‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 236 sur 348 · I.A PASSIOiN Dt INO’I IU: SEIG.NKtll · texte numérisé non relu

I.A PASSIOiN Dt INO’I IU: SEIG.NKtll

lion, que la juslicedesouPt*recomnienceàIe regarder comme im homnie de fiecl>é. LHVlors il ne volt plus en lui son Fils bien-aimé, en (|ui il avoit mis toute sa complaisance; il n'y voit plus qu’une lio.slie d'expiation et de colère, diargêe de toutes les iniquités du monde, et qu’il ne peut plus se dispenser d’immoler à toute la s^ivéritê de sa vengeance. Kt c'est ici ou tout le poids de sa justice Oiinmeiice à tomber .sur celle ame pure et innocente : c'est ici ou Jésus-Christ, comme le véritable Jacob, va lutter toute la nuit contre la colère d’tm t)ieu-mémc, et où vaseconsommerparavance son sacrilice; mais d’une manière d'autant plus douloureuse, que son ame sainte va expirer, pour ainsi dire, sous les coups de la justice d’un Dieu irrité, au lieu que sur le Calvaire elle ne sera livrée qu'à la fureur et à la puissance des hommes.

Car, en premier lieu, la justice de Dieu afflige l’ame de Jésus-Christ en retraçant en elle les plas vives horreurs du péclié. El pour mieux approfondir cette première circoitstance de .sou agonie, remarque/ , je vous prie, mes Frères , que ce qui diminue d’ordinaire en nous rborreur du péché, c’est premièrement un défaut de lumière : hélas ! notre ame, toute plongée dans les sens, n’est presque frap|M-e que des choses sensibles; on est peu toMcliéde l’horreur du {)éché, qni tue Famé, et qui la sépare éternellement de Dieu; on est saisi de la terreur et de rélernité des supplices qunui sont préparés , mais non pas de l’infamie et de l’horreur de la transgression à laquelle ces supplices sont dus : on trouve, au conUaire, que ta peine excède roffense ; et que Dieu est trop sévère , en punissant des infidélités [lassagères par des tourments éternels. Ainsi on reganle le péché qui efface de notre ame le sceau de notre salut , le caractère et les traits d'enfants de Dieu, et qui nous rend ses ennemis; on le regarde comme une foiblessc , un pencliaiU de la nature, une suite de ràge,ane loi du tempérament ; et comme l’on ne conuolt ni la vérité ctemelle que le péché outrage, ni la justice qu’il arme contre lui, ni l’ordre qu’il renverse, ni la charité qu’il éteint, ni l«i sainteté qu’il désiionore, ni les biens éternels qu’il ravit, ni même toute l’étendue des maux affreux où il précipite, on le craint peu, parce qu’on ne le coii- Dult pas.

Mais l’ame sainte du Sauvenr, pleine de grâce, de vérité et de lumière, ali ! elle voit le [m ché dans toute son liorreur; elle en voit le désordre, l’injustice, la tache immortelle; elle en voit les suites déplorables, la mort, la malédiction, l'ignorance, l’orgueil, la corruption, toutes les pas!>ious,de

cette source fatale nées et répandues sur la terre. En ce moment douloureux , la durée de tous les siècles se présente à elle; depuis le sang d’Abel jusqu’à la dernière consommation, elle voit une tradition iion-inlerrorapue de crimes sur la terre : elle parcourt celle histoire affreuse de l'univers, et rien n’échappe aux secrètes liorreurs de sa tristesse ; elle y voit les plus monstrueuses superstitions éUililies parmi les hommes, la connoissance de son Père effacée , les crimes infâmes ériges en divinités, les adultères, les incestes, les al>ominations avoir leurs temples et leurs autels, l’impiété et l'iiTcIigion devenues le parti des plus modérés et des plus sages. Si elle se tourne vers les siècles chrétiens , elle y découvre les maux futurs de son Église; les schismes , les erreurs , les disseasions , qui dévoient déchirer le mystère précieux de son nnité ; les profanations de scs autels, l’indigne Usage de ses sacrements , l’extinction presque de sa foi , et lès mœurs corrompues du paganisme rétablies parmi ses disciples. Voilà ce qui s’offre à cette ame sainte.

