LA PASSION DE NOTUE SEIGNEUR
flottent, qu'ils les abnndonneni, tout e>là craindre |M)ur eux ; c'est au milieu de leur troupeau que le Seigneur les revêt de force» les remplit de luniiè e» les comble de bcntkliciions; parce que là il les regarde comme ses ministres, et qu'il leur a promis de les soutenir dans les fonctions pénibles de leur ministère : ailleurs, il ne les connult plus; ce ne sont plus que des hommes foihles, communs, sans force, sans fermeté, sans dignité; et comme ils y sont inutiles à son Église , ils lui deviennent bientôt indifférents à Iiii-iuêmc : les mêmes fonctions, qui font tous leurs devoirs, fout aussi toute leur sûreté et toute leur force.
Mais une chute si lâche u'efface pas du cœur de Jésus-Christ ce disciple infidèle : il le trouve encore digne de ses regards : à travers les calomnies des prêtres, les impostures des faux témoins, les outrages des sacrilèges qui rinsuheiit, les cris tumulUieux de ceux qui demandent sa mort, il déméte avec une aUeniion pleine de douceur et de bonté ce fuible apôtre; il fixe ses yeux divins sur lui ; et avec un langage muet, que ses igiioiiiiiiies reiidoieni encore plus toucliant : Est-ce donc là, lui dit-il, la fidelité que vous m'aviez tant de fois jurée! ! si j’ai pu vous soutenir sur les flots, fuible dUciple, et vous garanttr de toute la violence des vents et des orages, avez vous craint que je n’eusse pas la force de vous défendre contre toute la puissance des hommes? votre chute m'a plus humilié que tous les outrages dont vous me voyez chargé : vous venez de jurer que vous ne me connoissez pas, ingrat! mais je vous connois encore moimème : je trouve encore en vous le chef de mon Église et le pasteur de mes brebis : je vous aime encore, tout indigne que vous en êtes; cl les larmes queje vuiscoulerde vos yeux sont en même temps , et le fruit de mon amour pour vous, et l’expiation de votre faille.
A peine l'outrage est fait, qu’il est oublié. El combien de fois , au sortir même du crime, JésiJs-Cliri>l a jeté sur nous, comme sur cet apôtre infidèle, im regard de miséricorde; a excité dans noire cœur des remords vifs ri cuisants, nous a ouvert les yeux sur riiidigniié de notre vie; nous a peut-être même fait verser des larmes d’ennui, de tristesse, de dégoût de nous-mêmes? Mais ce n’oiU été là que des larmes passagères, des sensibililés d'un moment ; une tristesse où il eniroil plus d amour de nous-mêmes , que de haine du péciié : on s’afQige \nr la suite d’un chagrin secret, de ne pouvoir trouver sa félicité dans les plai-irs des sens : on voudruU êire heureux et tranquille dans le crime, et on est triste de ne i’ëlre pas : on se sait mauvais gré à soi-même de né pouvoir se
faire une siliiatinn lixe et inébranlable dans l'iniquilé : on sc dégoûte de scs inquiétudes, et non pas de ses désordres ; on est louche du vide, et non pas de l’horreur et de l’injustice des voluptés criminelles ; et ce n’est pas parce qu'on est ennemi de Dieu qu’on se déplaît , c'est parce qu’on est à charge à soi même. CVsl ainsi que la malice est anjoiird’liui consommée dans ringralituiie îles disciples, qui livrent on qui renoncent le Sauveur.
