‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 232 sur 348 · SUR L’ÙNORMITÉ DES COMMUNIONS INDIGNES · texte numérisé non relu

SUR L’ÙNORMITÉ DES COMMUNIONS INDIGNES

La plus terrible iJée que l’Apûire nous donne du crime <le ceux qui cciiniiiiinient indignement, c'est qu’ils se rendent coupables du corps et du

sang du Seigneur ; Reus eril corpons et sanguinis Domiiii.Çi, CoR., XI, 27.)Corame le sacririoe de ta croix se renouvelle tous les jours de la part de Jrsus-Christ sur nos autels , il s'y renouvelle aussi de la part des pécbeurs qui s'en approchent indignement : il est vrai à la lettre . qu’ils cruciflent de nouveau le Seigneur , et dans des circonstances mille fuis plus odieuses qu’il ne fut crucilié sur le Calvaire.

Car premièrement, si les Juifs eussent connu le Seigneur de gloire, dit l'Apùtre, ils ne l’eussent jamais crucifié : leurs outrages ne s’adres-oieiit qu'au liU de Marie et de Joseph , qu'è un lioiiinie qu’ils reganloient comme un séducteur , et comme un ennemi de Moise et de la loi ; leur méprise n’avoit point d’excuse, il est vrai ; les prudiges , la doctrine, la sainteté de Jesus-Clirist, raccomplissenient des prophéties en sa personne , aumieiit Uil leur ouvrir les yeux , et leur foire coniiuilre le salut qui leur ètoit envoyé; mais enfln ils le nieciio- Durent ,' ils ne le distinguèrent pas des faux Messies qui avoient peu de lemps auparavant troublé la Palestine , et excité des séditions dans Jérusalem ; et en le punissant d'un supplice iiihme , ils crurent même rendre gloire à Dieu et venger les intérêts de sa loi et de son culte. Mais vous, mon Frère , qui venez le recevoir indignement , vous le cotinoissez; les voiles sacrés qui le couvrent , ne le dérobent pas au yeux de votre fui : vous savez que c’est le Seigneur de gloire , le Gis du Très- Haut , la splendeur de son Père , le Roi immortel des siècles , le Libérateur des liommes, le clief et l’époux de l’Église : vous reconnuisscz en lui toutes ces augustes qualités ; et c’est avec ces lumières , que vous venez le charger d’outrages; que vous venez l’obliger d’expirer dans votre corps , comme sur une croix bien plus douloureuse et plus infâme pour lui sans comparaison que la première! les coups que vous portez s’adressent à un Dieu , et vous n’avez plus d’excuse que dans la plus noire de toutes les fureurs.

Secondement, quand 1rs Juifs rattachèrent à la croix, il avoit encore une chair sujette à nos iiiGrmités; il pouvoit souffrir, il pouvoit mourir; il éloit encore revêtu de la ressemblance du péché ; la mort éloit comme une destinée nainrelle pour lui ; elle éloit la suite du clioix libre qu’il avoit foit d’une nature condamnée â celte triste loi. Mais aojourd’lmi , mon cher Audileor, vous l’arracbez du sein de la gloire ; vous le faites descendre de la droite de son Père, potir l’exposer à de nouvelles indignités : il noos avoit avertis qu’il ne mourrait qu’une fuis, et que sa résurrection termineroil la carrière pénible de ses soiirTrancés; et vous l’obli-

COMMI NIONS INDICNRS.

pez à y renirer r tous Ip di'ponillrz de ce vtMemenl üe gloire et d’iimnorlalilt' üoiil le Père l’avoil revêtu au sortir du tombeau, fiour le revêtir encore d’une robe de pourpre et d’ignominie : vous allacliez à la croix une chair gloriettse qui ne devoil plus goûter la nuM't. Ali! Seigneur, vous vous nattiez en expirant sur la croix que tout éioit consommé pour vous; vous croyiez loucher enfin an tenue heureux üe vos peines et de vos sourTrances, et que tout ce que la malice de vos ennemis avoil pu inventer contre vmisétoii accompli: cependant de nouveaux outrages vous atlendoient dans votre gloire même; un Calvaire plus ignominieux vous étoit préparé sur nos autels, et votre croix n'étoit, pour ainsi dire, que le commencemenl de vos douleurs et de vos peines : /Nifiam (iolomm hœc. (Marc, xiii, 8.)

