‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 238 sur 348 · LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR · texte numérisé non relu

LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR

fraiices eiis.ent été rejeté«s. Il a donc , en offrant sa tic, dibpo...é la justice de Dieu à acce|ilcr le foible sacrilice de notre pénitence ; le mérite de son sang , en unissant nos larmes et nos macérations aint siennes, leur a donné un prix digne de Dieu : depuis que Jésos-Clirist est mort pour riiomme et à la place de l’homme , l’homme peut souffrir pour Dieu; l’homme n’est plus indigne de Dieu. Voilà le prix du sang de Jésus-Christ; et il est iusensé de prétendre que sa croix nous ait dispensé de souffrir , puisque c’est elle seule qui nous a rendu nos souffrances utiles.

Cependant , après avoir sacrifié au monde et aux passions la plus belle partie de notre vie , le plus léger sacrifice dans la pénitence nous alarme : après avoir tout souffert pour le monde , pour la fortune , pour les plaisirs , nous nous plaignons dès qu’il faut souffrir un instant pour Jésus -Christ; nous trouvons son joug accablant : nos passions avoient été difliciles et pénibles , notre vertu devient commode et tranquille ; et sans avoir éprouvé d’autres rigueurs dans une nouvelle vie, que d’étre sortis de certaines moeurs désordonnées , qui peut-être même ne nous cont enoient plus , nous croyons que tout est fait , et i|iie le Seigneur n’en demande pas davantage. Que nous cennoéssons peu la justice de Dieu , mes Frères ! H u'est point de rémission , dit l’Apôtre , sans effusion de sang. ( IIebr., IX , 22. ) La prniitence est un sacrifice sanglant , c’est-àKÜre que ses douleurs doivent passer jusque sur une cliair rebelle ; et que Dieu ne s’apaise envers le pécheur , que lorsque l’excès de .son repentir l’a jeté dans une agonie de tristesse, et que ses passions ont expiré sous les coups de ses macérations et de ses souffrances. Nous vous adoronq donc , û mon Sauveur ! dans votre agonie , coinoM le modèle des pénitents : voilà ce qu’il doit nous en coûter pour nous réconcilier avec votre Père. J’avois donc raison de dire que l’agonie de Jésus- Christ étoit une consommation de justice du côté de son Père, puisqu’il lui fait souffrir toutes les horreurs, toute la honte, et toutes les douleurs dues an péché; mais sa mort est encore utie consommation de malice de la part des hommes ; c’est ce que nous allons voir dans ta suite de cette histoire.

DEUXIÈME PAR’nE.

La malice des hommes se consomme aujourd'hui en deux manières par la mort de Jésus- Christ : elle s’y consomme, premièrement, parce qu'elle y est portée à son plus haut point , et que les JuiÈ comblent ta mesure de leurs pères par le

plus grand de tous les crimes ; secondement , elle s’y consomme paice qu’elle y trouve sot* expiation et son remède. C’est cette double consommation i|ue l’Ange prédi.soit à Daniel , eu lui amionçant la mort du Chri.st : La prévari ation y sera consommée, lui disoit-il , par la mafice de ceux qui le mettront à mort : I l cuiisummetur prinaricolio (Dan.,ix,2L); et le péchéy sera effacé, et y trouvera la mort lui même ; et finem necipiul peccafum , et deleatur inôpiitas. (Ibid.) Celle doctrine n’a plus rien de surprenant , depuis que l’Apôtre nous a appris que, par le péché , Jésus- Christ a condamné le péché; et qu’il s’est servi de la plus grande malice des hommes, pour opérer en eux la plus grande miséricorde.

Or , je dis que la malice des hommes e.sl portée aujourd'hui à son plus haut point ; .soit que vons la considériez dans la foihlesse ou la perlidie des disciples, qui renoncent le Sauveur ; dans la mauvaise foi des prêtres et des docteurs qui le jugent; dans l’inconstance du (>euple qui demande .sa mort ; dans la lâcheté de Pilate qui le condamne ; et enfin , dans l’inhumanité des bourreaux qui le crucifient. Continuons le récit de ces douleurs ; et remarquez, s’il vous plaît, avec moi toutes ces circonstances.

Premièrement , dans la foihlesse ou la perfidie des disciples, ou qui le lraliis.senl, ou qui l’abandonnent. A peine , dit l’Èvangile , Jesus- Christau sortir de celte triste agonie, achevoit de parler à ses disciples, que roici Judas, un des douze, à la tile erune troupe de soldats armés d'épées et de bdtons, gui viennent de la part des princes des prêtres et des vieillards arrêter le Sauveur. ( Matth., xxvi , 47. ) Qui l’eût cru, mes Frères, qu’un disciple élevé par le choix même de Jésus-Christ à la suWime dignité de f apostolat, le compagnon de ses courses, le confident de ses secrets , le témoin de son innocence , de sa sainteté et de ses prodiges ; jusque-là honoré de sa familiarité ; depuis peu nourri de sa chair et de son sang , parût à la tête de .ses bourreaux , et conduisit lui même tout le projet de -sa mort? Quelle tristesse pour le cœur de Jr sus-Cbrist, de voir un ami , un Apôtre destiné à le faire counoltre et adorer de tous les hommes , et à mourir pour lui et pour sa doctrine , devenir le principal auteur de sa perle ! Ah! mes Frères, quand une fois on s’est attaché à Jésus-Chri.st par un renouvellement de mœurs , comme ce disciple , qu’on a counu f abus du monde et les grandes vérilés de la foi , et qu’on redevient, comme lui , infidèle, l’infidélité n'a plus de bornes ; on est capable de tout, dès qu’on a pu rendre vaine la grâce qui nous

VENDREDI SAINT

aviiil relirai du désordre : le degré de vertu où Ton éloit élevé devient la mesure de Tablme qu'un se creuse en retombant ; et il n'esl point d'excès qu’on ne doive ailen Iredecenx qui, après avoir marché quelque temps dans la voie de Dieu, i'elouriienl au siècle y et se déclarent encore contre Jésus-Christ.

