COMMUNIONS INDIGNES
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droit d’y entrer; une cliair (|ui n’a été formée que ' pour vous, qui .itoiit souffert pour vous, qui a été I percée pour vous , qui n’a comhatlu et vaincu ipie [lourvous. AUÜl est rapporté dans l’histoire, qu’un empereur religieux baisoit avec respect les plaies glorieuses que de saints évêques avoient reçues pour la confession de la foi de Jésus-Christ, et qu’ils portoient encore sur leurs corps : cependant ce n’étoit pas pour lui qu'ils avoient souffert ces tourments : ce n’éloit pas au milieu de ses armées , et pour la défense de sa gloire et de son empire, qu’ils avoient reçu ces marques illustres de leur courage. Et vous , mon cher Auditeur, qui voyex la chair de Jésus-Christ, sur l’autel ]iartout encore marquée des cicatrices éclatantes des plaies qu’il souffrit pour vous, encore marquée de ces signes glorieux de la victoire qu’il remporta sur vos ennemis ; ces marques si touchantes n’excitent pas | votre respect , ne réveillent pas votre reconnnis- j sancc ; et au lien de leur donner un baiser de paix ' et d’amour , ah ! vous déehirex vous-même cette , chair sacrée , et vous y faites des phiies plus profondes et plus ignominieuses que les premières? N’êtes-vous pas le plus dénaturé et le'plus ingrat | de tous les pécheurs ?
Septièmement, le crime des Juifs n’eut point d’autres suites que la perte de la vie naturelle du Sauveur , et la honte de voir descendre dans l’Iiorrenr du tomltean celui que les cieux et la terre ne pouvoient contenir. Mais ici c’est non-seulement ’ la vie naturelle que vous lui faites perdre autant j qu’il est en vous , c’est encore le fruit de sa mort ; c’est la vie de la grâce , qu’il venoit porter dans ' votre ame : vous le faites mourirdans tousses dons, j dans sa charité , dans sa fui , dans son es|iérance ; ; vous lui donnez une mort universelle : ce n’est j>lus dans un tomhcan de pierre , où personne encore n’avoit été mis , (pie vous le faites descendre; c’est dans votre cœur , dans un sépulcre plein d’osse- . ments cl d’infection , dans votre cteiir ou il trouve i les esprits impurs qui en sont maîtres ; il n’y des- ; eend pas comme autrefois dans les enfers , accora- i pagné des marques glorieuses de sa victoire , pour | délivrer les captifs et rompre les chaînes de ceux | qui allendoieni son arrivée; il y descend dans un | appareil triste et lugtibre, pour y être captif lui- | même; pour s’y voir encore le jouet de ses enne- i mis , pour y essuyer leurs dérisions et leurs insul- ' tes; pour les voir assis sur le trêne de votre ame, tandis (|ue lui-même qui l’a rachetée à si grand prix , qui l’a tirée do néant , qui a tant de sortes de droits sur elle, <|iii devroit y être souverain , n’y est plus qu’un vil esclave, et n’y trouve pas où reposer sa tête
Huitièmement , sur le Calvaire , raille circonstances glorieuses accompagnèrent sa mort; et dans un mystère si humiliant, sa puissance et sa divinité ne laissèrent (>as d’éclater; toute la nature le reconnut pour son auteur ; le centenier confessa qu’il étoit le Fils de Dieu ; tes morts ressuscitèrent ; lui-même ressttscita le troisième jour, et répara par l’éclat de ce mystère, tout ce que l’opprobre de sa mort avoil pu avoir d’ignominieux aux yeux des hommes. Mais la mon qu’il endure encore sur l’autel par les mains du pécheur sacrilège, est un mystère tout d’ignominie pour lui : rien n’y relève sa grandeur et sa majesté ; rien ne l’y console de ses outrages ; rien n’y adoucit le llel et l’alBiiilhe de son calice ; la nature le laisse sonfirir sans s’y intéresser, les assistantsle voient mourir entre vos mains sans le plaindre, pour ainsi dire; les morts qui reposent sous l’anlel , et qui sont en dépût dans ce saint édifice, n’intorrompent pas leur sommeil ; les pierres du temple ne se brisent pas , et ne crient point à leur manière ; le voile qui couvre les mystères saints est immobile : tout est dans un profond silence ; tout voit crucifier le Seigneur d’un œil tranquille : loin qu’il se trouve des centeniers qui confessent qu’il est le Fils de Dieu; des mondains qui voient approcher de l’autel l’amc pécheresse , et qui savent que le reUcliemenl de ses mœurs dément la piété de celle démarche , prennent occasion de blasphémer le nom du Seigneur; de décrier la vertu et ceux qui la pratiipient, et de dire comme le pharisien ; Si ce Jésin étoit prophète , il connollroit sans doute quelle est cette femme qui s’approche pour le toucher et pour le recevoir : enfin, Jésus-Christ ne descend pas dans le corps du pécheur pour y ressusciter; mais pour y mourir à jamais, pour y voir la corruption , pour y sceller d’un sceau éternel la mort et la réprobation de cette ame.