Troisièmement, du moins ses bourreaux en le crucifiant aocomplissuient les ordres de son Père, exéculoient, sans le savoir, l’arrêt de mort qu’il avuit prononcé contre son Fils en la |«is«>nne du premier pécheur; .Hurle morieris (Ge>., il, t7); ils servoient même au dessein que Jésus-Christ avoil eu dès le premier instant de s’oiïrir i son Père : il semblequecex meurtriers ne taisotenl que •e joindre à la justice de Dieu qui le frap)H)it , et à son propre aiiKiiir qui rimmoloit; c’étoU alorsie temps où toutes les mains dévoient êlre tournées contre lui. Mais ici, mes Frères, vous le déshonorez dans le temps que le Père le glorifie : il ne vous le livre plus comme il i’avoil livré aiilrefois; vous l’airachez de son sein paternel malgré lui, pour lui ravir de nouveau la vie : personne ne se joint plus à vous pour opérer ce mystère de mort ; le Fils lui-même, ne se livre plus parce qu’il l’a voulu , Comme autrefois; vous êtes le seul qui trempez dans ce fanesie sacrifice, le seul qui le voulez, le seul qui l’exécutez; le ciel et la terre en ont horreur, et tonte réiiormité du sang nq»andu reiuinlve sur vous seul.

En quatrième lieu, le crime de ceux qui le crucifièrent fut utile à tous les liomines; ils répandirent un sang dont reiïusion lava nos souillures; ils immolèrent un agneau dont le sacrifice nous réconcilia avec Dieu; ils mirent à mort un Juste dont le tontbvau fui glorieux , et où la mort elle-niêiite fut vaincue; ils ouvrirent un cûlé d‘où l’Église des ivaliuus sortit, et d’où sortirent tous les Justes des siècles à venir ; ils percèrent des mains d'où mille grâces dccoul^ent surk’univen»; ils couronnèrent un chef sacré qui , par-là, devint le roi des liommes et des anges; ils élevèrent une croix qui Iriompl» ensuite du monde entier : en un mot, ce fut là une de ces fautes heureuses par