Elle rappelle en particulier riusloirc de chaque pécheur; depuis ce moment fatal , c|ui vit souiller votreame, jusques aujourd’hui, rien ne lui écliappe de toutes les horreurs de votre vie criminelle, vous qui m’écoulez. Elle voit cette passion honleu.se, qui vous a suivi de tous les âges, et qui a infecté tout le cours de votre vie : elle voit ses grâces toujours inutiles dans votre cœur, ses lumières toujours rejetées; votre rang, votre naissance, vos biens, vos talents, qui sont les bienfaits de sa main libérale , devenus par le dérèglement de votre C(ptir, la source et l'occasion de tous vos crimes : elle voit tes abîmes secrets de votre conscience, que vous craignez si fort d'aller éclaircir en CCS jours de falut,ces inquiétudes, ces agitations d'une mauvaise liunle, qui vous font balancer entre le devoir cl de vaines frayeurs : elle voit votre ame telle qu’elle est aujourd’hui , combattue peut-être sur un cliangement de vie, agitée des plus vifs remords, et cependant ne pouvant se résoiiürea rompre ses chaînes; fatiguée du crime, et cependant n'ayant pas lu force de se déclarer pour la vertu; ennuyée du monde, et cependant ne pouvant se (>asser de lui ; malheureuse dans son infidélité, et cependant toujours infidèle : que dirai-je ? frap|)ée de la .solcnmlé de ces jours saints, et cependant allant peut-être l>onier tout le fruit de ces grands mystères, et des vérités entendues durant celle carrière de pénitence , à la profanation des choses sainte.s , et à une pâque qui mettra le comble à tous vos autres crimes.

Vodà toutes les horreurs dont celle ame sainte

VENDREDI SAINT

se. trouve dur^ee devant M>n Père. 11 u'y a point eu daa« riinivers de vengeance noires depuis le sang d’Al)el re|»andu ; puini d'inipiidicilés nionstnieiises , depuis qtie les enfanls de Dieu eurent fait des alliances honteuses avec les llllesdi-s hommes; point d'impiéléexêerable, depuis q'fC la postérité de Caïn rumniença à Ivâiir des villes et i trouver dans le fer et dans Tairain des idoles dignes de ses h<Knmage>^ ; point de bla«^phèmes, depuis que les enraiilsde Noé eurent entrepris dVIever un édifîce contre le ciel; |K)iiil d’atieniat contre la iHété paternelle, depuis que Cham eiii insulté à rivresse mystérieuse du saint palriarclie; en un mot , point de monstres sur la terre , dans toute Féiendue des siècles passés ou à venir, qui dans ce moment affreux ne se découvrent à celte aine in nocente. C‘est sous cette croix terrible quelle baisse son chef sacré : tous les crimes de tous les hommes deviennent ses crimes propres : elle porte on monde d'iniquités , mais mille fuis plus pesant que celui qu'elle porte par la force de sa parole : Car elle se joue en soutenant l'univers, dit l'Ecriture ; au lieu qu'ici elle se plaint , dans te Prophète , que les pécheurs ont aggravé son joug ; qu’ils ont mis sur son dos le fardeau de leurs crimes, et qu’elle n'a pu le porter.

Letlefaiil de zèle est la seconde cause qui diminue en nou4 l’horreur du péché. Nous sommes peu toiicliês des ouii'ages qu'on fait à Dieu , parce que nous rainions pi u; car l'amour est la mesure de la «louleur : nous ne sommes sensibles qu'à nos intérêts pro(>res, k notre gloire, à nos plaisirs, à notre fortune ; parce (|iieiimis n'aimons (ji;e nousmêmes; et c*e>l le vice des grands surtout. La gloire de Dieu est tour nous une simple spéculation , qm ne laisse rien de reel , ni de vif dans notre cœur : aussi, pourvu que les personnes qui dépendent de nous soient Gdèles dans leurs fohc^ lions, vives sur nos intérêts, attachées à nos personnes, attentives à nous satisfaire; qu'elles vivent d’ailleurs sans mœurs, sans règle , sans crainte de Dieu, tout cela n'est compté pour rien.