En effet, mesFrères, comme la religion ne coniiolt
pas de crime plus énorme, il n’en est pas aussi dont la punition soitpIusterribIc.Celuiqui mange et boit indignement, dit l’Apôtre, mange et boit sa propre condamnation : il ne dit pas, il est condamné, mais U boit et mange sa propre condamnation ; c’est-à-dire, la nourriture céleste qu’il profane est un poison qui s’incorpore avec lui, qui pénètre dans l’intérieur de ses os , qui ne fait plus de tout son corps qu’une m-assede iierditionet destinéeau feu: c’est-à-dire, la sentence de mort qu’on prononce contre lui se mêle avec sa propre sulislance , ne devient plus qu’une même cliair avec lui; de sorte qu’il n’y a plus moyen , pour ainsi dire , de l’en démêler et de séparer l’anathème qui est devenu comme son être , c’est-à-dire que tons les autres pécliés ne
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corrompent pa;; le foml de l’anie , en défigurent seulement quelques puissances ; au lieu que celui-ci est un poison qui se mêle avec elle-même , qui n’y laisse rien de sain , et qui va en corrompre les sources et les principes, c’est-à-dire, que les sacrements profanés ne laissent presque plus d’espérance de retour. C'est le fond de l’abimedonl on ne revient guère : l’impiété, l’incrédulité, l’eiidiirebsement , les monstres qu'on n'oseroit nommer , en sont les tristes fruits. Il y a une malédiction attachée à ce crime , qui ne s'efface presque plus de dessus le front de l’ame sacrilège : elle pourra faire peut-être quelques efforts pour se relever; mais CCS retours n'auront pas desuite, et elle retombera: elle sortira peut-être des dérèglements grossiers; mais sa pénitence sera défectueuse, et elle en demeurera à des mœurs tiêdes et lâches ou elle se perdra : elle sortira peut-être du siècle, et choisira le parti de la retraite; mats elle se déclarera pour un état saint et relevé peu convenable aux dérèglements de sa vie pa.sséc , et le défaut de vocation l’engagera à des protütiaiions Infinies qu’elle ignorera, qu'elle ne pourra plus voir , et qui seront les suites des premières. Il n'est presque point de pénitence pour l'abus de rEucIiarislie : ce n'est pat que les larmes ne puissent expier ce crime , mais elles ne sont pas accordées; ce n’est pas que l'Église ne puisse le remettre , mais c’est qu’elle ne trouve guère de pécheurs qui s’en repentent.
Aussi, mes Frères, le seul profanateur de l*EiicliarUtie dont il est fait mention dans l'Evangile, meurt comme un misérable et comme un désespéré : il sereconiiuil, et il ne s'en repent pas; il pleure, et n’expie (tas sa faute ; il cric J’ai péché, et sonpécliénelui est pas remis; il meurt désolé, et il meurt ré|>rouvé : son ame veut sortirde douleur, et sses entrailles impatientes de renfermer un Dieu captif daas un lieu d'horreur s'ouvrent comme pour lui frayer une route nouvelle et le délivrer de la corruption. Cependant Judas ne crut pas avoir trahison Seigneur: il ne regardoit Ji^ius-Ghrist que comme un homme juste : en recevant son cor|is, il crut seulement recevoir un symbole de son amour; et lorsqu'il vient dans le temple rendre le prix de sa perfidie , il ne se plaint pas d’avoir trahi et profané le corps d’un Dieu , mais seulement d'avoir livré le sang innocent : et cette ignorance ne le met [>as à couvert du plus affreux et du plus déplorable supplice dont il soit parlé dans les livres saints. Les bourreaux se convertirent ; parmi ceux qui crucifièrent Jésus-Christ, il s’en trouva à qui le sang même qu’ils venoient de répandre mérita la grâce de la pénitence: mais Judas, qui le cnicilia dans la cène, est reprouvé ooutnMuiina-
(hèine; son apostolat , les prodiges qu'il avoit opères, le temps qu’il avoit passé auprès du Sauveur, rien ne f>eui faire changer la sentence de sa réprobation, et on ne lui donue point lieu de (>énlience.
