LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR
comme malgré elle : c’est ane lumière rigoureuse qui la suit , et qui ne lui permet pas d’épargner un seul moment è ses regards intérieurs toute l’ignotuinie diint elle est couverte; et sans doute qu'rlle eét expiré sons la rigueur de ces épreuves, si la justice de son Père ne l’edt réservée à des tourniéius plus longs, et à on sacrifice plus éclatant.
O vous qui m’écoutei ! voyea-vons l’ame sainte de Jésus expirant presque de douleur et de défaillance; et frappée de toute l’borreur qu’inspire le (léché , lorsqu’on le voit dans la lumière de Dieu ? Voilà l'image de la douleur que vous devez porter au Iribnual où vous viendrez , en ces jours de salut, apaiser la justice de Dieu sur vos crimes. Jésus dans son agonie est le modèle des pénitents ; et cependant nous vous verrons approclier les yeux secs, le CŒur tranquille; plus sensible à la honte d’un aveu, qu’à la multitude et à l’énormité des chutes que vous viendrez avouer : cependant vous nous 'raconterez l’hisloire affrense de votre vie comme on raconte des faits indifférents ; et noos aurons besoin de tonte la force de la parole sainte pooé réveiller votre léthargie , pour vons arracher quelques foibles sentiments de componction; et il faudra disputer, coutester, conjurer, s’insinuer, relâcher même des règles, pour vous (aire agréer les remèdes; et si nous voulons otivrir vos yeux sur l’état déplorable de votre conscience, et vous obliger d’arracher l’œil qui vous scandalise, et vous éloigner d'nne occarion où vous périssez, vous résisterez , vous vons plaindrez , vous nous accuserez de tronbler les consciences, et de jeter les pécheurs dans le dése-poir. O Dieu ! est-ce ainsi qu’on vous apaise ? sont-ce là les saintes angoisses de la péiiilence ? et quand votre grâce bit sur une ame touchée ces impressions vives et rigoureiises qui devancent la conversion; les anges de l’Eglise , ies ministres de la réconciliation , ont-ils d’antre ministère , comme aujourd’hui cet ange consolateur que vous envoyez à votre Fils, que celui de soutenir le pécheur dans la tristesse de sa pénitence, de le consoler dans ses frayeurs, d’essuyer ses larmes , de modérer l’excès de sa douleur, et, loin de réveiller sa tiédeur ou d’abattre son orguril et sa révolte, lui adoucir l’amertume de son calice , et la honte de son bumiliatiou f
Et voilà , mes Frères, la seconde drconslanee de ragoiiie do Sauveur; la honte dontson Père le couvre : anéantl-sement que sa justice exige de lui pour expier l’orgueil du péché , c’est-à-dire pour en réparer le second détordre.
Car, ptemièrement, U est buiuilié dans l’esprit
SU
de ses disciples, témoins de ses frayeurs et de son accablement. Son ame sainte perd devant eux toute sa constance à la vue de la mort ; lui , qui les avoit si souvent encouragés à souffrir, contredit aujourd’hui sa doctrine par ses eiem(>les : il est contraint de leur faire un aveu public de sa crainte et de sa tristesse ; it implore même leur secours , et les conjure de ne pas l’abandonner dans son accablement et dans l’excès de sa peine : Suflinelehieel vlgilaie nucum. (Matth., xxvi, 38.)
h ! mes Frères , Pierre pcnt-il encore reconnoltre à ces traits le Christ, Fils du Dieu vivant? ne rétracte-t-il pas déjà en secret la gloire de sa confession ? et ne rommence-t-il pas ici , par ses doutes et par sa sur|irise, à renoncer son divin Maître? Voilà tonte la confusion que le Sauveur est obligé de porter ; il ne se contente pas de se charger rie nos crimes, il en prend sur lui toute la honte; et nous voulons , nous, que noire pénitence même nous fasse honneur di vant les hommes : noos nous ménageons jusque dans les démarches de notre repentir, les suffrages publics ; tout ce qui ponrroil nous humilier, nmis l’évitons comme une imprudence et un excès de zèle : nous bornons notre vertu aux devoirs que le monde approuve ; nous avions cherché l’estime des hommes dans nos égarements, nous la cberclinns encore dans notre pénitence ; et souvent la même vanité qui nous avoit rendus pécheurs, nous fait devenir pénitents!
Secondement, humiliation dans le secours qu’il reçoit d’un ange. Sa défaillance est si extrême, les frayeurs de la mort font sur son amr des iinpressions si sensibles, ou. pour mieux dire, la main de son Père s’appesantit sur lui avec tant de rigueur, qu’il but qu’un ange descende du ciel pour le consoler, pour le fortifier , pour lui aider, comme Simon le Cyrénéen sur le Calvaire, à porter cette croix invisible : Apparuil ilU angélus de cala , confortant eum, (Luc, xxii, 43 ) Anges du ciel! ce n’étoit point là autrefois votre ministère ; vous ne vons approchiez de lui que pour le servir et pour l’adorer ; aujourd’hui , il est abaissé au-dessous de vous; lui qui soutient tout par la force de sa parole, ne peut plus se soutenir lui-même : il est entre vos nuins , foible , tremblant , ex|iirant presque , et ne trouvant de force que dans une ressource si honteuse à sa gloire. Jésus-Chi ist ne veut pas être consolé par ses disci[iles, et il ne refuse pas le ministère d’un ange con.solatenr, pour noos apprendre qtie dans nos afflictions H ne faut pas chercher notre consolation dans les vains discours des hommes qui paroissent s’intéresser à
VKMJKKÜl SAINT.
nns malheurs, mais dans la piété et dans la simplicité des ministres du Seijjneur, de ces envoyés du ciel , qui nous exposent la sagesse et la justice de ses ordres sur nous , [>our nous appreiulre que le Seigneur est jaloux surtout de la lideiité îles âmes tpii souffrent ; ipie c’tst ternir la gloire de nos souffrances , d’y chercher d'autres adoucissements que ceux de la foi et de la religion; que le silence fait tout le mériied’une anie afiligée; qu’en eiitretenanl les hommes de ce que nous souffrons, pour les attendrir sur nos maux , nous révélons le secret de Dieu en nous, pour ainsi dire, et perdons le droit de nous en entretenir et de nous en consoler avec lui-nu'nie.