Mais l’ame sainte du Sauveur, qui ne cherche que la gloire de son Père, et qui l’aime d'un niiiour immense, et plus ardent que celui delooslescliérubins, ail ! elle seul vivement tous les outrages i|u'on fait à sa grandeur suprême. I.a douleur île David, sur les prévarications de la terre: ramertumeet le zele d’Llie , sur les scandales et ridolàlried'I>raèl; la tristesse et les larmes de Jéreinie, sur les infidélhtU de Jérusalem , n'éloieiit ipie de fuibles images de la liislessc de lame du Sauveur à la vue des crimes de luus les hommes : plus elle aime, idus elle siuiffre; et comme on ne peut rien ajouter

à l'excès de son amour , rien ne manque aussi k l'excès de sa doulenr et de son martyre.

I lélas ! nous voudrions savoir quelquefois si nous sommes de iKinne foi revenus à Dieu , et si nous vivons dans son amour et dans sa grâce. Je sait que i>ersunne ne sait s'il est digne d'amour ou de haine; mais si l'on pouvoil s'en assurer en cette vie, ce scroit en nous demandant à nous-mêmes si les scandales dont nous sommes tous les jours témoins, nous allligent et nous percent de douleur; si les discours des impies, les disst^utions des mondains au milieu desquels nous vivons, les maux de l'Eglise , les profanations des temples et des auiels, la licence piihlifjue et la dépra\aiion des mœurs, remplissent notre cœur d'amertume. Si nous vo}'ons d’un œil tranquille nos firres s'égarer et outrager le Seigneur à qui ils appartiennent ; si nous trouvons même une sorte de plaisir à vivre avec eux , nous n’aimons pas. Quand ou aime Dieu, on est toucliédesintéréUs de sa gloire; et l'aiuoiir qui ne sent pas les outrages qu'on fait à ce qu'on aime n'est plus qu'une indifférence criminelle , qui ressemble plus à la haine qu'à l’amour.

Enfîn , la dernière cause qui diminue en nous l'horreur du pédié, est le défaut de sainteté. Comme nous naissons pécheurs , nous nous familiarLsons, en naissant, avec l'idée du crime : nous regardons le péclié avec des yeux pédieurs, pour ainsi dire; et il nous paroU moins hideux , (>arce qu’on n'est jamais trop effrayé de ce qui nous ressemble. Mais l’aroc sainte du Sauveur dans son agonie, ah ! elle ne trouve rien en elle qui puisse la rassurer contre riioireur du crime : cette aroe, plus pure et plus sainte que toutes les intelligences célestes, se voit tout d'un coup souillée de toutes nos iniquités; de sorte qu'avec les yeux d'une pudeur divine, elle voit sur elle-même les plus honteuses impuUiciiés des pécheurs; avec les yeux de la clémence , elle se V'oit noircie de leurs haines et de leurs fureurs; avec les yeux de la plus vive religion, elle se voit flétrie de leurs impiétés et de leurs blasphèmes ; en un mot, avec les yeux de la venu même , elle se voit souillée de tous leurs vices.

Ail ! c'est alors qu’elle ne se regarde plus qu'avec des horreurs indicibles ; c'est alors qu’elle ne peut plus soutenir la vue d'elle-méme, et qu’elle commence à tomber dans la défaillance, et dans une tristesse de mort : ro'pit roNfristari et mrestus esse. (Mattii. , xxvi, 37.) Ah! elle voudroit bien détourner du moins l'innocence de ses regards , de cet objet affreux ; mais la justice de son Père la force de s’en occuper; et l'y applique

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