Mais, en second lieu, elle est encore consommée dans la mauvaise fui des prêtres qui le cundanineril. Car, premièrement, le repentir de Judas ne les tmiciie point : il vient leur déclarer, le désespoir peint sur le visage, qu’il a péché , en livrant le sang innocent ; jamais témoignage ne fut moins suspect : c’esi rennemi deJésus-Christ, qui dépose en faveur de son innocence : c'e.si un traître qui n’a pas encore joui du fruit de sa iraliison, et qui vient en restituer le prix funeste : ccnI un infor- Imié , qui alors n’attend plus rien lie son maître , et qui le voyant humilié , outragé, sur le point d’être cornlamné , n'a garde de se flatter qu’il puisse reconnoftre un jour ce retour : la force de la vérité toute seule lui arrache la confession de son crime : quoi de plus favorable que son désaveu? Cependant ces juges d’iniqiiilé , qui s’êloienl servis de sa fciiblesse, fti ineiil les yeux à son re|»entir: C’est votre affaire, lui disent-ils : 7u viderix: ce n’est pas la leur de ne {H):nl condamner un innocent ; ce n’e.sl [«s la leur de ne pas répandre le sang du Juste, et de combler leur mesure par le plus grand de tous les crimes. O Dieu? que vous êtes terrible, quand vous endurcissez les cœurs !
Ces principaux d’entre les Juifs, mes Frères, avoieul jusque-là résisté aux miracles ei aux enscignemeiiLs de Jcsus-airihl ; le |iaralytique guéri, la pédieressc convertie , l’aveugle-né éclairé, Lazare ressuscité, avoienl été pour eux des instructions inutiles : aujourd’hui, Judas même mourant désespéré ne les louche et ne les épotivante pas. C'est Pabns continuel des grâces qui conduit toujours à rendurcissement. V'ous en viendrez à un point, vousqni résistez à Dieu depuis long-temps, que ni les morts les plus affreuses, ni les ventes les plus terribles, ni les solennités les pins saintes, ni les conversions les plus touchantes, ne vous loucheront plus; et peut-être y êies-voiis déjà arrivé. A force d’étouffer vos remords, de vous défemire contre vos propres lumières; el<le résister à la vérité, dont une heureuse édo(?alioii et un bon naturel , avoienl laissé mille semences dans votre cœur, vous vivez tranquille dans vos crimes: rien ue vous réveille plus de votre assoupisseuieul;
VENDREDI SAIN T
ni les vérilcs i|ue nous annonçons, ni les myslires (|iie nnas célébrons : le lilrertinage, qui n'élnil autrefois en vous qu’un emportement (le Tâge et dit teni|)érainent, a dégénéré en une affreuse pliilosopliie : le crime vous touche presque aussi peu que la vertu : les plaisirs des passions vous trouvent prcsi|ue aussi froid et aussi philosophe, que les saints attraits de la grâce : vous offrez i Dieu et au inonde un fonds de dégoût, d’insensibilité, où la lassitude des passions vous a mené, mille fois plusterrible pour le salut que les emportements mêmes du désordre. Que vous êtes loin du royaume de Dieu ! et que vous seriez heureux, si vous pouviez seulement le comprendre!
Kn second lieu, le prince des prêtres étonné du silence de Jésus-Christ sur toutes les acensations dont on le charge; découvrant, ce semble, dans sa patience, dans sa douceur et dans la majesté de son visage quehpie chose de plus qu’humain : Je vous conjure, lui dit-il, au nom du Dieu vivant, de nous dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu. Mais si c’est un désir sincère de connoitre la vérité, à ipioi bon l’interroger lui-même sur la sainteté de son ministère? Interrogez Jean-Baptiste, (|ue vous avez regardé comme un prophète, et qui a confessé tpic c'étoit là le Christ : interrogez ses (cuvres, (|ue personne avant lui n’avoit faites, et qui rendent témoignage, que c’est le Père qui l’a envoyé : interrogez les témoins de sa vie, et vous verrez si l’imposture a jamais été accompagnée de tant de caractères d'innocence et de sainteté : interrogez. les Ecritures, vous qui avez la clef de la science , et voyez si MoPe et les prophètes ne lui ont pas rendu témoignage : interrogez les aveugles ipi’il a éclairés, les morts qu’il a ressuscités, les lépreux (pi'il a guéris, le peuple qu’il a rassasié, les brebis d’Israël qu’il a ramenées ; et ils vous diront tous que Dieu n’a jamais donné une telle puissance aux hommes : interrogez le ciel, ijui s’est ouvert tant de fois sur sa tête pour vous avertir que c’étoit là le Fils bien-aimé : et si ces témoignages ne suffisent pas , interrogez l’enfer lui-niéuie, et vous apprendrez des démons, qui lui obéissent en sortant des corps, qu’il est le Saint de Dieu. Mais ce n’est pas ici une recherche sérieuse de la vérité, c’est un piège qu’on tend à l’innocence; et comme il arrive souvent aux grands surtout, prévenus de leurs passions, on consulte et oo ne veut point être détrompé ; on fait semblant de vouloir s’instruire, et on serait fâché d’être éclairci.