Ixidin , humilùilion dans le sommeil et dans la fuite de ses disciides. l.e spectacle de son agonie ne les touche |>as ; ils voient avec des yeux indifférents -leur bon Maître lutter contre la mort, et ils s’endorment léehenient : il faut que le Sauveur leur reproche leur indifférence ; Est-ce que vous ne sauriez veiller une heure entière avec moi? leur dit il ; Mc uou puluislis uiin fiora vitjilare meruiii? (Mattii., xxvi , ■W.jll soullie tout seul ; il semble que tout , jusqu'à ses chers disciples, entre dans les intérêts de la justice de son Père. Hélas ! nous sommes si délicats sur la Fidélilé de nos amis : le moindre refroidissement nous blesse; le plus léger defaut d’altenüon nous aigrit; nous nous plaignons tous les jours que ceux qui nous sont le plus redevables, entrent dans les intérêts opposés aux nôtres : apprenons de Jésus- Chi-ist à ne rien attendre des cn*atures, et à n'ètre même payes que d'ingratitude. Encore lesbommes ont presque raison d’oublier nos bienfaits , ou de laisser affoililir leur reconnuissance; la vanité , le caprice , l’intérêt propre , ont d’ordinaire plus de part que l’amitié, aux oflices qu’ils reçoivent de nous; nous nous reclicrchons nous-mêmes en les obligeant : mais Jésus Christ, en eboEissant ses disciples, n'avuit consulté que son amour pour eux ; et leur ingratiUide est d'autant plus humiliante pour lui que sa tendresse pour eux avoit été plus sincère.
Voilà toutes les humiliations que le Sauveur souffre dans son agonie : mais il falloir encore expier le plaisir injuste , troisième désordre du péché ; aussi la douleur violente de son ame à la vue du siipiilice que son Père lui prépare, est la troisième drconslatice de son agonie. En effet, on sait assez que l'attente d’un tourment , <|u’on voit présent et inévitalée, est toujonrs pins cruelle que le tourment nlfme; et tpi'on meurt d'ime manière mille fois plus douloureuse par la crainte que par la douleur. Or la justice du Père présente distinc-
tement à l’ame dn Saorenr toat l’appareil de la croix ; 1a nuit du prétoire , les crachats , les soufflets, les fouets, les dérisions, le bois fatal , ces images affreuses la crucilient par avance. Dans sa passion, ses tourments se succéderont les uns aux autres; il ne sera pas en même temps moqué, flagellé , couronné , percé , cruciflé ; ici , tout se passe en même temps ; tontes ses douleurs se réunisseut ; et son ame tout entière est plongée dans une mer de tribulation et d’amertume. Sur le Calvaire, toute la nature en désordre s’intéressera pour lui ; ses ennemis mêmes le reoonnoUront pour Fils de Dieu : ici, il souffre dans les ténèbres et dans le silence ; et ses plus chers disciples l’abandoiment.
Aussi cette ame sainte ne pouvant plus porter le poids de ses maux , et retenue d’ailleurs dans son corps par la rigueur de la justice divine ; triste jusqu’à la mort, et ne pouvant mourir; Imrs d’état et de flnir ses peines , et de les soutenir , semble combattre par la défaillance et les douleurs de son agonie contre la mort et contre la vie , et une sueur de sang qu’on voit couler à terre est le trEte fruit de ces pénibles efforts : £i foetus est tudor ejus sinit guttœ sanguiiiis decurrentis tn terrain. (Luc., xxii, -i-l.) Père juste! falloitil encore du sang à ce sacrilice intérieur de votre FiE?u’est-ee pas assez qu’il doive être répandu par ses ennemE ? et faut-il que votre justice se ' hâte , pour ainsi dire , de le voir répandre .'
Voilà jusqu’au ce Dieu , que nous croyons si bon , pousse pourtant sa vengeance contre son propre Fils, qu’il voit chargé de nos crimes ! Quel engagement pour nous aux réparatious rigoureuses de la pénitence, et à ne vivre que pour expier les égaremeuts de nos premières moars! Cependant ce sont les souOraiicesdcJésus-Clirist qui servent de prétexte à notre impénitence : nouscroyons qu’ayant tout souffert pour nous, il ne nous a presque plus laissé rien à faire; et qu’il ne nous revieiidroit pas un grand avantage de aes souffrances, s'il falloit encore nous-mêmes souffrir comme lui. O mon Sauveur! voua n’auriez donc été l’homme de douleurs que pour nous autoriser à être des hommes voluptueux et sensueE? vos souffrances seroient donc le désaveu de votre doctrine ? votre croix , la dEpense de vos préceftte.s cruciflaiits ? et votre mort douloureuse, radoucissement de votre Evangile I
Quoi, mes Frères! leprix que son sang a donné à nos souffrances , les rendroil lui -même inutiles ? Jcsiis-ChrEta (oui souffert pour nous, il est vrai ; c'est-à-dire , nous étions tous condamnés à souffrir ; mais s’il, n'eût souffert lui-même , nos souf-