous présenter à l'autel : porlez-y les sentiments de componction et d'amour qu'exige de vous le (»ain vie : devenez -y des hommes nouveaux : que Jésus Qirtsi n'entre pas en vain dans votre ame : conservez ce trésor, et défendezle contre les ennemis de votre salut, qui vont faire de nouveaux effurUs pour vous le ravir : rendezvous (ligne.^ de devenir les temples et la demeure d'un Dieu qui veut bien se donner à vous ; et ne venez pas combler la mesure de vos crimes , où vous auriez ilit trouver la source des grâces , et le gage de votre inimoitalité. diiisi soif-if.

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