Cependant le Sauveur, ponr nous apprendre que les passions et les préjugés des hommes ne doivent pas nous empêcher de rendre gloire à la vérité
(surtout lonapie notre caractère nous oblige de la publier); que nous la devons à ceux mêmes qui en veulent feire usage contre nous ; et (pi’il ne faut pas toujours attendre qu’elle soit reçue favorablement, avoue qu’il est le Christ promis dans les Prophètes, et annonce à ses juges qu’ils verront le l’ils de l’Homme assis à la droite de Dieu, et venant dans les nuées du ciel avec majesté. C’étoit leur dire : Vous ne voulez pas me reconnoltre dans ma basse.s$e; vous me reconnoltrcz un jour lorsque je paroltrai sur une nuée de gloire, environné de puis.sance , de terreur et de majesté : je parois ici comme un criminel ; je serai alors votre juge, et celui des nations assemblées. Il parle en Dieu, tout chargé qu’il est de chaînes et d’opprobres; mais il nous fait aussi entendre, que dans le siècle à venir tout changera de face ; que le pauvre et l’affligé seront assis sur des trûnes de lumière et de gloire; que ces hommes justes, qu’on foule aux pieds, et dont on méprise tant ici-bas la foibles.se d’esprit et la prétendue médiocrité , brilleront alors an milieu des airs comme désastres purs, et jugeront l’imivcrs avec Jésus-Christ ; tandis que tes grands et les puissants, ceux qui jugent la terre, qui paroissent ici-bas les arbitres de la fortune et de la destinée des peuples et des empires, ces héros que le moude avoit tant vantés, et qui ne brilloient que d’une gloire tout humaine, seront effacés, dégradés, humiliés, regardés comme l’opprobre des hommes, et ne parollront plus couverts que de leur orgueil et de leurs crimes.
Cependant un aveu si terrible, et si capable de ralentir la fureur de ces juges, est pour le Sauveur une réponse de mort. Ce pontife indigne déchire ses vêtements sacerdotaux , et prophétise, sans le savoir, par cette action, dit .saint Léon, que le voilà dépouillé pour toujours de la dignité de son sacerdoce, dont Jésus-Christ, nouveau pontife, va prendre possession à la droite de son Père, dans le sanctuaire véritable , où il sera toujours vivant afin d’intercéder pour nou.s. Il a blasphémé ! s’écrie-t-il; nous n’avons plus besoin de témoins. Ce juge corrompu devient l’accusateur ; toutes les règles de l’équité sont ici violées • il n’attend pas les suffrages ; il les inspire. Pas un seul dans cette assemblée, autrefois la plus vénérable du monde, n'ose se déclarer protecteur de l’innocence ; tout entre lâchement dans la passion du chef; il ne se trouve pas même un seul Ganialiel, qui, par des conseils de modération, tâche du moins de suspendre l’iniquité de cette sentence (qu’il est rare d’oser être tout seul du cûté de la raison et de la justice !) ; et sans (|u’aucnne délibération ait précédé^ U s'élève, du milieu de cette assemblée inique ^
LA PASSION ni; NOTRE SEIGNEUR.
(les voix'Umuillaenses , qui prononcent ipie Jdsus- CUrist esldignede mort : /f(!us est mor(is.(MATin,