Oui, mes Frères, Jésus-Christ a (>aru moins jaloux de la gloire de son corps naturel, que de celle de son corps eucharistique : il a (pardonné les attentats commis contre le premier, et n'a point eu d’indulgence (>our les autres : il se contenloil pour lui-même d'une demeure (Muvre et négligée; U ii’avoit pas quelquefois où re(K»er sa têie; U avoit pu même liabiter en naissant parmi de vils animaux ; mais quand il veut célébrer sa cène , ah ! il avertit qu’on lui prépare un lieu propre , spac eux , orné : rœiioru/tim grande stratum. ( Mabc, xiv , J 5. ) Il prévient ; il veut que tout soit en état ; que tout réponde à la magnificence et à la sainteté de ce sacrement : jugez donc , mes Frères , de Tat- (entat des communions indigner; le pécheur y renouvelle le s(>cctacle de la croix avec des circonstance.s mille fois plus ignominieuses à Jésus-Christ que celles du Calvairo. Ah! si cette eau de jalousie dont ilest parlé dans le Lévitique, deveiioit une eau maudite pour l'ame adultère ; si elle ne pouvoit rester dans ion sein sans déchirer ses entrailles , et sans la faire expirer dans les douleurs les plus affreuses: grand Dieu! le sang de votre Fils reçu dans un corps souillé ()eiit-il y tenir sans le frapper de la même malédiction, et sans que le pécheur expire sous l'autel même où 11 vient de commettre son sacrilège ? Si l'arclie, mes Frères, ne put rester autrefois un moment à côté de Dagon sans le renverser et le mettre en (décès ; la véritable arclie d’alliance, Jésus-Christ (>eiit-il demeurer au-dedans d’une idole abominable , d’une ame corrompue, sans éclater et réduire en (Mudre le corps criminel qui le renferme? Si un feu vengeur sortit autrefois du fond du sanctuaire ()Our devorer des téméraires (|ui venoient offrir de l'encens avec un feu étranger; nedevroit-il pas sortir de l’autel où réside le Roi de gloire, des flammes vengeresses (M)ur consumer les (>rclieurs qui viennent allenter à la majesté de leur Dieu? Si l’on ne (>onvoîl autrefois approcher de la montagne où le Seigneur donnoitlaloi, sans être foudroyé ; Jésus-Chrisl sur l'autel, sur cette montagne mystérieuse où il est le législateur de son Eglise, devruit sans doute lancer des foudres pour venger sa gloire et punir l'insolence du profanateur qui vient encore l'outniger dans le lieu de ^on re(>os : mais il exerce des punitions plus secrètes et plus terribles, dont les autres ne sont que de foibles figures. Ce n’esl (ms dans son sanctuaire que sa justice allume un feu vengeur , c’est dans le lieu des snpphce.s où il ne s'é-
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LA PASS10^ Üi: iNOTKK SEIGiNELIl.
teindra pins; ce n'e«t pas en frappant le pécheur d'une mort sensible qu’il le punit , c'est en le frappant d’un anathème invisible : ce n'est pas en décliirant les enirailleade l'ame sacrilège, c’est en fermant ses propres entrailles à tous ses besoins, c'est en l'abandonnant , c’est en ta livrant 1 un sens réprouvé, et è toute la corroplion de son cteur. Ces malheurs ne vous aUrmeut pas sans doute , mes Frères, parce que vous croyez qu'ils ne vous regardent pas ; vous comptez n’élre pas du nombre de ces infortunés qui viendront manger et boira leur condamnation aux jours solennels qui approchent ; vous vous proposez de ne paraître à l'autel qu’après avoir purifié votre conscience dans le bain de la pénitence : voyons donc si celle précaution suint pour éviter une communion indigne , et si le nombre des péchenrs qui se rendent coupables du corps et du sang de Jésus-Christ dans celte auguste solennité, n’est pas plus grand que l'on ne pense. Pour le connottre, il n’y a qu’à eipliquer quelles sont les conditions essentielles d’one communion sainte et utile ; et chacun, s’appliquant les régi' s que Jésus- Christ a laissées à son Eglise, pourra sejiiger soi-méme, et voir s’il n’a rien à craindre en venant se présenter à l’autel.
SERMON