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laquelle fut cousouimé l’ouvrage de noire salut, et les desseins elernels de Dieu sur hhi Église ai c xiiplis. Mais lnr\(|ue vous venez le crucifier sur l'auttl, et vous y reiulre coupable de son cor|i5 et de son sang, en y participant indignemi ut; quelle iitiiiié du moins |»eut-il revenir i la terre de votre sacrilège ? quelle gloire le Seigneur |>eiil-il tirer de cet outrage? vnulez-vous le savoir? des maux pu* biles et des calamités nouvelles, 1rs iindlH'iirs de l'Eglise. Ah ! si l’Apôtre se plaignoit autrefois que les maladies populaires, les morts, les ai-cideuis funestes n'éloient qu'une suite de communions indignes : Ideo iiifer vos dormiuut muUi (E Coh., n, 3Ü);cls'il s’en plaignoit dans un siècle oii cliaciih rc[)audoit son propre sang pour Jésus-Christ, au lieu de profaner le sien , où rEucliaristie faisoit des martyrs plutôt que des sacrilèges; s’il s’en plaignoii à l'Eglise de Coriniiie toute composée presque (le prophètes, d'apôtres, de martyrs, de docteurs, de lidèles qui avoient reçu le don des langues, des miracles, et reffusion visible de l’Esprit saint; si, dans ces siècles de foi et de ferveur, l’Apôtre ne ciierche point ailleurs que dans les communions in ligties les calamités qui afUigeoient l’Église de Coi'intlie : graml Dieu! quels fléaux ne doivent point attirer sur nous tant de ministres indignes, Umt d'au»es ou téméraires, ou hypocrites, qui, dans un siècle aussi corrompu , viennent se présenter à vos autels? n’en doutons pas, ntes Frères, si le Seigneur nous frappe depuis si loiig-lcmps, s’il verse sur nus rilles et sur nos provinces la coupe de sa fureur; si n(M>s voyous tant de gens, frapfKis comme d’une main invisible, tomber soucUiiiem<-nt à nos côtés, des morts imprévues , des cluites terribles, l’Église dé.slioiii>n‘e (Kir ceux mêmes (|ui doivent en être l’appui et runiemeiit : d’où croyons-nous <]ue sont p.irtis ces fléaux si .longs et si cruels, si ce n’est du ^an^tna^re? ou auruient pu se former ces orages et ces tenipêies, qui,depiiLs si long temps, éclatent sur no« têtes, si ce n'est sur vos autels mêmes, ô mon Dieu! vous n’êtes afuic que pour venger les c uumunions iniiigiies et la pnif iiiatiou «le vos my-ières saints. Voilà, mes Frères. 1a source des malheurs piib'ics; car si, sur le Calvaire, le ciel ne put voir sans horreur te crime de ceux «jui mirent à mort Jcsiis-Christ , quoique le salui de tous les hommes y fût attaché; si toute la tiature retomba, pour ainsi dire, dans son premier chaos; .si tout fut confondu; si le voile du temple fut déchiré; si tout l’univers entier panil frap^ie de la main de Dieu ; quelles peuvent être le.s suites du même alleiital renouvelé mille foU sur l’autel , si ce u’esl le dérangement des saùoos, la confusion de la ua-

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DIM.VNCIIK Di:S nA.MKAlIX.

tiirp , les Irouljles et les scliisiiies qui décliirent l’KsIisc ; en un mot , la face du chiisliaiiisme entièrement boulcvers(’e?

Kn cinquième lien, tes motifs de ceux (|ui le crucifièrent pouvoieut adoucir un peu la noirceur de leur crime. Premièrement , les prêtres et les pharisiens cherclioient la mort d'un homme qui les axoit décriés, qui avoit découvert au peuple l'imposture de leur conduite , qui les avoit appelés sépulcres blanchis; et il éloit de leur intérêt que leur accusateur fût lui -même condamné comme un malfaiteur : son supplice devoit faire l’apologie de leur vertu. Mais vous, mes Frères , vous le livrez dans le temps qu’il vous épargne , qu’il dissimule vos fautes , qu’il a une langue et qu’il nes’en sert pas pour vous condamner; qu’il a des yeux, et qu’il ne veut pas encore voir les secrets déréglements dont vous êtes coupables ; dans un temps où vous l’approchez même pour lui donner le perfide baiser ; il ne vous foudroie pas , il ne vous dit pas en .se dévoilant , comme à ces sacrilèges soldats : Voici le Jésus que vous cherchez; dans un temps où il pourroit découvrir par une punition éclatante la perfidie que vous portez au pied de scs autels, et auquel cependant il se tait ; il vous ménage ; il veut ignorer ce que vous êtes, et ne pas vous cousTir d’un opprobre éternel devant vos frères : c’est le temps que vous choisissez pour lui faire le plus sanglant de tons les outrages ! Secondement , il n’e^t pas dit que ceux qui eurent part à sa mort fus.sent du nombre de ces aveugles qu’il avoit éclairés , ou de ces boiteux qu’il avoit redressés, on de ces lépreux qu’il avoit guéris, ou de ces morts qu’il avoit ressuscités ; s’ils ne le défendirent |ias contre la violence et l’autorité de ses ennemis , du moins ne parurent-ils pas parmi ses bourreaux ; du moins ne les entendilron pas crier : Que son .sang suit sur nous et sur nos enfants ! et si la reconnoissance n’en fit pas de généreux confesseurs de son nom , ah ! du moins l’ingratitude ne les confondit pas avec ceux qui l’attachèrent i la croix. .

