PREMIÈRE PARTIE
Dieu ne seroil ni sage, ni saint, ni juste, ni même bon , dit saint Augustin , si le péché pouvoit demeurer impuni. 11 doit k sa gloire de venger l’outrage que le pécheur lui fait {»ar sa révolte; il doit à sa sagesse de rétablir Tordre que le pécheur trouble par sa transgression ; il doit à sa IniUé d’arrêter les crimes que le pécheur impuni autoriseroit par sc.s exemples; il doit à sa sainteté de ne plus se communiquer à une créature souillée, el de la rendre malheureuse en Tabandonnanl ; il doit, en un mot , à toutes .ses perfections la punition du péché.
Ma'is sa justice, qui demande la punition du péclieur, ne trouve plus rien, en le frappant, qui puisse la dédommager et la satisfaire: celte victime n’est pas digne de lui : Thoiuiue a pu roffenser, mais Thomme n'a pu réparer TofTense : Car qiTesl ce que l’homme, dit Job, compare à Dieu? Il falloii donc qu’une victime d’un grand prix Tôt substituée à la place de l’homme; que, la terre ne pouvant rien fournir qui piU a{taUer sou I)ieu et le réconcilier avec Thomme , les cieux s ahaissatsent pour enfanter un Juste, qui devint le récuocUiateur de la terre ; elqiTuiie hostie seule capable de gloritler encore plus le Seigneur par ses humiliations, que Tliomme ne Tavoit outragé par sa révolte , rint se mettre entre ses foudres el nos crimes , et arrêter sur cUe seule tous les traits (^uc sa
jtKsiice avüit pré|)iiré8 contre nous. Tel est le dessein de la sagesse et de la bonté de Dieu dans le grand sacrifice que son Fils oRre aujourd’hui pour tous les hommes.
Et pour mieux comprendre celle vérité . remarquez , je vous prie , mes Frères , que le p(^hé renferme trois désordres : un désordre dans Tesprit par l'idee fausse que le pécheur attache à Tacliou défendue ; un désordre dans le emur qui se révolte contre la loi, et ne veut plus être soumis à son Dieu ; un désordre dans les sens qui sortent de leur usage naturel . el entraînent la raison qu'iU auroient dû suivre. Or le Sauveur, dans son agonie, expie aujuurd'imi ces trois desordres par des peines proporiiutméc.s : premièrement , la justice de son Rère s’applique à contrister son esprit, eu y retraçant les |>lus vives liorreurs du péché; se- C4>[idenuiil, à humilier son ame, en la couvrant de toute la houle du péché; enfin, è jeter son cor|)S dans la dernière défaillance en lui fahanl sentir d’avance toutes tes douleurs dues au péché. L’exposition simple de l’iiistuirc, nous fournira les preuves de ces vérités ; le sujet lui-même inicresae assez votre aiteniion , sans qu’il soit besoin que je vous la demande, mes Frères,
]/lieure étant venue oti Jésus-Christ devoU passer de ce monde à s(hi Père , après avoir doiuié aux siens les dernières marques de son amoor par Tinstiiuiion de la nouvelle tdque, et les avoir fortifiés contre le .«candale de sa passion par la grâce de celle nourriture coleste, et par tout ce que les dernières instructions d’un père et d’un Ikhi maître ont de plus toucliant ; n’ignorant pas tout ce qui lui devoil arriver, il sort accompagné de ses disciples , comme une victime qui court elleœêine au lieu où Ton doit l’iiumoler. Il vient dans le jardin des Oliviers , traiter pour la dernière fois avec son Père, du grand mystère de la réücuipüûo (les liommcs : comme ses disciples éloienl encore^ füihies, il veut leur épa^pier le spectacle de ses défaillances cl de son agonie ; i 1 se séparé d’eux ; il SC prosterne le xisage contre terre ; et accepiaiii en la présence de son Père, toute Tann-rliiine de son calice : Père juste , lui dit-il , voici enfin le jour de votre gloire el de iiuîs oppmbres I les victimes et 1<^ holocaustes de la loi n’éioienl pas dignes de vous ; mais vous m’avez formé un corps dont le sacrifice et les tourmeiUsvuni apaiser vuirejtisiice; je ne suis venu dans le monde que pour y faire votre xDlonté saiDle;'et la lui de mort que vous avez dès le commencement prononcée contre moi , a toujours été le désir le plus ardent de mon cirur.
A peine Tome sainte du Sauveur a-t-elle ainsi accepté le uiiuistère sanglant de notre réconcilia-