Remarquez en elTet jtisqiroù cet infidèle disciple ptujsse la perfidie î il ne vient pas la léie levée $e saisir de la [Mü-sonne de son Maître; il cache la noirceur de son dessein s(nis les plus tendres ténioignagis de l'amiiié; il donne un baiser sacrilège à Jésus-Chrbt ; un luiiser, dit saint Léon , qui perce le cernr de son divin Maître, d'une manière mille fois plus douluui euse , que la lance du soldat ne le percera sur le Calvaire : il fait du plus doux signe de la paix, le signal le plus infâme de tous les aileiilals : il ose approcher ses lèvres impies, qui viennent de dii'e aux prêtres : Çoe voulezrou5 me donner , et je vous le livrerai ( Matth., XXVI, i>)? des lèvres sacrées «le celui qui peut fuiidioyer le pécheur du seul soufile de sa Irouche: et, malgré sa pe fidie, il n’en entend sortir que des f>arolt s de paix et de clémence : on le traite encore d’ami , ^mice; on veut ignorer son desse n: odquui miisti ( Matth., v, 50)? comme ))0ur lui faire entendre qu'il est encore à tempe de b’en repentir, et que tout n’est pas encore désespéré pour lui. Disciple infidèle ! ne sentezvous pas ici fendre votre cœur, et réveiller toute votre tendresse p«>nr un si bon Maître ? pouvez-vous soutenir la «louceur de ses reganis si heureux aux disciples infidèles, la majesté de sa personne, l'édal divin de son visage, raffabiliié (le ses paroles, sans tomber à ses pieds de douleur, et sans lui demander avec un torrent de larmes, qu’il oublie votre [>erfidie!

Que d'imitateurs de son exemple dans cette sainte solennité! que de perfides qui ne s’approcheront de Jésus • Christ au pied de l’autel , qu’avec un cœur tout résolu à le trahir ; qui ne lui donneront un haistr de paix , dans la participation du sacrement adorable , que pour sauver le'« ap|>arcnces ; que parce que leur rang les ex|iose trop à la vue des hommes pour manquer à ce devoir ; que par pure biensi’ance , et |>our ne pas donner lieu aux discours et aux rétiexioas publiques! que d'indignes chrétiens, à qui le Seigneur dira encore, lots(|n’il les >erra approcher de Tautel saint : Infidèles ! vous trahissez le Fils de niornme par un Iwlser! vous choisissez le symbole le plus précieux de mon amour, pour me charger de nouveaux outrages! O.snifo Fifium /fomiuM trodii! ( Luc., xxii, 48. )

Voici donc le Sauveur du monde entre les mains d’un traître et d’one troupe de furieux : ici commence l’histoire publique de ses ignominies. On le saisit; on le garrotte; on le traite comme nn malfaiteur. Pierre d’abord se met en état de le défendre; et le Sauvèur, en lui ordmmant de remettre le glaive, nous apprend que les armes qu'il doit laisser à son Église sont des armes sptriludles; que la patience , 1a prière , la sainteté sont les plus sfires défenses de ses ministres ; que pouvant employer lui-méme des légions d’anges , pour coml>atlre ses enm mis, il s’éloil contenté de prier pour eux; que sa doctrine ne devoit s'étendre et se soutenir, que par les maximes de charité, de douceur et d’hiimililé qu’elle enseigne ; et qu’enfin le glaive qu'il nous meltoit à la main n'etoit destiné qu’à détruire les passions , et non pas les pécheurs. Aussi Pierre se dément bientôt : un zèle indiscret , et où l'humeur domine, ne se soutient pas; et le premier péril en découvre tonjonrs l'illusion et la foiblesse ; déjà il ne suit pins «{ne de loin son divin Maître , que celle troupe insolente traîne devant le pontife ; et voilà l’ostentalion du zèle et du courage, qui va bientôt finir par une criminelle timidité. On ne suit pas long-temps Jésus-Christ , quand on ne le sait plus que de loin, et comme en se traînant : rien n'est plus dangereux que de mettre l’humenr à la place du zèle ; on croit défendre Jésus-Christ , et l’on cherche à se satisfaire soi-mème; et les vengeurs indi.screts de la vérité lui font quelquefois plus de tort par leurs scandales et par leurs chutes, que ses ennemis mêmes par leur révolte. *

En effet . j'entends déjà ce foiWe dl«!ciple protester hautement dans la maison de Calphe, qu'il ne connolt |>as Jésus-Christ ; une femme l’ébranle; une simple interrogation le rend apostat et parjure : il assure jusqu’à trois fois , qu’il n’est pas disciple de Jésus; et cela sons les yeux de son bon Maître, lié, affligé, moqué, calomnié : il suscite cette nouvelle donleur à scs chaînes. Grand Dieu î quelle diiile ! le premier des pasteurs , la colonne des églises, l’apôtre de la circoncidon , le disciple appelé bienheureux par Jésus-Christ même , et à qui le Père céleste avoit révéle le mystère de Jésus-Christ!

Pierre à la tête du troupeau , et parlant au nom de tous les autres disciples, confesse génén u'Oment Jésus-Christ : dès qu’il est seul , et éloigné dès fidèles qu’il aumit dô soutenir , ras>enibler , encourager dans celte triste occasion , il io>nbe. Les pasteurs ne sont en sûreté «|iie lonupi’ils sont environnés de leurs brebis : ils en sont ganirs, comme ils les gardent eox-mêmes : dès qu’ils s’en

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