Or, ici, mes Frères, comprenez quel est le crime du pécheur qui communie indignement : c’est un aveugle que Jésus-Christ a éclairé; c’est un lépreux qu’il a mille fois guéri; c’est un mort que sa honté a ressuscité : il porte encore sur lui les marques précieuses de ses faveurs ; il est marqué du caractère ineffaçable de ses dons : la recoiinoissance toute seule devTOit l’attacher à son libérateur; il ne devroit paroitre û l’autel que jiour lui venir porter l’hommage de son amour et de ses actions de grâce. Que l’infidèle que Jésus- Christ a négligé; <|ue le barliare qu’il a laissé

dans les ténèbres de la superstition et de l’impiété» viennent le déshonorer sur scs autels, nous n’en serions point surpris ; il les traite à la rigueur, il ne les a p.as compilas parmi les brebis qui dévoient entendre sa voix ; il ne le.s a fait naître , ce semble, que pour les faire servir d’exemple à sa justice : mais un fidèle pour lequel il n’a rien eu de réservé, un disciple de son Evangile d tpii il a révélé tous ses mystères , communiqué tous ses dons, qu’il a associé à l’espérance de ses promesses ; mais un chrétien devenu la chair de sa chair, et les oa de ses os , par l’union ineffable (pi’il a contractée avec lui dans son baptême , peut-il armçr contre lui des mains consacrées par tout son sang ? peutil venir même insulter son bienfaiteur dans le plus signalé de Ions ses bienfaits ? Ah ! c’est de quoi il se plaint lui-même dans son Prophète : Si mon ennemi, dit-il, si un sauvage qui ne me connolt pas , et qui n’a presque rien reçu de moi , m’avoit chargé d’outrage.» , je l’aurois souffert avec patience ; Si iiiimirus meus maledixissei mihi, sustiiiiilssem tilique (Ps., liv,13); mais vous qui ne deviez plus faire qu’un corps et qu'une aine avec moi , vous qui étiez au nombre de mes disciples et de mes amis: Tu vfro/iomounoiiimis,dua: mens , et indus meus, (Ibid., H ) vous qucj’avois princiiialement en vue dans la carrière (Kinible de mes souffiauces; vous, que J’ai encore distingué sur mes autres disciples, par mille marques particulières de bonté , vous ne me rendez que des outrages [wur mes faveurs: Tu rero /lomo uimiiimis, diia:nicu.s,cliioliismciis ! Aussisurlacroixilprioit pour ses bourreaux : Mon père, pardonnez-leur, disoit Jésus-Christ en expirant, ils «e .sarciil ce qu’ils fout (Ltx, XXIII , 31); mais sur l’autel, il ne peut voir .son sang foulé aux pieds, sans demander vengeance contre ces profanateurs.

Sixièmement, quoique l’Agneau eût été mis A mort dès le commencement du monde, on peut dire néanmoins que , lorsque la perfidie des J uifs le crucifia , celle cliair en un sens n’avoit pas encore racheté les hommes ; le sangqu’ils répandoient n’avoil pas encore lavé leurs ini(|uilés. Mais vous, qui venez le crucifier à l’autel , vous profanez un sang ijui vous a mille fois purifie de vos souillures : vous foulez aux pieds une chair qui a été le canal sacré de toutes les grâces que vous avez reçues; une chair qui a été la médiatrice de votre réconciliation ; une chair qui porte encore les marques glorieuses de la victoire qu’elle a remportée pour vous sur la mort et sur l’enfer ; une chair qui devoit être au-dedans de vous le germe et le gage de l’immortalité de la vôtre ; une chair qui vous a ouvert le chemin du ciel , et dans laquelle seule vous avez

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